Auteur: Kuro-Hagi – 29/04/2023

Genre: Romance – Yaoi – Hurt/Comfort - Friendship

Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.

Notes/Remerciements: Je pensais vraiment que celui-ci serait le dernier chapitre ! Je me suis bien trompée :) Cette fic ne sera pas terminée pour ses 1 an ! oups ! Et évidemment, comme elle reste principalement pour toi Malo, j'espère que ce chapitre te plaira :)


KAGAMI

Il sourit alors qu'il s'installe à côté de Midorima, éternellement en avance.

« Hey.

— Salut. »

Midorima lui rend son sourire et pousse dans sa direction, la bière qu'il a commandée pour lui. Il prend le verre dans sa main et le lève pour trinquer avec lui. Il y a longtemps qu'ils ne se sont pas retrouvés ainsi tous les deux autour d'une bière. Habituellement, ça arrive deux à trois fois par mois. Mais depuis qu'il file dès qu'il peut chez Daiki, il a refusé toutes ses invitations à boire un verre. Il s'en veut un peu, Midorima a été un ami très présent ces dernières années, et non seulement il le lâche alors qu'il sait qu'il a autant que lui besoin de ses échanges entre gars dans la même galère, dans leur boulot, leur quotidien qui est fréquemment très dur et stressant. Mais Daiki est plus important, Daiki est trop fragile. Et il l'est d'autant plus depuis cet incendie il y a un mois. Daiki a vraiment flippé.

Ce soir, ils se retrouvent tous comme presque toutes les semaines, alors il a simplement proposé à son ami de le retrouver un peu plus tôt pour un tête à tête. Daiki n'était pas très satisfait, il aurait aimé le voir avant aussi, mais il a compris malgré la jalousie que c'était important pour lui.

Un silence confortable s'est installé alors qu'il est perdu dans ses réflexions que Midorima finit par briser.

« Alors tu vas me dire pourquoi… ou plutôt pour qui tu me lâches ces dernières semaines ? »

L'espace de quelques instants, l'idée de nier lui effleure l'esprit, mais le regard de Midorima le met au défi et crie avant même qu'il proteste "bullshit". Il soupire et se masse la nuque, gêné.

« Kagami ?

— C'est… C'est compliqué.

— Tu sais que tu ne vas pas t'en sortir avec ça, hein ? »

Il lève les yeux au ciel et boit quelques gorgées de bière, ce n'est que reculer pour mieux sauter, mais il ne sait pas comment parler à Midorima. Il a peur de dévoiler l'identité de Daiki, il a peur que ça se voit sur son visage. Et à la fois, il a tellement envie de parler, de partager avec quelqu'un à quel point il a peur pour Daiki, à quel point les angoisses et l'anxiété de Daiki lui font mal, à quel point les mensonges le rendent malade. Devoir prétendre, devoir rester caché… Il comprend. Oh oui il comprend les inquiétudes de Daiki et non il ne le forcera pas, jamais il ne le poussera à faire son coming out. Mais lui de son côté, ça le ronge à petit feu. Il veut le crier, il veut en parler à son père, il veut être heureux au grand jour, il veut profiter de cette soirée sans cette distance qu'ils mettent entre eux prétendant qu'il n'y a pas tous ces sentiments entre eux. En tout cas les siens de sentiments, il ne sait pas où en est exactement Daiki, même s'il a une bonne idée. Mais, il ne peut pas rompre la confiance de son petit ami, il ne peut pas expliquer la vérité.

« Je sais…

— Alors quoi ? C'est compliqué comme Ryou et moi ? »

Les légères rougeurs sur les joues de son ami et cette façon qu'il a de prononcer son surnom le font sourire. Midorima n'appelle que très peu de personnes par le prénom, alors un diminutif, c'est clairement une marque d'intimité très forte.

« Non… Pas comme vous… Et vous y'a rien de compliqué… Vous avez juste eu peur de vous engager trop vite. Ce qui est très con… Parce que tu n'en as même pas profité ! Et la seule fois où Kise a essayé tu en as été malade. »

Midorima rougit un peu plus et fronce les sourcils, un autre l'aurait insulté, mais son ami est beaucoup trop correct pour se le permettre, même s'il n'en pense pas moins.

« Vous en êtes où d'ailleurs ? »

Un soupir, mais il accepte de lui répondre avec un léger sourire aux lèvres.

« On prend notre temps mais… On est ensemble. Officiellement… Y'a rien d'autre à dire. A toi maintenant et arrête d'essayer de te défiler. »

Ça lui fait plaisir et le réchauffe un peu de savoir ses amis franchir le pas de cette relation autour de laquelle ils tournent depuis trop longtemps, à laquelle ils ont tellement essayé de ne pas céder qu'ils se sont juste fait souffrir. Il est heureux pour eux. Mais ça lui rappelle aussi Daiki. Quand on essaie de nier l'évidence, quand on essaie de se mentir à soi-même ça ne donne jamais rien de bon. Il soupire et se mordille la lèvre, il boit une nouvelle gorgée de bière et finalement lâche simplement.

« Yeah… J'suis avec quelqu'un mais il n'a pas fait son coming out… »

Midorima le regarde avec des yeux plus que surpris.

« Oh… ça ne te ressemble pas du tout…

— Je sais…

— Merde. Tu as toujours mis un point d'honneur à ne sortir qu'avec des mecs qui assument leur sexualité. »

Il ne répond pas. A quoi bon ? Midorima a raison. Il a toujours refusé d'être l'expérimentation de quelqu'un, de se cacher pour un mec, il en a trop chié lui-même pour se planquer de nouveau et pourtant… Midorima pose une main sur son épaule et la serre brièvement.

« Tu es vraiment amoureux de lui pour accepter ça… D'un côté, je suis content pour toi… D'un autre… Fais attention à toi, ok ? Tu mérites quelqu'un qui s'assume et qui saura être fier d'être avec toi. »

Sa gorge se noue, son cœur se serre douloureusement.

« J'espère que dans quelque temps il y parviendra… C'est quelqu'un de bien…

— Oh je n'en doute pas… Tu n'es pas du genre à tomber amoureux du premier con venu. Tu es toujours attiré par les gars un peu paumés mais tendres et particulièrement gentils. »

Il rougit, il sait très bien à qui son ami fait référence. Un ex qui a beaucoup compté pour lui, pendant un temps il a cru qu'il pourrait finir par être amoureux de lui. Il était parfait. Mais au fond, il ressemblait un peu à Daiki, pas physiquement mais dans sa maladresse, ses insécurités et son immense générosité.

Il espère vraiment que son petit ami arrivera à surmonter ses peurs et accepter qui il est, il le soutiendra du mieux qu'il peut, mais il ne sait pas combien de temps il pourra supporter de se cacher ainsi. Et de toute façon, même si Midorima n'insiste pas ce soir, il s'impatientera et demandera encore et encore quelle est l'identité de son homme. Combien de temps avant que son ami ne devine ? Même s'il essaie de faire très attention quand ils sont avec leurs amis, il ne peut pas toujours s'empêcher de le regarder, d'avoir envie de le toucher. Et ce soir ne va pas faire exception. Il regarde l'heure, leurs amis devraient arriver d'ici trente minutes. Il redoute autant qu'il est impatient de voir Daiki franchir la porte du bar.

Il a à peine réussi à changer de sujet et éloigner Midorima de son enquête concernant son mystérieux petit ami, que son téléphone sonne et aussitôt c'est comme une pierre qui tombait au fond de son estomac, il pâlit redoutant de décrocher. Midorima fixe son téléphone tout autant que lui, à force tous ses amis ont appris à reconnaître cette mélodie, c'est la caserne qui l'appelle.

« Je croyais que tu étais pas d'astreinte ce soir…

— Je le suis pas. »

Il décroche, il est encore tôt et le bar n'est pas trop bruyant.

« Kagami.

— Hashimoto. Désolé de te déranger un soir de repos. On a un nouvel incendie… En ville cette fois.

— Merde.

— Si tu es en état… On a besoin de tout le monde.

— Yeah… J'ai même pas fini ma bière. J'arrive. »

Il raccroche et se tourne vers son ami, tout en se levant déjà de son siège.

« Incendie… Tu devrais surveiller ton téléphone, je crains que tu sois solliciter aussi…

— Si grave que ça ? »

Il jette un œil autour d'eux et comme il semble que personne ne les écoute, il se penche à son oreille et souffle.

« On soupçonne une série d'incendies criminels… Cette fois, ça brûle en ville.

— Merde. »

Il a déjà enfilé sa veste et range son téléphone. Il sort son portefeuille mais Midorima le retient. Il lui payera ce verre même pas terminé.

« Thanks… Excuse-moi auprès des autres ok ? »

Midorima hoche la tête, son estomac fait des nœuds alors qu'il aimerait lui demander de prendre particulièrement soin de Daiki qui va se faire un sang d'encre, il le sait. Mais il ne peut pas, il n'y a pas de raison que Daiki s'inquiète particulièrement et encore moins qu'il en ait conscience. Il se contente de se détourner de son ami et de rejoindre la porte. Dès qu'il la franchit, il hèle un taxi. Dans le véhicule, il envoie un message rapide à son homme, puis un second.

[Taiga - 18:51]

Hey. Désolé. J'ai une urgence à la caserne. Ça risque d'être un peu long. Je viens chez toi, dès que je suis libéré.

[Taiga - 18:53]

Please don't worry too much. I'll be fine.

Il ne doute pas que ce dernier message soit un peu inutile, si les rôles étaient inversés, aucune chance qu'il ne s'inquiète pas. Mais il a envie de rassurer Daiki.

AOMINE

Il soupire en regardant sa meilleure amie faire le tour de son appartement avec mécontentement et une certaine frustration. Il se montre bougon et particulièrement désagréable pour cacher la crainte qui liquéfie ses entrailles. Elle va forcément comprendre, elle va forcément voir les signes. C'est pourquoi il ne voulait pas qu'elle vienne avant qu'il n'ait eu le temps de nettoyer et ranger son appartement. Évidemment comme c'est une tâche qu'il ne fait pas souvent, il a préféré, choisir la deuxième option, soit "oublier" d'inviter son amie. Mais c'était sans compter l'entêtement de cette dernière, bien décidée à lui faire tenir ses promesses.

« Ça fait un mois. Un mois ! Que tu as promis que tu me parlerais et plus de trois que tu vis ici sans m'avoir invitée une seule fois. On se pose beaucoup de questions et avec Kuroko on est persuadé que tu nous caches quelque chose… »

Elle soulève un t-shirt qui traîne sur le canapé. Son cœur fait un bond dans sa poitrine alors qu'il reconnaît celui qu'il a retiré à son homme un peu plus tôt dans la journée avant qu'il ne parte pour aller voir son père. Heureusement, ce n'est qu'un simple t-shirt blanc, rien d'extraordinaire. Elle se contente de le relâcher avec dégoût.

« Erk… Tu es toujours aussi bordélique… J'espère que tu t'es pas masturbé là-dedans.

— Nan mais arrête. Si t'es pas contente, fallait pas venir ! »

Il récupère le vêtement abandonné et le serre dans son poing en croisant ses bras sur sa poitrine, mais malgré sa petite taille sa meilleure amie se tourne vers lui avant un regard menaçant, un doigt appuyant sur son plexus solaire.

« C'est justement parce que je ne suis pas contente que je suis là ! Qu'est ce que tu caches ?! A moi ?! On était censé tout se dire non ? »

Son cœur se serre douloureusement, derrière sa colère, Satsuki cache son incompréhension, mais surtout une peine immense. Il voit dans son regard le désespoir qu'elle tente de cacher. Elle détourne le regard alors que sa colère s'essouffle toute seule et elle essuie une larme au coin de son œil.

« Désolée… »

Elle le bouscule et s'enfuit vers la salle de bain et il reste pétrifié. Paralysé par ses peurs, par la détresse qu'il provoque chez son amie, par la situation qui lui échappe totalement. Il se sent pris au piège. Il comprend ce qu'elle ressent. Il ne réagirait sûrement pas tellement différemment, blessé qu'elle s'éloigne ainsi de lui. Mais il ne sait pas, il ne sait plus comment s'ouvrir alors que la peur, les mots lui font si peur. Rationnellement, il sait qu'elle ne le jugerait pas. Mais la peur est viscérale, tordant ses tripes à l'en faire vomir. Il se laisse tomber sur le canapé et enfouit son visage dans ses mains, il tient toujours le t-shirt de Taiga et son odeur apaisante vient emplir ses narines. Sa gorge se noue, il aimerait qu'il soit là, qu'il l'aide à traverser ça, peut-être… Peut-être qu'il parle pour lui. Il presse plus fermement le t-shirt contre son visage et y dissimule ses larmes. Il ne sait pas combien de temps s'écoule avant qu'il n'entende la porte de la salle de bain s'ouvrir et sa meilleure amie en ressortir. Elle rejoint la cuisine sans un mot et fouille ses placards. Il ne relève pas les yeux, il la laisse faire. Il ne sait même plus quoi dire, quoi faire. Il se sent juste vidé, perdu.

Elle pose un plateau sur la table basse et vient s'installer dans le fauteuil à côté de lui. Elle repousse quelques livres, quelques magazines. Elle se fige quelques instants, mais finalement se reprend. Et tout ce temps, elle reste silencieuse, et l'absence de mots l'effraie terriblement. Finalement, après avoir servi deux tasses de thé, elle pose une main sur son avant-bras.

« Dai-chan… Regarde-moi s'il te plaît… »

Il déglutit et s'essuie rapidement les yeux avec le t-shirt et la regarde finalement. Ses yeux sont probablement aussi rougis que ceux de son amie et le sourire triste, mais légèrement amusé qu'elle lui adresse en est la preuve.

« T'as une sale tête… »

Elle soupire, légèrement comme si elle cherchait le courage de prononcer des mots difficiles. Est-ce qu'elle peut l'abandonner ? Est-ce qu'on peut rompre une amitié comme on rompt une histoire d'amour ? Son cœur se serre, bien-sûr que c'est possible. L'amitié c'est aussi de l'amour et si la confiance est perdue alors… L'amour peut aussi disparaître dans cette relation. Et il ne peut pas la perdre, il ne peut pas.

« Ce que tu n'arrives pas à me dire te fait souffrir… J'aimerais que tu puisses me parler… Mais si c'est trop dur pour l'instant alors je comprends… Ne dit rien, ok ? Juste… Écoute-moi.… Tu souffres, et j'ai horreur de te voir comme ça… Tu étais loin et pourtant je savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas… Mais j'essayais de me dire que ce n'était que mon imagination. Ces dernières années… Tu es à bout. Tu ne peux pas me parler ok. Mais peut-être que tu pourrais aller voir quelqu'un… Un professionnel. Réfléchis-y… Tetsu-kun pourra te conseiller quelqu'un. »

La nausée revient, son estomac se révolte, mais il se retient de fuir cette conversation. Il enfouit de nouveau son visage dans ce t-shirt, rêvant des bras de son homme pour se cacher de la réalité. La nausée passe et son esprit reprend un peu de lucidité. Au moins… Elle ne rompt pas avec lui, pense-t-il ironiquement.

« Tu ne peux pas te reposer uniquement sur Taiga. Ce n'est pas sain et ce n'est pas juste pour lui… »

Un frisson glacé le parcourt aux mots de son amie, il reste quelques instants figé, incapable d'une pensée cohérente, pourquoi elle évoque Taiga ? Il relève finalement la tête et souffle.

« Taiga ? »

Elle hoche la tête.

« J'ai remarqué un de ses maillots préférés dans ton panier de linge sale… Dans la cuisine, des épices et beaucoup trop de produits frais pour quelqu'un qui vit seul et qui ne sait pas cuisiner… Et sa bière préférée dans ton frigo. Et puis… »

Elle lui montre l'un des magazines qu'elle a déplacé sur lequel sont indiqués le nom et le prénom de Taiga, prouvant que c'est lui qui l'a reçu.

« Je suis presque sûre que si je monte à l'étage, il y aura deux brosses à dent dans la salle de bain et une étagère avec les vêtements de Taiga. »

Il est sous le choc en l'écoutant énumérer tous les petits indices qu'elle a glanés, ainsi que ses suppositions. Elle ne trouverait pas qu'une seconde brosse à dents et les fringues de Taiga, si elle entrait dans sa chambre et sa salle de bain, elle tomberait également sur le lubrifiant et des préservatifs. C'est exactement ce qu'il avait craint en laissant sa meilleure amie venir chez lui, qu'elle découvre son secret. Il ne peut pas nier, il ne peut pas mentir. Il ne peut pas trahir Taiga à ce point, même si sa gorge se serre et l'envie de balancer des mensonges, de fuir encore, comprime sa poitrine douloureusement.

« Je ne te demande pas d'explications. Je crois que je peux deviner pourquoi tu as peur… Je suis désolée Dai-chan. »

Il se lève brusquement, abandonne le vêtement qu'il tenait encore comme une bouée, serré étroitement dans sa main et se précipite dans les toilettes pour vider une nouvelle fois son estomac. Satsuki ne l'a pas suivie. Il lui faut de longues minutes pour se calmer et que son estomac cesse de se tordre douloureusement. Il se rince et s'essuie la bouche, puis retourne dans le salon un peu tremblant. Satsuki a remonté ses pieds sur son fauteuil et serre ses genoux entre ses bras. Elle lui sourit tristement et essuie quelques larmes au coin de ses yeux. Elle tend la main pour qu'il la rejoigne et il n'a plus la force de rien alors, il accepte cette main tendue et vient se blottir contre elle et pleurer dans ses bras. Elle est si frêle et pourtant, elle a toujours été la plus forte des deux. Enfin il arrive à articuler quelques mots, dont il n'est pas sûr qu'elle comprenne le sens réellement.

« Je suis désolé Satsu… J'suis désolé… Me quitte pas…

— Je suis là. Je compte pas m'en aller. Je suis toujours là pour toi… Tout le temps… »

Ils restent un long moment silencieux, laissant leur thé refroidir sans même y toucher, dans cette étreinte qu'ils n'ont pas partagés depuis une éternité et même si ce ne sont pas les bras de son homme, les bras de Satsuki sont aussi très rassurants et réconfortants. Elle a été depuis aussi loin qu'il s'en souvienne sa confidente.

Finalement, Satsuki lui a rappelé qu'ils avaient rendez-vous ce soir avec les autres. Il se prépare, une douche lui fait du bien, Sastuki se rafraîchit elle aussi un peu, usant de maquillage pour dissimuler les rougeurs autour de ses yeux. C'est seulement dans l'ascenseur, quand elle glisse sa main dans la sienne qu'elle souffle.

« Taiga… J'ai raison n'est-ce pas ? »

Un frisson le parcourt, mais il n'a plus la même réaction aussi violente, sa gorge reste nouée, mais il hoche doucement la tête en signe d'approbation. Elle lui adresse un sourire et un regard plus pétillant cette fois et serre doucement sa main dans la sienne.

« Je suis contente pour toi. »

Son téléphone vibre dans sa poche à l'instant où le taxi démarre. Il le sort et sourit en constatant que c'est un message de Taiga, mais son sourire disparaît instantanément quand il lit le message. Et il souffle d'une voix blanche sans quitter des yeux son téléphone.

« Quand Taiga est appelé sur une intervention alors qu'il n'est pas d'astreinte… C'est mauvais hein ? »

Satsuki ne répond pas et vient glisser sa main dans la sienne.

KAGAMI

Quand il arrive à la caserne, c'est le branle-bas de combat. Il est rapidement briefé par son équipe tout en enfilant sa tenue. Le feu brûle depuis cinq heures déjà et vient d'attaquer un nouveau quartier, il faut évacuer les lieux de toute urgence et tenter de combattre les flammes. Ils s'installent dans le camion et le chef leur annonce la couleur, l'homme d'une cinquantaine d'année est toujours d'un calme olympien absolument imperturbable en toute circonstance. Il est un roc qui les aide à toujours garder la tête froide à chaque intervention, pourtant aujourd'hui malgré tous ses efforts il voit la légère inquiétude peindre ses traits et transparaître dans ses mots.

« Je sais que je vous demande toujours d'être prudent… Mais aujourd'hui, particulièrement, je vous demande de faire preuve de toute la vigilance possible. Nous avons eu la confirmation que ce sont des incendies criminels… Et nous savons qu'il utilise des accélérants. Le feu se propage très vite, c'est pourquoi vous avez tous été appelés aujourd'hui. Ne prenez aucun risque… Si vous avez le moindre doute, rentrez c'est compris ? »

Son estomac se noue. Son téléphone est resté à la caserne et il n'a même pas eu le temps de regarder si Daiki avait répondu à son message. Soudain, il aurait aimé entendre sa voix une dernière fois, pouvoir lui dire qu'il l'aime. Il regarde ses coéquipiers et il voit dans leur regard qu'ils partagent la même angoisse. Chaque intervention de ce type, la pensée que ce sera peut-être celle de trop les traverse évidemment, mais aujourd'hui la menace est bien plus importante. Il pose sa tête en arrière et ferme les yeux, conjurant l'image de son homme dans son esprit, cherchant de la sérénité dans les souvenirs de ces derniers mois.

Le camion s'arrête et c'est le moment de descendre. Les images de son homme s'évaporent, les inquiétudes sont reléguées dans un coin de son esprit, bien enfouies. Il observe les lieux, le ballet familier des forces de l'ordre et des secours qui s'agitent. Ce qui semble être le chaos pour un œil non averti, mais qui pour lui est parfaitement organisé. Il sait instinctivement où est sa place et ce qu'il doit faire. Il se plonge dans l'action, comme lorsqu'il se plonge dans un match de basket, concentré et anticipant les mouvements des autres joueurs. Il ajuste son casque et rejoint le chef des opérations avec son équipe pour connaître son assignation.

AOMINE

Ils ont rejoint le bar. Ils sont déjà presque tous là, la mine sombre. Visiblement, les nouvelles sont allées vite. L'acide dissout son estomac et la bile remonte dans sa gorge alors qu'il pense avec amertume et ironie qu'au moins il n'aura pas expliqué pourquoi Taiga l'a averti de son absence et pourquoi. Même s'il aurait aimé être le premier au courant, pouvoir dire à tous que c'est son mec qui est au prise avec un feu, encore un et qu'il risque sa vie et qu'il a juste envie d'aller se rouler en boule dans son lit jusqu'à ce qu'il revienne sain et sauf. Malgré les messages de Taiga il est encore plus inquiet, parce que Taiga n'aurait jamais dû être appelé ce soir.

Il regarde Kise et Midorima et il les envie, alors que Kise a une main posée sur la nuque de son petit ami. Il est particulièrement sérieux ce soir. Il finit par comprendre que Midorima attend lui aussi un appel inévitable. Kuroko se penche à son oreille et souffle.

« Il n'aime pas être de service aux urgences quand Kagami-kun est sur une intervention comme celle-ci… Il a peur de le voir arriver parmi les blessés. Soigner des inconnus c'est facile, soigner l'un de ses meilleurs amis c'est une autre histoire. »

Il blêmit, il ne veut pas penser à ça. Il ne veut pas penser à Taiga sur un lit d'hôpital. De l'autre côté de lui, Satsuki presse sa cuisse dans sa main. Il attrape son verre et le finit d'une traite et en redemande un autre.

Ils restent tous un long moment, même s'ils savent pertinemment qu'ils n'auront pas de nouvelles de Taiga c'est comme s'ils n'arrivaient pas à se séparer alors que leur ami est encore une fois là-bas au cœur du danger. Et soudain, le téléphone de Midorima sonne. Il prend une teinte verte qui s'accorde à la couleur de ses cheveux. Il se lève tel un automate et Kise le suit sans hésiter une main dans la sienne. Ils disent rapidement au revoir et disparaissent. Son estomac se tord de nouveau, la nausée le menace. Il ne peut plus être là, il se lève brutalement.

« J'rentre aussi… »

Il balance beaucoup trop de billets sur la table pour ce qu'ils ont consommé mais il ne s'en préoccupe pas et se précipite vers la sortie du bar, il a besoin d'air, il a besoin de respirer. Il met une main devant sa bouche et dès qu'il franchit la porte du bâtiment, il se précipite vers une poubelle pour vomir son angoisse. Il s'étouffe sur des hoquets alors que sa respiration est difficile, sa tête tourne un peu trop, il manque d'air et son estomac ne semble pas enclin à vouloir cesser de se vider.

Une main délicate se pose sur sa nuque, c'est à la fois un soulagement et une déception. Le réconfort de sa sœur de cœur l'apaise un peu et sa crise d'angoisse se calme alors qu'elle l'invite à respirer calmement. Mais il éclate en sanglots, parce qu'il veut les mains de Taiga sur lui.

« Je te raccompagne Dai-chan… »

Il ne proteste pas. Il n'a aucune force de toute façon. Il veut juste se rouler en boule dans son lit, mais il n'est même pas sûr de savoir encore où il habite.

Satsuki est restée pour la nuit avec lui, mais il a à peine dormi, se réveillant au milieu de cauchemars angoissants. Au matin, il a bien fallu que son amie quitte son appartement pour rejoindre son lieu de travail. Il est resté dans son lit, dans le noir à attendre.

Sur le chat avec ses amis, ils ont quelques nouvelles de la part de Midorima. Enfin plutôt des non nouvelles. Ils ont accueilli quelques pompiers aux urgences, des blessés légers, mais pas Taiga. Ils savent qu'il peut être mobilisé plusieurs jours d'affilée, ne faisant que le minimum de repos tant que le feu n'est pas maîtrisé. Et aux infos, ils ont été clairs, l'incendie est criminel et particulièrement dangereux et difficile à combattre. Le quartier choisi étant un des plus pauvres de la ville, les immeubles sont vétustes et non entretenus, particulièrement propice à la propagation du feu, sans compter les produits utilisés par le pyromane. Le feu risque de durer encore un moment.

Il envoie des messages à son homme même s'il sait que c'est inutile, l'encourageant, le suppliant de rentrer sain et sauf, lui disant encore et encore à quel point il lui manque. Il s'excuse aussi de s'inquiéter, mais qu'il est incapable de faire autrement.

Quand son téléphone sonne avec des nouvelles de Taiga pour la première fois depuis plus de trente-six heures, son cœur bat la chamade, il est plus de minuit. Taiga est à la caserne pour se reposer. Il a six heures avant d'y retourner. Il le rassure, lui dit qu'il va bien. Il n'a pas le temps d'appeler, pas le temps d'en dire plus, il est exténué et il est impératif qu'il se repose. Mais ces messages sont un soulagement, et la fatigue le terrasse lui aussi, six heures. Pendant six heures il n'a pas à s'angoisser pour son homme et cette fois il parvient à s'endormir presque sereinement.

KAGAMI

Il est en auto-pilote quand son alarme sonne. Avec son équipe sans un mot, ils se remettent en tenues. Ils ont quarante cinq minutes pour être prêts à remonter dans le camion. Le sommeil s'accroche encore à lui, mais il se force à se lever. Le café et un repas devraient lui donner un coup de fouet. Les conservations sont plutôt calmes, le réveil est difficile pour tous, ils s'économisent. La plupart profite de ces quelques minutes pour envoyer quelques messages à leurs familles inquiètes. Il n'a pas l'habitude de faire partie de ceux qui ressentent le besoin de communiquer avec l'extérieur. Souvent, il n'envoie qu'un message à son père pour le tenir informé, mais aujourd'hui il a surtout envie de contacter son homme. Il ne l'appelle pas, il ne s'en sent pas capable, il n'a pas envie de rester juste deux minutes au téléphone avec lui. Et il n'a pas le temps d'une vraie conversation, alors il se contente de quelques petits messages.

[Taiga - 06:53]

Hey. J'espère que tu as pu te reposer. Je retourne bientôt sur le site. Vu comme l'incendie se propage… Je serais encore off pendant au moins 36h mais peut-être 48h.

[Taiga - 06:54]

Tu me manques. J'aurai aimé entendre ta voix….

[Taiga - 06:57]

C'est l'heure. Ça va aller pour moi, ne t'inquiète pas.

Il sait que c'est inutile de demander à Daiki de ne pas s'inquiéter, mais il ne peut pas s'en empêcher, il s'apprête à éteindre son téléphone, mais alors que son chef le presse, il se pousse un dernier message rapide.

[Taiga - 06:59]

Je t'aime Daiki.

Il éteint son téléphone, le jette au fond de son casier, verrouille la petite porte métallique le cœur battant. Il rejoint rapidement le camion, un peu étourdi, se demandant ce qui lui a pris d'envoyer ce dernier message. A la fois, il regrette, il aurait aimé le dire de vive-voix pour la première fois, même s'il n'est pas sûr d'avoir un jour le cran de prononcer ces mots, même s'ils brûlent ses lèvres depuis déjà plusieurs semaines. Il n'a jamais fait part de ses sentiments à quelqu'un auparavant. Mais, ils n'ont jamais non plus été aussi intenses, comme gravés au fer rouge au fond de ses tripes et de son cœur. Ils sont là pesant sur son cœur, retournant un peu son estomac et si lourds, si présents et pourtant tellement imprononçables. Malgré tout, il aurait aimé avoir le cran de former ses mots et les murmurer à l'oreille de son homme, alors oui il regrette un peu de le faire par message. Mais il regretterait encore plus qu'il lui arrive quelque chose et de ne jamais lui avoir dit. C'est peut-être un peu égoïste, mais il veut que Daiki se rappelle de lui et qu'il sache à quel point il est important pour lui.

AOMINE

« Dai-chan ? Hm… Il est quelle heure ? »

On est dimanche, évidemment qu'il réveille son amie qui a passée la soirée dans un club avec des amies, peut-être même qu'elle n'est pas rentrée seule. Il n'y a pas pensé une seconde, il a juste paniqué. Et maintenant qu'il réalise ce qu'il fait sa gorge est nouée et il ne peut plus lui répondre.

« Dai-chan ? … Attends… »

Il l'entend se lever et sortir d'une pièce. Elle n'est définitivement pas seule.

« Désolé… Je te dérange. C'est idiot. On se rappelle plus tard.

— Non ! Dis moi… Dis moi ce qui se passe. Je suis réveillée maintenant. Je vais me faire un café.

— T'es pas seule.

— T'inquiète ça dort encore à poing fermé et vu ce qu'on s'est mis hier… Ils devraient en avoir encore pour un moment. »

Il se dit qu'un café ne lui ferait pas de mal non plus. Il rejoint sa cuisine, l'horloge indique huit heures. Il essaie de calmer son angoisse et préfère reporter son attention sur sa meilleure amie en attendant d'avoir eu sa première lampée de café avant de lui dire ce qu'il a découvert sur son téléphone en se réveillant ce matin.

« Alors… C'est sérieux avec le gars qui occupe ton lit ? »

Il entend le silence à l'autre bout du fil, même plus un frottement de vêtement, même plus le son d'un robinet qu'on actionne, même plus le bruit d'une tasse qui se pose sur une surface de bois. Juste le silence et peut-être s'il tend l'oreille la respiration de son amie.

« Satsu ?

— J'suis là… Euh… Sérieux… Je sais pas encore, ça fait trois fois qu'on se voit…

— Cool. Comment s'appelle l'heureux élu ? »

Il entend sa meilleure amie soupirer et finalement elle avoue.

« Les heureux élus…

— Huh ?! Sérieux ?

— Oui… Teppei… Tu dois te souvenir de lui.

— Il était dans l'équipe de Taiga et Tetsu…

— C'est ça. Et… Junko, la meilleure amie de Teppei…

— Une fille ?

— Ouais…

— Mais… Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

— Tu me poses vraiment la question ? » Elle soupire un peu irritée. « Tu me parlais plus trop je te rappelle… et puis… ça fait que trois fois qu'on se voit… Comme ça… Donc bref… C'est très nouveau pour moi. »

Il est un peu sous le choc de cette révélation et a un peu de mal à imaginer sa meilleure amie si droite et pure… mais il chasse l'idée de son esprit. Il ne veut pas savoir en fait, il ne veut surtout pas l'imaginer. Même s'il est un peu perturbé par cette nouvelle, il sourit.

« Teppei est hot… Si tu es heureuse, c'est cool.

— C'est que le début mais… Ouais je me sens bien avec eux. Bon… Et si tu me disais pourquoi tu m'appelles si tôt un dimanche matin ? »

Aussitôt son estomac se contracte, alors que le nœud s'était relâché quelques instants.

« J'ai peur… J'ai reçu un message de Taiga et… Je… Je sais pas quoi en faire.

— Qu'est-ce qu'il dit ? »

Il rougit en avouant dans un souffle les mots écrits par son petit ami dans son dernier message.

« Je t'aime Daiki. »

Son amie reste silencieuse au bout du fil et aussitôt il se met à paniquer, son silence est forcément mauvais signe c'est ce qu'il croit ? Une sorte de message d'adieu de Taiga…

« Excuse-moi Dai-chan… Je dois être encore mal réveillé, mais je suis pas sûre de comprendre ce qui te perturbe dans ce message… »

Il reste choqué, c'est quand même évident…

« Il m'a jamais dit qu'il… Qu'il m'aimait ! ça veut dire…

— Dai-chan… ça ne veut rien dire d'autre qu'il t'aime…

— Et qu'il a peur et qu'il pense qu'il va… Qu'il va pas…

— Hey… Calme toi… Fais lui confiance c'est son job. Il a déjà eu des interventions difficiles et bien-sûr qu'il y a des risques et il en est conscient et peut-être qu'il a peur mais… Il n'a jamais rien eu ok ? Depuis qu'il fait ce boulot, depuis… cinq ans maintenant je crois… Il n'a jamais été blessé ! Il est prudent Dai… Toujours. Je suis sûre qu'il a envoyé un message similaire à son père.

— I don't know…. J'aimerai pouvoir être avec lui… Être sûr qu'il va bien… C'est horrible d'attendre sans savoir…

— Je comprends Dai-chan… Tu veux que je viennes ?

— Nan… T'inquiète te dérange pas… Je vais aller faire un basket… Ou… Je sais pas… Faut que je m'occupe l'esprit…

— Ok… »

Il ne raccroche pas pourtant. Assis au milieu de sa cuisine, serrant son téléphone et sa tasse de café dans l'autre main, il déglutit et avoue d'une voix faible, mais s'il l'élevait plus il sait qu'il ne pourrait retenir ses sanglots.

« Tu sais… Je l'aime aussi…

— Oui. Je sais Dai-chan. Et dès qu'il sera rentré c'est la première chose que tu lui diras… OK ?

— Yeah… Merci Satsu.

— Appelle-moi hein ? Si tu changes d'avis, et que tu veux que je viennes et… Je passe ce soir, dans tous les cas.

— T'es pas obligée, j'serais pas de bonne compagnie et-

— Non. Pas d'excuse. Je te laisse pas le choix. Je viens ce soir… J'ai plein de trucs à te raconter. Alors tu me laisses venir pour que je puisse me confier à toi cette fois.

— Yeah… Ok.

— J'apporte les pizzas ! »

KAGAMI

« KAGAMI ! Par ici. »

La fumée est de plus en plus épaisse et obstrue sa vision. Son coéquipier Daisuke n'est presque plus qu'une ombre devant eux. La petite dans ses bras est si frêle et pourtant elle lui semble si lourde. Il est épuisé et la fillette est à bout de force, pesant de tout son poids sur lui. Au moins, elle est vivante. Il n'a plus qu'à parvenir à ressortir de l'immeuble. Il rejoint Daisuke, La chaleur est de plus en plus suffocante, ils peuvent le sentir même à travers leur tenue.

« Ok ?

— Ok. »

Ils n'ont pas besoin de se dire plus. Oui, il peut encore gérer la gamine et il est prêt à continuer la descente. Daisuke utilise l'extincteur pour tenir les flammes en respect suffisamment longtemps pour leurs permettre d'avancer. Dans leurs oreilles la radio crépite demandant des nouvelles. Il est entièrement concentré sur sa tâche, transporter la gamine hors de cet immeuble et il laisse Daisuke gérer la communication.. Soudain le sol s'effondre sous les pieds de son coéquipier. Il n'a que le temps de faire un pas en arrière pour éviter de tomber à sa suite, il n'a même pas eu le temps de réaliser ce qu'il se passait son corps a réagit par réflexe. Il regarde le cœur battant, Daisuke s'accrocher au parquet de l'autre côté du trou béant. Il réfléchit à toute vitesse, cherchant une solution pour l'aider, mais dans ses bras la gamine respire à peine, les flammes se referment sur lui. L'extincteur est tombé à l'étage inférieur. La voix de Daisuke résonne dans sa radio.

« Remonte Taiga ! Trouve une autre issue. »

Le second pompier parvient à se hisser de l'autre côté. Il est soulagé de le voir sauf, mais son coeur ne se calme pas pour autant, il est maintenant seul et il n'a pas la possibilité de le rejoindre. Il prend quelques longues respirations pour se calmer. Son collègue se retourne vers lui, attendant sa réponse.

« Ok. »

Il rebrousse péniblement chemin, et remonte avec prudence, frôlant les murs et se courbant pour éviter les fumées et les flammes. Tel un automate il répond aux questions de son supérieur; Oui il lui reste de l'oxygène, 30%, sachant qu'ils sont deux sur sa bouteille, même si la petite est inconsciente, il sait qu'ils sont dans une situation critique.

Il écoute les indications, et continue son ascension avec difficulté. La partie gauche de l'immeuble est encore à peu près épargnée par les flammes à ce niveau. Il doit pouvoir y accéder par une porte située à l'extrémité du couloir où il se trouve. Il arrive devant une issue de secours mais il n'est évidemment pas du bon côté. Enfin au moins, il a pu s'éloigner des flammes. Il repose la petite fille au sol, sous la fumée et utilise sa hache pour briser la porte. Il s'étonne lui-même d'avoir encore assez de force pour en venir à bout, pourtant il finit par la faire céder. Il range sa hache et récupère la gamine, rebranche son oxygène sur sa bouteille et se fraye un chemin dans la seconde partie du bâtiment. Ici la chaleur est moins intense et la fumée moins épaisse.

« On est passé. Daisuke ?

— Hey mec… Je suis là… J'arrive au dernier étage.

— Taiga, dirige-toi vers le nord-est du bâtiment. Tu es bien au septième étage ?

— Affirmatif.

— Ok. La nacelle va t'y attendre. Tu as peu de temps.

— Je sais. »

Maintenant qu'il a ouvert une brèche sur ce côté du bâtiment, les flammes vont bientôt le consumer lui aussi. Et il y a probablement, là aussi, des accélérateurs. Ça va aller très vite. Il s'avance. Le silence est oppressant ici alors qu'ils étaient assourdis un peu plus tôt par le crépitement du feu et le rugissement des flammes. Il parvient à l'endroit indiqué par son supérieur.

« On y est.

— Brise la vitre au dernier moment. La nacelle arrive. »

Il repositionne la petite fille sur son épaule et arme sa hache, il attend le signal de Takeshi dans la nacelle pour briser la vitre. Il est entièrement focalisé sur sa tâche, l'adrénaline le tient en alerte malgré la fatigue qui l'accable. Doucement la nacelle monte, il n'a que le temps de voir le casque de son coéquipier qu'une brusque explosion fait trembler l'immeuble et le projette en avant. Il lâche sa hache et à juste le temps de protéger la petite dans la chute. Une petite alarme sonne dans son oreille et dans sa radio, il entend la voix de son supérieur.

« Taiga ?! Kagami ? Tu es là ? »

Il relève la tête la fumée s'est considérablement épaissie, il entend le vrombissement des flammes beaucoup trop proche et encore cette petite alarme, alors que la voix blanche dans sa radio retentit encore.

« Kagami répond !

— Taiga ! Réponds bordel… »

Daisuke en panique, il n'a pas souvent entendu ça, non jamais en fait. Il vérifie rapidement la fillette. Il se sent étrangement calme, il sait qu'il n'y a plus rien à faire. Il ne peut plus se déplacer dans ce bâtiment qui va s'effondrer d'un moment à l'autre. Sa voix est sereine quand il répond enfin.

« Je suis là. La petite est toujours vivante. Nous n'avons plus d'oxygène. »

Très calmement, il continue à décrire la situation. Il suit la procédure, se positionne au sol et utilise sa veste pour le protéger lui et la fillette. Il a ouvert les yeux, elle ne s'affole pas. Elle est en état de choc, elle le regarde silencieusement, résignée. Il lui sourit.

« Je suis désolé. Tout ne s'est pas passé comme prévu… Je reste avec toi. Ne t'inquiète pas. Ça ne devrait pas être très long. »

Elle hoche la tête doucement. Une nouvelle explosion fait trembler le bâtiment. Mais ils continuent à se regarder calmement, faisant connaissance, comme s'ils n'étaient pas au milieu d'un immeuble en proie à un terrible incendie..

« Tu devrais fermer les yeux Mia.

— Tu t'appelles comment ?

— Taiga. »

Elle s'accroche à lui et vient presser son visage contre son torse.

« Merci Taiga-san. »

Il serre le petit corps frêle contre son torse solide et se recroqueville alors qu'il sent la chaleur dans son dos. Il n'écoute plus la radio. Il se concentre sur les battements de son cœur calme et celui tout aussi calme de la petite contre lui. Il ferme les yeux et invoque dans sa tête le sourire de Daiki.

AOMINE

Il a passé trois heures sur un terrain de street enchaînant les adversaires. La nouvelle s'est rapidement répandue dans la ville auprès des fans de basket qu'il était sur le terrain. Malgré les nouvelles sur ses frasques sexuelles, visiblement ça n'a pas empêché les fans japonais de vouloir se mesurer à lui. Et ça lui allait très bien. Trois heures à jouer et à enchaîner sans faire de pause lui a permis de se vider la tête et d'éviter de penser à son homme. Aucun joueur ne lui arrivant à la cheville ne lui a rappelé qu'il aurait préféré jouer contre lui. Mais quand ils ont commencé à parler de l'incendie qui ravage un quartier de la ville et qu'un nouvel immeuble venait de s'effondrer, il a préféré partir après avoir signé quelques ballons.

Il sort de la douche un peu plus frais, entendant les dernières notes de la sonnerie de son téléphone retentir. Il ne prend pas le temps de se sécher, laissant des petites flaques derrière lui alors qu'il se précipite pour récupérer son téléphone sur son lit. Il n'a que le temps de constater que Sastuki a tenté de l'appeler déjà trois fois, que son téléphone se remet à sonner et que le visage de son amie s'affiche, une vieille photo du lycée. Il décroche automatiquement, le cœur au bord des lèvres.

« Satsu ?

— Dai-chan… Taiga est à l'hôpital. Un immeuble s'est effondré et… »

Il n'entend pas la suite de ce que son amie lui dit, son cœur semble exploser dans sa poitrine. Les mots résonnent dans sa tête, ses jambes se dérobent et il s'effondre au sol à côté du lit, haletant, luttant pour respirer.

« Dai-chan… Dai-chan ?! Tu m'entends ? Je suis avec Teppei on arrive chez toi… Tu es là ? On t'emmène à l'hôpital…. »

La voix de son amie se fraye un passage dans les brumes de son cerveau, lui faut quelques instants pour comprendre leur sens et cette fois il se focalise sur une seule chose, il a l'opportunité de le voir.

« Je suis là… Je vous attends.. »

Il met fin à la communication et se relève, s'accrochant à l'idée de voir son homme. Il se sèche et s'habille et cinq minutes plus tard il attend Teppei et Sastuki au pied de son immeuble.