Chapitre 8 :
Hypoacousie
Le silence se fit dans le salon alors que l'adolescent remuait légèrement, tous se demandant s'il allait se réveiller. Et visiblement ce fut le cas puisque qu'au bout de deux petites minutes, le jeune homme se tendit comme un arc, respirant de manière plus désordonnée et paniquée. Immédiatement, Esmée attrapa l'une de ses mains et caressa ses cheveux de l'autre dans un geste d'une immense tendresse que remarquèrent ses enfants. Ils virent le jeune homme lever difficilement sa seconde main pour la poser sur celle de la dame qui tenait déjà l'autre. Il la toucha une seconde avant de murmurer la voix rauque :
- Esmée ? demanda-t-il comme pour confirmer que c'était bien elle.
- C'est moi, répondit-elle la voix très douce.
Mais se souvenant qu'il n'entendait rien elle imita ce qu'avait fait Carlisle. Elle prit l'une de ses mains et y écrivit doucement sa réponse, tous l'observant faire. Et lorsqu'elle l'eut fait, l'adolescent serra doucement sa main, s'y accrochant presque alors qu'il semblait extrêmement tendu.
- Il est complètement paniqué, remarqua Jasper qui sentait ses émotions. Il est terrorisé aussi, dit-il alors qu'il fixait l'adolescent dont-il sentait vivement l'état mental.
« Calme toi Nathaniel. » écrivit Esmée parlant aussi à voix haute pour que tous puissent suivre.
Elle tenta de l'apaiser un peu pendant plusieurs minutes mais l'adolescent resta visiblement stressé, tous comprenant. Lorsqu'il fut un peu plus calme, Esmée lui expliqua :
« On a terminé les examens et on a quitté l'hôpital. Carlisle attend les résultats pour savoir ce qui ne va pas. Il ne devrait pas tarder à rentrer. En attendant, tu te reposes tranquillement. Je reste avec toi. »
L'adolescent acquiesça doucement alors qu'il avait la respiration agitée.
« Essaye de respirer doucement et profondément. » conseilla-t-elle et tous virent le jeune homme essayer de se calmer mais n'y parvenant que peu. « Comment te sens-tu ? Et je t'interdis de me mentir ou de minimiser les choses. » dit-elle en intriguant les autres.
- Je... J'ai mal à la tête, bredouilla-t-il l'air hésitant et la voix faible. J'ai du mal à réfléchir. Je ne me sens pas très bien, dit-il.
« Ne t'en fait pas, ça va aller. » tenta de rassurer la dame. « Repose toi et essaye de te détendre un peu. Est-ce que tu as soif ? »
L'adolescent acquiesça doucement et il n'y eut même pas besoin de demander que Jasper était déjà parti chercher un verre d'eau, très sensible à l'état de peur et de désespoir qu'il sentait chez Nathaniel. Aussi, il revint rapidement avec la boisson alors qu'Esmée redressait délicatement le jeune homme qui se laissait faire, l'aidant ensuite à boire en remerciant Jasper qui lui sourit avant de retourner s'asseoir avec Alice. La mère réinstalla finalement l'adolescent, le couvrant soigneusement et rafraîchissant son visage en mouillant le linge dans la bassine d'eau.
- Merci Esmée, bredouilla l'aveugle avec une véritable reconnaissance que l'empathe perçut mieux que personne.
« N'hésite pas à demander si tu as besoin de quelque chose. Tu as faim ? » demanda-t-elle avec une grande attention.
- Non, ça va, assura Nathaniel la voix faible.
« Repose toi tranquillement alors, je veille sur toi et Carlisle ne devrait pas trop tarder. »
Le jeune acquiesça et resta tranquille tout en tenant fermement la main d'Esmée, s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage l'empêchant de se noyer. Il tremblait encore sans discontinuer, peinant à respirer alors qu'il était terriblement pâle et fiévreux. La mère caressait doucement ses cheveux, essayant visiblement de le rassurer et de le tranquilliser.
- Je n'entend pas ses pensées, remarqua soudainement Edward qui fixait le jeune homme visiblement très intrigué.
Tous le regardèrent, très surpris eux aussi.
- Comme Bella ? demanda Alice.
- Non, c'est différent, expliqua le télépathe qui regardait Nathaniel. Avec Bella, c'est juste vide, comme si elle ne pensait pas. Lui c'est comme si je ne pouvais pas entrer dans son esprit, comme s'il y avait un mur pour protéger ses pensées. Je ne peux pas les entendre, dit-il en regardant l'aveugle avec une immense curiosité.
- Et bien, commença Emmet après un moment de silence, Bella n'est probablement pas la seule au monde à être particulière, avança-t-il alors que tous pouvaient admettre cela même si ça les surprenait beaucoup.
- En y pensant, je n'ai pas eu une seule vision sur lui, remarqua Alice, j'en ai eu plusieurs sur Bella.
- Et si je sens très bien ses émotions, je ne pense pas que j'arriverais à les manipuler, ajouta Jasper. C'est comme s'il y avait une protection.
- C'est étrange, remarqua Esmée, mais je pense qu'Emmet a raison, Bella ne doit pas être la seule au monde.
- Pourquoi lui as-tu demandé de ne pas te mentir et de ne pas minimiser ? demanda Rosalie.
- Nathaniel est quelqu'un d'habitué à la solitude, commença-t-elle. Il a perdu sa famille et la vie à voulu qu'il soit seul. Il n'a pas l'habitude d'être aidé, ça Carlisle et moi l'avons bien compris, et il ne sait pas demander l'aide des autres. Il s'est toujours débrouillé par lui même. Il n'a pas eu la vie facile. Il ne se plaint jamais, même quand ça ne va pas. Et il minimise toujours les choses. Quand il a un problème, il ne dit rien. Il faut toujours qu'on le remarque nous même et qu'on le pousse à nous le dire. Il le fait sans vraiment s'en rendre compte mais le fait est qu'il aurait été capable de me dire que ça allait alors que ce n'est manifestement pas le cas. Quand il dit « j'ai mal à la tête », moi je suis sûr qu'il a une migraine carabinée. Et quand il dit « je ne me sens pas très bien », moi je suis sûr que ça ne va pas du tout.
- Il doit bien dire quelque chose un moment ou un autre, remarqua Bella.
- Non, répondit Esmée. Il faut toujours le pousser, sinon, il se cache et il ne dit rien. Au début, peu de temps après son accident, les soins étaient toujours douloureux pour lui sans compter qu'il avait toute la journée des douleurs et il ne s'est jamais, jamais plaint. Et pourtant, il aurait des dizaines de raisons de le faire.
- Comment ça ? Demanda Alice.
- En plus de son état de santé et de tout ce qui lui est tombé dessus ces derniers temps, Nathaniel à une vie extrêmement modeste, expliqua-t-elle. Il n'a que très très peu de moyens et s'il veut avoir au moins quelques mois pour se faire à la cécité et trouver du travail, il doit se restreindre. Et il le fait. Il se limite au strict, strict nécessaire et il ne s'autorise aucun écart. N'importe qui s'en plaindrait, lui, il vous dirait simplement qu'il y a des gens qui vivent dans des conditions bien pire et qu'il n'a pas à se plaindre, raconta-t-elle en regardant tendrement le jeune homme qu'elle cajolait toujours tranquillement.
- Ça ne doit pas être si terrible que ça, relativisa Bella.
- Comparé aux africains, non ce n'est pas si terrible, ironisa Esmée. Comparé à l'américain moyen, c'est autre chose, remarqua-t-elle gravement.
- Quoi par exemple ? Demanda Emmet aussi curieux que les autres de connaître le jeune homme protégé par ses parents.
- Tout les aspects de sa vie sont concernés, soupira Esmée. Par exemple, et bien sa garde robe au complet rentre dans un petit sac de sport. Dans ses placards, il n'y a que des produits très basiques. Il ne s'offre pas de viande autre qu'une plaquette de jambon, il ne s'achète rien pour se faire plaisir. Il ne possède quasiment rien.
- Et vous ne croyez pas que c'est pour l'argent qu'il se rapproche de vous ? demanda Bella.
Les vampires hormis Esmée ne furent pas vraiment choqués par la question même s'ils ne l'auraient pas posé si abruptement. Mais ils savaient tous que l'argent et le statut de leur famille attiraient les convoitises. Alors la question se posait forcément pour eux qui ne connaissaient pas du tout l'adolescent. Par contre Esmée parût choquée :
- Nathaniel, profiteur ? demanda-t-elle un peu incrédule. Il ne l'est pas du tout. Il ne sait même pas que l'on a de l'argent ou une belle maison. Il refuse toujours catégoriquement que l'on dépense le moindre centime pour lui. Carlisle et moi voulions lui offrir un livre pour apprendre le braille, il a insisté pour nous le rembourser. Au tout début, j'avais fait quelques courses pour remplir son frigo et il n'a pas voulu que je lui offre. Il me les a remboursé. Quand on est allé faire les courses ensemble, il a même refusé que je lui offre un simple paquet de bonbon. Quand j'ai voulu lui offrir les premières courses, il m'a dit qu'il ne voulait pas que je dépense quoi que ce soit pour lui, que notre aide à moi et Carlisle était déjà beaucoup. Il a supposé qu'avec notre grande famille et l'unique salaire de Carlisle, nous vivions de manière ordinaire dirons nous et qu'il ne voulait pas qu'on lui offre quoi que ce soit. Nous ne lui avons jamais dit que nous avions les moyens mais même s'il savait, il nous a déjà clairement fait savoir que l'on pourrait être richissime qu'il n'accepterait pas pour autant.
Elle marqua une pause, observant l'adolescent qui s'accrochait toujours à sa main et qui n'allait pas mieux, au contraire. Elle humidifia de nouveau son linge d'eau fraîche avant d'en tamponner doucement son front et ses joues brûlantes.
- Merci Esmée, bredouilla difficilement l'aveugle.
La dame sourit légèrement, murmurant que ce n'était rien même s'il ne l'entendait pas. Elle remonta un peu plus la couverture sur lui, serrant doucement sa main et caressant ses cheveux.
- Nathaniel est une personne remarquable, reprit-elle pour ses enfants. Il se contente de très peu et même s'il n'a presque rien, il est prêt à tout partager sans restriction. Lorsque je lui prépare à manger, il s'inquiète toujours de ce que moi je vais manger, dit-elle en les faisant sourire. Il pense aux autres avant de penser à lui. Il ne se plaint pas et ne réclame jamais rien. Il n'est pas ce genre de personne intéressé très loin de là. C'est quelqu'un de très simple et de très modeste.
- Tu veux bien nous en dire un peu plus sur sa personnalité ? demanda Jasper avec intérêt alors qu'il observait toujours le jeune homme.
Il sentait sa panique et sa peur face à la situation présente. Il percevait aussi son état de confusion à cause de la fièvre. Il sentait sa véritable et profonde reconnaissance envers l'aide et le confort que tentait de lui apporter la brune. Et il percevait le réconfort qu'il trouvait dans le contact avec Esmée. Il avait envie d'en savoir plus. Sa mère d'adoption sourit légèrement, observant l'adolescent avec une véritable tendresse :
- Il est très gentil, dit-elle, très calme. Il est aussi très tolérant et très ouvert d'esprit. Il est intelligent et sage. Parfois lorsqu'il parle, on a l'impression qu'il est plus vieux que Carlisle, expliqua-t-elle en les surprenant. Il est lucide et objectif, réfléchi. Et il a énormément de courage et de force.
Il y eut moment de silence et ce fut Nathaniel qui le brisa, parlant d'une voix mal assurée et faiblarde :
- Esmée ? appela-t-il.
Elle serra sa main en réponse, portant toute son attention sur lui.
- Nous... nous ne sommes pas chez moi... n'est-ce pas ? remarqua-t-il difficilement alors qu'il sentait bien qu'il n'était ni sur son lit ni sur son fauteuil qui n'étaient pas si confortables.
« Non, tu es chez moi. Dans mon fauteuil. » expliqua-t-elle en écrivant dans sa main et en parlant à voix haute pour que tous puissent suivre.
- Pourquoi ? demanda-t-il alors que Jasper le sentait soudain gêné.
« Carlisle et moi pensions que tu serais mieux ici. Et comme ça, on pourra veiller sur toi et te soigner. » expliqua-t-elle.
- Ce n'est pas utile, répondit le jeune homme la voix rauque. Je peux rentrer.
« Il n'y a plus d'eau chaude et plus de chauffage chez toi. Il fait bien trop froid pour toi. Et comme ça, Carlisle et moi, nous pourrons nous occuper de toi. » dit-elle.
- Je peux... je peux me débrouiller, murmura l'adolescent. Inutile de vous embêter ainsi, souffla-t-il en faisant mine de se redresser.
Esmée le garda allongé d'une main à la fois douce et ferme.
« Reste allongé Nathaniel. Tu dois te reposer et te détendre. Et ça ne me dérange pas, pas plus que Carlisle. Alors tu vas te reposer tranquillement et nous laisser t'aider. Tu seras plus à l'aise ici et nous serons toujours avec toi. » plaida-t-elle doucement alors qu'elle était toujours très inquiète pour lui en voyant que son état ne s'améliorait pas.
- Mais..., répondit-il difficilement en ayant visiblement du mal à organiser ses paroles. Je... Tes enfants. Je ne veux pas vous déranger jusque chez vous, expliqua-t-il. Toi et Carlisle, vous... vous me donnez déjà beaucoup de votre temps... je...
Esmée posa un doigt sur sa bouche pour le faire taire alors qu'il luttait pour parler, tous observant l'adolescent. Ils étaient un peu surpris par son discours même si Esmée leur avait expliqué. Et Jasper l'était encore plus alors qu'il sentait sa panique et sa peur, sentant que seul le contact de sa mère le rassurait un peu. Il devait mourir d'envie de rester avec elle pourtant, il avait peur de les gêner et pensait d'abord à eux.
« Calme toi. Ne t'en fais pas, tout va bien. Tu ne nous gênes pas et tu ne nous déranges pas c'est promis. Ne t'inquiète pas pour ça. Carlisle et moi, on t'aide avec plaisir, on te l'a déjà expliqué. Tu ne nous déranges pas, au contraire. Alors tu vas juste te reposer et nous laisser faire. Tu vas te détendre et ne penser qu'à toi. On ne te laissera pas tout seul dans cet état, c'est hors de question. » lui écrivit-elle.
Il y eut un petit moment de silence mais finalement Nathaniel répondit :
- Merci Esmée, merci, dit-il faiblement avec émotion.
« Ce n'est rien. Repose toi. » lui répondit-elle en caressant ensuite ses cheveux.
Le jeune homme redevint silencieux, serrant juste la main de la dame. Celle-ci releva le regard vers ses enfants qui observaient attentivement, Nathaniel complètement inconscient de leur présence.
- Vous voyez, remarqua-t-elle. Il essaye toujours de refuser lorsqu'on veut l'aider, il a toujours peur de déranger.
- Il joue peut-être la comédie, lança Bella en s'attirant un regard noir d'Esmée.
- Oh non, intervint Jasper qui observait intensément l'aveugle. Il était vraiment très gêné lorsqu'Esmée lui a dit qu'il était ici. Il était vraiment très inquiet de nous embêter. Il est terrorisé et paniqué par sa situation, il n'y a que le contact d'Esmée qui parvient à le calmer un peu mais il pense d'abord à nous. Et je n'ai jamais senti une si grande reconnaissance. Il est extrêmement reconnaissant pour l'aide d'Esmée et Carlisle. Il en est très profondément touché, expliqua-t-il alors qu'il semblait ému lui aussi. Je n'ai jamais senti une telle profondeur d'émotion, bredouilla-t-il captivé par le jeune homme. Il est d'une sincérité pure. Mais il est complètement affolé aussi et désemparé, très éprouvé.
Edward regardait son frère, lisant ses pensées, touché lui aussi alors qu'il le sentait vraiment ému par l'aveugle. Esmée elle, se mit à cajoler davantage son protégé, voulant le rassurer et le réconforter. Il y eut un moment de silence mais l'attention générale se porta vers l'entrée lorsqu'il y eut du bruit. Et très vite, ils repérèrent Carlisle qui arrivait, l'air inquiet. Il tenait sa sacoche et vint directement au salon. Il regarda sa famille une seconde mais toute son attention se porta rapidement sur Nathaniel.
- Comment va-t-il ? demanda-t-il en s'approchant et en déposant son sac près du canapé.
- Il s'est réveillé mais il ne va pas mieux du tout, répondit Esmée.
Le médecin s'assit au bord du fauteuil, juste à côté de l'adolescent qui sursauta en le sentant s'installer. Immédiatement, le blond prit l'une de ses mains et comme pour Esmée, le jeune homme l'ausculta de ses doigts.
- Carlisle ? demanda-t-il après quelques secondes.
Le vampire sourit et serra sa main en réponse, la prenant ensuite pour y écrire :
« C'est moi. » confirma-t-il en parlant aussi à voix haute. « J'ai eu tout tes résultats. Ne t'en fais pas, ton ouïe va revenir, ce n'est pas permanent. » annonça-t-il tout d'abord alors qu'un soulagement énorme sembla déferler sur l'adolescent qui se détendit visiblement même si ce n'était pas complètement.
- Oh bon sang, merci, bredouilla-t-il la voix tremblante. Merci.
Carlisle sourit, comme Esmée, tout deux très soulagés par la nouvelle. Il laissa un moment au jeune homme pour se remettre, puis il lui expliqua, écrivant dans sa main :
« Tu fais ce qu'on appelle une hypoacousie. Dans ton accident, tu as une une commotion cérébrale et ça a laissé aussi des micro lésions bénignes sur tes oreilles internes. Ça aurait guéri tout seul mais tu es tombé malade. Tu fais une infection et elle a touché tes oreilles internes fragilisées. Je ne vais pas tout t'expliquer, ce serait trop long, mais c'est à cause de ça que tu n'entends plus rien. L'hypoacousie est aussi favorisée par le stress et l'angoisse. Normalement ça n'arrive qu'à une oreille à la fois, c'est rare que ça arrive aux deux en même temps. Mais ne t'en fais pas, je vais te donner les bons médicaments et d'ici quelques jours, tu devrais entendre de nouveau normalement. »
Nathaniel soupira avec un soulagement palpable que tous pouvaient comprendre aisément. Il essaya de se redresser un peu et immédiatement, Jasper prit la parole, à l'affût de la moindre émotion du jeune homme.
- Il craque un peu, dit-il, il était complètement paniqué jusque là. Ses nerfs lâchent.
Comprenant, Carlisle aida précautionneusement l'adolescent à s'asseoir et c'est sans hésitation qu'il le prit contre lui, le serrant doucement dans ses bras alors que Nathaniel posait son front contre son épaule, cherchant son appuis. Le médecin avait toujours été là pour lui offrir protection et réconfort lorsqu'il se sentait craquer et il fut là une fois de plus alors qu'il avait terriblement besoin de se laisser aller un peu. Le blond le tint contre lui et caressa ses cheveux. Et il laissa l'enfant sangloter sans larme contre lui, se soulageant de la peur panique qu'il devait ressentir depuis qu'il s'était rendu compte qu'il n'entendait plus rien. Esmée se rapprocha et posa une main sur la frêle épaule de son protégé. Carlisle garda très précieusement l'adolescent dans ses bras, heureux lui aussi qu'il n'ait pas à subir une nouvelle catastrophe. Ses enfants le regardaient, à la fois attendris et surpris. Jasper sentait le soulagement de ses parents de savoir que l'aveugle allait guérir. Et il sentait leur immense affection pour lui, leur attachement au jeune homme.
Tous observèrent le médecin bercer Nathaniel dans ses bras un long moment, le laissant se calmer tranquillement en le réconfortant. C'était un peu étrange alors que si Carlisle était gentil et doux, il lui était très rare de faire quelque chose de la sorte ne serait-ce qu'avec sa famille. Il se sépara finalement de lui, l'aidant à s'asseoir correctement dans le canapé, adossant son dos au dossier. Il reprit ensuite sa main pour y écrire.
« Tu dois te reposer et surtout te détendre. Tu vas rester à la maison avec nous et on va s'occuper de toi. Sans discussion, n'essaye même pas. Je veux juste que tu te reposes et que tu ne penses à rien. Je me charge de te soigner et ça ira vite mieux c'est promis. » assura-t-il.
- Merci, répondit faiblement l'adolescent visiblement touché.
- Il a déjà mangé aujourd'hui ? demanda le blond à Esmée.
- Non, pas encore, répondit-elle. Je vais aller chercher quelques affaires chez lui et j'irais faire quelques courses en revenant pour lui préparer un bon repas, annonça la brune. Tu restes avec lui ?
Carlisle acquiesça immédiatement et la brune se leva pour faire ce qu'elle avait dit. Mais avant de partir, elle prit la main de l'adolescent pour y écrire :
« Je vais aller te chercher quelques affaires chez toi. Toi, tu restes tranquille et tu te reposes. Carlisle reste avec toi. Ne t'inquiète de rien surtout. »
Le jeune homme acquiesça doucement et elle sourit. Posant sa main sur sa joue, elle alla embrasser son front, prouvant une fois de plus à tous son attachement pour lui. Et tous virent aussi que l'adolescent était surpris par le geste. Il eut ensuite un imperceptible soupir de bien-être et un micro sourire leur démontrant qu'il avait apprécié. Seul Jasper put réellement sentir la très grande surprise puis l'immense bonheur que ce simple signe d'affection avait éveillé en lui. Ce baiser semblait être le plus beau trésor du monde pour lui. Esmée fit ensuite mine de s'en aller mais Rosalie et Alice l'interpellèrent, demandant si elles pouvaient venir avec elle. La mère approuva après une courte réflexion et les trois femmes s'en allèrent. Tous reportèrent alors leur attention sur Carlisle et Nathaniel, le blond reprenant sa main pour lui dire quelque chose, parlant aussi à voix haute :
« Je vais te faire une injection de médicaments puis je pense qu'un bain bien chaud te ferais du bien. Ce n'est pas bon de rester couvert de sueur comme ça. Et ensuite, Esmée te fera à manger et tu te reposeras. On a une chambre d'ami que tu pourras prendre le temps qu'il faudra. Je crois qu'Esmée sera encore plus aux petits soins pour toi maintenant qu'elle t'a à la maison. » écrivit-il en souriant.
- Elle en fait déjà beaucoup trop, répondit faiblement Nathaniel la voix hachée. Vous en faites déjà beaucoup trop et... et je ne peux rien... rien vous donner en échange, bredouilla-t-il en surprenant les trois vampires et l'humaine qui écoutaient encore.
« On ne te demande rien en échange. Ne t'en fais pas pour ça. Ça va, d'accord ? » lui répondit Carlisle.
Le jeune aveugle approuva avec hésitation.
« Maintenant tu te détends et tu me laisses faire. » ajouta le blond.
Encore une fois, le jeune homme acquiesça faiblement. Carlisle, assis à côté de lui, remit en place la couverture sur lui avant d'attraper sa sacoche. Il sortit plusieurs choses et prépara une injection. Les vampires se tendirent en comprenant ce que cela impliquait.
- Carlisle, il va y avoir du sang, remarqua Jasper tendu.
- Esmée ne vous a pas dit ? Son sang ne vous fera aucun effet, il ne vous fera pas plus d'effet qu'un verre d'eau ne vous en faîtes pas, rassura-t-il alors qu'il commençait à relever doucement la manche droite de Nathaniel.
Ce faisant, tous le regardèrent faire et personne ne manqua les lourdes marques de brûlures qui couvraient sa main et son avant bras.
- Beurk, murmura Bella en faisant la grimace et en s'attirant le regard sévère de Carlisle sans s'en rendre compte.
- Qu'est-il arrivé à sa main ? demanda Jasper.
- Elle a été lourdement brûlée dans son accident, expliqua le médecin tout en faisant son injection. Son pouce, son index, une partie de sa paume et du dos de sa main sont insensibles à cause de ça, dit-il tristement. C'est à peine guéris, continua-t-il en regardant la peau très fine encore rougie. En parlant de ça, remarqua-t-il en fronçant les sourcils et en examinant minutieusement sa main et son bras, un bonne crème nourrissante et hydratante ne serait pas de trop, murmura-t-il pour lui même.
Il remit la manche de Nathaniel en place une fois qu'il eut terminé, agissant dans chacun de ses geste avec une douceur encore plus grande qu'à son habitude. Et les trois vampires ne purent que constater qu'en effet la goutte de sang qui avait perlé ne leur avait fait aucun effet, Jasper extrêmement soulagé. Carlisle donna ensuite plusieurs gélules à l'adolescent, l'aidant à boire pour les avaler et lui expliquant que cela agirait contre son mal de tête, l'aiderait à se détendre et soulagerait sa fièvre et ses vertiges, l'injection prenant en charge l'infection et les dommages de ses oreilles internes.
- C'est aussi dans l'accident qu'il a eu cette cicatrice au visage ? demanda Emmet.
- Oui, confirma le médecin. Ses blessures ont laissé pas mal de marques malheureusement.
- Il était si grave que ça cet accident ? demanda Edward.
- Oui, répondit Carlisle. Pour vous faire une idée, je pense que ceux qui l'ont secouru ont dû le trouver dans un état approchant celui dans lequel était Emmet lorsque Rosalie l'a sauvé, dit-il en figeant les trois frères et surtout le concerné. Ça a dû être juste pour lui sauver la vie. Il vient à peine de récupérer et encore, il faudra un moment pour que tout soit vraiment complètement guéris. Il est encore très fragile, surtout avec sa santé qui flanche. Ce n'est pas facile pour lui et il n'a personne hormis moi et Esmée pour l'aider.
- Il va rester ici longtemps ? demanda Bella.
- Au moins le temps qu'il guérisse, répondit Carlisle. Ensuite, il faudra qu'on voit pour faire réparer sa chaudière parce qu'il est absolument hors de question qu'il retourne dans cette maison pour le moment. Il y fait bien trop froid et très franchement, il y a bien plus confortable. Ce serait moi, il resterait là, murmura-t-il.
- Esmée nous a dit que tu avais envisagé de le transformer, remarqua Edward.
- Oui, j'ai commencé à l'envisager quelques jours après l'avoir rencontré, avoua-t-il simplement.
- Pourquoi ? demanda le télépathe qui ne comprenait pas. Tu n'envisages jamais ça pour quelqu'un comme lui d'habitude. Il n'est pas mourant.
- Il n'est pas mourant c'est vrai, mais avec son état de santé, il n'aura jamais une vie normale. Il est seul, il n'a pas et n'a jamais eu de véritable famille. Ses moyens financiers sont très limités. Autrement dit, en se restreignant au maximum et s'il n'a pas de pépins entre deux, ce qui est mal parti, il a un peu moins de deux ans pour se faire à la cécité et trouver du travail pour vivre. Dans sa situation, autant le dire : c'est quasi impossible. Ensuite, il est à la rue. Mais ce n'est pas sa santé ou sa situation qui m'a mis cette idée en tête. Il n'est malheureusement pas le seul au monde à être dans une situation difficile.
- Qu'est-ce que c'est alors ? demanda Emmet aussi curieux que les autres.
- Et bien disons que je me suis pris d'affection pour lui, répondit Carlisle en souriant et en regardant doucement l'adolescent. J'aimerais lui donner ce qu'il n'a pas et lui rendre ce qu'il a perdu.
- Vous n'êtes pas son père Carlisle, remarqua Bella agacée par l'évidente tendresse que le médecin avait pour l'adolescent.
- Peut-être, releva celui-ci, mais son père est mort il y a bien des années de ça et je l'aurais volontiers été pour lui. Il n'a guère mérité tout ce qui lui tombe dessus. Nathaniel est une personne en or, il est très attachant, bienveillant et généreux. Il mérite d'avoir une famille pour veiller sur lui, dit-il. Mais pour le moment, même si j'y pense et que je garde cette idée, la transformation n'est pas d'actualité alors ne vous posez pas trop de question là dessus. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, dit-il en prenant la main du jeune homme qui n'avait pas bougé et été resté dans le même état.
« Je vais t'emmener prendre un bain. » écrivit-il.
Nathaniel approuva faiblement et tous regardèrent Carlisle le couvrir soigneusement avant de le prendre très délicatement dans ses bras.
- Je peux marcher Carlisle, protesta doucement l'aveugle.
Le médecin poursuivit pourtant son geste, montrant ainsi ce qu'il en pensait et lorsqu'il fut bien installé dans ses bras, la tête posée sur son épaule, Nathaniel le remercia la voix basse. Le blond le serra un peu plus en réponse et se dirigea tranquillement vers l'étage, laissant ses enfants et Bella discuter entre eux. Il gagna la salle de bain et déposa Nathaniel sur un siège, lui expliquant qu'il allait lui faire couler un bain bien chaud.
- Je ne me souviens même pas de la dernière fois où j'ai pris un bain, remarqua l'adolescent pour lui même si Carlisle l'avait parfaitement entendu.
Les fois où il avait pris un bain se comptaient sur les doigts d'une main. Il avait toujours pris des douches. En faites, le seul bain dont-il se souvenait était celui qu'il avait pris dans la salle de bain des préfets pendant sa quatrième année. Le blond alla faire couler le bain, l'ajustant à la bonne température, puis il monta le chauffage de la pièce pour qu'il y fasse bien chaud. Il sortit des serviettes et prépara des produits de bains qu'il déposa au bord de la baignoire. Il revint ensuite vers le jeune homme, prenant sa main en le faisant sursauter.
« Est-ce que tu veux de l'aide pour te laver ? » demanda-t-il.
- Non, ça va aller merci, répondit-il la voix toujours faiblarde. Si tu peux juste me dire où est le bain.
« Je t'y conduirais. Par contre, notre maison est très lumineuse donc tu ne pourras pas retirer ton bandeau. Je vais t'attacher les cheveux pour ne pas les mouiller. Esmée pourra t'aider à les laver plus tard si tu veux. Elle ne devrait pas tarder à rentrer avec tes affaires, mais prend ton temps pour profiter du bain. Ça te fera du bien et ça te détendra. »
Nathaniel acquiesça d'un petit signe de tête et laissa le blond lui relever et lui attacher les cheveux avec soin. Il lui retira ensuite la couverture et l'aida à se lever pour aller près du bain. C'est lourdement que l'adolescent s'appuya sur lui pour faire les quelques pas le séparant de la baignoire. Carlisle le soutint, voyant bien qu'il était épuisé et qu'il avait bien du mal à tenir sur ses pieds alors que ces quelques pas avaient suffis à l'essouffler complètement, lui donnant le vertige. Il l'assit au bord du bain qui se remplissait vite, le tenant d'une main et écrivant dans la sienne de l'autre :
« Il y a des serviettes juste là, à droite et le savon est juste à côté. Je serais dans la pièce à côté alors au moindre soucis, tu m'appelles tout de suite. À la moindre chose Nathaniel, n'hésites pas si tu ne te sens pas bien ou si tu as besoin de quelque chose. Lorsque tu auras fini, enroule toi dans une serviette et appelle moi. Il vaut mieux que tu mettes des vêtements propres. Esmée devrait être rentrée d'ici là donc je te les amènerais. D'accord. »
Le jeune homme approuva et le vampire le laissa seul pour rester juste derrière la porte, surveillant avec attention les bruits dans la pièce pour être sûr que tout allait bien. Nathaniel prit son temps pour retirer ses vêtements alors que sa tête tournait affreusement et qu'il se sentait toujours aussi mal, manquant de force. Mais la perspective d'un bain était vraiment tentante. Il était soulagé maintenant. Soulagé que Carlisle et Esmée soient vite venus à son secours alors qu'il était plongé dans la panique. Il leur en était extrêmement reconnaissant. Il avait été très heureux lorsque Carlisle l'avait serré dans ses bras en le trouvant chez lui, ça l'avait déjà un peu rassuré alors qu'il n'était plus seul. Et puis le médecin et sa femme avaient pris les choses en main alors qu'il était bien incapable de réfléchir rationnellement dans sa panique, sa peur et son malaise. Il était terrorisé par ce silence qui venait s'ajouter à l'obscurité. C'était affreux alors qu'il avait l'impression d'être prisonnier de son corps, d'être complètement isolé du reste du monde. Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir entendre la voix de Carlisle ou Esmée. C'était horrible alors que hormis du bout de ses doigts, il n'était plus capable de vraiment percevoir son environnement. C'était absolument terrifiant. Quelqu'un pourrait être là avec une épée à dix centimètres de sa gorge et il ne s'en rendrait même pas compte. C'était affolant.
L'arrivée de Carlisle et Esmée lui avait fait un bien énorme alors que leur simple présence l'avait déjà rassuré. Puis ils étaient allés à la clinique mais il s'était senti perdre sa concentration et sa conscience au fil des minutes. Il avait eu énormément de mal à comprendre les questions que le médecin avait écris dans sa main et il avait eu autant de difficulté à y répondre. Puis il avait définitivement sombré, incapable de résister plus longtemps. Il avait été heureux de trouver Esmée à ses côtés à son réveil alors que la panique était très vite revenue en constatant qu'il était toujours plongé dans ce silence trop parfait. Il avait été immensément gêné de savoir qu'il avait été amené chez ses bienfaiteurs. Il ne voulait pas les déranger et déranger leur famille ainsi, ils faisaient déjà tant pour lui. Mais Esmée puis Carlisle avaient insisté, disant que ça ne les gênaient pas. Il avait du mal à y croire, ça ne plairait certainement pas à leurs enfants. Il devait sérieusement leur taper sur les nerfs et il se promit de s'excuser lorsqu'il les rencontrerait. C'était la moindre des choses. Et aussitôt que ça irait mieux, il partirait. Et sans se mentir, ça le rassurait beaucoup d'être avec le couple alors qu'il se sentait plus perdu et paniqué que jamais. Sa peur ne s'était absolument pas amoindrie ce dernier mois malgré ses légers progrès et là c'était trop, bien plus qu'il ne pouvait en supporter en plus du reste.
Heureusement, il était maintenant rassuré, son ouïe allait revenir, ce n'était pas définitif. Apprendre cela lui avait permis de respirer de nouveau et de faire refluer sa panique en partie. Mais il ne serait pas vraiment tranquille tant qu'il n'entendrait pas de nouveau même s'il avait toute confiance en Carlisle. Il était terrorisé à l'idée de rester sourd et il était très heureux et rassuré d'avoir Carlisle et Esmée avec lui pour traverser cette épreuve. Il se déshabilla lentement, déposant ses vêtements trempés de sueur sur un tas non loin de là. Puis il glissa sa main le long de l'intérieur du bain, touchant bientôt l'eau d'une température idéale. Et cela attira un léger sourire sur ses lèvres alors qu'il anticipait déjà le véritable moment de bonheur que cela allait être. Précautionneusement, alors qu'il était assis sur le bord, il pivota pour entrer une jambe à la fois dans la baignoire avant de se glisser doucement dans l'eau chaude. Un instant plus tard, il fut installé et il soupira de bien-être. Ça faisait un bien fou alors qu'il avait encore froid un instant plutôt. Là, l'eau chaude l'entourant comme un cocon le soulageait un peu même si la fièvre le faisait encore trembler.
Lorsqu'il sentit qu'il avait de l'eau jusqu'à la poitrine, il chercha les robinets et les ferma avant de se réinstaller pour ne plus bouger. Il se sentait terriblement faible alors qu'il avait encore très mal à la tête, la fièvre le faisant se sentir mal et confus. Mais très vite, il se détendit un peu dans l'eau chaude qui décontractait naturellement son corps, le réchauffant et l'anesthésiant légèrement. Ça faisait vraiment du bien, Carlisle avait raison. Il en profita pendant quelques minutes et pour lui qui n'avait pas l'habitude de prendre soin de lui même et de se faire du bien, il eut l'impression d'en avoir profité comme le médecin lui avait demandé de le faire. Il chercha le savon à tâtons et le trouva finalement avec un gant de toilette. Il se lava lentement alors qu'il se sentait lourd et engourdit, sans force. Et une fois fait, il dut faire un effort titanesque pour se lever et sortir, manquant de tomber alors qu'un violent vertige le prenait et que son corps semblait doubler de poids une fois sortit de l'eau. Il n'alla pas loin, s'asseyant au bord du bain, essoufflé et tremblant. Il mit un moment à trouver les serviettes mais y parvint finalement se séchant lentement. Il s'enroula ensuite dans le grand drap de bain et appela Carlisle d'une voix faiblarde, espérant qu'il l'entendrait.
Et le médecin l'entendit évidemment sans mal comme tout les vampires de la maison qui écoutaient attentivement ce qu'il se passait autour du jeune homme, curieux. Il avait surveillé attentivement son protégé, restant derrière la porte. Il avait entendu et sourit à son soupir de bien-être alors qu'il entrait dans l'eau. Et il avait parfaitement perçu qu'il avait beaucoup de mal. Sa respiration était toujours rapide comme son rythme cardiaque mais c'était normal. Il l'avait entendu se laver tranquillement pour ensuite sortir. Il en fut un peu surpris alors que pour lui, profiter d'un bain voulait dire s'y prélasser une bonne demi heure au moins. Nathaniel n'y était resté qu'un petit quart d'heure et il eut un instant peur qu'il ait été pris d'un malaise. Aussi, il entra rapidement lorsqu'il l'appela, s'avançant vers le jeune homme enroulé dans la grande serviette blanche qui rendait encore plus évident son teint pâle et maladif, comme la rougeur de ses joues. L'adolescent sursauta lorsqu'il prit sa main et précairement assis au bord du bain, il manqua de tomber à la renverse. Carlisle le rattrapa et le stabilisa immédiatement, le laissant se calmer quelques secondes avant d'écrire dans sa main :
« Tout va bien ? » demanda-t-il.
- Oui, répondit l'adolescent la voix faible et rauque. Merci pour le bain, ça fait du bien.
« De rien, ce n'est pas grand chose. Esmée vient de rentrer je crois, j'entends la porte. Tu vas pouvoir t'habiller et ensuite ce sera un bon repas puis repos. » annonça-t-il.
Il trouvait le jeune homme encore bien trop tendu et anxieux mais il pouvait comprendre. Déjà qu'il était toujours constamment crispé normalement, dans ces circonstances, il était compréhensible que ce soit pire encore. Nathaniel n'était pas facile à détendre et encore une fois, il pouvait comprendre avec tout ce qui lui tombait dessus. Il n'avait pas l'air bien aussi, il le prévint et le reprit dans ses bras, préférant aller l'asseoir dans le siège de la pièce à côté du chauffage plutôt que de le laisser en équilibre précaire au bord du bain. Et très vite, Esmée les rejoignait avec le petit sac contenant les affaires du jeune homme. Carlisle se chargea de leur petit protégé alors que la brune redescendait pour aller faire un bon repas pour lui. Et le médecin ne manqua pas la discussion de ses enfants au salon.
Alice et Rosalie avaient en effet rejoint les autres au salon après avoir déposé les petites courses faites par Esmée à la cuisine.
- Esmée n'avait vraiment pas exagéré en disant qu'il se restreignait sur tout, souffla Alice d'un ton triste en venant s'asseoir près de son homme.
- Pourquoi ? demanda Bella.
- Je ne pense pas qu'on puisse faire plus... modeste comme maison, répondit Rosalie.
- Elle est tellement triste cette maison, continua Alice. Il n'y a rien, pas la moindre décoration, pas le moindre souvenir, pas la moindre distraction. La seule chose qu'il y a c'est un poste radio miteux. Tout ce qu'il possède, si on enlève les meubles qui sont déplorables, doit rentrer dans deux cartons et encore je n'en suis pas sûr. Il n'y a vraiment aucun confort.
- Je ne me servirais même pas ce cet endroit pour loger un chien, fit remarquer Rosalie avec une grimace. C'est minuscule, on dirait un cagibi.
- Et comme tout est fermé, il y fait terriblement sombre et ça transpire la tristesse et la solitude, continua sa sœur.
Personne ne répondit, restant silencieux et réfléchissant mais rapidement, leur attention fut attirée ailleurs alors que Carlisle redescendait avec son protégé dans les bras. L'adolescent était toujours dans le même triste état, semblant cependant légèrement plus détendu. Le médecin lui avait visiblement fait mettre un pyjama avant de l'enrouler dans la couverture qui avait déjà servi. Et il tenait le jeune homme précieusement contre lui, sa tête calée contre son épaule. Esmée était déjà occupée à préparer un repas dans la cuisine et le médecin vint s'installer au salon avec son protégé qu'il assit très délicatement, veillant à ce qu'il soit bien couvert. Il s'assit ensuite tout près de lui et prit la main de l'adolescent inconscient des présences étrangères, y écrivant et parlant aussi pour que tous puissent suivre :
« Esmée est en train de te faire à manger. Détend toi en attendant. »
- Merci Carlisle, répondit-il faiblement. Je... je n'ai aucune idée de ce que j'aurais fait sans toi et Esmée. Merci, dit-il avec une reconnaissance qui toucha encore une fois l'empathe surpris par la profondeur et la sincérité de ses émotions.
« Ce n'est rien. Je t'ai promis que je t'aiderais et que je serais là pour tout. Et je n'ai qu'une parole. Alors ne t'en fait pas. Tu dois juste penser à toi maintenant. Ça va aller, c'est promis. » assura le blond.
- Merci, ajouta une fois de plus l'adolescent en serrant sa main.
Carlisle sourit, la serrant en retour. Et il se promit se faire en sorte de veiller étroitement sur lui et de faire en sorte que tout aille pour le mieux. Il aimait déjà tellement l'adolescent. Il l'aimait comme un fils et il voulait qu'il puisse être heureux et serein, ce qu'il n'était absolument pas pour le moment.
- Ses émotions sont d'une telle profondeur, remarqua Jasper qui observait le jeune homme. C'est vraiment impressionnant.
- Nathaniel est quelqu'un de vrai, répondit Carlisle. Ça ne m'étonne pas vraiment que ses émotions soient ainsi. J'espère que vous prendrez le temps d'apprendre à le connaître, c'est quelqu'un de bien, vraiment, dit-il en les regardant avec sérieux.
Tout les vampires acquiescèrent, plus que largement intrigués par l'adolescent qui avait ainsi touché leurs parents.
- Tout à l'heure, Esmée a dit que lorsqu'il parlait parfois, il avait l'air plus vieux que toi, remarqua Jasper. Qu'est-ce qu'elle voulait dire ?
- Et bien, je ne connais pas les détails de sa vie, j'en connais à peine les très grandes lignes, expliqua le médecin. Mais une chose est sûr, il n'a pas eu la vie facile. Même s'il ne nous l'a jamais dit, c'est évident et ça se voit dans sa manière d'être, de parler, de faire... Je pense qu'il a dû en voir de belles. C'est quelqu'un de très réfléchi et tolérant qui a un point de vue très mature, généreux, protecteur... il est philosophe. Et c'est vrai que parfois quand il parle, il a l'air d'avoir bien plus d'expérience que moi. C'est... troublant. Il est très sage et il a en même temps une candeur très touchante. Il est d'une personnalité hors du commun. Je n'avais jamais rencontré une personne comme lui, termina-t-il en souriant doucement.
Tous restèrent silencieux, essayant de s'imaginer comment pouvait être l'aveugle qui semblait si fragile à cet instant. Et quelques minutes passèrent ainsi avant qu'Esmée n'arrive avec un plateau chargé d'une assiette qui avait l'air succulente. Il y avait visiblement un beau morceau de viande qu'elle avait déjà découpé en petits morceaux ainsi que plusieurs garnitures déjà coupées elles aussi. Ils eurent l'impression de voir une assiette d'enfant où tout était déjà coupé à l'avance et ils se demandèrent pourquoi Esmée avait fait ça. Mais ils comprirent en regardant l'adolescent aux yeux bandés. Le fait de simplement manger devait être très complexe sans rien y voir, alors couper les aliments devait être une difficulté qu'avait voulu lui éviter la dame. Carlisle prévint le jeune homme de l'arrivée de son repas et il se retrouva bientôt avec un plateau sur les genoux. La première chose que fit Nathaniel fut de remercier Esmée, celle-ci lui demanda s'il voulait de l'aide alors qu'il tremblait encore visiblement, faible, mais l'adolescent affirma qu'il pouvait se débrouiller et qu'elle ne devait pas s'embêter. Il commença alors à manger très maladroitement, peinant à piquer sa nourriture de sa fourchette. Et tous réalisèrent que ça devenait vraiment compliqué sans rien y voir, s'imaginant faire la même chose en grinçant des dents.
Mais rapidement, Bella en eut assez que tout tourne autour de l'aveugle et elle commença à vouloir tiré Edward ailleurs, voulant soudain sortir se promener. Le télépathe commença par refuser, concentré sur l'adolescent dont-il n'entendait aucune pensée, le rendant encore plus curieux à son égard. Mais l'humaine ne lâcha pas l'affaire et il comprit vite qu'elle allait lui faire une scène s'il refusait. Ne voulant pas déranger sa famille et surtout ses parents que Bella avait déjà agacé en lançant des piques vers leur protégé, il céda et s'en alla avec elle. Et à peine la porte fermée, Rosalie faisait part de son agacement profond pour le comportement de plus en plus insupportable de la jeune fille. Emmet passa alors un bras autour d'elle, voulant la calmer mais très vite tous reportèrent leur attention sur le jeune homme.
Celui-ci venait de tomber sur un morceau de viande qu'il avait eu l'air de particulièrement savourer. Il demanda à Esmée ce que c'était et lorsqu'elle lui annonça qu'il s'agissait d'un steak de bœuf, l'adolescent parut visiblement gêné, les intriguant. Mais ils comprirent son embarra lorsqu'il expliqua qu'elle n'aurait pas dû, qu'un tel morceau de viande coûtait cher et qu'elle aurait dû le garder pour sa famille. Emmet, Rosalie, Alice et Jasper restèrent sans voix, constatant une fois de plus ce que leurs parents leur avaient dit plus tôt. Habitués, Carlisle et Esmée le rassurèrent immédiatement, lui expliquant que ce n'était pas un problème et que ça lui ferait du bien de manger un vrai beau morceau de viande pour une fois. Fatigué, Nathaniel ne protesta pas longtemps mais il resta visiblement gêné. Il continua à manger maladroitement, savourant pleinement son assiette et Esmée l'aida à terminer lorsqu'il ne parvint plus à trouver les morceaux restant. Une fois fait, l'adolescent remercia encore la brune, la complimentant sur le repas pour le plus grand plaisir de la dame. Mais il avait l'air complètement épuisé aussi et Carlisle n'attendit pas pour le reprendre dans ses bras et l'emmener vers la chambre d'ami, Esmée suivant.
Rapidement, le jeune aveugle fut confortablement installé dans un grand lit et soigneusement couvert. Carlisle s'assit au bord du matelas, sa femme debout à ses côtés, et il prit une fois de plus sa main, écrivant en parlant :
« Maintenant, je veux que tu te reposes et que tu te détendes. Ne pense à rien et ne t'inquiètes de rien. Et au moindre problème, tu appels, nous ne serons pas loin. »
- Carlisle, je... je..., hésita-t-il.
« Qui a-t-il ? » poussa doucement le médecin.
- Je ne peux pas dormir sans les médicaments que tu m'as donné, dit-il timidement.
- Je les ais ramené avec ses affaires et tout ses compléments, remarqua Esmée. Je vais les chercher, dit-elle en s'en allant à grand pas.
« Esmée les a pris chez toi. Elle va les chercher. » annonça-t-il. « Tu sais que tu peux me parler de tout Nathaniel. Tu peux me parler de tes cauchemars si tu veux. Ça te ferait peut-être du bien. Tu ne peux pas rester avec ce problème et ne plus en dormir. » écrivit-il en continuant à parler à voix haute par automatisme et étant donc entendu par tout les vampires de la maison qui écoutaient attentivement.
- Je... Je ne veux pas parler de ça Carlisle. Je ne veux pas, je..., dit-il avec une immense tension.
« Du calme, du calme. Ce n'est rien, tu n'es pas obligé. Mais si tu en as envie, je suis là d'accord ? » répondit-il en traçant ses lettres avec calme et douceur pour tenter de l'apaiser.
L'adolescent approuva d'un petit signe de tête alors qu'Esmée revenait avec les médicaments et un grand verre d'eau. Carlisle l'aida pour prendre des comprimés puis il installa le jeune homme confortablement, restant avec lui et lui tenant la main jusqu'à ce qu'il s'endorme profondément. Il resta ainsi même ensuite alors qu'Esmée se tenait près de lui, tout deux observant cet enfant auquel ils tenaient tant.
