The Body.

La pièce apparaissait aux yeux de Naruto comme un trésor vicieusement gardé. Ici, il avait tout. La nourriture était abondante, il y avait largement de quoi combler ses pulsions. Oubliant qu'il n'était pas venu seul, il se servit, comme à chaque fois, d'énormes rations, emportant avec lui deux bouteilles d'eau. Gaara surveillait le couloir, même si il savait qu'il faisait quelque chose de mal. Il ne savait pas comment aider le blond autrement. Naruto sortit enfin, les bras remplis de denrées. Il y avait là de quoi nourrir trois personnes, au moins. « Qu'est-ce que j'ai fait… » fut la seule phrase que pu penser le rouge. Mais lorsqu'il tomba sur le sourire du blondinet, il ne répondit plus de rien. L'entrainant dans les couloirs, prenant le soin de verrouiller la porte du garde manger, il le redirigea vers sa chambre. Naruto partit s'enfermer dans la salle d'eau, adressant un dernier merci à son ami. Gaara, lui, partit en direction de la cafétéria. Il croisa Itachi, et lui dit que Naruto ne se sentait pas bien, et qu'il voulait vraiment rester seul. « Mensonge. »

Naruto, lui, avait encore une fois recommencé son terrible rituel. Il avalait, prenant bien soin de tout mâcher, de couper avec de l'eau. Tout y passerait, il avait trop de stress à évacuer, trop de choses se passaient, et il devait tout faire disparaître. Là. Dans le toilette. Et tout irait mieux. Après, tout allait se passer comme sur des roulettes. Il sortirait bien assez vite de cet enfer, et pourra enfin retourner chez lui, où personne ne l'empêchera de faire ce qu'il veut. Plus personne ne l'empêchera plus jamais de rien. Il sera libre. Continuant de manger, de boire, et de manger, il avait bientôt terminé ses réserves. Il allait bientôt arriver au 'meilleur'.

Gaara, lui, n'avait plus vraiment faim. Tout dans sa tête se mélangeait. Il était mal, il se sentait coupable. Mais il était aussi rassuré par le sourire franc du blondinet, et il était heureux de le rendre… Heureux ? Il entra dans sa chambre, celle qu'il partageait avec Naruto. Il n'était pas encore sorti de la petite pièce qu'il occupait depuis déjà plusieurs minutes. Un peu inquiété quand même, il tenta de coller une oreille à la porte, mais n'entendit que des bruits de papier froissé, de bouteille en plastique qui craque… Le bruit de quelqu'un qui dévore. Puis plus rien. Quelqu'un se lève, il entend des pas, trois pour être précis. C'est ce qu'il faut pour atteindre le cabinet. Il redoutait d'entendre la suite, mais ne put se résoudre à décoller son oreille. Ce qu'il entendit après le fit frissonner de la tête au pied. Il n'y avait rien de pire que d'entendre quelqu'un vomir. Il prenait, peu à peu, un peu plus conscience de l'énorme connerie qu'il avait faite. Manger ne rendrait pas Naruto heureux. Ca le rendrait encore plus dépendant. Tout comme lui était dépendant à l'héroïne. Même si il ne s'agissait pas de la même chose, le rouge commença à comprendre. C'était comme ça que les gens le voyaient, à l'extérieur. Quand on le regardait, gisant au pied d'un mur, stone. C'était sûrement la même sensation de dégoût que les gens ressentaient. Gaara se décolla enfin de la porte. Lui aussi avait envie de vomir maintenant. Il alla s'allonger sur son lit, les larmes aux yeux. Sa tête lui tournait, il avait envie de crier. Ce petit blond lui avait fait comprendre. Il avait enfin compris ce que les gens pensaient de lui. Il savait maintenant qu'il devait changer ça. Et pour lui, et pour son nouveau protégé. Ses larmes étaient plus abondantes maintenant. L'ironie du sort avait voulu que Gaara n'ait plus jamais pleuré avant ce jour, en neuf ans. Plus après la première fois qu'il s'était fait passer à tabac par son propre paternel. Il suffisait d'un petit blond pour lui faire prendre conscience qu'il mettait sa vie en danger. Il suffisait d'un blond pour qu'il comprenne qu'il n'était en fait qu'un vulgaire déchet, attendant d'être recyclé. En fait… Tout le monde ici était comme ça. Ils étaient tous cassés, et attendaient juste de trouver le moyen de réparer la faille.

- Tu… Ca fait longtemps que tu es là, Gaara ?

- Hm…

- Tu… Tu pleures ? Pourquoi tu pleures ?

- Naruto… Promets moi que c'était la dernière fois.

- Je… Quoi ?

- S'il te plait… Je ne veux plus jamais, jamais être témoin de ça ! Promets le moi !

- Je suis désolé. J'en ai besoin. Je ne suis pas encore prêt.

- Alors… Reste avec moi. Et fais en sorte d'aller mieux, s'il te plait.

- Je… Vais faire de mon mieux. Alors arrête de pleurer, s'il te plait Gaara. Arrête de pleurer…

En disant cette phrase, le blond s'était rapproché, et posé au pied du lit de son nouvel ami, mais ce dernier continuait à verser de chaudes larmes, le regard vague, perdu sur le plafond. Alors Naruto pris Gaara dans ses bras, et il se mit lui aussi à pleurer. Les deux étaient enlacés, et comme leurs corps, leurs larmes se mêlaient entre elles aussi. Le désespoir de deux personnes se mélangeait. Ce pacte silencieux scellait leur destin, et à ce moment là, chacun prit conscience qu'aucun d'eux ne pourrait désormais vivre sans l'autre.

Itachi était tout de même passé voir, plus tard dans la journée, Naruto. Gaara était parti de la cafétéria très rapidement, se disant lui aussi malade, et le médecin avait peur d'une maladie qui se serait glissée entre les murs de son établissement. En entrant dans la petite pièce, il assista à une scène touchante. Les deux garçons avaient rassemblé leurs deux lits, pour n'en former qu'un, et ils se tenaient la main. S'apprêtant à refermer la porte, quelque chose attira son regard. Un emballage. Discrètement, il alla le ramasser, et fit le tour de la chambre, avant d'aller à la salle de bains. La poubelle était pleine à craquer, et au sol se mélangeaient une grande quantité de miettes. Personne n'était malade. Gaara avait juste fait plonger Naruto. Fermant la porte derrière lui, Itachi était bien décidé à parler aux deux garçons le lendemain. Il enverrait aussi un message à sa supérieure, afin de renforcer la porte du garde manger. Ces personnes ne comprenaient pas que c'était pour leur bien qu'elles étaient ici. Tous considéraient cet endroit comme une prison, mais mis à part quelques cas, les gens qui en ressortaient étaient en général guéris. Gaara faisait partie des exceptions, mais il ne pensait pas qu'il irait jusqu'à entretenir la maladie d'un autre. Non. « Il faut vraiment que je lui parle demain ».

Gaara s'était réveillé le premier, serrant bien fort dans sa main celle de Naruto. Il avait dormi à peu près cinq heures, et le soleil du printemps éclairait totalement la petite pièce. Doucement, il retira sa main. Naruto, sentant quelque chose bouger, se réveilla, et tomba sur le regard bienveillant d'un jeune homme aux cheveux rouges. « Qui aurait pensé qu'une amitié pouvait se former aussi vite ? » Lui rendant son sourire, le blond commença à se lever.

- J'ai fait un rêve… Tu étais dedans.

- Quoi ?

- Ouais. Je… J'ai rêvé que tu étais un ange gardien. Tu me tenais la main, et m'emmenais vers un endroit meilleur.

- Et c'était quoi ?

- Je crois que c'était le paradis. En fait… J'en suis même sûr.

- Naruto…

- Avec toi comme ami, je sais qu'un jour, je ne souffrirai plus. Mais je pense aussi que pour y arriver, on doit sortir d'ici.

- Naruto… C'est ici qu'on ira mieux. Je… T'entendre, tout à l'heure, j'ai enfin compris. Il faut arrêter de fuir maintenant, nos problèmes ne s'en iront pas seuls. On a besoin de leur aide… Et aussi l'un de l'autre. Alors ne fuis pas, parce que je serai là pour toi, tant que tu seras là pour moi.

- Gaara… C'est une prison ici. On nous prive de tout…

- Tu penses ? Alors suis-moi, je t'emmène voir quelque chose.

Se levant, et prenant le blondinet par la main, Gaara commença à traverser les couloirs. Il prit la direction d'une grande porte vitrée, donnant sur un énorme jardin. Le soleil du printemps était haut dans le ciel, et l'herbe grasse n'avait jamais été aussi verte. S'enfonçant toujours plus, Gaara traina avec lui Naruto, qui, incrédule, le suivait. Le rouge lâcha enfin la main de son homologue lorsqu'il arriva devant un énorme saule pleureur, à l'épais feuillage. Poussant quelques branches, il s'engouffra dessous, intimant au blond de le suivre. Assez surpris, ce dernier s'exécuta néanmoins. L'image qu'il vit lui coupa le souffle. La lumière passait, comme tamisée à travers le branchage, et de délicates feuilles tombaient dans ses cheveux alors que, comme un rideau, les fines tiges tombantes de l'arbre suivaient le mouvement du vent. Emerveillé, le blond ne put s'empêcher de faire plusieurs tours sur lui même. Il prit une grande inspiration. Ici, et pour une raison inconnue, il était en paix.

- Quand je suis arrivé la première fois ici, il y avait ce garçon, Deidara… Il m'a emmené ici, sous cet arbre. Il m'avait raconté, tel un enfant, que si les branches de cet arbre étaient devenues si longues, c'était parce qu'il avait le pouvoir de recueillir les larmes de ceux qui pleuraient en dessous. Il allait tous les jours ici, pleurer. Puis un jour, il est parti. Et je ne l'ai plus revu. Mais j'aurais toujours en mémoire l'image de ce grand blond, mince, qui silencieusement pleurait au pied de ce saule.

- Il était malade ?

- Non. Il était un des infirmiers. Mais il était surtout particulièrement touché par la misère des gens qui entrent ici. Il avait un cœur en or, c'était bien sa plus grande qualité.

- Tu as essayé de le chercher ?

- Non, pas vraiment. Je sais qu'Itachi et lui étaient très proches, mais je ne lui ai jamais posé la question. Je n'ai pas cherché à savoir les raisons qui l'ont poussé à partir.

- Je… Peux peut être lui demander ? Tu ne veux pas savoir ?

- Je ne pense pas. Mais en un sens, tu lui ressembles. Tu as la même lueur dans les yeux.

- Vraiment ?

- Oui.

- Tu penses qu'il était heureux ?

- Je pense que oui.

- Tu penses que nous, on pourra, aussi, être heureux ?

- J'en suis certain. Un jour, nos démons s'en iront. Et on sera heureux.

- D'accord. Alors je resterai avec toi. Rentrons maintenant, on doit nous chercher.

Alors qu'ils sortaient de sous le feuillage, Naruto aperçut au loin ses parents. Sans lâcher la main de Gaara, il le traina dans leur direction. Il y avait aussi une troisième personne avec eux, que Naruto reconnut comme son petit ami, Neji. Pris de panique, il rendit enfin sa main à Gaara, et s'arrêta. Le brun aux yeux presque entièrement blancs vit alors son blond. Doucement, les larmes aux yeux, il s'approcha. Les yeux de Naruto aussi se remplissaient de larmes, et il ne put s'empêcher de s'écrouler au sol, de chagrin. Alors que Gaara essayait de relever le blond, son petit ami accourra, et le serra fort dans ses bras.

- Pourquoi tu m'as rien dit Naruto ? Pourquoi tu m'as pas parlé ? J'aurais pu t'aider !

- Je pouvais pas… Je suis désolé. Je ne pouvais pas en parler… J'avais trop peur que tu aies honte de moi, que je te dégoûte. Pardonnes moi, s'il te plait. Pardonne moi d'être comme ça. Je vais essayer de changer.

- Je ne t'en veux pas. Loin de là. Ca m'a fait réaliser les sentiments que j'avais pour toi. Je t'aime vraiment énormément, alors s'il te plait… Il faut que tu ailles mieux.

- Je vais faire de mon mieux. Et Gaara est là pour m'aider.

- Gaara ?

- Oui. C'est avec lui que je partage ma chambre.

Le rouge regardait la scène, tendrement, et à l'entente de son prénom tiqua. Il observa le jeune homme qui partageait la vie de son ami, et il le trouvait vraiment, mais alors vraiment très beau. Magnifique même. Jamais il n'avait vu si bel homme. Son visage prenait peu à peu la couleur de ses cheveux, et il planta bientôt ses perles couleur de l'écume dans celles vides de Neji. C'était comme tomber dans le plus profond, mais le plus confortable des puits. Le genre d'endroit dont on ne veut plus jamais sortir. Cependant, une voix, celle d'un blond, lui rappela que c'était impossible d'y rester.

- Euh… Enchanté. Je m'appelle Gaara.

- Moi c'est Neji, de même. Merci de prendre soin de Naruto. Merci beaucoup.

- C'est normal. C'est un garçon formidable. Je suis sûr qu'il s'en sortira.

Gaara arborait maintenant un grand sourire, sincère, en direction de Naruto. Ce dernier répondit par un geste similaire, mais dans ses yeux, une lueur tout autre trahissait son angoisse : Naruto avait peur de la suite, peur de chambouler son quotidien, peur de ne plus être le même.

- Tout ira bien, Naruto, tant que je serai là pour te soutenir. Et tant que tu seras là pour me soutenir. On en sortira plus forts, pour la vie. Pour toujours. Je te le promets.

- Ouais. On ira mieux. Ensemble.

Neji regardait la scène, une pointe de jalousie dans les yeux, mais soulagé de voir pour la première fois un sourire sincère sur les lèvres de son petit ami. Car il avait compris que tous les sourires que lui avait fait Naruto avant n'étaient pas vrais. Ils n'avaient jamais été si lumineux, si brillants… Si envoutants. Tournant son regard vers Gaara, il comprit que le rouge aussi n'avait pas souri depuis longtemps. L'avait-il déjà fait un jour ? Il se surprit à vouloir en apprendre plus sur cette personne, qui faisait rayonner son blond.

- On pourrait peut être… Se balader, dans le parc ?

- Neji ?

- Je… J'ai envie de passer du temps avec toi… Non. Avec vous. Je veux apprendre à connaître Gaara, et je veux…

- Je comprends. Viens.

Il prit la main de son petit ami et déposa un baiser sur sa joue, avant d'aller retrouver ses parents, pour leur parler un peu.

- Papa… Maman… On va faire un tour, tous les trois. Ca va aller ?

- Mon chéri, ta mère et moi avons quelque chose à régler avec la directrice de l'établissement. On vous rejoint une fois fini, d'accord ?

- Oui. A tout à l'heure.

- A tout à l'heure mon poussin.

- Maman… Je t'aime. Toi aussi Papa. Je suis… Si désolé… Je suis désolé de vous avoir fait tant de mal. Mais je vais guérir, maintenant. C'est promis.

- Nous sommes fiers de toi Naruto. Maintenant, rejoins tes amis. On arrive tout à l'heure.

Après un dernier sourire en direction de ses parents, le blondinet se mit à trottiner en direction de Neji et Gaara. Prenant la main à son petit ami, il le tira dans un coin du parc, sur un banc, où ils s'assirent tous les deux, pendant que Gaara restait debout, appuyé contre un arbre juste à côté.

Alors qu'il regardait son ami et son amant, Naruto esquissa un sourire, et une petite larme s'échappa d'un coin de son œil. Une larme de joie, une larme d'espoir. « A partir d'aujourd'hui, je vais enfin me battre. Je vaincrai ma maladie. Pour eux, pour mes parents… Pour tous mes amis. Pour moi… Pour la vie. »


Voilà pour ce deuxième chapitre ! J'espère que vous aimerez aussi ! Merci à tous ceux qui prennent le temps de laisser des reviews, ça fait toujours énormément plaisir. N'hésitez pas pour ce chapitre aussi !

Bisous bisous !

Princesse Consuella.