Chapitre II :

Un ami précieux

« Comment ça les entrées ne sont pas prêtes ?! Non ne mettez pas ça ici ! ... »

De douces odeurs s'élevaient de la pièce, le tintement des casseroles, le grésillement de la viande fumante tout ici grisait les sens. Les serviteurs se bousculaient, les voix s'élevaient, on courait dans les couloirs, les portes s'ouvrant et se refermant à une vitesse folle. Et, au milieux de se flot d'activités un jeune Asmodien tentait d'orchestrer ce joyeux charivari.

Équipé d'une plume et d'un bloc note il parcourait de long en large la vaste demeure Adranis, pestant et rouspétant à tout bout de champ :

« C'est pas vrai ! Cela fait trois jours que je prépare le retour des maîtres et voilà que mon fournisseur me fait faux bond ! Rupture de stock tu parle ! Les Shugo sont vraiment de sale.. Et non ces fleurs ne vont pas là elle sont pour le bureau de maître Obral ! »

Griffonnant quelques mots sur le carnet, le jeune Asmodien partit vers la salle à manger. Kalen était au service de la famille Adranis depuis l'âge de dix-sept ans, étant orphelin sa vie avait été rythmé par des périodes de disettes ou le moindre kinah* était salutaire. L'orphelinat de Marchutan* se situait dans la forteresse d'Altgard*, là-bas la neige recouvrait le sol en permanence. Durant de longues années il n'avait connus que les hautes montagnes de glaces et la crainte de l'extérieur, car derrière les puissantes murailles de la forteresse de nombreux dangers attendaient les Asmodiens. Il soupira à cette pensée, chassant les sombres souvenirs de son passé. De la chance ça il en avait, car peu des anciens de l'orphelinat pouvait se vanter d'une si bonne situation. Une servante mis fin à ses pensées en s'inclinant devant lui :

« Monsieur l'intendant, le vin a été installé dans la salle à manger et le sommelier attend votre accord pour l'ordre de dégustation »

« Parfait j'y vais tout de suite Linavi »

Accélérant le pas il traversa le long couloir menant à sa destination.

Kalen poussa une lourde porte sculptée et pénétra dans une vaste pièce, sur les murs des boiseries encadraient de luxueuse tapisseries représentant des paysages bucoliques. Les hautes fenêtres étaient recouvertes de lourds rideaux bordeaux réduisant la lumière à un trait fantomatique, au centre trônait une grande table de bois massif, sur laquelle une nappe blanche finement ouvragée accueillait un sublime centre de table. Pour le retour des seigneurs Kalen avait mit les petits plats dans les grands et la table se retrouvait ainsi ornée d'une véritable œuvre d'art : un grand plateau recouvert de feuilles argentées et vertes formant une couronne au centre de laquelle une réplique miniature de l'arbre, symbole de la famille Adranis, avait été déposé. Ensorcelé, l'arbre diffusait une légère lumière azurée, peu à peu la nappe se couvrit de porcelaine fine aux motifs bleue et de verres en cristal. Les différents serviteurs s'activaient sous l'œil attentif du jeune intendant, tout devait être parfait, chaque couverts, chaque ornements avaient sa place prédéterminés.

Se penchant vers le sommelier Kalen s'accorda un bref moment pour souffler quand un bruit de vaisselle brisée se fit entendre, l'intendant se retourna cherchant du regard le coupable. Ce qui ne prit pas longtemps puisque la pauvre jeune fille était encore figée, la saucière en porcelaine à ses pieds, consciente de l'orage qui allait s'abattre sur elle. L'intendant était un homme conciliant, bon avec les autres serviteurs, mais il était également le premiers à leurs passer l'envie de faire des faux-pas, tous savait que lorsque les yeux saphir du jeune homme se figeaient et que ses lèvres se crispaient : l'ouragan n'était pas loin, et dans ce cas là mieux valait prier les seigneurs Shédims que ce ne soit pas devant vous que s'arrête Kalen. Car lorsqu'il posait son bloc note et sa plume pour venir se planter en face de sa victime, elle se sentait comme une garnoulle* face à un Worg* enragé. La jeune servante fixait à présent ses pieds avec l'espoir fou d'être transformée en naeda pour pouvoir s'enfuir à toutes jambes mais un autre miracle se produisit...

« Kalen ! »

La lourde porte de bois s'ouvrit brusquement, laissant apparaître Caym, qui (sans se soucier de la malheureuse saucière familial) se jeta dans les bras de l'intendant provoquant la surprise général parmi les employés. Quelque peu surprit Kalen congédia d'un mouvement de mains la totalité des servants, dont la pauvre fautive (trop heureuse d'échapper à un sermon dans les règles de l'art), et reporta son attention sur son jeune maître.

« Seigneur Caym, que vous arrive t-il ? »

Le-dit « seigneur » redressa la tête, ancrant son regard or dans celui, bleu, de son vis-à-vis.

« Arrête Kalen, j'ai besoin de toi ! »

« Mais je suis là Caym, avant d'être intendant je suis ton ami » répondit en souriant le jeune Asmodien.

Un sourire apparut sur le visage du plus jeune, desserrant son étreinte il s'appuya contre la table, croisant ses bras sur son torse. Kalen ne put retenir un léger soupir, lorsque le cadet adoptait cette attitude c'était qu'il avait pris une décision, or l'intendant se méfiait des idées qui germaient dans l'esprit de l'Adranis. Non pas qu'elle soit systématiquement mauvaises, disons plutôt que Caym avait développé un talent certains pour ce qui était de s'attirer des ennuis.

Constatant que les fragments de la saucière était toujours répandues sur le parquet ciré, le plus âgé (après s'être juré de remettre la mains sur la coupable) se pencha pour ramasser les morceaux. Le fils Adranis reprit parole :

« J'ai décidé de m'enrôler dans l'armée, puisque j'ai seize ans je peux désormais être engagé pour épauler les Daevas dans l'armée volontaire »

« Quoi ?! Attend Caym tu est fou ! L'armée volontaire ?! Tes parents ne te laisseront jamais y aller »

Un sourire se dessina sur les lèvres du plus jeune, ne présageant rien de bon quand à la suite des événements.

« Qui te dit que je vais leurs demander… bien sur qu'ils ne me laisseront jamais partir, et si j'évoque l'idée il m'enfermeront dans ma chambre à double tours mais si je pars ce soir j'ai une chance, le bureau des recrutement sera encore ouvert à l'heure du dîners, je me fait passer pâle et je sors en douce »

Kalen ne l'avait pas interrompu, mais il s'était figé, sa main suspendu dans les airs. Les yeux écarquillés, son calme naturel avait disparu, troublé par les paroles de celui qu'il considérait comme bien plus que son seigneur, son amis, son frère...

« Caym...qu'est ce que tu attend de moi... » sa voix tremblait.

« La seul chose qui me manque c'est ma médaille*… sans ça je ne peux pas prouver que j'ai bien seize ans, mon père la garde dans son bureau… j'ai besoin d'être sur qu'il ne quittera pas la table à l'heure du repas et que... »

« … la clé du bureau soit en ta possession » acheva l'intendant.

Caym ferma les yeux, hochant la tête dans un signe d'approbation. Ce qu'il demandait était un acte de trahisons envers son père, il courait le risque que le plus vieux refuse mais il ne pouvait se fier qu'à lui, il était son seul allié dans cette maison son père, sa mère, et même son frère le considérait comme une petite chose fragile. Tous, sauf Kalen… depuis que son frère avait fait son ascension le jeune intendant était devenus son confident et ils avaient toujours été là l'un pour l'autre. Le refus de Kalen était plus que probable mais Caym avait la certitude que même si il décidait de ne pas le soutenir, il ne l'arrêterait pas.

« Kalen, en tant qu'intendant tu possède toutes les clefs de la demeure… mais si on apprend que c'est toi le responsable… tu.. enfin ils risquent de... »

Il fut stoppé par une étreinte soudaine, le plus âgé c'était relevé et avait encerclé l'adolescent dans ses bras.

« Caym, tu te rend compte… je n'ai pas peur pour mon emploi, j'ai peur pour toi… je ne supporterais pas de te savoir en danger, et plus encore d'en être en partie responsable » son étreinte se raffermit.

« Kalen... »

« Promet moi… promet moi de ne pas aller au devant du dangers et de ne jamais aller dans les Abysses »

« Je te le promet Kalen, un Asmodien tient toujours ses promesses »

Ils restèrent un instant sans parler, conscient que cette soirée allait marquer un tournant décisif, une coupure brutale avec leur ancienne vie.

L'horloge de la salle à manger sonna huit heures, le reste de la famille allait arriver d'un moment à l'autre.

« Va t'en Caym... »

« Kalen... »

L'intendant lui tourna le dos, ramassa les derniers fragment de porcelaine et sortis. Le plus jeune soupira avant de partir a son tour, se faire passer pour malade demandait un minimum de préparation.

Il traversa rapidement le grands couloirs et s'enferma dans sa chambre, les petits couinement de Luz accueillir son arrivé. La petite naeda frotta son museau sur la jambe de son maître. Le jeune Asmodien la cueillie dans ses bras, poussant un soupir il se laissa glisser le long de la porte. Ce n'était pas le moment de flancher, si tout se passait bien il serait bientôt loin de sa famille et du confort dans lequel il avait grandit. Caym savait se qui l'attendait, ou du moins il l'imaginait. Les Asmodiens vivent sur des terres froides et inhospitalière, les zones montagneuse ne connaissent pas de température positive et lorsque la neige disparaît elle laisse place à des marécages nauséabonds

, mais cela n'est rien comparé au désert de Salintus* ou des terres brûlées de Musphel*. L'adolescent en avait bien conscience mais sa décisions était prise, il refusait d'être réduit à passer sa vie entre les murs de Pandaemonium, il voulait se battre ! Et cela viendrait sous peu...

. . .

Les bougies élégamment disposées dispensaient une douce lumière sur la tablée, les plats fumant et odorant embaumaient toute la pièce. Malgré l'ambiance de fête un silence pesant accompagnait le repas, la maîtresse de maison reposa ses couvert observant la chaise vide à droite de Mann.

« Ton frère ne vient pas manger ? » dit-elle, ses yeux trahissant son inquiétude.

« Je l'ignore mère, nous avons une eu dispute dans les bains... » avoua le jeune homme.

« A quel propos ? » interrogea le seigneur Obral.

« Il m'a dit qu'il voulait venir avec moi dans les Abysses, j'ignore se qui se passe dans sa tête mais je lui ai dit que c'était de la folie »

« Quoi ?! Oh.. Caym.. mais pourquoi veux tu faire ça ! Cela fait deux ans que cette idée l'obsède » se lamenta dame Luniviel.

« Vraiment ? » s'étonna Mann.

« Je crois que j'ai sous estimé le mal-être de notre fils mais ne soyez pas inquiet, à présent que notre famille est réunis il oubliera sans doute un projet aussi dangereux. Qui plus est l'armée ne recrute que des Daevas. »

« Vraiment ? Pourtant j'ai vu de simple soldat dans certains village » répondit le jeune capitaine.

« En effet, généralement se sont des volontaires mais leurs tâches sont misérable, ils accomplissent celles dont les Daevas ne veulent pas. »

« Vous pensez que Caym pourrait s'engager dans l'armée volontaire ? On dit que la plupart sont des brigands qui profite des temps troublés, des gens sans foi ni loi qui n'obéissent pas à l'autorité de Pandaemonium...Oh Azphel ! »

« Mère ! Reprenez-vous, tout ira bien. Père a raison, maintenant que nous somme là nous le détourneront de ce projet insensé »

Pendant ce temps, le jeune homme en question avançait prudemment jusqu'au bureau de son père. Asmodae étant plongée dans l'obscurité les Asmodiens sont à l'aise dans l'ombre, une chance, pensa Caym en arrivant dans le couloirs plongé dans le noirs.

« Que... ? » murmura le garçon aux cheveux blanc en apercevant une silhouette. « Kalen ! » s'exclama t-il.

Il se jeta avec force dans les bras de son amis, ce dernier lui adressa un faible sourire puis lui tendis une petite clé dorée.

« Tiens » dit-il « Et surtout soit prudent, j'ai aussi ceci pour toi » l'intendant sortis une enveloppe scellée qu'il glissa dans la sacoche du jeune Asmodien. « J'ai un ami qui s'est engagé il y a longtemps dans l'armée volontaire, j'ignore s'il est encore vivant mais demande, on ne sait jamais. Il s'appelle Agnor »

« D'accord, merci pour tout Kalen »

L'intendant contempla un instant son ami, Caym avait troqué ses vêtements nobles pour une simple tunique de lin et un pantalon similaire, à sa ceinture pendait une dague et une épée à une main sans doute « empruntée » à son frère. Il portait des bottes de marche noire et des mitaine assorties. Comme seul protection il s'était munit de brassards en cuir, pour les avant bras, et d'une fine côte de maille sous sa tunique. Le tout était recouvert d'un grand manteau marron à capuche. La seul chose qui pouvait trahir son appartenance à un milieu aisé était un médaillon d'argent représentant le symbole de Dame Triniel qu'il tenait de son grand père.

Le garçons aux yeux or entra rapidement dans le bureau plongé dans la pénombre, il s'agissait de faire vite. Si son père le surprenait en train de fureter ici son plan tomberait à l'eau. Kalen adressa un dernier sourire à son ami puis disparut, en tant qu'intendant il avait son propre rôle à jouer pour que son jeune maître parvienne à ses fins. Après quelques minutes de recherches Caym découvrit sa médaille, soigneusement rangée dans un coffret de bois, il la glissa dans sa poche puis referma doucement l'imposante porte de bois. Il dévala l'escalier et déposa la petite clé dans la chambre réservé à Kalen dans laquelle il découvrit un petit baluchon de nourriture, un petit mot était déposé dessus « Je suis sur que tu n'avais pas pensé à la nourriture n'est ce pas. Kalen » L'adolescent laissa échapper un petit rire, tout en reconnaissant qu'il n'y avait effectivement pas pensé...

Caym sortit de la demeure par l'accès de service réservé aux serviteurs, l'air était frais. Il mis le capuchons de sa cape sur sa tête et longea les hauts murs de pierre, des gardes surveillaient en permanence les entrées des majestueuses demeures du district de Vanahal mais depuis le temps Caym savait exactement à quel moment les grades s'octroyaient une « pause » à la taverne de Apellbine*. Quelques minutes plus tard une troupe de soldat passa devant le grand portail, riant et parlant bruyamment.

Comment ce fait-il que personne ne les ai encore envoyés en court martial ? si les Daevas s'en allaient pendant leurs tours de garde dans les Abysses les Elyséens nous aurait anéanties depuis longtemps.

Le moment tant attendu était venus, il lui fallait faire vite.

« Kyouuuu ! »

« Luz ! Mais qu'est ce que tu fait là ! retourne immédiatement au manoir ! »

Le jeune Asmodien agita sa mains, tentant de faire partir sa petite naeda. Mais l'animal ne l'entendit pas de cette oreille et planta ses crocs acérés dans la mains de son maître.

« Aïe ! Mais Luz... »

Il n'eut pas le loisir de terminer sa phrase que le petit animal bondit hors de la propriété. L'adolescent aux cheveux blanc observa un bref instant le petit animal dorée avant de s'élancer derrière lui.

« Allons y Luz, ce soir commence notre nouvelle vie ! »

. . .

Kinah* : Monnaie du jeu, pour vous donner un ordre d'idée avec 1 kinah on ne peut rien acheter, la première quête donne 20 kinah et les premiers équipements sont autour de 100 kinah, donc 1 kinah c'est vraiment ridicule.

Marchutan* : Le pieutré de Marchutan est tenu par des religieux, l'orphelinat est de mon invention.

Altgard* : La forteresse d'Altgard est dirigé par le général Suthran, c'est une zone pour les lvl 10 à 20. La forteresse est cerclée pas un lac gelé et entourée de montagnes et les monstres sont nombreux aux abords de la forteresse. Il y a un portail abyssal (permettant d'accéder au Abysse) au dessus d'Altgard.

Garnoulle* : Sorte de grosse grenouille un peu ridicule.

Worg* : Sorte de gros loup (très méchant).

Médaille* : J'ai imaginé un sorte de certificat à la majorité (16 ans) qui se présente sous la forme d'une médaille remis au cours d'un espèce de rituel.

Salintus* : Un gigantesque désert de sable très dangereux. Il y a un oasis au centre mais il est peuplé d'esprit très agressif. Le désert de Salintus est aussi peuplé de fantôme Elyséens.

Musphel* : Régions montagneuse et volcanique, le sol est calciné et il y a des rivières de lave rougeoyantes. Les monstres y sont très nombreux.

Taverne d'Apellbine* : La plus grande taverne d'Asmodae *hips*