Chapitre 15

Traquer Bella

POV Edward

Je regardai d'un mauvais œil le vampire se tenant sur notre canapé. Démétri Volturi. Je me rappelai comment il était arrivé là.

-Edward, nous n'avons pas d'autre option. Tu le sais, me dit Carlisle.

Ce dernier m'avait pardonné mon écart de conduite. Il ne m'en avait d'ailleurs jamais tenu rigueur, quand bien même j'aurai préféré. Je me serai senti moins mal.

Nous n'avions plus de piste en ce qui concernait Bella. Nous étions allés, il y avait moins d'une semaine, voir les Quileutes. Nous avions parlé à Sam. J'avais, durant un moment, pensé qu'il pouvait s'agir de Jacob. Selon Sam, c'était impossible. Il fallait que le ravisseur s'occupe de Bella et Jake se trouvait bien trop souvent à la réserve pour cela. Je n'avais pas vu Jacob. Nous n'avions que pu croire les paroles du chef de meute. Malgré tout, ses pensées étaient sincères. Si Jacob était impliqué, Sam n'était pas au courant.

Était alors venu l'idée saugrenue de Carlisle. Traquer Bella. Il nous fallait pour cela un traqueur. Un très bon traqueur, aux instincts très développés. Nous avions fait appel à Aro, qui avait accepté. Nous ne savions pas pourquoi. Il devait sans doute être de bonne humeur, lorsque nous l'avions contacté. Je le suspectai aussi de vouloir récolter des renseignements sur notre famille grâce à Démétri. Il jouerait un rôle d'espion. Carlisle le pensait aussi. Mais nous n'avions pas le choix. Il nous fallait retrouver Bella.

Alors que je regardai pour la énième fois le vampire, une pensée me glaça. Il s'agissait de l'une des siennes.

« Si elle a disparu depuis sept semaines, comme ils le disent, il n'y a que très peu de chance qu'elle soit encore en vie. »

J'aurai aimé le projeter contre le mur, lui hurler de ne plus jamais penser une chose pareille. Je fus bloqué dans mon mouvement par Alice, qui venait de se placer devant moi, empêchant un meurtre. Je l'en remerciai, une fois mon calme retrouvé. Cependant, et cela m'arracha le cœur de le penser, c'était une possibilité à envisager.

Je me plongeai dans mes souvenirs, ceux dans lesquels Bella était présente. Ceux dans lesquels elle me parlait et où je pouvais la voir rougir, s'encoubler. Ceux dans lesquels je pouvais entendre son cœur battre, s'emballer lors de mes caresses.

-Quand est-ce que je me mets en chasse, demanda le vampire en se relevant ?

-Quand vous le désirez, Démétri.

Carlisle lui parlait avec respect, comme avec toutes les personnes qu'il côtoyait, mais je pouvais percevoir de l'espoir dans ses mots, dans chaque intonation de sa voix. Je n'en avais pas entendu dans ses propos depuis longtemps. Oui, Démétri me redonnait de l'espoir, à moi aussi. J'espérai.

Il monta les escaliers et alla dans notre chambre, à Bella et à moi. Nous le suivions. J'avais longtemps pensé que Démétri n'arriverait pas à trouver Bella, du fait de sa résistance face à certains dons. J'avais ainsi espéré ainsi pouvoir la protéger de la transformation. Pour la première fois, j'espérai que ça fonctionnerait. Je voulais que Démétri puisse la pister.

Il alla retourner sa valise sur notre lit et prit un pull, un pantalon, un t-shirt. Il porta le tout à son nez, inspirant son odeur. Il recommença avec d'autres vêtements. Il fronça les sourcils et je soupçonnai le pire. J'étais prêt à mettre ma main au feu qu'il n'y arrivait pas.

-Que se passe-t-il, demanda Carlisle ?

-Je ne sens rien, répondit Démétri. Pour faire simple, la traque est pour moi un don. Lorsque je vois le visage de quelqu'un, que j'ai son odeur sous le nez, des images apparaissent, me situant vaguement dans un lieu. Par instinct, je peux dire qu'il s'agit de tel ou tel endroit. Je peux vous dire le nom du village perdu dans lequel quelqu'un se trouve sans même l'avoir jamais entendu avant. Si la personne se trouve dans une pièce, je peux vous dire à quel genre d'immeuble elle appartient, son année de fabrication, s'il a servi à quelque chose dans l'histoire, ce qui nous donne aussi des renseignements. Mais là… Je ne ressens rien.

J'en aurai pleuré, hurlé de rage, de haine, de désespoir. Pourquoi ma Bella, pourquoi elle ? Il y avait temps d'autres personnes qui auraient pu être prises à sa place ! J'étais égoïste de dire cela, de vouloir le malheur d'un autre. Mais qui ne l'aurait pas été, à ma place ?

Démétri se pencha afin d'attraper un autre vêtement mais il s'arrêta dans son mouvement. Il regarda les oreillers, les draps. Pourquoi ? L'odeur de Bella était sûrement confondue avec la mienne, du fait que nous avions fait l'amour dans ce lit, avant que je ne la blesse.

Démétri me regarda étrangement.

-Quoi, demandai-je ?

-Bella a dormi dans ce lit ?

Je me senti considérablement gêné par sa question. Je me pinçai les lèvres et allai entamer une réponse, lorsqu'il sourit.

-Eh bien, chapeau bas. Une humaine. Je n'en connais aucun qui aurait réussi cet exploit.

Je n'avais rien réussi du tout. Je l'avais blessée, brisée. Par cet acte, je l'avais éloignée de moi. Je l'avais sans doute poussée à se rendre seule et sans me prévenir en ville. Si elle avait été choisie au hasard, c'était sans doute de ma faute si elle en était là, aujourd'hui. Si ce n'était pas un hasard, si la personne qui l'avait enlevée la connaissait, c'était une toute autre histoire.

-Est-ce que ç'a une importance capitale ?

Je me doutai que non mais il prit le coussin qu'il inspira avidement. Une fois, deux fois. Il me regarda avec un étrange sourire.

-Il semblerait bien que oui, Edward.

Je me mis à espérer une nouvelle fois.

-Tu vois quelque chose ?

Nous redescendîmes avec Carlisle, dans le salon. Le soleil se levait. Du moins… la journée. Nous étions à Forks, tout de même. Démétri sortit un bloc de feuille taille A3 de son sac et se mit à dessiner. Ses gestes étaient rapides, précis. Les gestes d'un vampire.

-Je dessine, lorsque les images ne sont pas assez nettes. Je peux vous dire que Bella ne va pas bien. Elle est faible, épuisée, affamée et déshydratée. Elle se trouve enfermée dans une pièce, ce qui ne facilite pas les recherches. Elle est dans le noir. Il n'y a pas de fenêtre.

-Tu vois cela ? C'est une sorte de vision, non, demanda Alice ?

-Non, répondit Démétri. Je ne la vois pas vraiment. Je le sais, c'est tout. Je me mets en quelque sorte à la place de la personne. Quand je vois des images de villes, de pièces, c'est comme si je les regardai depuis les propres yeux de la personne que je traque. Je me mets en quelque sorte à sa place, j'entre dans sa tête mais je ne suis pas elle, je ne sais pas à quoi elle pense. Je ressens juste ce qu'elle voit et… « j'instinctive ». C'est étonnant. Généralement, je ne découvre pas vraiment les choses qui concernent la personne, seulement son entourage.

-Bella n'est pas comme tout le monde, dis-je, simplement.

-J'ai entendu dire, oui.

« Aro parle souvent d'elle, Edward. Je te conseille de faire attention. Aro n'a pas souvent de bonnes attentions. Ce qui le pousse à vous aider, pour le moment, c'est la curiosité. Il veut connaître les compétences de Bella, une fois qu'elle sera transformée. Dès qu'il le saura, la prochaine fois qu'il voudra vous aider, ce sera sûrement contre une récompense. Et je ne doute pas une seule seconde de ce dont il s'agira. »

J'émis un grognement.

-Je te me mets seulement en garde, Edward. Ne vas pas te faire d'idées, se défendit le traqueur dans un demi-sourire, toujours acharné sur ses dessins.

Je regardai un peu mieux et perçus des boîtes de conserves, des chaises de jardins, des toilettes, des bouteilles de vins, des bougies, au dessus d'un meuble en faux bois. Il y avait une paire de rollers, des sacs à dos mais je n'y faisais pas attention. Non. Ce que je voyais était effroyable, terriblement effroyable. Bella se trouvait couché sur un matelas, amaigrie, le regard vide et épuisé. On pouvait percevoir de la douleur dans ses traits. Elle avait mal. Pourtant, la peur ne dominait pas. Il y avait même une pointe de haine dans ses yeux, près de ses larmes.

-Le dessin est précis ?

-Qualité photographique, Edward. Tu ne trouveras pas plus précis.

Je regardai une nouvelle fois la photo. Elle était tellement réaliste. Tout dans les dégradés, les traits parfaits, tout était net et précis. Une photo en noir et blanc. Et Bella… Mon amour. J'aurai voulu pleurer, montrer ma peine, montrer à quel point je me sentais affligé de la voir ainsi. Elle souffrait. Et pourtant, de par mon manque de larmes, j'avais l'impression de ne rien ressentir, de ne rien en avoir à faire d'elle.

Ma nature était si méprisable…

-Et où est-elle ?

-Je ne vois pas de ville, Edward. Je sais seulement qu'elle se trouve dans un bâtiment ancien. Il a été conçu durant la guerre froide. Les caves servent de bunker et c'est dans l'une de ces caves que Bella se trouve.

J'acquiesçai, secouant la tête de bas en haut, puis de haut en bas.

-Et tant qu'elle se trouvera dans cette pièce, il sera impossible de connaître son lieu de captivité plus précisément ?

-Eh bien, je peux toujours aller chercher d'autres pistes, explorer mes instincts mais cela m'étonnerait que ça serve à grand-chose.

-Fais-le, ordonnai-je dans un ton sans appel !

Il me regarda, légèrement peiné. J'aimais bien ce Démétri. Pas de pensées déplacées dans son esprit. Il se comportait en ami et cherchait à nous aider. Il n'avait pas un ton arrogant. Il était tout simplement quelqu'un de naturel qui ne cherchait pas à se cacher. J'en étais étonné. Quelqu'un comme lui n'avait rien à faire chez les Volturi.

Il se leva, nous regarda et nous dit qu'il partait sur les lieux de son enlèvement. Carlisle lui donna l'adresse après qu'il ait demandé à y aller seul, une histoire de concentration. Il nous appellerait s'il découvrait quoique ce soit. Il nous avait demandé de se préparer à partir au plus vite, s'il percevait une ville.

Je montai dans ma chambre sous le regard de ma famille. Etonnement, j'avais confiance en Démétri. Je ne l'avais jamais véritablement côtoyé. Je n'avais jamais discuté avec lui lors de mes visites à Volterra. Malgré tout, il m'avait redonné l'espoir de revoir Bella. Il m'avait donné la preuve qu'elle était encore sauve. J'avais cependant du mal à être heureux de cette nouvelle. L'image qu'il avait faîte de ma Bella me revenait sans cesse en tête. Elle était plus sauve que saine. Et, bientôt, si nous ne la retrouvions pas, elle ne serait plus rien du tout.

Voilà pour les trois chapitres! J'espère qu'ils vous ont plu et vous souhaite une bonne soirée :)