Chapitre 4
Un semblant d'explication par une fausse verité
Lorsque j'ouvrai la porte, je poussai un cri.
Edward se tenait là, l'air grave. Il était assis dans le rocking-chair, le regard dans le vide.
Je jetai un rapide coup d'œil à mes vêtements, malgré le fait que je savais déjà dans quel état ils étaient, et constatai une nouvelle fois que je me trouvais dans un état lamentable. C'était pire, encore, à la lumière de mon ampoule, qu'à l'extérieur. Les contrastes entre la gadoue et mes habits semblaient encore plus accentués.
Edward leva les yeux et son regard se fit horrifié. Il se leva et s'approcha de moi, ne sachant que dire, ne sachant que faire.
-Mais… Que… Bella…
Je baissais la tête. C'était la première fois que je l'entendais bégayer ainsi. Cela ne lui ressemblait tellement pas…
Je tentai de forcer le passage jusqu'à ma penderie presque vide. Edward me retint par le bras et m'obligea à le regarder. Il fronça les sourcils et posa deux doigts sur mes lèvres. Je fermai les yeux alors qu'un grondement sourd naissait de sa gorge, de sa poitrine.
-Que s'est-il passé, Bella ? Dis-le-moi !
Ces paroles furent la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
-Non, hurlai-je ! Je n'en peux plus, Edward ! Je n'en peux plus, tu m'entends ? Vous me dictez tous mes gestes, les choses à faire, que je sois consentante ou pas, que ce soit dans mon intérêt ou pas ! Je n'en peux plus que vous me forciez tous à dire ce que vous souhaitez entendre, quand bien même je ne souhaite que me taire ! Je n'en peux plus que vous me preniez tous pour une poupée que l'on prend, que l'on plie dans tous les sens, lui faisant accomplir vos moindres désirs, avant de se rendre compte que la poupée, il lui manque un bras ! Je… Je veux seulement passer du temps avec toi, Edward. Je ne veux pas parler de Jake et des horreurs qu'il m'a faite subir, aujourd'hui. Je ne veux plus penser à mon père qui veut détruire mon mariage. Je ne veux plus que… que…
La voix cassée, il m'était maintenant impossible de terminer mon plaidoyer, quand bien même j'en mourrai d'envie. Il fallait qu'Edward comprenne, comme tous les autres, que j'étais humaine. Que j'avais des désirs, des besoins. J'avais l'impression, en cet instant, que ma vie se résumait à trois hommes qui s'évertuaient à me tirer chacun de leur côté, tout en m'humiliant et m'assommant de paroles blessantes.
-J'en ai marre, m'écriai-je !
J'essayai de reprendre mon souffle et de me calmer, par la même occasion. Dans un premier temps, Edward ne dit rien. Puis, il s'avança vers moi et me prit dans ses bras, malgré la terre qui se répandrait forcément sur ses vêtements.
-Chut, Bella, chut, me réconforta-t-il.
Je me laissai aller à mes larmes, ne voulant rien faire d'autre pour le moment. Je voulais juste profiter d'Edward, de sa présence et de ses paroles apaisantes.
-Chut, Bella, je suis désolé. Pardonne-moi !
La boule de nœud qui s'était formée, dans mon estomac, se dénoua quelque peu. Lui aussi était crispé et je ne doutai pas que cela venait du fait que j'avais été voir Jacob. Il voulait savoir, même s'il avait déjà une vague idée de ce qu'il s'était passé.
Edward alla dans ma penderie et en sortit un pull et un pantalon. Il me prit par la main jusque dans la salle de bain. Il m'assit sur les toilettes et prit un gant dans le buffet, le mouilla et me l'appliqua sur le visage. Je me laissai faire, passive, en ayant toujours autant marre de me battre contre tout le monde. De plus, j'appréciai que quelqu'un s'occupe un peu de moi, afin que je puisse relâcher la pression que tous me mettaient sur le dos.
Puis, le silence d'Edward me devint insupportable. Il ne parlait pas, se contentant de frotter ma peau. Je me sentais mal. Le fait que je ne lui dise pas ce qu'il s'était passé me paraissait être une trahison envers lui. J'avais l'impression que je m'obstinais comme une femme refuse de parler de son amant à son mari déjà au courant que sa femme n'est pas fidèle.
-Parle-moi, Edward, je t'en prie !
Il réfléchit quelques secondes.
-Que veux-tu que je te dise, Bella ? Je ne sais pas ce qu'il s'est passé et, vu l'état dans lequel tu te trouves, je suis persuadé que ce n'est pas rien. Je sens son odeur sur tes lèvres. Ce n'est pas la première fois qu'il t'embrasse sans ton consentement. Tu n'es cependant jamais revenue dans cet état. Alors je ne sais pas. Je ne sais pas quoi te dire, Bella, tout comme je ne sais pas quoi penser.
Une nouvelle vague de larmes et de sanglots. Edward me calma, répétant que ce n'était rien, que c'était passé, que tout était fini.
La porte d'entrée claqua et je m'affolai, comprenant que mon père revenait du commissariat. Je jetai un regard terrifié à Edward.
-Va-t-en, vite !
-Bella, appela mon père ?
-Je suis en haut, fis-je pour le moins fort. Vite, Edward, va-t-en, chuchotai-je !
-Je ne peux pas. Il sait que je suis ici. Il y a ma voiture dans l'allée.
Je soupirai. Mon père monta les escaliers. Nous ne pouvions plus éviter la confrontation. Il allait me demander où j'étais, où était Edward, et ce que je faisais dans cet état, alors autant qu'Edward reste avec moi dans la salle de bain.
Charlie arriva et vis mon état.
-Bella, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il regarda l'homme que j'aimais avec mépris et colère et je devinai qu'il le pensait responsable.
-Papa, ce n'est pas Edward.
-Qui, alors ?
Mentir ? Dire la vérité ? Une partie de l'histoire ?
-C'est moi qui me suis mise dans cette état. J'étais dehors et je suis tombée.
Demi-vérité, donc. Mais il fallait chercher loin. C'était de ma faute si j'étais tombée pour la simple et bonne raison que je n'avais pas fait ce que Jake me demandait. Il fallait vraiment chercher très loin dans les détails.
Charlie soupira, croyant certainement à mon mensonge du fait de ma gaucherie et regarda Edward.
-Et lui, qu'est-ce qu'il fait là ?
Edward eu un regard froid. Qu'avait-il entendu dans l'esprit de mon père ? Il se leva et fit face à Charlie.
-Monsieur Swan. Je sais que ce mariage vous déplaît fortement. Et si Bella souhaite l'annuler, nous l'annulerons. Mais je tiens à préciser que je serais toujours là pour elle. Vous nous avez parlé d'erreurs de jeunesse, lorsque vous nous avez surpris dans la chambre de votre fille. J'en ai fait une lorsque j'ai quitté Bella et je le regrette. Je ne la referai pas deux fois. Je suis jeune, Bella est jeune et je comprends que vous vous inquiétiez pour elle. Ce n'est pas une raison pour vous monter des films à la tête. Je prendrai soin d'elle, désormais. Avec ou sans votre accord.
Charlie blanchit considérablement, comme s'il craignait qu'Edward lui ait répondu ainsi du fait qu'il ait pu lire ses pensées. Il ne répondit rien et finit par descendre les escaliers, allant très certainement s'installer dans le salon. Edward revint se placer à mes côtés et je lui demandai :
-Qu'est-ce qu'il t'a pris, Edward ?
-Il a pensé des choses… qui ne m'ont pas plu.
Il déposa la serviette sur le rebord du lavabo et quitta la salle de bain.
-Je te laisse prendre une douche. Je serais dans ta chambre.
Il ferma la porte, me laissant seule. Tout me tombait dessus d'un seul coup. Edward avait dit que si je voulais annuler le mariage, il le ferait. Le pensait-il vraiment ? Mais je voulais me marier, moi ! Là n'était plus le problème mais j'avais maintenant peur que personne ne soit là pour me soutenir, ce jour-là, autre que ma belle-famille. Je n'en pouvais plus du climat régnant ici. Avoir peur que mon père rentre le soir, de croiser son regard. Il fallait que j'appelle ma mère. Je le ferai… dès que j'aurai pris une douche.
oOo
La buée avait couvert le miroir et je passai ma main dessus. Je m'essuyai prestement et enfilai mes vêtements. J'enroulai une serviette autour de mes cheveux et sortis de la pièce maintenant surchauffée.
J'entrai dans ma chambre. Edward était à nouveau à sa place, sur le rocking-chair. J'allai m'asseoir sur ses genoux et collai ma tête contre son torse.
-Je voudrais rester à jamais ainsi.
Il embrassa mon front.
-Es-tu sûre de ne pas vouloir me dire ce qu'il s'est passé avec Jacob ?
-Oui.
Je levai ma main que je passai contre son visage, contre sa joue. Il baissa les yeux et arrêta mon geste, prenant mon poignet dans sa main. Je regardai dans la même direction que lui et découvris des traces bleutées à la jonction de mes bras et de mes mains. J'essayai de dégager mes poignets de sa vue mais il m'en empêcha.
-Bella, si Jacob a été trop loin, tu dois me le dire !
-Pourquoi ? A quoi cela avancerait-il ? Mise à part à créer une guerre entre leur clan et le vôtre. Ce n'est rien. Juste des hématomes. Ils partiront, ce ne sont pas les premiers dont je suis victime.
-Ca n'a rien à voir, Bella.
-Edward, s'il te plaît, arrête !
Il soupira.
-Très bien. Préfères-tu que j'aille le demander à Jacob lui-même ?
Exaspérée, je me relevai prestement et m'installai à l'autre bout de la pièce, lui tournant le dos. Je sentis ses mains et ses bras s'enrouler autour de mon corps.
-Ne t'y mets pas aussi, Edward ! S'il te plaît. Je veux juste que tu restes près de moi. Je ne veux pas de vengeance, ni de… vendetta ou pire encore.
-Ce qu'il t'a fait doit donc être impardonnable pour que tu penses que je lui infligerai cela.
Je soupirai. Edward avait vraiment une sale habitude. Avec lui, chacun de mes mots pouvaient se retourner contre moi. Cela m'agaçait, parfois, comme aujourd'hui.
-S'il te plaît, Edward, ne cherche pas à savoir !
Il me serra légèrement plus fort et finit par accepter.
J'allai me coucher dans le lit, l'entrainant avec moi. Je remarquai, tout en regardant mon réveil, qu'il n'était que cinq heures de l'après-midi. J'avais pourtant l'impression qu'il était déjà tard, l'impression qu'il fallait que j'aille me coucher. La journée avait été longue et éprouvante. Le temps extérieur n'était pas pour arranger les choses, du fait que les nuages d'un noir inquiétant laissaient présager un orage imminent.
-Qu'est-ce que je vais faire, Edward ?
Il sut bien évidemment de quoi je parlais. De lui, de nous, de mon père, de Jacob, de notre avenir. Cet amas d'interrogations, de peur, de doutes et d'espoir.
-Je ne sais pas, Bella, répondit-il. Fais comme tu le sens. Si tu veux annuler le mariage…
-Non, je ne veux pas !
Mon ton était ferme et décidé. Il n'objecta pas, preuve que lui non plus n'y tenait pas.
-Mais j'aimerai tant que quelqu'un soit là pour me soutenir. Quelqu'un d'autre que ta famille.
-Moi aussi, Bella. Je veux tellement ton bonheur.
-A quoi bon faire une longue cérémonie, si personne n'est là, mis à part tes frères, tes sœurs et tes parents ?
-Tu t'en remets à l'idée du mariage à Las Vegas ? Si c'est ce que tu souhaites…
-Je ne sais pas ce que je veux, Edward. Je ne sais plus. Je doute. Je doute tellement. Et je me veux. Je m'en veux parce que c'est de toi que je doute, alors que je ne devrais pas.
Je le sentis se figer. Lui dire cela était une mauvaise idée.
-De moi ?
Son ton était peiné. Et encore une fois, je l'avais fait souffrir. Encore.
-Non, laisse tomber !
Je voulus me relever mais Edward m'en empêcha, me gardant contre lui.
-Je veux bien passer sur ce qu'il est arrivé avec Jacob mais pas sur tes doutes me concernant. Parle-moi ! Dis-moi ce qui te tracasse ! J'essayerai d'apaiser tes incertitudes. Je ne te demanderai qu'une chose, Bella. Toujours ! Dis-moi toujours si je fais quelque chose de mal, que je sache. C'est la seule revendication que j'exigerai de toi, Bella. La seule. Pour tout le reste, je te laisse le choix. Mais ça, je ne peux pas. Je refuse de te voir souffrir en silence par ma faute.
Je cherchais les mots du mieux que je pus. Les mots qui ne le feraient pas souffrir, qui cacheraient tant bien que mal les atrocités que l'on m'avait dites à son égard.
-Ce n'est pas ta faute, Edward. En rien. Crois-moi, tu es parfait ! Mais… J'ai l'impression que tous s'efforcent de me laver le cerveau. Ils ne cessent de me répéter encore et encore et encore que tu n'es pas le bon choix. Ils me répètent inlassablement des horreurs sur toi. Et à force, je doute. Je sais que je suis monstrueuse…
-Ne dis pas ça ! C'est normal. Mais ne les écoute pas. Je sais que c'est compliqué de passer outre de tels propos, mais il faut que tu t'y efforces. Tout ira bien, je te le promets. Nous nous marierons, si tel est ton désir et plus rien, tu m'entends ? Rien, ne viendra nous séparer.
Je secouai la tête de haut en bas. Il déposa ses lèvres contre les miennes avec une infinie douceur et je me laissai aller à l'intime sensation que me procurait ce baiser.
-Je t'aime, Bella, susurra-t-il.
-Et moi encore plus, lui répondis-je, sur le même ton.
oOo
Nous restâmes ainsi un long moment. Je commençai à avoir faim et remarquai qu'il faudrait que j'aille préparer le repas. J'avais entendu le livreur de pizza passer. Apparemment, Charlie n'avait pas attendu, lui. Je ne me pressai donc pas, restant dans mon lit avec Edward.
-Au fait, pourquoi est-ce Jasper qui est venu me chercher ?
-Je me trouvais en chasse avec Alice, lorsqu'elle a eu une vision. Elle a appelé Jasper qui est venu te chercher.
Si Alice avait eu une vision, Edward l'avait forcément vue. Il avait vu dans quel état je me trouvais, lorsqu'il n'était pas encore là. Moi, accrochée au volant, pleurant toutes les larmes de mon corps. Je comprenais son envie de savoir. A sa place, j'aurai aussi insisté.
-Edward, tu pourrais t'en aller ?
Il me regarda, perplexe.
-Je voudrais téléphoner à ma mère. Je ne veux pas me sentir écoutée. Reviens ce soir, s'il te plaît. Je ne veux pas dormir seule.
Il secoua la tête de haut en bas.
-Merci.
Il descendit, moi sur ses talons, et quitta la maison, non sans avoir laissé un dernier baiser sur mes lèvres déjà en manque.
–
Et voilà, fin du chapitre 4.
Alors, comment l'avez-vous trouvé ?
