Bonjour à toustes !
Merci pour vos reviews ! Continuez à me laisser votre avis, vos remarques, c'est si important pour les auteurices de savoir ce que pense son lectorat. Vous êtes en moyenne 200 personnes à lire chaque nouveau chapitre et seulement 7 à 10 à me laisser quelques mots. J'aimerais savoir ce que vous pensez de mon histoire :)
Ce chapitre tourne autour de Noël, il s'en est passé des choses pour Harry et Drago depuis le précédent Noël de cette histoire.
Pour celleux qui attendent Charlie, il revient dans ce chapitre ;) Et il ne va plus vraiment quitter l'histoire désormais.
Bonne lecture !
Chapitre 34 — Noël et potions
Jeudi 24 décembre 2020
Le réveillon de Noël est depuis des années une source constante de plans de dernière minute et d'aménagement d'emploi du temps pour Harry. Depuis qu'il est divorcé, James et Albus sont avec Ginny la première semaine des vacances. Parfois, Teddy a voulu aller avec ses frères, parfois il est resté avec Harry, mais il fête le réveillon avec son parrain, son père de cœur, depuis toujours. Jusqu'à l'année dernière où il a préféré être avec Victoire. Harry a de toute façon tourné en rond chez lui, à ruminer pendant des heures après son empoisonnement, ce n'était donc pas plus mal.
Cette année cependant, Harry n'est pas seul. Il a passé la semaine avec Drago, dans l'appartement de ce dernier à Pré-au-Lard. Drago avait promis à sa mère de lui amener Scorpius, il lui a laissé pour cette semaine et doit le récupérer demain. Il a été tiraillé entre le fait de passer ces quelques jours en famille ou avec Harry. C'est Scorpius qui a décidé pour lui et lui a presque ordonné de profiter de vraies vacances avec son amoureux, lui a affirmé que tout se déroulerait bien avec Narcissa, qu'il ne devait pas s'inquiéter. Drago sait que son fils ne se laisse pas faire et peut tenir tête à sa grand-mère, il lui a prouvé, et il peut l'appeler par cheminette en cas de besoin.
C'est la première fois que Drago invite Harry chez lui et c'était une proposition liée à la proximité avec Poudlard. Les deux enseignants ont eu deux réunions en tout début de semaine, l'une avec toute l'équipe de l'école et l'autre pour le conseil d'administration duquel ils font partie en tant que directeurs de Serpentard et Gryffondor. Afin d'éviter de dormir à Poudlard et de transplaner sur des centaines de kilomètres quatre fois en deux jours, Drago a invité Harry chez lui.
L'appartement de Drago est assez petit, sobre et peu décoré. C'est propre et minimaliste : une pièce de vie, une modeste cuisine, deux chambres et une salle de bain. La chambre de Scorpius est très lumineuse et colorée, il y a beaucoup de lumignons magiques et des photos ou des images sur les murs, des jouets et des peluches à foison. Celle de Drago est plus vaste, mais encombrée avec un grand lit, un dressing imposant, une vieille malle, un bureau et une étagère remplie de livres de potions et de piles de parchemins. Rien ne dépasse ou presque. La seule fantaisie de cette pièce est le drap aux couleurs des Pies de Montrose, un cadeau de Pansy.
Les murs de cet appartement sont presque vides, même si quelques photographies de Scorpius, d'Astoria et de Narcissa les occupent. Harry a aussi vu une photographie de Pansy, Blaise, Théodore et Drago posée sur le bureau, iels sont jeunes dessus et les sourires paraissent forcés. Drago semble fatigué, des cernes sous les yeux, le visage maigre, la peau trop blanche et les cheveux très courts, Harry devine que le cliché doit avoir été pris peu de temps après sa sortie d'Azkaban. Il y a d'autres photos de ses ami·es dans son salon et il se demande pourquoi son amoureux garde celle-ci dans sa chambre, ça doit lui rappeler de terribles souvenirs.
Aucune preuve de l'existence de Lucius dans cet appartement, à croire qu'il n'a jamais vécu. Harry sait qu'il a un problème avec son père, il ne répond pas à ses courriers mensuels et souvent les brûle sans les ouvrir. Harry n'aime pas Lucius et ne changera jamais d'avis sur lui, mais il doit admettre que sa détermination à écrire à son fils tous les mois depuis plus de vingt ans, sans jamais avoir de réponse, mérite une forme d'admiration. Ils en parlent de temps en temps, Drago aime son père et le hait à la fois, il lui en veut terriblement de ne jamais l'avoir protégé et de l'avoir presque jeté en pâture à Voldemort, et n'arrive pas à lui pardonner ses erreurs. C'est une situation compliquée pour Harry qui n'a jamais connu ses parents de constater que Drago refuse le moindre contact avec son père, toujours vivant. Cependant c'est son droit le plus strict, il n'a pas à le juger pour cela, il le soutient dans ses décisions et dans ses choix.
Drago n'aime pas plus que ça son appartement, mais il lui est surtout indifférent. Ce n'est pas vraiment chez lui, il n'a jamais pu s'y installer comme il aurait voulu, par manque d'envie, de temps et de courage. Il sent mieux chez Harry, dans sa chaleureuse maison, et envisage de lui parler de déménager. Il craint cependant de brûler les étapes, tout va si vite entre eux et il n'a aucun point de comparaison pour savoir si c'est trop tôt ou pas. Il est amoureux, désespérément, il veut finir sa vie avec lui et il sait que c'est réciproque : Harry lui dit tous les jours qu'il l'aime et il le lui montre tout aussi souvent. Par de petits gestes, des regards, des mots gentils. Il sent son affection qui l'enveloppe même quand il n'est pas là, dans son cœur. Il faut qu'il lui en parle.
Pour le réveillon, Drago invite Harry au restaurant. Il le fait transplaner sur le Chemin de Traverse sans lui dire où ils vont. L'espace d'arrivée des transplanages est un peu à l'écart de la rue principale, mais les lumières de Noël éclairent toute la zone sorcière, et de leurs couleurs gaies, repoussent la nuit qui est tombée depuis longtemps. En passant près de Florian Fortarôme, de délicieux effluves leur chatouillent les narines. La boutique s'est diversifiée pour l'hiver et a rangé ses glaces au profit du chocolat, des biscuits à la cannelle, du pain d'épices et du vin chaud.
Emmitouflé jusqu'au nez et les cheveux cachés par la capuche de sa cape doublée de fourrure, Drago se sent protégé des regards des nombreux badauds. Il prend son courage à deux mains et attrape les doigts de Harry pour les enlacer aux siens. Il se force chaque jour un peu plus et cela devient plus facile d'avoir ces gestes en public. C'est la première fois qu'il ose faire cela dans la rue sorcière de Londres, au milieu de dizaines d'inconnu·es. Son cœur galope, la frayeur refait surface quelques instants, mais il ne se passe rien de fâcheux, il n'est même pas sûr que quiconque se soit aperçu de leur présence. Il faut dire que leurs tenues d'hiver ne permettent pas de les identifier. Ils n'ont pas parlé de rendre leur relation publique aux yeux de la société sorcière, mais Drago sait que Harry se moque que l'on parle de lui, il a tellement l'habitude qu'il n'y fait plus attention. Par ailleurs, avec les années, les journaux ont fini par lever le pied et moins s'intéresser à la vie de Celui-qui-a-survécu. La disparition de Rita Skeeter il y a quelques années a peut-être eu un impact sur ce point.
Dans une ruelle un peu excentrée, Drago pousse la porte d'un restaurant chic, mais qui se veut sans chichis. Le Gourmet Sorcier est un nouvel établissement, avec une belle pancarte rouge vif qui se balance dans la brise froide de décembre, que Drago a repéré lors des courses de rentrée qu'il a effectuées avec Scorpius au mois d'août. Un serveur, habillé d'une robe traditionnelle et d'un tablier d'inspiration moldue, les accueille.
— J'ai pris une réservation au nom de Malefoy, pour deux, s'il vous plaît.
— Je vais vous débarrasser de vos vêtements et vous amener à votre table.
Drago repousse sa capuche, dénoue son écharpe et défait les attaches de sa cape qu'il tend au serveur. Harry fait de même, ébouriffe un peu sa tignasse aplatie par le bonnet et frotte ses mains l'une contre l'autre pour se réchauffer. Le regard du serveur s'arrête sur son visage pendant quelques secondes, mais son professionnalisme l'empêche visiblement de faire la moindre remarque. Pourtant, les deux hommes savent que Harry a été reconnu.
Le serveur disparaît avec leurs vêtements puis les guide à travers le restaurant jusqu'à une petite table ronde près de la vitrine. Drago retient un soupir de désespoir, ils n'auront pas de voisins proches, il n'y a qu'une seule autre table à côté de la leur, mais le verre n'est pas teinté et tous les passant·es auront une vue imprenable sur leur dîner. C'est raté pour la discrétion qu'il espérait sans y croire vraiment.
Il s'assoit, récupère distraitement la carte tendue par le serveur et observe Harry, face à lui. Il a les joues un peu rouges à cause du froid et ses lunettes sont pleines de buée.
— Donne-moi ça, exige-t-il en tendant la main vers ses lunettes alors que Harry vient de les ôter.
Il lance un sort de nettoyage et un autre pour prévenir la formation de buée. Harry ne pense jamais à ces choses-là et cela désespère Drago qui a l'impression d'être avec un gamin tête en l'air.
— Merci, articule en silence Harry lorsqu'il les lui rend.
Le choix de Drago est fait rapidement, il n'a pas besoin de s'attarder pour savoir ce qu'il veut. Harry prend tout son temps, lui, et le serveur revient une première fois pour s'enquérir de la commande. Drago lui demande deux coupes de champagne et s'excuse de la lenteur de Harry qui lui donne un petit coup sous la table pour se venger. Drago profite de l'occasion pour se repaître de la vue de son amoureux et son cœur se gonfle de tendresse pour lui alors que Harry se mord la lèvre inférieure, signe qu'il réfléchit. Son attention est focalisée sur la carte, ses yeux sautent d'un côté à l'autre de la page, sa main droite tapote distraitement la table, il ne remarque pas Drago qui le dévore des yeux. Quand le serveur revient une deuxième fois, avec les deux coupes, le choix est fait.
— Je vais prendre une timbale de saumon fumé en entrée et un mille-feuille de légumes épicés en plat, merci, signale Drago en rendant sa carte au sorcier.
— Les coquilles Saint-Jacques et le rôti aux herbes pour moi, s'il vous plaît, enchaîne Harry.
Le serveur repart et Drago tente de se détendre. Maintenant qu'ils sont là, en plein monde sorcier, attablés à la vue d'un restaurant bondé, Drago a peur. Il essaie de se focaliser sur le fait que c'est le réveillon de Noël et qu'il dîne pour la première fois avec Harry en tête à tête en extérieur, comme le font les vrais couples. Les couples normaux. L'ambiance de l'endroit est chaleureuse à souhait : les tables sont décorées pour les fêtes, la température est agréable, le bruit n'est pas assourdissant, pourtant il se sent mal à l'aise, illégitime.
— On n'aurait peut-être pas dû venir ici…
— Hey, ça va aller mon cœur, chuchote Harry en se penchant vers lui, tout va bien se passer. Merci de m'avoir invité, ça me fait vraiment plaisir.
Drago grimace et soupire. Les mots de Harry le touchent, mais il n'en fait toujours qu'à sa tête.
— Harry… J'avais dit, plus jamais ce petit nom ridicule !
— Ouais… J'avais oublié, répond Harry avec un sourire sarcastique.
Harry avance sa main sur la petite table pour la tendre vers Drago. Ce dernier la regarde, puis relève les yeux vers Harry. Sa crainte initiale est toujours là.
— On va parler de nous, Harry. On va faire la une de la Gazette demain, tu le sais, n'est-ce pas ? On va dire que nous ne sommes pas normaux, que je t'ai jeté un sort ou que tu as bu une potion fabriquée par mes soins dans le seul but de te corrompre ou je ne sais quoi.
— Nous sommes un couple parfaitement normal qui dîne au restaurant pour le réveillon. Je me fiche bien de ce qu'en penseront les gens, ils peuvent aller se faire voir chez les scroutts. De toute façon, tout Poudlard est au courant depuis des mois, les enfants ont dû en parler à leurs parents et rien de fâcheux ne s'est produit.
— Neville a reçu des courriers cet été, tu le sais très bien.
— Tu parles, il reçoit tout le temps des courriers de parents mécontents pour un oui ou pour un non. Ignore-les, ils n'ont aucun poids. Je t'aime, Drago. Et je suis là pour toi.
Drago n'a pas quitté le regard de Harry, le vert de ses yeux brille de son amour pour lui et de sa détermination. Sa main est toujours en travers de la table, paume vers le haut. Il choisit de lui faire confiance, comme les fois précédentes où il a promis que tout se passerait bien et où tout s'est bien passé – globalement. Il avance sa main et attrape celle de Harry, fébrile, tremblant. La tiédeur de sa peau lui fait du bien. Il saisit sa coupe de l'autre et la lève pour trinquer avec Harry, puis la porte à ses lèvres. Le liquide frais envahit sa bouche et pétille sur sa langue, le goût légèrement fruité ravit ses papilles et l'alcool réchauffe sa gorge quand il avale. Il est bon et cela lui plaît, cela le rassure d'avoir des éléments qu'il connaît et choisir un bon champagne en fait partie.
Un petit raclement de gorge leur fait lever la tête, le serveur est de retour avec deux assiettes et une corbeille de pain. Drago retire sa main avec précipitation et la range sous la table, il sent la honte rougir ses joues et n'ose pas relever les yeux quand il le remercie une fois servi. Cela fait déjà une personne qui ne pourra pas se tromper sur la nature de leur relation et il imagine le scandale faire les gros titres le lendemain. Il sent la chaussure de Harry qui le pousse doucement au niveau du mollet, pour le réconforter. Alors il secoue la tête, tente de se débarrasser des idées qui affluent dans ses pensées et attrape sa fourchette pour manger.
Le repas est délicieux, Drago est ravi de son choix de restaurant. Harry a aussi fini ses assiettes sans rien laisser. Ils ont discuté de tout et de rien, ignorant ostensiblement les regards qu'ils savaient parfois glisser sur eux. Harry a interdit à Drago de se tourner vers les gens assis plus loin et lui a assuré qu'il ne se passerait rien de fâcheux. Le plaisir de la compagnie de son amoureux a peu à peu surpassé son inconfort et son malaise.
Quand ils ressortent du restaurant, il fait encore plus froid qu'à leur arrivée, il est tard et il s'est mis à neiger. Les flocons blancs tourbillonnent en un majestueux ballet dans les lumières rouges, bleues et vertes des guirlandes et dans les halos jaunâtres des lampadaires magiques. Les rues sont désertes et silencieuses à cette heure et l'ambiance feutrée est apaisante. Drago prend la main de Harry aussitôt qu'ils sont sur les pavés, sans aucune hésitation cette fois, sans la peur de se faire reconnaître. Il est fier de ce qu'il a accompli ce soir, du courage dont il a fait preuve, des craintes qu'il a surmontées. C'est probablement l'un des réveillons de Noël les plus agréables qu'il ait vécu et il ramène Harry chez lui avec le sourire et un immense sentiment de félicité.
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Vendredi 25 décembre 2020
Harry transplane à quelques mètres du portail du Terrier, comme toujours lorsqu'il est seul. Il n'aime pas la cheminette et ne la prend que s'il n'a pas le choix. Il fait beau aujourd'hui et même si le sol est recouvert d'une épaisse couche de neige, il préfère arriver par l'extérieur. Par ailleurs, vu le nombre de personnes prévues dans la maison familiale des Weasley, la cheminée risque d'être encombrée et il ne veut pas se retrouver coincé dans le réseau à attendre son tour pour que ça se débloque, il n'aime pas les espaces clos et étroits. Une probable séquelle de ses onze années dans un placard.
C'est Percy qui lui ouvre la porte, avec un chapeau rouge à pompon blanc sur la tête qui lui donne un air plus sympathique que d'habitude. Harry n'a rien contre Percy, mais il n'a pas grand-chose en commun avec lui et rien à lui dire la plupart du temps.
— Tu es le dernier, Harry, comme d'habitude, l'accueille-t-il en le laissant entrer.
— Drago et Scorpius sont déjà là ?
— Depuis dix minutes environ, ils ont pris la cheminette.
Harry referme la porte, retire ses vêtements chauds et rejoint le reste des invités, suivant Percy qui ne l'a pas attendu. Il embrasse ou enlace toutes les personnes qu'il croise, ravi de retrouver sa famille de cœur bien qu'iels se soient presque toustes vu·es en novembre pour l'anniversaire d'Albus. Il repère ses enfants qu'il serre contre lui un instant avant qu'ils retournent avec les cousins et cousines, même Teddy a déserté les adultes pour le moment et discute avec Victoire, Dominique et Molly junior.
Scorpius est hors de vue, mais Drago est dans le salon et échange avec Hermione. Cela fait plaisir à Harry de constater qu'ils s'entendent bien maintenant et ce n'est pas la première fois qu'il le remarque. Il s'approche et embrasse son amie avant de poser un baiser sur la joue de Drago, il n'ose pas faire plus de peur de le mettre mal à l'aise, mais son chéri le laisse faire et seules ses pommettes roses le trahissent. Il les abandonne à leur discussion et va aider Molly et Ron dans la cuisine. Après tout, il a quitté Drago tôt ce matin après une petite semaine ensemble, il n'a pas besoin de rester coller à lui, même s'il le ferait s'il le pouvait. Comme d'habitude la cuisine est sens dessus dessous et il participe comme il peut. Puis tous les adultes se retrouvent dans le salon pour prendre un apéritif et ouvrir les cadeaux.
C'est la première fois que Drago passe les fêtes dans cette famille et il est touché d'avoir été invité avec Scorpius. Ce n'est pas juste un anniversaire comme les occasions précédentes et il sait qu'il est accueilli en tant que compagnon de Harry et cela ne semble poser de problème à personne. Cela lui fait chaud au cœur et le rend un peu triste en même temps, sa propre mère n'aurait jamais invité Harry et ses enfants à Noël alors qu'elle peine encore à accepter que Drago ne soit pas le fils parfait dont elle rêvait. En tout cas elle n'a pas mentionné Harry quand il a passé quelques heures avec elle et récupéré Scorpius ce matin, et il doute que cela arrive un jour s'il ne l'y force pas.
Drago est debout, pas très loin de Hermione qui s'est rapprochée de Ron et à côté de Charlie qui discute avec son frère aîné, William, s'il se souvient bien. Harry est presque en face de lui, en grande conversation avec George et Ginny. Il a l'air bien dans cette maison et il est heureux avec cette famille, cela se voit.
Au moment d'ouvrir les paquets anonymes, Drago découvre dans le sien un livre sur les ingrédients rares pour la fabrication de potions, une édition qu'il n'a pas. Il cherche des yeux qui avait tiré son nom au sort et croit deviner un clin d'œil de Hermione, sans en être certain. En tout cas, cela lui fait plaisir, même si c'est impossible de se tromper dans ce domaine. Drago aime son métier, c'est une passion, pas juste un travail et tout ce qui a un rapport avec les potions l'intéresse.
Une fois que tout le monde a ouvert son paquet, Arthur refait un tour du salon avec une bouteille de jus de citrouille et demande à son aîné de s'occuper du pétillant. William déserte la pièce pour aller le chercher et Charlie se tourne spontanément vers Drago.
— À qui as-tu dû offrir un cadeau ?
— Ce n'est pas censé rester secret ? objecte Drago, le sourire aux lèvres.
— Y a que le destinataire qui doit pas savoir. Et puis tu vas pas me faire croire que vous en avez pas parlé avec Harry !
— Un point pour toi, admet Drago. J'ai tiré le nom de Percy… Je n'avais pas la moindre idée et c'est Harry qui a choisi en réalité.
Charlie éclate de rire et Drago sourit, sa joie est contagieuse.
— Mon pauvre… Pour une première année, c'est rude de tomber sur lui, je te plains ! Mais au moins il est pas si difficile à satisfaire, il adore le chocolat. On lui offre quasiment que ça.
— Ah, je ne pensais pas avoir des points communs avec Percy, s'amuse Drago.
— Tu aimes le chocolat ? rebondit Charlie d'un air intéressé.
— Oh, tu n'as pas idée ! Harry en a plein ses placards, pour une raison que j'ignore parce qu'il n'en mange pas souvent, et c'est une torture quotidienne de ne pas le dévaliser.
— C'est à cause de Remus. Le chocolat, je veux dire. Remus lui a appris que le chocolat était le meilleur remède après une émotion forte, du coup il en a toujours en réserve, juste au cas où.
Drago ne sourit plus, il sait que Harry aimait beaucoup leur ancien professeur de DCFM qui était aussi un ami de son père et de son parrain. Un homme que Drago a moqué et dénigré sans aucune honte et même avec fierté quand il était jeune. Il se trompait alors. S'il avait pu, il lui aurait demandé de lui pardonner, mais il est mort bien trop tôt, laissant un bébé derrière lui. À cause de gens comme son père. À chaque fois que ce genre de sujet est amené, Drago pense à son père et le hait un peu plus pour l'avoir fait grandir dans les principes Sang-Purs.
— T'en fais pas, Harry a guéri de ces blessures-là et le décès de Remus n'est plus aussi douloureux pour lui maintenant, le rassure Charlie qui a deviné la raison de son visage sombre.
— Je sais, il en parle plutôt facilement, mais moi ça me renvoie à mon passé et à toutes les horreurs auxquelles j'ai participé ou que j'ai encouragées.
— C'est loin, tout ça, arrête de te flageller. Nous avons tourné la page et toi aussi, c'est ce qui compte.
Les mots de Charlie touchent Drago bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Il a deviné immédiatement ce qui le tracassait et a eu les bons mots pour le réconforter. Charlie est un homme bon, gentil et attentionné, à l'écoute de son interlocuteur et Drago trouve cela agréable. Il le remercie avec un sourire sincère. Puis la conversation s'oriente sur les dragons et les propriétés de leur sang, un ingrédient rare et cher utilisé dans de nombreuses potions. Ce n'est pas le seul ingrédient de potion qui peut être prélevé sur un dragon et tous sont difficiles à se procurer. Drago se met alors à parler de son métier, cela lui vient avec facilité et Charlie est un auditeur attentif et intéressé.
Harry les rejoint un long moment plus tard, un paquet dans une main, un verre de jus de citrouille dans l'autre. Il tend le cadeau à Charlie puis pose ses doigts avec douceur dans le bas du dos de Drago.
— Bon anniversaire en retard ! On a vu ça dans une vitrine l'autre jour et on a pensé que ça te plairait.
— Oh, merci, mais il fallait pas !
Charlie ouvre le paquet avec délicatesse, sans le déchirer. Il s'agit d'une vieille édition de La Temp ête de William Shakespeare. Il est touché par le geste, il adore cette pièce et il se doute que c'est grâce à Harry qu'il a ce livre entre les mains aujourd'hui, il s'en est souvenu. Mais le fait que Drago ait participé est très symbolique et cela lui fait encore plus plaisir. Il n'a pas dû être facile d'accepter que Harry soit si proche de lui et pourtant il n'a jamais montré de signe de jalousie. Mieux, même, il semble l'apprécier et Charlie a un sentiment réciproque à son égard. Drago est très doux sous sa façade un peu froide, il est un homme passionné par son travail et Charlie aime ça. Par ailleurs la façon dont il a surmonté les épreuves de la vie et dont il s'est affranchi de son passé est admirable. Sur ce point, il ressemble beaucoup à Harry et Charlie sait que c'est l'une des raisons qui les lient tous les deux, mieux qu'avec n'importe qui d'autre.
Le reste de la journée se déroule dans une ambiance joyeuse et bon enfant, le Terrier est réconfortant et chaleureux, avec ses dizaines de personnes qui y circulent en ce jour de Noël. Tout le monde en repart repu et fatigué, mais heureux.
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Lundi 4 janvier 2021
Le Poudlard Express file à vive allure dans la campagne anglaise, son panache de fumée noire obscurcissant le ciel par intermittence. Il est presque l'heure du passage du chariot de friandises et Albus vérifie dans ses poches qu'il a de quoi s'acheter quelques chocogrenouilles et des fondants du chaudron. Il en gardera quelques-uns pour Scorpius et lui donnera ce soir dans le dortoir. Son ami lui manque, pourtant il l'a vu le jour de Noël au Terrier. Mais Scorpius lui manque plus qu'avant quand il n'est pas là, Albus s'en rend compte. Il se doute que ses sentiments pour lui n'y sont pas étrangers, il n'est pas idiot. Il se lève et vérifie que le chariot n'est pas encore là, mais il tarde à arriver.
— Je vais aux toilettes, indique-t-il à Rose qui est en train de lire un livre de cours, si le chariot passe avant que je revienne, retiens le un peu si tu peux.
— OK, répond-elle distraitement sans même relever les yeux de sa page.
Albus secoue la tête et quitte le compartiment, pressant l'allure. Sa vessie va exploser, il ne peut plus attendre, ça lui apprendra à boire autant de lait au chocolat au petit-déjeuner. Il se hâte de se soulager puis retourne vers son wagon à pas rapides en posant régulièrement la main contre la paroi du train pour conserver sa stabilité quand ça bouge un peu trop fort.
Une embardée lui fait perdre l'équilibre au moment où le bruit d'un compartiment qui s'ouvre à sa droite lui fait tourner la tête. Et il se retrouve au sol, le souffle coupé, sans même comprendre ce qui s'est passé. Quelqu'un l'écrase et l'empêche de respirer, il a la joue gauche douloureuse contre le plancher du train.
— Oh pardon, je suis désolé !
Le poids sur son corps disparait, Albus se retourne et s'assoit. Un garçon de son âge aux cheveux châtains est accroupi à côté de lui, il se masse le bras. Albus tâte sa joue puis regarde sa main, ça ne semble pas saigner, ça n'est pas grave. Le garçon se relève puis lui tend une main qu'il attrape pour se remettre debout à son tour.
— Désolé de t'être tombé dessus…
— C'est rien, c'est la faute du train qui a bougé d'un coup. Est-ce qu'on se connaît ?
— Daniel Lansford, je suis en quatrième année à Poufsouffle. On a été dans le même groupe en deuxième année, se présente le garçon en tendant la main à Albus.
— Albus Potter, répond le concerné en se souvenant qu'il a déjà remarqué Daniel dans la Grande Salle à plusieurs reprises ces deux derniers mois.
— Je sais…
Albus reprend sa main que Daniel a gardée dans la sienne pendant un temps un peu trop long à son goût, il est déstabilisé par son ton et le regard posé sur lui. Il rougit puis s'excuse avant de repartir vers son compartiment.
Il passe tout le reste du trajet à tripoter, sans les manger, les sucreries qu'il a finalement réussi à acheter, tout en songeant à sa rencontre un peu brutale avec Daniel. Sa joue qui brûle l'empêche de toute façon de penser à autre chose et il ne s'aperçoit pas que c'est la première fois depuis de longs mois que Scorpius n'occupe pas tout son esprit.
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Dimanche 31 Janvier 2021
Le vent souffle avec force en ce matin de la fin du mois de janvier. La neige tourbillonne au-dehors et recouvre Poudlard, étouffant les bruits de la nature sous son épaisseur cotonneuse. Les habitants du château sont à l'abri, bien au chaud dans les salles communes ou les dortoirs, devant des feux brûlants. Pourtant, une silhouette brave le début de tempête et longe les potagers de l'école en avançant avec difficulté dans la neige avant de s'engouffrer dans la volière avec soulagement.
Drago tape des mains pour les réchauffer, geste inutile dans ce bâtiment glacial ouvert sur l'extérieur. Même la neige parvient à y entrer un peu et une mince couche de poudreuse blanche recouvre la paille. Il se hâte, il ne souhaite pas rester plus que nécessaire à l'extérieur et fait signe à une chouette de Poudlard de descendre le rejoindre. Le volatile secoue ses plumes et saute de son perchoir jusqu'à son épaule. Drago lui attache un rouleau de parchemin à la patte et lance un sort de protection sur le papier pour lui éviter d'être détérioré par l'humidité.
— Le destinataire est Charlie Weasley, la Réserve, Roumanie. Tu pars pour un long voyage ma belle, indique Drago à l'oiseau tout en lui tendant du miam hibou qu'il a apporté en prévision.
Il la laisse manger en lui caressant les plumes, puis elle s'envole et disparait par l'une des ouvertures de la volière, bravant le froid et le vent avec courage. Drago renfile ses gants et fait demi-tour pour se mettre à l'abri dans le château. Il traverse le grand hall avec soulagement, il fait bien meilleur à l'intérieur. Par habitude, il jette un œil dans la Grande Salle en passant devant et continue son chemin jusqu'à la porte qui mène aux escaliers des cachots. Il baisse sa capuche et dénoue son écharpe pendant le trajet. Il est transi de froid et d'humidité après ce court séjour dehors. Cela fait plusieurs jours que le temps est si mauvais que même les entraînements de Quidditch ont été suspendus et que les cours de Soins aux créatures magiques ont lieu dans la salle de classe du rez-de-chaussée.
Il pousse la porte de son appartement avec un soupir de bien-être, pressé de se faire un thé brûlant et de le siroter devant sa cheminée. Il est accueilli par Harry qui se tient en plein milieu du salon.
— Ah, te voilà ! Mais, tu es trempé ! Qu'est-ce que tu fichais dehors par ce temps pourri ? s'inquiète Harry.
— J'avais un courrier à envoyer, répond Drago en accrochant sa cape et son écharpe au portemanteau.
— Ça ne pouvait pas attendre que ça se calme dehors ? Au fait, tu veux un thé ?
— J'en rêve ! Merci, Harry, souffle Drago en s'accroupissant devant le feu pour dégeler ses doigts. Ma lettre attendait depuis déjà presque une semaine et j'ai eu l'impression qu'il neigeait moins aujourd'hui…
Drago s'assoit dans son canapé, proche de l'âtre où crépite le bois qui brûle. Harry s'installe peu de temps après à ses côtés et lui tend une tasse. L'odeur du darjeeling le détend instantanément et la chaleur du thé à travers la porcelaine achève de le réchauffer. Il souffle sur le liquide bouillant un long moment, dans le silence de la pièce, la main de Harry posée sur sa cuisse qui la caresse en de petits ronds répétitifs. Ce dernier a un mug de café entre les doigts et le boit lentement, le regard perdu dans les flammes.
— À qui écrivais-tu ?
— Oh ! Hé bien… à Charlie.
Harry se redresse et tourne sa tête vers Drago, surpris.
— Est-ce que je peux savoir pourquoi tu lui écris ?
— Tu peux, affirme Drago après avoir avalé une gorgée de son thé. J'ai répondu à son dernier courrier, tout simplement. C'est la plus élémentaire des politesses, tu ne crois pas ?
Harry laisse échapper un éclat de rire, il se demande si Drago ne se moque pas de lui, pourtant il a l'air tout à fait sérieux. Il le regarde boire son breuvage à petites gorgées et se demande avec une franche curiosité ce que Charlie peut bien écrire à Drago.
— Bon, tu me racontes ? Vous trafiquez pas un truc dans mon dos quand même, genre anniversaire surprise ou je ne sais quoi ?
— Ha ha ha, non absolument pas ! Cesse donc de me fixer avec cet air-là, Harry !
— OK, je t'écoute, indique Harry en se réinstallant confortablement dans le fond du canapé, son épaule contre celle de Drago.
— En fait, ça a commencé juste après la rentrée de janvier quand j'ai reçu un colis mystérieux que je n'attendais pas. Charlie a décidé de m'envoyer des ingrédients pour les potions. Des ingrédients issus de dragons morts à la Réserve et qu'ils ont le droit de décortiquer en entier après autopsie.
— Sérieusement ? Mais ça coûte une petite fortune ce genre de choses ! Je croyais qu'ils revendaient ça pour financer la Réserve, moi.
— C'est toujours ce qu'ils font d'après ce que Charlie m'a raconté dans sa première lettre. Il m'envoie de petits échantillons, ça ne leur retire pas grand-chose, mais c'est suffisant pour mes expériences.
Harry se redresse une nouvelle fois en manquant de renverser ce qu'il lui reste de café dans son mug.
— Attends, il te les offre ‽
— Oui, affirme Drago en rougissant un peu, gêné. J'ai envoyé une somme de gallions conséquente avec ma première réponse, mais il me les a retournés avec le colis suivant…
— Oh Merlin ! Mais il va s'attirer des ennuis cet imbécile à force d'être trop gentil… Il t'en a envoyé combien ?
— Deux colis pour le moment, mais il m'a prévenu que ça dépendrait des décès des dragons et donc que ça serait très aléatoire. Ils ont eu deux pertes depuis Noël en fait.
Harry médite cette réponse sans le quitter des yeux. Ses pommettes rosées par la gêne sont adorables et il voit bien qu'il aimerait ne pas être redevable à Charlie, bien qu'il n'ait pas le choix dans ce cas précis. Charlie se comporte avec Drago comme il le ferait avec n'importe lequel de ses proches, avec générosité et gentillesse. Harry réalise tout à coup que Charlie apprécie réellement Drago, sinon il ne se donnerait pas toute cette peine pour lui faire plaisir. Cela fait un bien fou à Harry qui constate que c'est réciproque entre eux, sinon Drago n'aurait pas été poster sa lettre en pleine tempête de neige alors qu'elle pouvait attendre. Charlie n'est pas de ces gens qui s'offusquent d'un retard dans le courrier et heureusement pour Harry qui ne pouvait parfois pas lui écrire pendant des semaines quand il était sur une enquête sous couverture.
— Mais, attends… Tu as parlé d'expériences. C'est quoi cette histoire ?
— Je ne voulais pas t'en parler pour le moment, parce que je n'étais pas sûr d'y arriver, mais je prépare un concours de potionnistes. L'un des concours les plus prestigieux de la profession. Il aura lieu dans un an et demi, mais il faut se préparer longtemps en avance, parce qu'on doit présenter une nouvelle potion et la concocter sur place le jour du concours.
Les iris de Drago se sont mis à briller dès qu'il a commencé à parler de potions, la passion prenant le dessus sur le reste. Il s'est un peu redressé lui aussi et a posé sa tasse sur le guéridon à côté du canapé. Harry est impressionné par son amour des potions et par ses compétences, parce qu'il ne doute pas qu'il y parviendra. Il est fier de ce que Drago entreprend et du courage dont il fait preuve, il sait que ça sera une épreuve de se présenter à ce concours en s'appelant Drago Malefoy. Et il comprend alors pourquoi Charlie lui envoie tout ça.
— Il est au courant, hein ?
— Il se peut que cela m'ait échappé quand on a discuté, le jour de Noël. Mais je t'assure que je ne lui ai rien demandé !
— Oh, je n'en doute pas un instant, mon cœur. Charlie est débordant de générosité et il t'encourage à sa manière en t'offrant ces ingrédients. Je suis vraiment fier de toi et je suis certain que tu vas décrocher la première place.
Drago lève les yeux au ciel.
— Harry, sérieusement… Pour le reste, ne crions pas victoire trop vite, pour l'instant rien de ce que j'ai essayé ne fonctionne assez bien pour même valoir quelque chose aux ASPIC.
— Je crois en toi, Drago, tu vas y arriver, assure Harry en le fixant droit dans les yeux.
Le cœur de Drago explose de joie aux mots de Harry. Il se sent aimé et soutenu, et il ne s'habitue pas à cette délicieuse sensation. Il se penche vers Harry et pose ses lèvres sur les siennes en un tendre baiser, une façon de lui transmettre lui aussi tout l'amour qu'il ressent.
J'attends vos retours sur ce chapitre, si vous avez aimé dites le moi. Parlez-moi de vos ressentis, dites moi ce que vous avez pensé de Charlie et de la rencontre d'Albus avec Daniel par exemple :)
On se retrouve dans deux semaines, le 12 mai 2023 avec le chapitre 35 : « Le feu des dragons ».
En attendant, portez vous bien !
