Hello ! Merci à Guest et Arthemys pour leur review ! Même un merci, ça fait super plaisir, n'hésitez pas !


J'aime bien les cours d'anglais. C'est pas que j'aime lire, mais c'est un des rares cours où je comprends ce qu'on me raconte. J'ai l'impression de pas être totalement à la masse.

Et en plus la prof est sympa et elle me casse pas les couilles.

Ouais, faut le dire comme ça.

Parce que faut quand même que je sois honnête : j'arrive toujours en avance pour me mettre tout au fond, à la place des cancres.

Tanya s'installe à côté de moi quand la sonnerie retentit.

« T'as une sale tête, Eddie.

- Mmmm. »

Elle sort un bloc-notes. Mike et Ben s'installent devant nous. Ce couillon adresse un sourire Colgate à Tanya.

J'ai envie de mordre mais je me rappelle que c'est à côté de moi que s'est installée la petite sœur de Rosalie.

Les filles Hale sont toutes blondes. Alice m'a dit que Kate se faisait sûrement une teinture pour ressembler à ses sœurs. Je ne crois pas : les quatre Hale sont toutes blondes, différemment. J'aime bien : ça les fait appartenir à la même famille. C'est facile pour moi de m'y retrouver.

Alice et moi, on n'a pas du tout les mêmes cheveux. Je sais pas trop ce qui s'est passé au niveau génétique, mais on a tous des cheveux qui n'ont rien à voir. Papa est blond, maman châtain, Alice a les cheveux les plus noirs que j'aie jamais vus. Et moi… Maman dit qu'ils ont la couleur du cuivre poli. Moi, je sais pas trop. J'ai jamais fait trop gaffe. Mais je crois que la piscine les a un peu éclaircis. Le chlore, tout ça... C'est sûr que si je faisais des pyramides et des galipettes, j'aurais peut-être pas les mêmes cheveux.

Swan a les cheveux marron, tout simplement. Comme sa couleur préférée, tiens.

Et de beaux yeux marron aussi.

« T'as fait le devoir qu'elle a demandé ?

- Ouais. »

J'ai tout fait sans l'aide de Ben. J'ai ma fierté.

Ça m'a pas empêché d'aller voir deux trois trucs sur internet. La prof passe dans les rangs récupérer nos devoirs.

Tanya se met rarement à côté de moi. J'aime bien quand elle le fait : elle sent bon et ça me fait plaisir de savoir qu'elle recherche ma compagnie.

« T'es allé voir Bella Swan ce midi ? »

Je hausse les sourcils. Tanya a été à peine discrète et je sens déjà l'intérêt de mes potes juste devant nous.

« Ouais…

- Je croyais que tu pouvais pas la piffer. »

Je sais pas quoi répondre. Elle est jalouse ?

« Comment tu sais ça ?

- Que vous pouvez pas vous supporter ? Tout le lycée le sait. C'est pas un scoop.

- Non mais… comment tu sais que je suis allé la voir ? » je lui demande en me tournant vers elle.

Tanya mâchonne le bout de son stylo et prend un air concentré. Aïe. La prof nous tombe dessus.

« Cullen, vous devriez écouter. Ça fait longtemps que Shakespeare n'est pas tombé au bac, ce serait dommage de rater des informations importantes pour draguer votre voisine.

- Oui, M'dame. »

J'attends qu'elle se désintéresse de nous et je repars à l'attaque.

« Alors ?

- Je te rappelle que Kate est copine avec Jess, qui est la BFF de Lauren, qui elle-même est cheerleader. Et les infos tournent vite ici. »

Putain.

Si j'avais voulu être discret je m'y serais pas mieux pris.

« Tout le lycée est au courant, c'est ça ?

- Tout le monde sait que t'es allé parler à Bella Swan alors que vous avez jamais pu vous blairer. Ça jase, c'est tout. Je voulais t'prévenir. »

J'ai envie de frapper dans quelque chose. J'aime pas me faire remarquer, sauf quand je nage. Là, tout le lycée va parler dans mon dos. Et dans le dos de Swan.

Même si c'est pas ma prof et que franchement, tout le monde sait qu'elle se tape le grand motard débile de Quileute qui est actuellement en stage à New-York, beaucoup plus intéressant que les gamins du lycée, ce serait dommage que des rumeurs courent sur nous.

Surtout qu'elles s'avéreront à un moment fondées.

Je décide de donner des infos à Tanya. Quitte à ce qu'il y ait des rumeurs sur moi, autant qu'elles partent d'une personne qui m'apprécie. Enfin, je crois que Tanya m'apprécie.

« Il se pourrait que nous ayons enterré la hache de guerre.

- Non ?, s'écrie-t-elle un peu trop fort.

- Hale ! Cullen !

- Pardon, M'dame. »

Nous avons répondu en chœur et ça nous fait marrer.

On attend un peu. Puis je reprends :

« Je l'ai amenée au lycée ce matin. »

Voilà du potin qui tiendra Tanya et ses copines occupées un petit moment.

J'ai juste oublié mes potes devant moi.

Mike se retourne, curieux :

« Attends, c'est vrai ?

- Ouais. »

J'invente la suite. Autant rendre le tout crédible.

« Sa voiture est… Elle devrait être à la casse, en vrai. Je la dépanne.

- Mais non… Son père est flic et sa voiture passe pas le contrôle technique ?

- Newton ! Cullen ! Mais c'est pas vrai ! »

La prof nous sépare. C'est pas plus mal.

À la fin de l'heure, j'ai fini ma journée de cours. Je sors, salue quelques copains que je retrouverai à la piscine après et vais à ma fidèle Volvo.

J'ai exactement trois heures avant de revenir chercher Swan. Le temps de faire un petit footing.

Je rentre chez moi, attrape une barre céréales et croque dedans férocement.

« Alors mon lapin ? Ça a l'air d'aller mieux…

- Salut, M'man. »

Je l'embrasse sur le haut du crâne (elle est si petite par rapport à moi !), mais elle lâche pas l'affaire :

« J'ai reçu un mail de ta prof d'espagnol… »

Merde, elle a pris sa voix de la déception. Je déteste quand elle prend cette voix. J'ai l'impression qu'elle veut changer de fils.

« … et apparemment tu la fais tourner en bourrique.

- Elle me prend de haut, c'est tout. »

Ma mère me regarde. Je vois qu'elle tente de répliquer mais là, j'ai pas la foi. Elle le voit – parce que maman devine tout.

« D'accord. On en parlera avec ton père. »

Je soupire fortement et je sors.

Dans la forêt mes pas retrouvent leur rythme de croisière. Je cours longtemps et ça me décrasse bien. Je ne force pas, ne sprinte pas : j'ai entraînement à dix-neuf heures trente. Faut pas que je gaspille toutes mes forces ou Emmett me tuera.

On est lundi. Dans deux jours ça fera une semaine que toute cette merde aura commencé.

J'ai vraiment l'impression d'avoir vécu plusieurs vies en très peu de temps.

Heureusement les arbres ne changent pas de place, et je trouve un certain réconfort à trottiner sur les chemins qui entourent la maison.

Je rentre chez moi au bout d'une petite heure. Je prends pas de douche : j'ai piscine bientôt.

« Tu pues le fennec, mon fils.

- Moi aussi je t'aime. »

Ma mère ricane. Je monte dans ma chambre, allume ma radio et fouille dans mon sac pour trouver mon livre de maths et une feuille pour faire les exos que le prof nous a donnés.

Au bout d'un long moment, j'ai mal au crâne et j'ai toujours rien fait.

J'y comprends rien.

Heureusement, c'est l'heure d'y aller.

« J'y vais ?

- Si tôt ? D'habitude tu pars plus tard. »

Je peux rien cacher à ma mère. Autant lui dire tout de suite plutôt que lui mettre la puce à l'oreille.

« Faut que je dépose Bella Swan chez elle. »

Ses yeux pétillent.

« Voyez-vous ça… D'abord Rose, puis ta prof d'espagnol, enfin Bella… Les filles plus âgées t'intéressent, ces temps-ci…

- Garde-moi du gratin, c'est tout ce que je te demande, M'man. »

Je m'enfuis avant d'avoir des questions gênantes. Je fais la route en silence, fenêtres ouvertes malgré le froid : j'écoute le bruit de la forêt et du moteur qui ronronne sous le capot. Ça m'apaise.

Quand je me gare sur le parking, elle est déjà là, assise sur les marches qui mènent au gymnase.

« T'es en retard. »

Son ton agressif me hérisse. Elle se lève et se dirige vers la portière. Par la fenêtre ouverte je la vois s'approcher de moi alors qu'elle déblatère, agacée :

« Putain, il fait un froid de canard, je vais attraper la crève à cause de toi ! »

Elle essaie d'ouvrir la portière.

« Ouvre.

- Tu oublies le mot magique. »

Elle me fusille du regard. Retente le coup.

« Ouvre, putain !

- Parle-moi plus gentiment. »

Je ne me démonte pas. Au fond, c'est moi qui suis au chaud. Elle rouspète encore un peu, lâche un ou deux jurons, puis reprend avec un grand sourire hypocrite :

« Cullen. Ouvre-moi, s'il te plaît. »

Dès que le déclic retentit, elle se précipite à l'intérieur et claque la portière. Elle tripote les boutons pour augmenter le chauffage.

« Merci qui ?

- Abuse pas, non plus. »

Je ricane. Je ressemble à ma mère quand je fais ça, non ?

Je redémarre. Les jambes de Swan sont dénudées, pas étonnant qu'elle ait froid : elle a gardé son short-jupette de cheerleader. J'y jette des coups d'œil puis me force à regarder la route. Je tente de lancer la conversation, à la fois pour éviter le silence gênant et pour me changer les idées :

« T'es au courant que tout le monde parle de nous ? »

Immédiatement, elle se tourne vers moi et m'agresse à moitié :

« Qu'est-ce que t'as encore dit, Cullen ? Qu'est-ce que t'as fait ?

- Mais rien !, je me défends. Une pompomette nous a vendus, c'est tout ! Elle m'a vu te rejoindre ce midi et elle en a parlé à ses copines ! Putain ! »

J'explose. C'était pas prévu.

« J'ai passé une journée ultra étrange, je me suis fait humilier par la prof d'espagnol, j'ai rien compris à mes exos de maths, mon père va me mettre une brasse, j'ai entraînement ce soir, et t'as rien d'autre à faire que m'engueuler pour un truc que j'ai pas fait ! On peut arrêter de me retomber dessus ? »

Swan paraît surprise. J'ai envie de lui dire qu'elle est pas la seule à souffrir de cette situation, mais ce serait dégueulasse de ma part de lui faire remarquer ça. Heureusement, elle se débrouille toute seule : elle soupire et se dégonfle comme un ballon de baudruche. Elle dit doucement :

« J'aurais dû m'en douter. Tant pis. De toute façon, tôt ou tard, ça se saura. »

Je ne réponds rien. Je sais pas quoi dire, de toute façon. Quand je parle y a jamais rien qui va.

Je la dépose devant chez elle.

« Je passe te prendre demain ? »

J'ai posé la question avant qu'elle saute de la voiture. Elle a la main sur la poignée et je la vois peser le pour et le contre. J'insiste. J'ai vraiment besoin qu'on soit plus proches avant d'affronter son père. J'ai besoin de savoir qu'on fera front commun et qu'elle me laissera pas tomber quand il sortira son six-coups.

« De toute façon, les rumeurs sont lancées. Autant les alimenter… »

Swan ricane :

« Fais gaffe. Tu vas finir en garde-à-vue plus tôt que prévu. »

Elle claque la portière et je pars à la piscine, en pensant que je devrai bientôt affronter Charlie Swan, qui est un des rares hommes que je respecte. Il va être déçu.

Mais bizarrement, je me dis que je vaux mieux que Jacob Blake. Et que, même s'il est déçu, il gagne au change, le shériff de Forks.