Mon nom sera connu de tous !
« Je ne suis pas sûre qu'une fille de la mer soit la plus indiquée pour apprendre à nager à une fille de la terre ... » Mira but la tasse pour la énième fois à la fin de la phrase « Kuff kuff kuf... c'est saléééé », elle rebut la tasse.
- Concentre-toi Mira je t'en prie.
- Magnifique conseil venant de celle qui se marre depuis tout à l'heure... »
La sirène était effectivement pliée de rire, la jeune humaine gardait les sourcils froncés, les traits tirés par la concentration...
« En plus c'est pas du jeu, toi t'as une queue de poisson... comment veux-tu m'apprendre à nager si tu n'as pas de jambes ?!
- Allons, allons, les homme-poissons aussi ont des jambes, ça ne les empêche pas de nager très vite...
- Mais eux il s'agit de leur élément et... ! »
En voulant se retourner pour parler à Kyoku par-dessus son épaule, Mira disparut de la surface, et le reste de sa phrase se noya en des gargouillis incompréhensibles.
Elles avaient passé quelques semaines en entrainement intensif à la nage. Afin de redécouvrir ce véritable plaisir de nager librement dans l'étendue d'eau salée pour Kyoku, afin de développer considérablement l'endurance et les muscles de Mira, sorte de rééducation dont ne elle se plaignit pas, bien consciente de sa faiblesse physique. Elle réussit enfin à nager de façon tout-à-fait satisfaisante à la fin du mois suivant. Ce qui ne l'empêcha pas d'avancer à allure d'escargot comparée à celle de la sirène, la persuadant qu'elle n'était purement et simplement pas faite pour la nage.
« Bien, fit la jeune sirène en tapant des mains, la prochaine étape : l'eau douce ! Jusque là tu avais le sel pour t'aider à flotter, on va passer au niveau supérieur !
- Eeeeeh ?! Parce que le sel m'aidait à flotter ? J'ai rien senti !
- Évidemment, baka ! Comme si le sel allait se manifester devant toi...
- Qui est baka ? Comment veux-tu que je le sache, moi, baka ! »
Elles respiraient la joie de vivre depuis leur libération. Elles ne savaient toujours pas où elles se trouvaient, et cela leur était absolument égal. S'adorant l'une et l'autre, ayant appris à se connaître, elles ne pouvaient plus se passer de l'aide de l'autre. Elles vivaient dans une grotte que la sirène avait trouvé ; il y avait un passage d'eau qui traversait la roche, et une autre entrée très mince dans une paroi que Mira cachait à l'aide de feuillage. Précaution sans doute inutile vu qu'elle devait être la seule personne des alentours à pouvoir s'y faufiler. Il y faisait sombre. N'importe ! Elles y restaient juste pour se cacher ou pour dormir. Anciennes esclaves, elles avaient peur de tout ce qui les entouraient et mettaient un point d'honneur à faire preuve de précaution sur tout ; l'entrée marine de la grotte donnait sur une petite baie fermée, en cas de danger imminent Kyoku pouvait toujours emporter avec elle Mira et prendre l'entrée invisible afin de regagner leur repaire.
Cette dernière ramenait des fruits depuis la forêt, et apprit notamment lesquels étaient vénéneux... Kyoku pour sa part rapporta des fruits de mer et dû se décider à aussi chasser des poissons. Mira avait même créée deux lance et chacune se perfectionnait dans l'art de les manier, plus les jours passaient, plus elles faisaient des prouesses.
Elles exultaient de pouvoir se mouvoir aussi librement ! Mira peut-être davantage encore que Kyoku.
« Voilà, ici ce sera parfait ! »
Mira regarda l'étroite gorge rocheuse qui s'élevait telle une imposante tenaille. Elle et Kyoku se tenait dans ses eaux calmes et... inhumainement profondes !
« M-Mais...
-T'inquiètes pas, je suis là, et puis il faut que le métier rentre, pas vrai ? »
Ses yeux pétillaient de malice... Mira se demanda si elle n'était pas tout simplement profondément sadique...
Sans plus attendre, elle se laissa glisser de son dos et s'essaya seule dans l'élément liquide. Elle se rendit vite compte que Kyoku n'avait pas menti ; nager en eau douce lui demandait beaucoup plus d'efforts qu'en eau de mer. Tandis qu'elle progressait, toute à la coordination de ses mouvements, sa tutrice ne la quittait pas des yeux et resta volontairement en retrait pour que sa petite humaine se rende compte des progrès qu'elle avait fait. Soudain, un frisson parcourut son dos, un frisson qu'elle n'avait plus senti depuis bien longtemps, cet atroce sentiment d'un danger imminent, comme lorsqu'elle fut faite esclave.
Elle évita de justesse la puissante mâchoire qui claqua dans le vide, nageant de toute la vitesse de ses nageoire elle plongea sous l'eau, se retrouva nez-à-nez face à un autre puissant reptile, deux fois plus gros que la moyenne. Les sirènes étaient les créatures les plus rapides dans l'eau, elle n'eut aucun mal à passer sous son ventre qu'elle transperça au coeur à l'aide de la lance que lui avait faite Mira...
Mira, Mira ! Pourvu qu'il ne soit pas trop tard !
Son esprit complètement paniquée lui fit voir un corps flottant et se vidant de son sang. Horrifiée par cette vision, elle ne put voir le puissant coup de queue qui l'envoya valser hors de l'eau. Dans les airs, elle devint une proie facile. Tout lui apparut au ralenti ; le crocodile sous elle qui s'apprêtait à bondir, le rocher vers lequel ce bond phénoménal l'envoyait, Mira qui revenait de toutes ses forces dans sa direction... Mira ? Non, pauvre folle ! Ne viens pas !
Une voix retentit, celle de la jeune nageuse, de toute la force de ses poumons :
« Ne la touchez pas ! Vous entendez ? Ne la touchez paaaaas ! »
À la grande surprise de tout le monde... Mira comprise, les crocos s'arrêtèrent et se retournèrent pour considérer la petite chose qui leur avait donné cet ordre. Celle-ci ne se démonta pas, continua de nager au milieu des brutes d'écailles, tandis que la sirène atterrissait plus ou moins brutalement sur le rocher. Elle fut très vite rejointe par sa comparse, essoufflée, qui plaça son corps comme barrage, les bras écartés, les défiant du regard.
Comment des tels monstres pouvaient hésiter à un moment pareil face à une fillette ? L'un d'eux étouffa un grognement.
« Je ne tolère pas ce genre de propos ! » fit-elle en plaçant une main sur la hanche « Vous ne la toucherez pas ! Si vous n'aviez pas attaqué en premier, votre copain serait encore en pleine forme ! En plus y'a pas de quoi remplir la panse d'un seul d'entre vous avec nos deux corps réunis.
- Euh... Mira, tu parles à des crocodiles...
- ...bah quoi ? Tu parles biens à des poissons.
- Oui... mais pas à des CROCODILES !
- Poissons... crocodiles, c'est du pareil au même, ils ont des écailles tous les deux, non ? »
La sirène porta la main à son front, désespérée ; elle venait d'être comparée à un reptile.
Ce qui suivit lui sembla être le fruit d'une quelconque hallucination due à sa chute :
« De toute manière si vous faites mine de la dévorer encore une fois, je me fâche »...
Il apparut à Kyoku que cette menace était la moins crédible imaginable. Pourtant leurs assaillants finirent par décamper après, semble-t-il, quelques échanges verbaux dans leur langue : la sirène n'en revenait tout simplement pas.
« C'était quoi ÇA ?!
- On va pas revenir là-dessus... Ils sont partis non ?
- Mais enfin, Mira...
- Et puis de toute façon, j'en sais rien, ça a marché et c'est tout ce qui compte. »
Mira semblait en effet n'avoir fait que suivre son instinct.
« Wahouuuuu, alors là je dis chapeau ! C'était une sacrée preuve de bravoure ! »
Ou d'inconscience, pensa Kyoku avant de se rendre compte qu'elle venait d'entendre une voix parfaitement étrangère au-dessus d'elles... et qui les avait donc vues !
Les deux filles levèrent la tête et virent, perché sur une aspérité de la paroi, un ado du même âge qu'elles, ou à peu de choses près, accroupi. Il tenait une barre de fer qu'il laissait nonchalamment reposer sur son épaule, avait des cheveux courts et d'un noir de jais, le teint halé et les habits fatigués, des écorchures un peu de partout et des traces de boue séchée. Mais ce que Mira remarqua en premier, ce furent ses yeux de braise et leur couleur d'un noir captivant ainsi que son sourire qui oscillait entre le réconfortant et l'inquiétant... Tout dépendait sans doute de si l'on était ou non de son côté. Kyoku crut bon de préciser avant de se cacher instinctivement derrière Mira :
« Un homme !
Euh... oui... tout juste », fit remarquer l'intéressé, sur le point d'éclater de rire, puis jouant le jeu : « mais c'est vrai que vous me semblez être des filles ! Et pas des plus vilaines en plus... en tout cas, une chose est sûre, je vous ai jamais vu dans le coin... vous êtes ?
- Kyoku...
- Mira. Et toi ?
- Moi c'est Dragon.
- Bizarre comme nom..., fit Kyoku en penchant la tête sur le côté
- 'lut !, laissa simplement tomber sa pair »
Silence...
« Oi ! Mon nom a super la classe vous pourriez être un peu plus impressionnées, » gueula l'autre en se relevant spectaculairement d'un bond et en brandissant son arme vers elles.
Silence. Celles-ci se regardèrent, le regardèrent, haussèrent les épaules. Il leva un sourcil. A priori son effet venait de tomber à l'eau. Peu importe, il retrouva très vite son aplomb et poursuivit, d'un ton solennel, convaincu par ses propres mots :
« Vous verrez, un jour... mon nom sera connu de tous ! »
Silence... Celles-ci se regardèrent, le regardèrent et...
« Ça va ! J'ai compris, vous n'êtes toujours pas impressionnées, pas la peine d'en rajouter ! » il soupira en se rasseyant, laissant ses pieds pendre dans la vide, sa barre de nouveau sur l'épaule. « En tout cas ce que tu as fait tout à l'heure, ça ressemblait au haki des rois sans être le haki des rois, c'était très bizarre cette façon dont les crocos ont rebroussé chemin...
- C'est quoi le haki des rois ?
- Sérieusement... tu sors d'où ?, finit-il par demander après avoir été encore une fois surpris par celle aux cheveux blancs.
- T'as pas vu ? Je suis sortie de la rivière. »
Il comprit à son regard que ce n'était pas un sujet à aborder ; il balaya à son tour ce léger désagrément d'un mouvement d'épaules. Il lui expliqua donc ce qu'était le haki et ses différentes branches. Elles lui furent reconnaissantes de s'être désintéressé de leurs origines, cela parut suffire à Kyoku pour la tranquilliser et la faire sortir de derrière Mira. D'ailleurs, chose étrange, il ne semblait pas non plus s'intéresser au fait qu'elle était une sirène... il ne paraissait pas non plus surpris. D'un autre côté s'il l'avait vue voler un peu plus tôt, il avait eu tout le temps depuis pour se remettre de ses émotions et bien voir qu'elle était une sirène faite de chair et de sang.
Après son discours il marqua un silence et les considéra de haut en bas, remarqua l'état de haillons avancés de leurs vêtements, les rendant méconnaissable de leur état d'origine. Elles n'avait même pas daigné se mettre en maillot pour se baigner...
« Vous êtes là depuis longtemps toutes les deux ?
- Euh... fin de l'été, répondit distraitement Mira en repensant encore aux incroyables pouvoirs du haki.
- Jamais vues, bizarre. Vous avez un coin sûr où passer l'hiver ? »
Les intéressées se regardèrent une nouvelle fois, c'est vrai qu'avec tout ça on était entré dans l'automne. Elles baissèrent les yeux sur leurs vêtements. Mouais... c'était pas beau à voir. Elles s'en contentaient tant qu'ils couvraient leur dos mais cela ne serait pas suffisant si l'hiver était rude. Or elles ne connaissaient pas bien le climat de l'île ; difficile donc de dire si la grotte était sûre ou non, quant à la température qu'il y ferait, vu l'humidité qu'il y régnait... autant ne pas y penser. Cette fois ce furent des yeux angoissés qui se croisèrent.
« J'en conclus que non. Si vous voulez je peux vous montrer le chemin pour un chouette endroit, une cachette prête à être aménagée, avec rivière à proximité. Et puis... franchement, faudrait que je vous trouve des vêtements. »
En fait, elles n'avaient pas trop le choix. Et puis il dégageait une telle aura qu'elles avaient l'impression que refuser les rendrait parfaitement ridicules.
Merci infiniment pour tous vos commentaires, ça me boost, vous imaginez pas à quel point ^^!
Ceci dit j'ai écrit ce chapitre sur un ton un peu plus léger que les précédents, normal, ces jeunes esclaves regoûtent à la liberté, j'ai voulu que ça se sente dans l'écriture.
Pauline : c'est fou comme tu arrives à anticiper sur le thème suivant XD ! Maintenant te voilà fixée, tu sais quand cela se passe. Je tiens à préciser d'ailleurs que l'homme-poisson que l'on a croisé précédemment n'était autre que Fisher Tiger, durant la période où il était encore esclave. Comme je n'ai pas réussi à savoir exactement à quand cela remontait... j'ai pris cette liberté de l'imaginer.
Parce qu'il fallait bien qu'il se libère lui aussi d'une manière ou d'une autre, le bougre ! /sbam/
En tout cas encore un grand merci pour vos commentaires, je ferai tout pour être à la hauteur à l'avenir ~ !
