Rivalités féminines

Depuis la mort de Voldemort, voilà dix ans, le nouvel an était un événement qui, pour la famille élargie des Weasley, avait lieu soit au domaine Delacour, en France, soit au Terrier ou au cottage Potter, en Grande Bretagne. Cela se passait toujours de la même façon : tout le monde arrivait le 30 soir, aidait pour les derniers préparatifs le 31 pendant la journée et faisait la fête jusqu'au 01 après-midi. Dès le début, il avait été établi que les invités ne pouvaient pas mettre les pieds dans les cuisines. Fleur, Bill et Harry avaient été soulagés que cette règle ait été mis en place car ils avaient beau aimer Molly, elle les rendait dingues à vouloir tout diriger. La matrone avait fait la tête les premières années mais après un cycle, elle avait accepté la situation.

Mais au-delà de rassembler toute la famille, la raison officieuse pour laquelle ils étaient là était l'affrontement inévitable qui se déroulait depuis six ans.

-Delacour, grinça la rousse.

-Weasley, siffla la blonde.

Ginevra Weasley, vingt-sept ans, joueuse de quidditch professionnelle, connue autant pour son talent sur un balai en tant que poursuiveuse que pour ses frasques placardées dans les journaux à scandales.

Gabrielle Delacour, vingt-quatre ans, danseuse étoile au sang de vélane, courtisée par tous les grands de ce monde depuis le mariage de sa sœur aînée et jetant ses prétendants plus rapidement que l'éclair.

Toutes les deux avaient un seul but : Harry Potter.

Le jeune homme, après sa victoire contre Voldemort, avait quitté la Grande Bretagne sorcière pour empêcher sa population de mettre à nouveau son nez dans sa vie. Après quelques procès qui lui avaient rapporté pas mal d'argent et de prestige, on le laissait enfin tranquille, à peu près.

Mais pas les deux sorcières.

Leur coup de cœur était venu de la même façon : Harry les avait toutes les deux sauvées, Ginny de l'héritier de Serpentard, Gabrielle dans le lac de la deuxième épreuve du tournoi des trois sorciers. Depuis, leur but était de vivre aux côtés de ce héros et rien ni personne ne les empêcherait de réaliser leur rêve.

Sauf que l'autre se trouvait en travers de leur chemin.

-Tu as pris un coup de vieux, persiffla Gabrielle. Je ne pensais pas que tes rides se voyaient autant.

-Dit celle qui cache ses cheveux blancs sous sa couleur blonde, ricana Ginny. Tu devrais changer de coiffeur …

Et c'était comme ça pendant quarante-huit heures.

Le pire, c'était qu'Harry ne les encourageait ni l'une ni l'autre. Quand elles se trouvaient dans la même pièce, il faisait immédiatement demi-tour, la seule exception étant les repas où il prenait bien soin de ne pas se retrouver à côté de l'une d'entre et encore moins entre elles.

-J'ai vu tes bourrelets dans le journal, lâcha Ginny. Tu devrais te calmer sur le chocolat.

-Je te retourne le compliment, sourit méchamment Gabrielle. Les mecs qui te sautent s'y prennent comme un manche si tu ne fais pas assez de sport.

Molly avait voulu se mettre du côté de sa fille mais Arthur et TOUS ses fils le lui avaient interdit. Apolline Delacour, ayant déjà eu pas mal de problème avec l'obsession de son aînée envers les hommes qui lui plaisaient – avant son mariage, cela allait sans dire – avait déjà prévenu sa cadette qu'elle la traînerait elle-même jusqu'à la Bastille si la situation dégénérait.

-Tu as autant de grâce qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, renifla Ginny.

-Comme tu en as autant dans les airs qu'un pingouin, rétorqua Gabrielle.

Depuis six ans, pour Harry, cette réunion de famille était un véritable calvaire car quand l'une d'entre elles parvenait à connaitre sa localisation, elle le harcelait jusqu'à qu'un membre de sa famille vienne la chercher. Quand c'était les deux en même temps … Il y avait au moins trois bagarres pendant ce petit séjour. Minimum.

-Tu devrais aller t'habiller, personne n'a envie te voir à poil, cracha Gabrielle.

-C'est pas toi qui portais un bikini si minuscule qu'on se demandait si tu en portais ? siffla Ginny

Heureusement, les appartements d'Harry étaient soigneusement protégés, à la fois par ses hôtes que par lui-même ou sinon, il se serait fait violer une bonne quinzaine de fois. Par chacune. Par jour.

-Ton ex m'a dit que tu étais nulle au lit, lança Gabrielle.

-Parce qu'il a pu faire autre chose que te baver dessus ? railla Ginny

Même si cela agaçait toute la famille, cela restait très drôle à voir car elles étaient toutes les deux très inventives pour s'insulter sans paraître vulgaires – elles s'étaient fait pincer une seule fois par Hermione et depuis, elles tremblaient rien qu'en y pensant.

-Harry n'a pas besoin d'une gamine comme toi ! cracha Ginny

-Excuse-moi, mais c'est qui qui a tapé une crise parce que son magasin préféré n'avait plus son article en stock ? persiffla Gabrielle

Mais cette année … cette année, il se murmurait qu'Harry, qui organisait les festivités cette année, n'était pas seul dans le cottage. Ce n'était pas nouveau en soi car il lui arrivait d'héberger des amis sur des périodes plus ou moins longues quand ils avaient besoin d'un point de chute temporaire. Mais jamais ils n'étaient présents pendant le nouvel an quand ça se faisait chez le brun ou l'accompagnaient quand c'était chez les Delacour ou les Weasley.

Sauf cette année.

Au repas du 30, Harry se leva et demanda le silence.

-Votre attention je vous prie, sourit Harry. Je vous souhaite la bienvenue au cottage Potter pour les fêtes de fin d'année. J'espère que vous êtes toutes et tous bien installés et que vous allez profiter des lieux comme moi je le fais tout au long de l'année. Avant de continuer ce formidable repas, j'aimerai vous annoncer une grande nouvelle. Je voudrais vous présenter la personne qui partage ma vie et qui a bien accepté de m'épouser …

Harry prit grand soin de ne pas faire attention aux deux hurlements de rage qui retentirent.

-Hermione ?!

Tous les regards se tournèrent vers la brune qui était devenue rouge … avant d'exploser de rire.

-Regarde leurs têtes ! hoqueta la brune en désignant Ginny et Gabrielle

Les deux sorcières étaient furieuses et personne n'ignorait que c'était parce qu'elles s'étaient fait coiffer au poteau.

-Donc, ma moitié, reprit Harry, un sourire amusé aux lèvres … Blaise Zabini.

Après la fureur, le choc envahit les deux sorcières. Un homme leur avait soufflé celui qu'elles convoitaient ?

Un baiser sulfureux acheva de détruire leurs rêves.

Fin