Chapitre III :

Début difficile

La citée était encore plus sombre qu'à l'accoutumé, après la fête les habitant avaient désertés les rues et seul subsistait quelques pâles lanternes blanches qui projetaient leurs lumière fantomatique sur les murs de pierre, Caym grelottait sous sa fine cape. Il avançait contre le vent, distinguant à grande peine les ombres s'élevant d'une porte ouverte dont la lumière rougeoyante illuminait le trottoir. La douce lumière l'appelait comme un feu de bois rappelle le chasseur transit de froid après la chasse.

Le jeune Asmodien s'immobilisa devant l'entrée, à l'intérieur trois hommes discutaient de manière animé, Caym se racla la gorge et en un instant les rires s'estompèrent. Les regards se tournèrent vers lui. Luz, qui avait sortit le nez de la cape de son maître, s'y ré-engouffra rapidement en sentant les regards pesant planer sur son jeune maître.

« Euh… je.. je voudrais… enfin... » balbutia l'adolescent.

« Rentre chez ta mère petit ! » le coupa l'un des hommes « ici c'est le bureau des inscription pour l'armée volontaire, c'est pas pour les mioches dans ton genre ! » aboya l'un des Asmodiens en se rapprochant de lui.

L'homme était d'allure peu engageante, une grande cicatrice barrait son visage et ses cheveux bruns hirsutes lui donnait l'apparence d'un Urside*. Les trois hommes portaient des armures de garde banales et ne semblaient pas ravis d'avoir été interrompu dans leur discussion par un gringalet frigorifié.

« Hé, attend ! Peut être que cette petite chose veut rentrer dans l'armée volontaire ! » s'exclama l'un des gardes.

Au moment ou Caym voulut répondre les trois soldats éclatèrent de rire.

« Haha ! Ouais bien sûr ! Lui ! A l'armée volontaire ! Ma grand mère pourrait être prise mais pas lui ! » le fou rire s'intensifia.

Caym sentit le rouge lui monter aux joues, de la honte ? Non ! De la colère ! Ces soldats de bas étages riaient à gorge déployé alors qu'il était le fils d'Obral Adranis, le plus grand commandant des Abysses. Il serrait les poings si fort que ses griffes s'enfoncèrent dans ses paumes glacées, laissant échapper un filet rouge.

« Oui j'ai l'intention de m'engager dans l'armée volontaire, et jusqu'à preuve du contraire rien ne m'en empêche ! » cria t-il.

L'effet escompté se produisit, les rires cessèrent dans l'instant. Mais l'humeur des trois gardes semblait s'être détériorée.

« Dit donc la Garnoulle, on peut savoir s'qui t'autorise à nous causer comme ça ! » reprit celui qui s'était rapproché de Caym.

Le jeune Asmodien frissonna, l'homme venait de le soulever de terre en l'agrippant fermement au cou. Malgré sa peur l'adolescent continuait de regarder l'homme droit dans les yeux, son regard ne trahissant nullement angoisse. Il avait jeté son ancienne vie, maintenant il devait aller de l'avant. Et ce n'était certainement pas trois crétins éméchés qui allait le décourager.

« Je-veux-m'engager » articula t-il « je dois répéter ou vous avez réussis à comprendre ? » ses yeux d'or lançaient maintenant des éclairs.

« espèce de sale petit... ! »

Caym n'entendit pas la suite car l'homme le frappa violemment au ventre, l'Asmodien aux cheveux blancs s'effondra sur le trottoir sous les rires grinçant des soldats qui était maintenant tout les trois devant lui. L'un d'eux sortit et, saisissant fermement la nuque du jeune homme entre ses griffes puissantes, il lui releva la tête en ôta son capuchon. Caym tourna son regard vers l'homme : il était encore plus grossier que son compagnon avec ses épais sourcils et son crâne chauve, il s'exclama d'un voix rocailleuse :

« Alors morveux ? On t'a fait mal ? Hein ? Répond pti'con ! » le soldat resserra son emprise sur le cou de l'adolescent. « supplie moi et peut être que je te lâcherais ».

Le jeune Asmodien serra les dents, il n'était pas question d'implorer ses imbéciles.

Mourir tabassé par des gardes ivres, pas très héroïque pensa t-il

Il jeta un regard sur son épée, il lui restait une chance.

« N'y pense même pas gamin » ricana le troisième soldat.

Incapable de bouger, Caym vit son dernier espoir s'envoler lorsque le garde jeta sa lame dans le grand bassin, la lune éclaira la chute et l'adolescent pu entrevoir l'éclat d'argent disparaître au milieu des Ampreh.

Le garde à la tête d'Urside s'approcha de lui, mais à l'instant ou un nouveau coup aurait du s'abattre l'homme recula brusquement en criant. Luz avait surgit du manteau de son maître et avait profondément plantés ses crocs dans le poignet de l'homme qui gesticulait maintenant dans tout les sens en tentant de détacher la naeda de sa chair. Ses deux compagnons observaient la scène d'un air perdus, leurs cerveaux embrumés par l'alcool tentant de comprendre d'où était sortis cette bestiole. Lorsque le soldat essaya de frapper Luz, l'animal sauta et évita de justesse la masse qui s'abattit...sur le poignet du guerrier.

Malheureusement Caym était toujours à terre, l'homme qui l'immobilisait aboya à son amis (qui tenait maintenant son poignet cassé) :

« Qu'est ce que tu fous ! Tue cette chose ! Et toi va l'aider » ordonna t-il au second « moi je m'occupe de lui » siffla t-il entre ses dents.

L'adolescent étouffa un cri quand il vit une dague étincelante sortir de la cape du garde, il était fait. Un couinement suraigus attira son attention, le troisième soldat avait réussi à capturer Luz dans un panier qu'il maintenait fermement au sol tandis que l'autre faisait tourner sa masse dans les airs, ravie de pouvoir réduire en bouillie cette sale créature.

« Non ! » hurla le jeune Asmodien, mais le soldat l'empêcha de bouger en enfonçant ses griffes acérées dans sa peau grise. L'adolescent sentit le sang glisser sur sa nuque, plus il bougeait, plus la douleur était intense. La chaleur du liquide carmin contrastait avec l'air glacial de la nuit, s'écoulant lentement de ses plaies pour venir teinter les dalles de pierres.

« Tu devrais t'inquiéter pour toi gamin » dit l'homme.

Il approcha la dague du visage de Caym, ce derniers sentit un frisson morbide lui traverser le corps.

« Tu a vraiment un jolie visage, j'en suis presque jaloux. Voyons voir si tu est toujours aussi mignon avec un œil en moins.. »

Le jeune homme aurait voulu hurler mais aucun son ne semblait vouloir sortir de sa gorge, ses yeux d'or fixés sur la dague d'argent. La lame était ondulée, c'était une arme d'assassin sans doute empoisonnée. Ce serpent scintillant allait avoir raison de lui, peut être était-ce sa punition pour avoir défié l'autorité familial. Les battements affolés de son cœur résonnaient dans son corps, étouffant les bruits alentour. Sa main sanglante se porta lentement à son médaillon, Dame Triniel... déesse de la mort allait-il bientôt contempler sa faux noire et tourner ses yeux implorant vers son visage sinistre ?

Caym ferma les yeux, le soldat était bien trop fort pour lui… il n'avait plus qu'à attendre le coup.

. . .

Mais rien ne vint, à la place il entendit une brusque exclamation puis le silence. L'adolescent aux cheveux blancs se risqua à ouvrir un œil et découvrit ses bourreaux se répandant en excuse. Soudainement réduit à l'état de créature pathétique, geignant et suppliant la sombre silhouette qui venait d'apparaître.

« Silence ! » tonna l'ombre « Vous êtes tout les trois consignés jusqu'à votre ré-affectation, et croyez moi ce sera pire qu'un cauchemar… car vous ne pourrez pas fuir vermine ! »

Son discours finit la silhouette avança vers Caym, la lumière illumina son visage, il s'agissait d'une Asmodienne et a en juger par son armure il s'agissait d'une gladiatrice. Le regard du jeune homme avisa les épaulettes en forme de dragons dont la gueule béante faisait jaillir lumière rouge telle un torrent de lave. L'ensemble était solidement harnaché par des chaînes à un corset noirs mettant en valeur une poitrine généreuse. Elle portait une jupe de plaques* surmontée d'une ceinture dont la boucle n'était rien de moins qu'un rubis brillant, ses cuissarde était renforcée de pièces de métal sombre agençées comme les écailles d'un dragon tout comme ses mitaines qui remontaient jusqu'aux coudes. Ses cheveux était noirs jais, elle les portait courts sans aucun artifice. La jeune femme rejeta en arrière une mèches sombres de son visage, ses yeux étaient couleur améthyste. Tout en elle respirait la puissance et la majesté, aucun doute cette femme était une Daeva.

« On dirait que ces imbéciles t'on malmené, je te pris de m'excuser » soupira t-elle « Ils sont sous mon commandement, j'ai manqué de vigilance... quel est ton nom ? »

« Ne vous excusez pas » répondit Caym « Je m'appelle… Kay, je suis orphelin »

« Kay ? Et bien Kay que fais-tu ici ? » reprit l'asmodienne en souriant.

« Je désire m'engager dans l'armée volontaire » acheva t-il.

« Bien » la gladiatrice s'engouffra dans la pièce suivit de prés par l'adolescent qui referma rapidement la porte.

La jeune femme s'approcha d'un grande armoire et en sortit une feuille de parchemins, un encrier munis d'une plume et un tampon rouge. Elle déposa les différents objets sur la table et, d'un signe de la main, invita Caym à s'asseoir.

« Bien, maintenant lit attentivement ce contrat et signe en bas » dit la commandante « prend ton temps » acheva t-elle en lui adressant un petit sourire.

Le jeune asmodien hocha la tête et parcourue rapidement le document des yeux :

« Le dénommé : …..., reconnaît avoir pris connaissance des closes suivantes :

-L'armée volontaire est au service de l'armée régulière.

-L'armée volontaire doit respect et obéissance aux Daevas quelque soit leurs grades.

-L'armée volontaire ne revendique aucune reconnaissance de la part de l'État.

Le dénommé : …..., s'engage à :

-Répondre à l'appel des armes partout sur le territoire Asmodien.

-Soutenir les Daevas dans leurs missions.

-Venir en aide à la population.

-Servir pendant une période de 10 à 20 ans l'armée volontaire

Le dénommé : …..., reconnaît avoir été informé des sanctions suivantes :

Toutes désertion ou fraternisation avec l'ennemi est passible de :

-Emprisonnement puis exécution sommaire.

Toutes insubordination sera référée au supérieur qui choisira la sanctions.

En cas de décès dans l'exercice de ses fonctions le corps du signataire ainsi que ses effets personnels seront remis à sa famille.

Moi, …... choisis de m'engager dans l'armée volontaire pour défendre mon pays »

Caym déglutit péniblement, puisqu'il s'engageait sous un faux nom l'armée serait dans l'incapacité de remettre son corps à sa famille au final c'était peut être mieux ainsi... sa mère ne le supporterait pas. L'adolescent remplit soigneusement le document et y apposa sa signature, d'une main il tendit le parchemin à la gladiatrice. Le tampon marqua le contrat du sceau de Pandaemonium, la femme leva les yeux vers le jeune homme. Le jaugeant du regard elle soupira, il n'était guère très âgée… à peine un enfant.

« Bien Kay, soit le bienvenu dans l'armée volontaire » elle lui tendis la main « Je suis la commandante Urakia »

L'asmodien lui serra la main, soutenant son regard violet.

« A présent suis moi à l'étage »

Le tout jeune soldat, contournant le bureau, suivi la guerrière. Ils montèrent l'escalier qui débouchait sur un long couloir au multiples portes, l'asmodienne aux cheveux noir ouvrit la première, invitant Caym à entrer. Il s'agissait d'une chambre banale, pourvue d'un lit, d'une armoire et d'un vasque de porcelaine ébréchée au dessus duquel se trouvait un miroir crasseux. Rien de comparable avec le luxe auquel l'adolescent était habitué.

« Voici ta chambre, pour ce soir. Demain tu sera envoyé à un poste de l'armée sur nos terres, alors reprend des forces et profite d'un vrais lit. » acheva t-elle avec un sourire.

L'asmodien aux cheveux blancs lui rendit son sourire, quand la femme fut partis il s'allongea sur le matelas, soulevant une fine couche de poussière qui lui chatouilla le nez.

« Atchi ! » éternua une petit forme sous sa chemise. Amusé, l'adolescent se dégagea de sa fine cape et entrouvris sa chemise de lin dont émergea la petite Luz. Lorsque la gladiatrice était apparu la naeda avait profité pour bondir hors du piège dans lequel elle était prisonnière, et se réfugier contre son maître. Lentement, le jeune homme s'approcha du miroir : il écarta ses cheveux neige laissant apparaître les plaies béantes de son cou. Il soupira, conscient que son insolence avait manqué de le perdre. L'asmodien entreprit de nettoyer ses blessures, il banda ses mains meurtries et appliqua un baume cicatrisant sur les marques de sa nuque. L'adolescent referma soigneusement le précieux produit, avant son départ il avait glissé quelques-unes de ses pommades bienfaisantes dans son sac. Ces baumes de soins était d'excellente facture, réalisés par les meilleurs alchimistes de Pandaemonium ils lui seraient sans doute indispensables lors de ses missions.

Caym retourna sur le lit et attrapa la créature dorée entre ses mains, l'installant confortablement sur son torse, lui caressant distraitement la tête. Le jeune homme sentait encore son cœur tambouriner contre sa poitrine, il avait eu une montée d'adrénaline lorsque ses hommes l'avait malmené : il n'était pas prêt de trouver le sommeil. Il réalisait encore avec peine ce qu'il avait oser faire, il avait fuit le luxe et le confort pour vivre comme un soldat dans des conditions difficile et sans réelle capacités pour le combat ! peut être suis-je fou songea t-il mais c'est terriblement grisant.

Il poussa un soupir, son esprit brûlant d'anticipation, il voulait tout voir : la forteresse d'Altgard et celle de Morheim, les terres hostiles de Beluslan ! Soudain il se redressa brusquement, son épée ! Disparu dans le bassin de la place ! Serrant les dents il frappa le mur faisant sursauter la pauvre Luz :

« Merde ! »

Le matin vint plus vite qu'il ne l'aurait cru, pourtant le sommeil l'avait fuit durant toute la nuit, son épée disparu occupant continuellement ses pensées. Lorsqu'il se réveilla Urakia l'attendait en bas, il mangea rapidement une brioche que Kalen lui avait glissé dans sa besace et ils partirent vers le pont de Vifrost au sud de la citée. Arrivé devant le téléporteur la gladiatrice le pris par les épaules :

« C'est ici que nous nous séparons, prend ceci et rend toi à l'île d'Ishalgen. Là bas tu seras sous les ordre d'un homme du nom d'Ulgorn. » Elle lui tendit un parchemin entouré d'un ruban rouge ainsi que l'écusson rouge de l'armée.

« Merci pour tout commandante Urakia » répondit Caym.

La dite commandante lui adressa un sourire affectueux et le salua une dernière fois avant de partir.

L'adolescent se dirigea vers le maître du téléporteur, soudain il intercepta une conversation :

« Tu as entendu parler de la rumeur ? »

« Laquelle ? c'est pas les rumeurs qui manque à Pandaemonium »

« Oui mais il y en a pas tellement sur la famille Adranis »

Caym s'assura que sa capuche masquait bien son visage, il se glissa doucement vers les deux bavards, tendant discrètement l'oreille.

« Il paraît que le cadet de la famille a disparu ! Son père aurait convoqué le chef de la milice pour le retrouver »

« Vraiment ? J'ai du mal à y croire »

L'asmodien sentit son sang se glacer, il avança rapidement vers le téléporteur :

« Azphelumbra, je souhaiterais me rendre sur l'île d'Ishalgen j'appartiens à l'armée volontaire ».

L'homme se figea et détailla le jeune asmodien qui lui faisait face, puis, voyant l'écusson il répondit :

« Hum… bien bien cela vous fera 200 kinahs avec la réduction pour les militaires »

Le portail apparut et l'adolescent franchit le cercle de lumière, les murs autour de lui semblèrent fondre et bientôt ses repaires disparurent. Ni haut ni bas, ombre et lumière se mélangeant dans une spirale infernal qui semblait l'avaler comme un typhon. Caym sentit son estomac se tordre et les petites griffes de Luz se planter dans sa chairs. Puis il sentit un vent glacée sur son visage et ses pieds cherchèrent le sol, en vain, il tomba lourdement sur la terre meuble.

« Oh ma tête... » gémit le l'asmodien aux cheveux blancs.

« Hé bien ça n'a pas l'air d'aller gamin ! »

Caym releva la tête, un jeune asmodien était assis sur un muret. Il portait un long manteau noirs usé et poussiéreux munis d'une capuche, tandis qu'avec une dague il taillait un long bâton de bois.

« Je te signale que j'ai seize ans ! »

« Ah bon ! Alors t'es vraiment un gamin » reprit l'autre en souriant.

« Et toi tu a quel âge ? » l'interrompit l'adolescent en maugréant.

« dix-huit ans » répondit t-il tout en continuant à sourire.

« Tu es à peine plus vieux que moi ! Et en plus je fais partie de l'armée volontaire » répliqua Caym tout en époussetant ses vêtements.

« Oh.. » répondit simplement l'autre « dans ce cas... » il écarta un pan de son manteau, laissant apparaître l'écusson rouge « Bienvenu dans l'armée des morts gamin ».

. . .

*Urside : De grand ourse avec des cornes.

*« jupe de plaque » : Les gladiateurs portent des armures lourdes, les mages et invocateurs sont en tissus et les prêtres, aèdes, éclaireur et assassin en armure intermédiaire (cuirs ou maille).