Chapitre 12

Mourir pour vivre

La faim me tenaillait le ventre. Cet idiot de Jake avait oublié un ou deux détails, lorsqu'il m'avait laissée seule, ici. Il y avait bien des conserves, mais aucun ouvre-boîte. Rien. Je ne pouvais rien manger. J'avais trouvé six litres d'eau et en avais déjà vidé trois. J'essayai de ne pas boire trop, ne sachant quand est-ce qu'il allait revenir. Je dormais à même le sol, du fait qu'il n'avait pas pensé à m'amener le matelas dont il m'avait parlé. Mon corps était une seule et unique courbature. Aussi, je pleurai constamment. Je ne supportais pas la distance entre Edward et moi. Je ne savais pas combien de kilomètres nous séparaient, ni combien de temps j'étais restée loin de lui. Je n'avais aucune vue extérieure, aucun réveil, aucun moyen de m'orienter dans le temps. Je savais seulement que cela faisait plus de deux jours que Jake était reparti. Peut-être trois.

Edward allait bien me retrouver. Oui, je devais y croire.

En ce qui concernait ma tentative de fuite, j'avais regardé partout et avais vite compris que si je voulais m'enfuir, il fallait pour cela que Jake soit là. Il fallait que la porte d'en face soit ouverte. J'avais hurlé à l'aide durant des heures et des heures mais personne n'était venu m'aider. Je devenais folle. Je n'avais rien à faire. Folle. Complètement folle. Par moment, j'essayai d'entendre la voix d'Edward. Je voulais à nouveau l'entendre, comme lorsqu'il m'avait quittée. Je voulais le sentir près de moi, comme lorsque j'avais sauté de la falaise.

-Je t'en supplie, parle-moi, pleurai-je !

Aucun son ne me fit écho. De nouvelles larmes de frustrations coulèrent : de rage, de colère, de haine envers mon tortionnaire. Je cherchai une arme des yeux et je crus hurler de bonheur lorsque je vis une batte de base-ball derrière les chaises de jardin. Comment se faisait-il que Jake ne l'avait pas vue ? Je m'en fichais, c'était très bien ainsi. Je pensai soudainement à Phil, à Renée. Oh mon Dieu, Renée ! Elle allait bientôt arriver à Forks, si elle n'y était pas déjà. Elle devait se faire un sang d'ancre.

-Je suis désolée, maman, murmurai-je, m'effondrant une nouvelle fois au sol.

J'avais faim.

oOo

La porte s'ouvrit dans son grincement que je devinai habituel. Il fallait que je reste calme. Je me trouvais près de la batte que j'avais soigneusement cachée de façon à ce que je puisse l'avoir en main en une fraction de seconde.

-Bella, entendis-je ?

Comme si j'avais pu disparaître ! Jake fut rapidement face à moi et me regarda avec mépris.

-Je t'ai rapporté à manger. Et le matelas arrive.

Quel soulagement, me dis-je avec sarcasme.

-Jake, je n'en peux plus. J'ai besoin de voir la lumière. J'ai besoin de sortir, de respirer de l'air, le suppliai-je, tout bas.

-Non, Bella, je suis désolé, tu ne peux pas. Pas pour le moment.

Il déposa un cornet devant moi. Je vis des crackers. Je déchirai le premier paquet et les enfournai tous les uns après les autres. Jake alla chercher le matelas qui se trouvait derrière la porte et le déposa en face de moi.

-Tu le mettras où tu veux, après.

Je m'appuyai contre le mur, ne voulant rester trop près de lui. Il n'était pas mon Jake. Il fallait que je fasse attention. Il fallait que je reste près de la batte.

-Tu sais, Bella, j'aimerai vraiment que tu comprennes que ce que je fais, je le fais pour ton bien. Je le fais pour te garder en vie, pour empêcher ton buveur de sang de te faire du mal.

Mais bien sûr…

-Je ne te crois pas, Jake. Tout ce que tu veux, c'est m'éloigner d'Edward. Tu veux te venger de lui. Tu veux que…

-Non, Bella. Ca n'a rien à voir, comprends-le ! Je ne veux plus de toi. Je t'aime, certes, mais plus au point de te contraindre à m'aimer en retour.

-Ah non ?

-Non, crois-moi ! Maintenant que ton vampire t'a eue corps et âmes…

Comment savait-il cela ? Ce n'était pas la première fois qu'il y faisait allusion. Comment connaissait-il cette partie intime de ma vie ?

-Comment as-tu deviné, pour Edward et moi ?

Il sourit.

-Je ne suis pas idiot. Ton odeur a légèrement changé, depuis que tu as ce plâtre. Aussi incroyable que cela soit, tu sens comme eux, tout en gardant ton odeur humaine. C'est répugnant. Je ne doute pas de la manière dont tu as acquis cette odeur, du fait que tu viens de le confirmer, par ta question. Coucher avec un vampire. Qui tomberait aussi bas ?

Je laissai passer, sachant que lui répondre ne servirait à rien.

-Je ne veux plus que tu m'aimes, Bella. C'est la seule chose que tu dois retenir.

Il se retourna et se prépara à s'en aller. Je pris la batte de base-ball et l'abattis derrière son crâne de toutes mes forces. Il tomba en avant et j'en profitai pour filer. Après la porte, deux possibilités s'offraient à moi. Droite ou gauche. Je pris à droite, ne sachant où cela allait me mener. Des séries de portes défilaient à côté de moi, jusqu'à ce que je doive m'arrêter dans un cul-de-sac. Je me retournai et aperçus Jake je ne l'avais pas assommé bien longtemps. Il tenait la batte de base-ball entre ses mains et je compris qu'il allait me rendre la monnaie de ma pièce d'ici peu. Avant que je n'aie eu le temps de me protéger le visage, je sentis ma tête se faire percuter par deux côtés. Par le coup de la batte et par le mur contre lequel ma tête ricocha.

Je m'effondrai dans l'inconscience.

oOo

Je me réveillai en sursaut. Tout de suite, je me sentis limitée dans mes gestes et me rendis compte que j'avais les pieds et les points liés. Mes mains se trouvaient attachées dans mon dos. Evidemment, ma tentative de fuite avait été un désastre. Je pleurai silencieusement, m'étant au préalable assurée que Jake ne se trouvait plus là.

J'avais mal à la tête. Très mal. Mon plâtre me grattait et j'avais à nouveau faim. Et soif. Il fallait que j'aille aux toilettes. Je laissai couler mes larmes, j'en avais besoin. Aussi, je suppliai mentalement Edward de me parler.

Il ne le fit pas.

oOo

Alors que cela faisait maintenant… Pf. Je ne savais plus combien de temps cela faisait. Je n'avais plus aucune notion de temps. J'aurai dû demander un réveil à Jake. Juste un réveil. Il me le devait bien, non ?

Alors que je pensais à notre première rencontre, à Edward et moi, l'ampoule sauta. Je me retrouvais dans la nuit. Encore la nuit. La seule chose réconfortante que je possédais venait de partir en fumée. La lumière.

« Ne t'en fais pas, mon amour. Tout va bien se passer, je te le promets. »

Je pleurai de joie. Il venait de me parler. Edward, mon Edward, mon amour. Il me parlait. Il m'avait dit que tout allait bien se passer. Je souris et rigolai. Si Edward me le disait, je ne pouvais que le croire.

-Merci.

Qui est-ce que je remerciai ? Edward, ses paroles, ou le ciel de m'avoir rendue folle, à nouveau ? Sans doute tout à la fois.

-Merci.

oOo

Les heures passèrent et toujours rien. Le vide complet. Le noir et encore le noir. Je désespérai, ne sachant que faire. J'avais faim et soif.

« Essaye de passer tes mains devant toi. Tu pourras tâtonner pour trouver les crackers et l'eau. »

Je fis ce qu'Edward me dit, me contorsionnant dans tous les sens. Je dus passer mon plâtre à l'avant, ce qui fut le plus dure. J'y arrivais avec beaucoup de mal. Je trouvais les crackers que j'avais laissés par terre et mangeai ceux qu'il restait. Je trouvai la bouteille d'eau, ainsi que les toilettes, que j'atteignis en sautillant mais en tombant aussi deux fois.

Après m'être soulagée, je retournai sur le matelas, bien plus confortable que le sol. Je me laissai aller au sommeil, espérant croiser Edward et la frivole Alice dans mes rêves.

Edward, je t'aime, pensai-je avant de m'endormir.

« Moi aussi, mon amour. Moi aussi. »

Voilà pour ces deux chapitres. J'espère qu'ils vous ont plus et que vous continuerez à suivre.

A bientôt, Mad' :)