CHAPITRE 33
Un esclave. La réponse de Sémélé, peu importe la formulation d'Héra, restait inchangée. La déesse n'excluait pas le fait que Zeus ait revêtu l'apparence d'un simple mortel pour tromper la jeune mortelle mais l'esclave était bien réel et avait rejoint les champs d'Asphodèle… Sans compter que Dionysos était né mortel. Il ne faisait pas partie de la race des héros. À la fin du morceau de Pan, l'ancienne reine des dieux avait découvert que le jeune dieu ne lui avait soutiré nulle information compromettante lors de leur première rencontre si ce n'est celle de sa « réincarnation ». Après cela, il s'était contenté de lui demander des choses qui le concernaient lui. Serait-il heureux ? Tomberait-il amoureux ? En somme, quel était son futur. Le passé d'Héra ne l'avait pas le moins du monde intéressé.
- Tu peux les libérer, merci.
Une fois revenus à eux, Dionysos et Sémélé semblaient anxieux.
- Est-ce que tu nous crois ? demanda le dieu du vin.
- Oui, admit-elle à contrecœur.
- Tu sembles… déçue.
Ils ne pouvaient pas comprendre. Elle aurait dû être heureuse de s'être trouvé des alliés mais elle ne pouvait penser qu'à une chose. Zeus avait été plus fidèle à son absence qu'à leur mariage. Elle avait besoin d'être seule mais elle ne pouvait les congédier sans donner à Dionysos ce qu'il voulait. Pas si elle voulait s'assurer de sa loyauté.
- Qu'est-ce que tu attends de moi ?
- Tu es la reine des cieux, je n'ai rien à t'offrir que tu ne possèdes pas déjà… Néanmoins je te serais loyal et ma mère aussi. Nous le jurons sur le Styx. Tout ce que je demande en échange c'est que le jour venu, Arianne puisse rejoindre Olympe, et ta Cour, en tant qu'immortel.
- Tu ne la connais même pas… lui fit remarquer Héra.
- Quand tu as dit son prénom la première fois, j'ai ressenti quelque chose, ici, ajouta-t-il en touchant son cœur. Comme si je savais de qui tu parlais. Depuis elle me manque. Je ne changerais pas son destin. Je l'attendrais. Je la laisserais commettre les erreurs qu'elle doit commettre. Puis j'irais la rencontrer. Je l'aimerais autant que la première fois. Et je lui offrirais le même cadeau que celui que j'ai fais à ma mère… si tu acceptes.
- N'est-ce pas ennuyeux de connaitre ton avenir ? Ne rêves-tu pas de le changer ? Tu as déjà vécu cette histoire. Pourquoi ne pas en espérer une autre ?
- Je ne pense pas que tu puisses échapper à ton destin. Les mortels ne sont pas les seuls à y être soumis.
- Tu te trompes.
- Ton présent doit être bien différent je suppose, dit-il sur un ton qui ne laissait aucun doute qu'il n'y croyait pas une seconde. Aujourd'hui tu es la reine des Cieux, courtisée par Zeus. Peut-être n'étais-tu qu'une mortelle par le passé.
Héra du se faire violence pour ne pas juste le foudroyer sur place. Elle se répéta que le dieu n'était pas volontairement insolent. Au contraire, il n'avait juste pas en main toutes les informations. Ce n'était pas sa faute, si elle marchait dans les pas de sa vie antérieure sans faillir pour le moment malgré toute sa volonté de changer son futur. Le processus était peut-être le même mais l'issue serait différente se répéta-t-elle.
Elle ne l'épouserait pas.
Elle le tuerait.
Elle plongerait dans le fleuve Léthé.
Elle trouverait la paix.
Elle congédia Dionysos et Sémélé, non sans leur avoir confié la tâche laborieuse de traquer une liste de dieux et déesses. Si Zeus n'était effectivement pas leur géniteur, alors tout comme le dieu du vin et sa mère, ils seraient pour elle des alliés précieux. Après tout, elle les connaissait déjà. Une part d'elle était aussi curieuse de la manière dont ils étaient venus à exister malgré tout. Peut-être qu'elle pourrait retrouver ses propres enfants… Elle ne serait pas leur mère mais elle pourrait les voir grandir…
Perdu dans ses pensées et aussi dans un monde onirique où Arès et Hébé étaient à ses côtés, elle ne vit pas le temps passer. Astéria fut celle qui la ramena à la réalité avec tout le tact propre à sa profession difficile de suivante de la reine.
- Votre Excellence… le diner est servi.
- Sera-t-il présent ? demanda Héra en se laissant préparer par Anthée et Méthone qui la drapait dans une toge d'un vert émeraude, brodée d'or et des exploits futurs d'un héros cher à son cœur, Persée.
- Qui donc votre Majesté ? demanda Pallène dont les doigts agiles transformaient sa chevelure en une couronne de tresses fleuries.
- Zeus.
- Il peut ne pas être là si votre Altesse le souhaite, intervint Astéria avec diplomatie.
C'était plutôt malin de la part du roi des Dieux. Il devait savoir qu'elle ne l'aurait jamais invité à sa table mais elle ne pouvait pas constamment la lui interdire. Si par défaut sa présence était de mise alors elle devrait la subir. Le contraire aurait été synonyme d'affront envers le magnanime dirigeant du monde.
- Je dinerais avec lui, ce soir, répondit-elle tandis qu'Anthée et Méthone lassaient ses sandales. Fais en sorte d'inviter des membres de la Cour. De quoi remplir la table.
Elle s'arrangerait pour ne plus être seule avec lui. C'était trop dangereux. La reine des cieux ne savait pas exactement comment Astéria avait fait en sorte de convier autant de personnes en si peu de temps, toujours était-il quand arrivant dans la grande salle où était dressé la dîner, les convives se pressaient déjà autour de la table. Des querelles éclatant pour ce qui était des places. Après tout, ce repas leurs permettait, l'espace d'une heure, d'avoir l'oreille de deux souverains. Lorsqu'elle fit son entrée, le brouhaha s'atténua quelque peu et avec lui, les conflits.
Debout en tête de table comme le voulait l'étiquette du palais, Héra leva son verre en souriant à ses vassaux.
- Merci de vous être libérés en si peu de temps. J'espère que vous pourrez être nombreux chaque soir.
Une clameur surprise s'éleva autour d'elle. Elle venait d'annoncer un rendez-vous quotidien à sa table, ce soir n'était donc pas une exception.
- Qu'est-ce que j'ai raté ? demanda Zeus en entrant dans la salle et en se dirigeant vers elle plutôt que vers la place à l'extrême opposé.
- Rien de bien intéressant, répondit Héra en le regardant s'installer à sa droite plutôt qu'en tête de table.
Elle lança un sourire désolé à Éosphoros qui s'était donc vu voler la chaise la plus prisée : celle à la droite de sa souveraine. Hespéros, assis à la gauche d'Héra affichait quant à lui un sourire éclatant face à la défaite de son frère jumeau. Sans compter Iris et son double parfait Arcé qui s'étaient installées au bout de la table dans l'espoir d'être au plus près de Zeus et qui se retrouvaient seules et les plus éloignées de lui.
- Je ne te connaissais pas ce caractère sociable, fit remarquer le dieu du tonnerre en se saisissant de ses couverts pour lui couper sa viande comme l'aurait fait un serviteur.
- Tu ne me connais pas tout court, répliqua-t-elle en se laissant nourrir, le morceau de viande qu'il plaça dans sa bouche, si tendre qu'elle eut l'impression qu'il avait fondu sur sa langue.
- Assez pour savoir que tu ne les as pas invités pour le plaisir de leur compagnie.
- Ils sont loin d'être ceux qui me déplaisent le plus ici.
- Tu brises mon cœur.
- Tu t'en remettras.
- Quand ? Demanda-t-il soudainement beaucoup plus sérieux.
Ils se défièrent du regard et Héra fut celle qui se détourna la première, ne supportant pas de lire autant de douleur dans les iris d'un bleu orageux du dieu. Elle se fichait de ce qu'il ressentait.
- Tu te lasseras vite, ajouta-t-elle en récupérant sa fourchette et son couteau.
- Tu ne me connais pas, répliqua-t-il.
Elle se retint de lui répondre qu'elle le connaissait mieux que personne, après tout l'avait-elle jamais vraiment connu ? Elle pensait qu'il l'aimait, que malgré ses colères et sa cruauté, leurs différents et leurs intérêts respectifs parfois divergents, elle restait son alliée, sa famille. Pourtant il l'avait tué…
- Tu as raison, je ne te connais pas.
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À bientôt pour un nouveau chapitre !
