Hello,

Comme promis, voici donc le second et avant-dernier chapitre de cette fiction sur Remus et Bellatrix. Je ne dirai pas qu'il y a plus d'action (je crois que vous le savez, maintenant : je ne suis pas très douée pour l'action lorsque j'écris des drames), mais disons qu'il y a une avancée. Hum. Une petite, au moins, dirons-nous ? Bellatrix est un personnage qui me terrorise, en fait. J'ai toujours l'impression qu'elle m'échappe lorsque je tente de la figer par des mots. Que ce n'est pas tout à fait elle. C'est très frustrant. Quant à Remus... eh bien, je l'ai découvert en écrivant ce texte. Vraiment. Je ne m'y étais jamais intéressée avant.

Bref, vous me pardonnerez les fautes qui m'ont échappée. La relecture et moi, ce n'est pas l'amour fou et je suis en pleine guerre contre ffnet qui me vire mes points-virgules, mais sinon, tout va bien.

Un très grand merci à : Selemba, Inkfire et xxShimyxx pour leur review.

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à JKR.

Titre : Ce que mord la lune

Résumé : ''Cette année-là, l'Angleterre se heurta à un froid qui n'en finit pas. Il y eut les routes verglacées, les lacs figés, les arbres tombés. Il y eut les flocons à répétition, les heures de retenues, les points montants et descendants pour la Coupe des Quatre Maisons. Il y eut Andromeda qui ne rentra pas. Ma solitude dans une cabane en bois.'

Rating : K+

Bonne lecture !


Ce fut l'été, puis la rentrée. Ma sixième année.

Parfois, en regardant le lac qui s'étalait, il me semblait apercevoir une silhouette pleine de beauté qui m'observait mais fuyait chaque fois que je tentais de m'en approcher. Elle était là, quelque part dans ce monde, elle se cachait, elle en riait. Elle devait se tenir dans son manoir, peut-être visitait-elle Narcissa qui à présent s'était fiancée, peut-être regardait-elle le ciel, et la lune, et les terres affolées ; qu'en faisait-elle, de ses cadavres, et comment était-elle, hors de son cercle de tranquillité ? J'entendais les murmures sur les Black s'épaissir. Les familles s'effondraient les unes après les autres, elles se retrouvaient trouée d'un, de deux, parfois de tous ses membres mais les Black ne faiblissaient pas.

Chez les Gryffondor, on connut un premier déferlement de passions : on prit connaissance qu'un Ordre du Phénix existait, quelque part au dehors, qu'il était mené par Dumbledore et que c'était là, là qu'il fallait aller lorsque Poudlard se terminerait. Frank et Alice Londubat, de trois ans plus âgé que nous, avaient débuté leur formation d'Auror, s'y étaient engagés, et on disait d'eux qu'ils étaient les plus doué. A peine avaient-ils été diplômé qu'ils s'étaient mariés et à présent, James nous assurait en riant que lui aussi, dans une année et demi, épouserait Lily.

« Il faudra juste l'en informer, fit remarquer Sirius.

– Ah, en effet, ça pourrait avoir son utilité… »

Les Black restaient pourtant une entité à laquelle personne n'osait vraiment s'en prendre. Les plus courageux déclaraient qu'ils étaient des partisans du Seigneur des Ténèbres et tous les regards se tournaient alors sur Sirius. Lui ne répondait pas. Il serrait les dents. Je voyais une ride apparaître sur son front, une marque de vieillesse qui n'avait jamais été présente auparavant. A seize ans, il semblait soudain sur le point de prendre une terrible décision que son reste d'enfant ne pouvait encore assumer pleinement. La nuit, il se réveillait. Lui et James chuchotaient. Je les entendais, dans le dortoir noyé sous les ronflements de Peter, tirer des plans :

« Tu viendras à la maison. »

Puis, plus tard :

« Tu bloqueras ton compte aux prochaines vacances. A Noël, tu prépareras une dernière valise discrètement. Prends tout ce qui te reste. Ce à quoi tu tiens. Tes livres, tes photos, n'importe quoi.

– Je ne veux rien qui me rattache à cette maison si ce n'est mon nom.

– Alors viens tel que tu es. »

Les silences se firent plus durs. Peter vint un jour me voir :

« Les deux, expliqua-t-il, ils sont ensemble. Ils ont un but et cela leur apporte de la puissance. Mais nous ?

– Nous sommes avec eux. »

Il secoua doucement la tête et ses yeux parurent se voiler :

« Je sais, mais… Je ne suis pas courageux. Pas comme eux, en tout cas, rajouta-t-il en voyant mon geste de réfutation. Je ne veux pas mourir, tu comprends ? Je ne veux pas me réveiller un matin et me retrouver devant des Mangemorts encerclant ma maison.

– Alors quoi ? »

Il haussa les épaules, l'air malheureux.

« Justement. Alors je ne sais pas. »

En décembre, Bellatrix revint dans la Cabane hurlante. Elle semblait tranquille mais entre ses doigts, une tasse translucide tremblait, une porcelaine attrapant les rayons morts du soleil.

« Ton avis a-t-il changé ? demanda-t-elle.

– Non. »

Elle resta silencieuse plusieurs secondes. Je vis la fumée s'élever de sa tasse tandis que ses lèvres plongeaient dans le liquide doré. Je sentis la nuit monter.

« Les sorciers…, commença-t-elle.

– Tu n'arriveras jamais à m'avoir par la haine. »

Ce fut l'unique remarque qui sembla un jour l'ébranler.

« Ce ne sera pas par la haine, alors. »

Ses yeux se plantèrent en moi. Elle s'approcha des escaliers puis, juste avant de s'en aller, se tourna une dernière fois vers moi. Son visage luisait à la lumière de la lune qui nous parvenait des fissures.

« Pas par la haine. », répèta-t-elle.

Je n'en parlai jamais aux autres. L'incompréhension et la honte me retinrent ; je serrai ce secret dans un coin du cœur. Quelque chose au dedans, pourtant, me hurlait que j'avais tort. Que c'était une traîtrise que de parler à cette femme qui ressemblait tant à Sirius. Qui portait son sang mais l'avait barbouillé d'obscurité. Les cadavres arrivaient lentement. Nous avions seize ans et pas encore l'idée de ce que cela représentait dans la réalité. Poudlard était un monde à part où rien ne pouvait véritablement nous toucher, malgré notre courage, malgré nos idéaux nous nous pensions toujours invincible d'une certaine façon.

Lorsque la pleine lune venait, James, Sirius et Peter m'accompagnaient. Les mois se succédèrent et je finis par croire que Bellatrix n'existait que dans ma pensée, qu'elle ne représentait peut-être qu'une infime partie de mon désir d'échapper soudain à mes incertitudes à l'aide d'un objet, une forme, une idée ; que peut-être ne l'avais-je construite que dans le but de me démarquer et de me rassurer, comme lorsqu'au milieu du conte, le héros se retrouve à l'intersection de deux chemins. Le premier le mène au Bien, le second au Mal, et en lui se cache toujours cette horrible et insidieuse envie que tout s'arrête, qu'on le laisse plonger de l'autre côté et souffrir, peut-être, mais souffrir sans plus rien avoir à penser parce qu'il aurait découvert ce qu'il y a de plus noir en l'humanité. Bellatrix m'avait demandé de rejoindre les Mangemorts et j'avais refusé. Et alors je m'étais senti important et honnête. La satisfaction avait déferlée dans mes veines tandis que je pensais : mon action changera le cours des évènements.

Le mois de mai s'imposa.

Pour la première fois, James se rapprocha de Lily sans avoir besoin d'un sort de Protection. Ce fut étrange, ce sourire tranquille qui s'éleva sur le visage de ce garçon dont je pensais connaître la moindre facette. Un sourire apaisé, dénué de toute insolence. L'observer dans ces moments privés me parut être une violence et je me détournai. Dans les couloirs, je vis Rogue se renfermer, s'éloigner. Les rumeurs annoncèrent qu'il avait rejoint le Seigneur des Ténèbres, que quelque chose en lui s'était cassé. Peter ne le lâcha plus du regard :

« Est-ce que tu crois que c'est vrai ? murmura-t-il. Comment a-t-il fait ? Comment a-t-il fait pour l'accepter ? »

Bien des années plus tard, je réalisai que ce « il » ne se rapportait pas à Rogue comme je l'avais pensé, mais bien au Seigneur des Ténèbres que Peter songeait déjà, terrifié, à regagner.

A la fin du mois de juin, Sirius s'installa chez James. Lorsque le train entra en gare, il serra ses valises, sa chouette et sa fierté, et, tandis que les Black l'attendaient de l'autre côté, il se dirigea en homme auprès des Potter.

Je vis Druella se détourner.

Encore un été. Une longue absence. Il y eut des morts, des ténèbres à s'en étouffer, beaucoup de terres brûlées, des lambeaux à ramasser, et au milieu du sang, il me sembla entendre Bellatrix chanter.

Ce ne fut que tard que j'appris à la haïr.


A dix-sept, je pensai le monde dépourvu de ses hésitations. L'été fit sauter en chacun d'entre nous les restes de confiance que nous avions posé en l'humanité et un vrai combat s'engagea. Si l'année précédente les décisions à prendre nous paraissaient embrumées, à présent, elles se dressaient devant et nous ne nous posions plus la moindre question. Lily fut la première à produire un Patronus mais ce fut James qui le maîtrisa suffisamment pour l'utiliser comme moyen de communication, à l'image de Dumbledore.

Le mien prit du temps à devenir animal. Il semblait hésiter à se figer, sa forme s'arrondissait puis disparaissait Sirius s'en moquait, je me détournais.

Je pensai à Bellatrix. Elle me hantait et je voyais en cette chose opaque son reflet. Je commençai à rêver d'elle ; son cou gracile, ses mains fines et ses lèvres ensanglantées m'apparaissaient. Elle semblait sans cesse sur le point de me dévorer mais parfois, elle s'asseyait tranquille et peignait sa chevelure d'un geste répété. J'observai alors un feu s'allumer sous ses doigts décidés de la simple étincelle, il grandissait, se dispersait, et moi sur ma chaise, je ne pouvais plus bouger. J'attendais qu'elle se retourne mais elle paraissait au contraire reculer, alors je l'appelais, je hurlais son nom. Une peur constante me griffait le cœur. Soudain, ses cheveux exaltés me rejoignaient, puis c'était elle toute entière, pleine de sa beauté, qui m'embrassait, me déshabillait. Ses dents se plantaient, je voulais crier. Ses longs cils traçaient des rivières sur mes joues, je m'entendais supplier, puis je baissais la tête et je voyais ses mains se recouvrir. Je reculais, terrifié, et lentement, elle les relevait à la hauteur de mon visage et me forçait à sentir cette odeur âcre, de sang, de mort et de massacre. Puis, me dévoilant ses paumes, j'y apercevais un cœur arraché qui battait et je m'y reconnaissais. Je reculais. Je touchais ma poitrine où rien n'existait. Alors la lune se dévoilait et je me réveillais.

« En ce moment, tu n'arrêtes pas de parler dans ton sommeil, me fit pensivement remarquer Peter en cours de potion.

– Ah oui ? »

Sirius se tourna vers moi :

« Il a raison. Tu répètes tout le temps : arrête-toi, arrête-toi et une fois, tu t'es même levé et tu nous as déclaré : par l'amour, pas par la haine. C'est quoi, ces rêves de malade que tu nous fais ? »

Le soir-même, mon Patronus se forma.

La louve me fixa un long moment et je discernai, résigné, du gris à ses pupilles.

Cette nuit-là, je restai un long moment à me poser une seule et unique question : comment un homme – en l'occurrence, moi – pouvait-il si violemment ressentir un désir tout tourné sur une personne qu'il n'avait qu'à peine rencontrer, et que tout poussait à détester ? Car Bellatrix était la représentation même de la folie qui s'était incrusté chez les Sang Purs à l'arrivée du Seigneur des Ténèbres. Un mélange de fragile et de terrifiant. Lorsque j'avais onze ans, j'étais l'enfant impressionné. Elle m'était alors apparue pareille à une statue antique dont la beauté de sa chair ne pouvais rivaliser avec la pierre. A quinze ans, je tentais vaguement de me trouver, d'assumer tout ce qui me différenciait et pourtant, j'étais déjà capable de percevoir qu'il avait en elle un trou béant dans lequel tout sorcier pouvait sombrer. A seize ans, enfin, j'étais encore terrifié malgré tous mes efforts pour l'ignorer. Elle, elle avait toujours eu ce calme arrogant – j'aurai aimé le prendre et le piétiner.

Mais maintenant ?

Ce fut en cours de métamorphose que pulsa soudain sa voix. Un murmure étrange qui prit brutalement possession de moi : Je t'attends. Et je l'aurai reconnu n'importe où, lâché au milieu de la foule. Tandis que mon oiseau s'enflammait et que mon sort le projetait au bout de la salle, ce fut elle, et elle seule, qui se troua en moi.

McGonagall m'enleva cinq points.

Je n'y prêtai aucune attention. Elle était là.

Lorsque le cours prit fin, je m'enfuis tel un voleur jusqu'à la Cabane. Je descendis jusqu'à la chambre, tremblant dans les escaliers, vacillant, trébuchant, j'avais encore sa voix partout, elle résonnait dans mon ventre et dans l'obscurité, je descendis, descendis et je la retrouvai.

Ce ne fut que plusieurs mois après que j'appris l'occlumencie.

Sa robe plus fine épousait ses jambes et grisait la couleur des ses yeux. Elle semblait couler en l'absence du vent et danser à l'immobilité. Sa chevelure trembla lorsque Bellatrix me regarda.

« Ce ne sera pas par la haine, dit-elle au moment où je m'apprêtais à la toucher. Ni aujourd'hui, ni demain. Touche-moi, Remus. Crois-tu vraiment que je ne peux percevoir à quel point tu en as envie ? »

L'ordre dans sa voix. Le mépris, le dédain. Et la provocation de ses lèvres, de ses mains qui se tendirent vers moi.

La toucher. L'avoir. Une seconde, seulement. Son corps resplendissant, sa peau aérienne ; une seconde, encore.

Je l'enlaçai, par curiosité voulus-je penser. A présent, je la dépassais très légèrement et elle cala son souffle contre mon cou.

« Pourquoi me vouloir ? »

Bellatrix haussa les épaules.

« Parce que tu es jeune. Parce que tu es un ami de Sirius et qu'on dit de toi que tu es le plus sensé des trois, celui qui peut les convaincre.

– Nous sommes quatre.

– Vraiment ? sourit-elle. Alors des quatre. Et parce que tu as le sang du loup en toi. Tu pourrais alors devenir une arme redoutable, ne penses-tu pas ? »

Je me penchai vers elle et la serrai un peu plus contre moi.

« Non. »

Elle releva la tête et son regard me noya d'arrogance :

« Alors lâche-moi. »

C'est elle seule qui se détacha.

Ses cheveux au coin des lèvres. Ses longs cils mordant l'obscurité. Ce rouge dans le sourire. L'enveloppe charnelle de ses paupières.

« Désire-moi, susurra-t-elle.

– C'est ce que je fais déjà. », répliquai-je simplement.

Et je ne mentais pas.


Un mois plus tard, elle m'apparut une nouvelle fois.

« Viendras-tu ? », demanda-t-elle.

Je l'observai avec un sourire fantomatique :

« Non. Cela serait t'appartenir.

– Quelle différence avec l'instant présent ?

– Tes mains sont pleines de sang.

– Et elles te tiennent. »

Je sentis un fer dans ma gorge. Je voulus secouer la tête et la repousser. Mes dix-sept années, mes faiblesses et sa beauté m'en empêchèrent. Cette hésitation la fit rire de plus belle et elle poussa mon corps contre les pieds du lit. Debout, face à face, je l'affrontai, immobile, et il me sembla qu'une fureur naquit au fond de son regard. J'en tirai une certaine fierté qui se figea et se fracassa à terre lorsque Bellatrix me lâcha.

Lentement, ses doigts se posèrent entre ses seins et détachèrent le bouton de sa cape qui s'écroula. Délicatement, ils évoluèrent jusqu'à son dos et tirèrent les ficelles. Sa robe se fit alors plus lâche, ses chaussures roulèrent. Je fermai les yeux. Son corps s'attacha au mien. Ses bras s'enroulèrent pareils à des serpents envahissant chaque recoin de ma peau, ses ongles tracèrent des arabesques, ses dents se plantèrent sur mes lèvres.

Puis ce fut le froid de l'abandon.

Lorsque j'ouvris les yeux, elle s'était glissée au creux du lit.

« Tu me fascines. », murmurai-je et je perçus à ma voix une douleur que j'ignorai jusque là.

Elle rit.

« L'amour est une fascination. A vrai dire, il en est même sa plus extrême représentation mais l'homme, dans son impuissance, a préféré lui donner un autre nom. Car la fascination est malsaine, n'est-ce pas ? Elle est laide, elle tranche la gorge à celui qui l'élève, tandis que l'amour… on aimerait se dire que l'amour est beau, que l'amour est vivant, qu'il est fait de milliards de petites perfections. »

Je voulus lui dire qu'elle avait faux. N'y parvins pas.

Je me laissai asseoir

« A quoi reconnaît-on l'être aimé ? » demanda-t-elle en repoussant les draps à ses pieds.

J'hésitai :

« Il est celui à qui on pense lorsqu'on sent la mort arriver.

– De vieillesse ou tué ?

– Quelle qu'elle soit. »

Elle sourit. Ses doigts s'enroulèrent à mon cou et son corps se pressa contre le mien. Nue, elle se dressa un court instant dans la lumière blême et je la vis toute entière danser avant de se poser sur moi, avant de se faire petite entre mes bras.

« Ce n'est à son assassin qu'on pense ? », murmura-t-elle.

Je l'embrassai sur les lèvres, sur les joues, sur la gorge.

« Non.

– Sauf s'ils ne forment qu'une seule et unique personne.

– Tu as compris. »

Elle me repoussa alors et me fixa, les yeux sombres :

« Tu es un idiot, dit-elle.

– Pardon ?

– Tu es un imbécile. Et tu m'aimes. »

Puis Bellatrix plongea en moi.


Elle ne revint plus.

J'attendis longtemps, m'échappant de Poudlard dès que j'en avais l'occasion. J'appris à guetter les souffles endormis du dortoir, à me glisser le long des couloirs et à mentir sur l'épuisement flagrant de mon visage. Dans cette chambre où je la connus une fois, je refis les draps et cassai les murs. A la pleine lune, James, Sirius et Peter s'étonnèrent d'un désespoir grimpant qui avait surgit « inexplicablement ». Parce qu'elle ne revenait pas, ne comprenaient-ils pas, elle ne revenait pas.

J'attendis au soleil couchant, j'attendis entre les lunes.

Puis un matin, Bellatrix Lestrange rejoignit la Gazette des Sorciers aux côtés de son époux et j'eus l'impression d'assister à un viol. Sur le papier, ses traits m'apparurent déformés, semblables aux autres. Elle se tenait là, offerte aux yeux de chaque sorcier, sans autre protection que l'indifférence portée sur son visage et cela me donna envie de vomir parce que pour la première fois, le terme Mangemort lui fut attribué et alors tout devint vrai : les morts qu'elle poursuivait, le Seigneur des Ténèbres, cette Marque, la véritable haine qui semblait la posséder.

Sirius déchira méticuleusement le papier sans toucher à son petit-déjeuner et une fois ce travail terminé, il déclara :

« Ils l'abattront. Ils doivent l'abattre. Vous avez vu l'air de folle qu'elle a ? En vrai, c'est pire encore. J'espère qu'ils la trouveront et qu'ils la massacreront. Elle est comme ma mère mais elle, elle est devenue une boule d'action. De toutes ces listes de familles disparues ou mortes, vous pouvez être sûrs que la moitié garde Bellatrix en dernier souvenir. »

Je ne répondis pas.

Sirius resta encore toute la journée avec des yeux mornes, presque désespérés, mais remplis d'une rage abyssale.

Pourtant, j'attendis vraiment.

La cabana hurla, elle s'en fracassa la voix. Des fissures apparurent aux murs. Le sol se noircit.

Une pierre aux lèvres.

Un feu au cœur.

Un vide au ventre, un oiseau, un effluve puis le rien.

J'attendis comme un idiot, la cherchai au soleil et dans la boue, aux abords de la forêt, du lac, du château je restai comme une ombre au coin d'une lune mais sa silhouette demeura d'un côté où je ne pouvais plus l'attraper.

J'en crevai.

L'été se couvrit et la guerre m'exhiba.

Les Potter furent tué. Le Seigneur des Ténèbres disparut. Bellatrix gagna un aller simple pour Azkaban et je crus ne plus jamais avoir à y penser. Quatorze années de silence. La pauvreté, les errances inespérées. C'est étonné qu'un matin, j'ouvris les yeux sur mon corps effaré et m'aperçut que je m'étais contenté de le flétrir.

La guerre recommença.

Je me surpris à respirer.


La suite dans en tout cas deux semaines, quand je rentre de Crans Montana et de Russie o/

(et je remarque ma journée très constructive, aujourd'hui : café, bain, facebook, cigarette et Leonard Cohen en boucle)

Une petite review pour bien terminer ? :)

A très bientôt,

Ana'

P-S : Cela dit, je crois qu'on ne saurait choisir mieux que Leonard Cohen pour lire ce chapitre. Genre... genre Waiting for the miracle (et, oui, je sais, ça vous fait une belle jambe que je vous le dise maintenant que vous êtes à la fin du chapitre, hein).