Chapitre 20

Aucun répit

POV Edward

Bella reprenait peu à peu des couleurs. Esmée la forçait à manger et je m'efforçai tant bien que mal à la faire boire. Carlisle avait dit trois litres. On n'y arrivait que difficilement. Elle n'était pas une grande buveuse, à l'origine, et son estomac s'était rétréci, en raison de la faim, lors de sa captivité.

Il était dix heures, il faisait nuit. Je me trouvais derrière Bella, affalée contre mon torse, regardant un film fantastique. Stardust. Elle refusait toutes les histoires à l'eau de rose et les comédies, au plus grand désarroi d'Alice et Rosalie. A la plus grande joie d'Emmett et Jasper.

Je lui passai un verre de trois décilitre. Elle devait encore en boire au moins deux et nous arriverions à trois litres.

-Non, Edward, j'en peux plus. Mon estomac ne va pas tenir le coup, déclara-t-elle fortement. Et ma vessie, non plus.

Cette dernière phrase, elle l'avait seulement murmurée. Je ris légèrement. Elle était tellement mignonne et m'avait tant manqué.

-Juste ce verre. Après on arrête. Carlisle veut encore te faire boire deux ou trois jours, le temps que ton organisme reprenne un rythme normal. Ensuite, tu pourras boire ce que tu veux, quand tu veux.

J'allai quand même trouver un moyen de lui faire boire son dernier verre. Il fallait juste patienter. Alors qu'elle finissait celui que je venais de lui donner, elle se leva précipitamment, le laissa à mes soins et courut jusqu'aux toilettes. Je mis le DVD sur pause, attendant qu'elle revienne. Je savais qu'elle ne voulait rater pour rien au monde Robert de Niro en tutu.

Cela faisait maintenant une semaine que nous nous étions installés ici. Jacob ne nous avait pas retrouvés mais je me doutais bien qu'il y arriverait à un moment ou à un autre. Ce n'était qu'une question de temps et nous étions près à le recevoir.

En ce qui concernait Mike et sa grand-mère, la police avait retrouvé les corps et pensait qu'ils avaient découvert des choses en ce qui concernait Bella et sa disparition qu'ils n'auraient jamais du savoir. La police avait récupéré des échantillons de sang de ma Bella, sur le lit, ainsi que de peau et des cheveux, mais elle n'était pas suspectée des meurtres. Je ne pouvais en être que soulagé.

Bella avait repris des forces même si, plusieurs fois, elle s'était enfermée dans notre chambre. Je n'avais découvert que tardivement pourquoi. Elle faisait des crises de larmes, comme l'avait prédit Carlisle. Elles apparaissaient à des moments qui m'échappaient. J'étais souvent absent, lorsque cela se produisait et, lorsque je revenais, Bella refusait de m'ouvrir la porte. J'ai su de quoi il s'agissait lorsqu'Emmett et Jasper ont voulu se lancer quelques balles, au baseball. Nous le pouvions facilement, ici, étant reclus de toute civilisation. Lorsque Bella les avait vus arriver, elle avait fixé Emmett et sa batte. Puis, les larmes avaient coulé. Elle n'avait pas eu le temps d'aller se cacher. Je l'avais prise dans mes bras, dans notre chambre et avais attendu que ça passe, comme me l'avait conseillé Carlisle. Du calme. Des mots réconfortants. Il n'y avait rien d'autre à faire. Il refusait pour le moment de lui donner quoique ce soit mais si Bella n'allait pas mieux avec le temps, il n'aurait pas le choix, il devrait lui prescrire des anxiolytiques. On préférait ne pas y penser pour le moment.

Bella revint des toilettes et se replaça entre mes jambes, appuyant sur « play » et se calant contre mon torse. Elle avait véritablement l'air d'être concentrée sur le film. Elle était si jolie. Je passai mes doigts dans ses cheveux, replaçant une mèche rebelle derrière son oreille, frôlant sa peau au passage, la faisant frissonner.

-Tu me déconcentres, Edward.

Elle fit la moue avant de se replacer comme il fallait pour suivre le film. Je l'élevai quelque peu, histoire d'avoir son visage contre le mien ou, plutôt, ma bouche contre son oreille.

-Qui te dit que ce n'était pas mon intention ?

De nouveaux frissons. Elle était tellement humaine. Tellement parfaite comme elle était. Nous n'avions pas reparlé de sa transformation et j'espérai que nous ne le referions pas. Quoiqu'une part de moi voulait la garder jalousement contre moi toute l'éternité. J'étais tellement égoïste…

Elle se releva, ne prit pas la peine de mettre la vidéo sur pause et m'embrassa comme elle ne l'avait pas fait depuis maintenant longtemps. Elle me coucha sur le divan et passa ses mains sur mon torse, déboutonnant ma chemise au passage. Je savais comment allait se finir notre étreinte et il ne fallait pas. Ca s'était mal terminé une fois, je ne doutais pas que ça allait recommencer.

-Behah, arrivai-je à prononcer entre ses lèvres.

Elle se détacha et me regarda avec un regard empli d'un air de défi. Elle avait un sourire narquois. Elle ne ressemblait plus à la Bella d'il y a trois jours. Elle ressemblait à la Bella d'avant. Celle qui aimait la vie et ses amis. Jake. Mike. Moi.

-Edward, tu es un allumeur.

Elle l'avait dit d'une voix si aguichante qu'il fut difficile pour moi de résister à la tentation. Elle vint poser ses lèvres dans mon cou, remontant près de mon oreille, redescendant sur mon buste. Je ne fus que plus excité lorsque je me rendis compte de la position dans laquelle nous nous trouvions. Elle me chevauchait littéralement. Instinctivement, je passais ma main sur l'une de ses cuisses, la laissant lentement remonter.

Un bruit assourdissant se fit entendre et nous nous relevâmes précipitamment. Emmett se tordait de rire devant nous. Il avait fait tomber un vase d'une grande valeur, appartenant à Esmée. Il se reprit et s'approcha de nous.

-Alors, Bella ? On donne des cours de sciences à Edward ? Laisse-moi deviner le thème… La reproduction ?

Il se tordit une nouvelle fois de rire alors que Bella ne savait plus où se mettre. Je la rattrapai avant qu'elle ne tombe du canapé et la montai dans notre chambre afin de l'éloigner du regard et des moqueries de mon frère. Je la fis enfiler un pyjama et la plaçai sous les draps.

-Dors, maintenant. Tu as encore besoin de repos.

J'embrassai son front, chantai sa berceuse et elle s'endormit au plus vite. Je redescendis au salon et trouvai Emmett, se remettant petit à petit de son hilarité.

-L'élève est de retour ? Où est le professeur, Edward ?

-Encore un mot et tu n'as plus de tête, Emmett.

Il prit mon avertissement au sérieux et se calma. En ce qui me concernait, je me rendis enfin compte de la brûlure de ma gorge et compris qu'il fallait que j'aille chasser au plus vite. Je repensai au fait que je n'avais rien dit à Bella en ce qui concernait le chasseur que j'avais tué et j'hésitai encore à lui en parler. Il fallait pourtant qu'elle le sache. Je ne pouvais pas le lui cacher. J'avais cependant tellement peur qu'elle m'en veuille, qu'elle me fuie. Qu'elle me regarde avec dégoût et me rejette. Pendant l'espace d'un soir, j'étais redevenu le monstre que je m'étais depuis si longtemps efforcé de ne plus être. Je l'avais fait pour ma conscience, pour Carlisle. Puis, depuis maintenant deux années, pour Bella. J'avais malheureusement dérapé et je n'osais imaginer la réaction de la femme que j'aimais, lorsqu'elle se rendrait compte de quel monstre j'étais. Parce que oui. J'étais un monstre.

Alors que je me trouvais près du garage où ne se trouvait que la Mercedes et la Volvo, Alice vint me rejoindre.

« J'ai vu que tu partais chasser. Je t'accompagne ? »

J'acquiesçai. Je n'avais pas vraiment le choix. Tous me surveillaient. Nous tous, vampires végétariens, savions qu'il était difficile de reprendre notre régime « tofu », lorsque nous avions touché au sang humain.

oOo

Alors que nous évitions chaque arbre, effleurant à peine le sol à chaque pas, je me retrouvai soudainement à terre avec l'incomparable impression que l'on m'arrachait le cœur, que ma cage thoracique se resserrait autour de mes poumons, me faisant suffoquer. Je gémis au sol alors qu'Alice venait me prendre dans ses bras.

-Edward ? Edward, qu'est-ce qu'il se passe ?

Je ne l'entendais plus. Démétri se trouvait derrière ma sœur. Ses yeux étaient vides, il ne bougeait pas, se contentant de lever le bras en direction de la maison. Il était d'une pâleur que je ne lui connaissais pas. Ses lèvres remuaient dans une litanie qui m'était inconnue. De l'eau commença à couler de ses vêtements. Le regardant mieux, je remarquai que je voyais à travers lui. Puis, il disparut.

-EDWARD, hurla ma sœur !

Elle me secouait et je revins à la réalité.

-Oui, c'est bon, tout va bien.

-Il faut que tu parles de ça à Carlisle. Tu hurlais de douleur. Et tu t'es figé, regardant à deux mètres d'un arbre. On aurait dit que tu regardais un fantôme.

-Tu n'as même pas idée.

-Quoi ?

Je cherchais encore Démétri à travers les feuilles mais je dus me rendre à l'évidence : il n'était plus là.

-Viens, il faut qu'on rentre tout de suite.

Je me mis à courir, ma sœur sur mes talons, et nous dévalâmes dans le salon de la villa huit minutes plus tard. Ils se trouvaient tous réunis là, excepté le traqueur.

-Où est Démétri, demandai-je précipitamment ?

Carlisle s'approcha de moi et je lus sur leur visage qu'il était arrivé quelque chose.

-Qu'est-ce qu'il se passe ?

-Trois fois rien, déclara mon père. Du moins, nous n'en sommes pas sûrs. Bella a fait une crise d'angoisse. Je lui ai donné des calmants. Elle dort, maintenant. Ne t'en fais pas pour elle.

-Elle a commencé il y a onze minutes, demandai-je ?

Carlisle me regarda étrangement.

-Oui, c'est cela.

Il avait parlé de manière à me faire comprendre qu'il voulait dès informations sur ce qu'il se passait. Mais avant, je devais m'assurer d'une chose.

-Où est Démétri ?

-Il a dû sortir, intervint Jasper. Comme Carlisle l'a dit, nous ne savons pas vraiment ce qu'il s'est passé. Lorsque Bella a commencé sa crise, il se trouvait dans le couloir. Il s'est senti mal et est venu dans le salon. Bella s'est alors mise à crier, complètement paniquée. Démétri s'est alors senti si mal qu'il a essayé de sortir mais il n'est pas parvenu à aller bien loin il s'est effondré sur le perron. Carlisle a alors fait une injection à Bella. Elle s'est endormie et tout est redevenu normal. Pourquoi ?

C'est Alice qui prit la parole.

-Il y a onze, non, douze minutes de cela, alors que nous étions entrain de chasser, Edward s'est écroulé au sol en hurlant de douleur. Il se tenait la poitrine comme les humains qui font un arrêt cardiaque. Ensuite, il a fixé un arbre. Quoique non. Il fixait le vide devant l'arbre. Il avait encore mal, cela se voyait sur son visage, mais il regardait fixement quelque chose que je ne voyais pas. Puis, tout s'est calmé et nous sommes revenus.

Tous me lorgnèrent, tel un monstre de foire. Il était clair que ce qu'il s'était passé avait un rapport avec la crise de Bella. Mais qu'est-ce qu'avait Démétri à voir la dedans ?

Carlisle reprit la parole, me demandant ce que j'avais vu près de cet arbre. Je pouvais lui mentir, certes, mais à quoi cela aurait-il servi ? J'étais complètement dépassé par la situation. Seul Carlisle pouvait nous aider, de par son savoir.

-J'ai vu… Démétri.

Les exclamations fusèrent et je dus les calmer pour continuer.

-Je n'ai pas fini. Ce n'était pas Démétri que j'ai vu. Du moins, si, c'était lui. Mais il était comme… Je sais pas. Je ne sais pas vraiment ce que j'ai vu. Il répétait une litanie incompréhensible. Il avait le bras levé contre la maison et il ne me regardait pas. Il avait les yeux vides. Il… De l'eau coulait de lui, il était détrempé. Il… Je ne comprends pas. J'avais l'impression que je ne voyais pas Démétri. C'était comme… un fantôme. Il ressemblait à ces esprits dans les films d'épouvante. Il était pâle. Il y avait comme un voile gris sur lui. C'était… un fantôme.

Ils me regardaient encore comme le monstre pour lequel ils devaient tous me prendre et je commençai sérieusement à ne plus aimer cet air.

-Vous me prenez pour un fou ?!

Emmett ne dit rien contrairement à ses pensées qui l'affirmaient. Tous méditaient, essayaient de trouver le pourquoi du comment. Carlisle n'avait aucune théorie.

-Je n'en sais rien, déclara-t-il. Ce que je sais, ce dont je suis persuadé, c'est que tout cela n'est pas un hasard. Jacob Black et Mike Newton n'étaient qu'une partie du mystère. La première partie d'un… jeu. Je ne sais vraiment pas qui s'amuse avec vous, qui commande tout cela, mais ça ne se fait pas tout seul. Il va falloir rester sur nos gardes. Le plus grand danger pour nous, en ce moment, ce n'est pas Jacob. Nous n'avons aucune idée de ce qu'il s'agit. Mais il est là et bien présent.

Carlisle avait réussi à semer la peur parmi nous mais cela était nécessaire pour que nous restions sur nos gardes perpétuellement.

-Une dernière chose. Ne parlez pas de ce qu'il s'est passé à Bella. Son état est précaire. Physiquement, elle se remet bien. Mentalement, il s'aggrave. Ce n'est certainement pas le moment d'en rajouter une couche. Et ne vous fiez pas aux apparences. Nous pouvons très bien croire que Bella s'est remise, alors qu'en fait, elle ne sera jamais tombée aussi bas. Ouvrez l'œil et épargnez-lui tout ce qui pourrait corrompre son état mental.

Nous méditâmes sur son conseil, puis, avec Alice, toujours, je repartis chasser.

Tadaaaaam ! :D Alors, il était comment ce chapitre ? Pas très long, je l'admets, mais le mystère s'épaissit.

Un petit commentaire ? )

A bientôt et bon week-end !