Le mois de février laissa place au mois de mars. Et Dorea voyait Drago dépérir a vu d'œil. En constatant son état de fatigue et d'amaigrissement évoluer de jour en jour, elle fut prise d'une angoisse et d'une anxiété dont elle n'avait plus vécu depuis la période où elle savait son père en fuite, l'année précédente. Elle était en conséquence devenue d'une humeur massacrante au fur et à mesure que les semaines passaient, un mauvais pressentiment grandissant en elle.

Ses amis le remarquèrent et étaient de plus en plus soucieux, mais non moins suspicieux pour autant. Sans compter qu'elle aussi n'apparaissait en grande forme.

Elle était sans cesse épiée, ses yeux plus que cernés et son teint continuellement maladif n'aidant pas à rassurer ni ses amis, ni son frère. Ce fut donc Blaise qui la prit à part un matin de ce début de mois de mars, alors qu'ils sortaient de la Grande Salle. Ils laissèrent donc Daphné et Théo se diriger vers les étages supérieurs, parlant avec déception de la prochaine sortie de Pré-Au-Lard qui avait été annulée à la suite de l'attaque de Katie Bell.

Les deux serpentards traînèrent donc le pas derrière eux.

- Tout va bien Dorea ? s'enquit le jeune homme dans un murmure.

- Pourquoi tu me demandes ça ? demanda-t-elle, légèrement sur la défensive

- Eh bien… tu as l'air épuisée et plutôt… grabataire en ce moment, fit-il avec hésitation. Tout comme Drago d'ailleurs.

Dorea sentait bien que son ami marchait sur des œufs. Elle laissa échapper donc un long soupir à fendre l'âme.

- Oui, tout va bien, Blaise.

- Et Drago, tu sais pourquoi il est comme ça ?

- Pourquoi je saurais quoi que ce soit à propos de lui ? grimaça Dorea en exécutant un mouvement de recul.

- Je ne sais pas, dit-il en haussant des épaules. Parce qu'il conserve une photo de toi sous son oreiller ?

- Qu… Quoi ? lâcha la rousse ayant avoir cru mal entendre. Il garde une photo de moi sous son…

- Sous son oreiller, oui, affirma Blaise. Tu sais pourquoi ?

- Je n'en sais rien…Je n'ai rien avoir avec ça, Blaise.

- Tu as tout avoir, Dorea, fit son ami d'un ton quelque peu sévère, alors qu'ils s'arrêtèrent en plein milieu d'un couloir. J'étais présent lors des vacances de Noël. Et j'ai tout vu, tout comme Daphné d'ailleurs. On a des yeux. Jusqu'ici, Daphné ou moi n'avons posé aucune question. Mais crois-moi on s'en pose énormément.

- Comme quoi ?

- Eh bien, par exemple, pourquoi vous êtes-vous presque battu jusqu'à la mort à Higclere ? Lorsqu'il est parti à ta poursuite avec Kowalski, que s'est-il passé ? Ou bien pourquoi danser un tango collé serré alors que vous êtes censés, vous détester ? Qu'est-il venu faire dans ta chambre durant cette nuit ? – Oui Dorea, ajouta-t-il devant son expression surprise. Je l'ai vu monter seulement quelques minutes après toi, alors que nous n'avions pas encore fêté la nouvelle année. Et enfin pourquoi tu portes cette bague au bout de ta chaîne ? Cette même bague que j'ai déjà vue dans le coffre à bijoux de Narcissa Malefoy lorsque je venais, enfant, m'amuser au manoir.

Dorea avala avec difficulté sa salive et ferma les yeux de dépit. Elle posa une main sur sa poitrine où se trouvait la bague dissimulée sous sa chemise et sa robe de sorcière. Elle n'avait donc pas rêvé lorsque Daphné l'avait fixé avec un peu trop d'insistance lorsqu'elle était ressortie de la salle de bain, il y a de cela quinze jours.

- Tu ne sais rien Blaise et tu devrais… vous devriez rester en dehors de ça, murmura Dorea en encrant son regard émeraude dans celui ébène de son meilleur ami.

- C'est drôle, Drago m'a fait la même réponse hier soir, pouffa-t-il légèrement. Je me demande si Potter n'a pas finalement raison ?

- Raison sur quoi ?

- Sur le fait que Drago soit devenu un mangemort, déclara Blaise d'un ton tout aussi badin que s'il parlait du temps qu'il faisait au-dehors.

Dorea écarquilla les yeux de stupeur.

- Comment tu sais qu'il le soupçonne d'être…

- Depuis un petit moment, avec cette histoire d'Horcruxes, je parle de plus en plus à Potter et sa clique, avec Théo et Daph'. Et il nous a confié ses soupçons.

- Je… je n'ai rien remarqué. Je ne vous vois jamais ensemble.

- Parce que peut-être qu'en ce moment, tu es bien trop centrée sur tes propres problèmes pour réaliser que tu as mis ton frère et tes amis de côté, répliqua sèchement le serpentard.

- Mon frère hait Malefoy et c'est réciproque, Blaise, rétorqua Dorea sur le même ton. C'est normal qu'il l'accuse d'être un mangemort…

- Non mais tu t'entends parler ? Au point que ton frère l'accuse de la pire des insultes ? questionna Blaise en haussant un sourcil dubitatif. Je ne suis pas un grand fan de Potter, mais jusque-là, je ne l'ai jamais considéré comme un déficient mental. Il a toujours eu raison sur toute la ligne durant ces dernières années, n'est-ce pas ? Sans compter que le comportement de Drago est de plus en plus étrange.

- Tu crois Harry ? interrogea Dorea avec un froncement de sourcil.

- Pas pour le moment, parce que je me dis… que si tu savais quelque chose à propos de Drago, tu serais aussitôt allé nous le dire. À nous, tes meilleurs amis et ses meilleurs amis. N'est-ce pas Dorea ?

Un silence tomba dans les couloirs tandis que Dorea dévisageait Blaise de stupeur. Cela résonnait presque comme une menace. Il lui avait été apparent, à l'instant même où elle avait décelé la vérité sur Drago et sur ce qu'il a enduré depuis des mois, qu'elle n'en référerait pas à un mot à ses trois amis, afin de les protéger et de protéger Drago. Mais à présent, le doute l'habitait, se demandant si elle avait réellement fait le bon choix ?

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'une tornade rousse courut vers eux.

- Ginny, que se passe-t-il ?! demanda Dorea en voyant la cadette Weasley, le visage livide et le souffle haletant.

- C'est Ron, il a été empoisonné, annonça-t-elle alors de but en blanc.

Dorea entrouvrit la bouche, échangea un regard horrifié avec Blaise puis se mit à courir, talonnant la Gryffondor qui la menait vers les étages supérieurs, laissant le serpentard immobile et abasourdit de cette annonce.

0o0

- C'est une chance que tu aies pensée au bézoard, dit George à voix basse.

- Une chance qu'il y en ait eu un dans la pièce, remarqua Harry qui fut parcouru d'un frisson.

À cet instant, Hermione, installée sur une chaise à côté du lit de Ron, renifla presque imperceptiblement. Cette dernière avait gardé le silence tout le long de la journée et n'avait pris part à aucune discussion. Pas même lorsque Fred et George étaient arrivés en milieu de journée.

- Est-ce que papa et maman sont au courant ? demanda Fred à Ginny

- Ils l'ont déjà vu, ils sont arrivés il y a une heure. Pour le moment, ils sont dans le bureau de Dumbledore, mais ils vont revenir bientôt.

Le silence retomba dans l'infirmerie, alors qu'ils étaient tous autour du lit de Ron, où le roux dormait en grognant légèrement.

Dorea, de son côté, ne cessait de faire marcher les rouages de son cerveau, se demandant comment cela avait pu arriver.

Étant le jour du dix-septième anniversaire de Ron, ce dernier avait, comme le veut la tradition, ouvert ses cadeaux posés aux abords de son lit. Une boite de chocolat avait alors traînée dans la multitude de papier cadeau, et l'appétit d'ogre du jeune Weasley étant, il n'avait pu s'empêcher d'en manger un par pure gourmandise.

Néanmoins, ces chocolats avaient été préparés avec de l'Armortentia. Une boîte qui avait été offerte à Harry de la part de Romilda Vane pour la Saint-Valentin. Ron fut donc aussitôt obnubilé par la jeune Serdaigle et Harry avait décidé de l'emmener chez le professeur Slughorn dans l'unique but de se procurer un remède à son mal. Aussitôt revenu à lui, le professeur et les élèves avaient décidés de partager un verre d'hydromel en l'honneur de l'anniversaire de Ron.

Depuis, Harry avait raconté inlassablement cette histoire à Madame Pomfresh, au professeur McGonnagall, à Mr et Mrs Weasley, à Ginny, Dorea, Hermione, et Fred et George.

- Donc, le poison était dans son verre ? dit Fred à voix basse.

- Oui, répondit Harry. Slughorn l'avait rempli…

- Crois-tu qu'il aurait pu glisser quelque chose dans le verre sans que tu le voies ?

- Sans doute, admit Harry. Mais pourquoi aurait-il voulu empoisonner Ron ?

- Aucune idée, dit Fred, les sourcils froncés. Tu ne crois pas qu'il aurait pu se tromper de verre ? En essayant de t'empoisonner toi ?

- Pourquoi Slughorn, voudrait-il empoisonner Harry ? s'étonna Ginny.

- Je ne sais pas, répondit Fred, mais il doit y avoir plein de gens qui ont envie de l'empoisonner, non ? Avec cette histoire d'Élu et tout ça ? Et même Dorea, non ?

- C'est possible, dit cette dernière pensivement, le regard fixe sur le roux qui dormait toujours sur son lit.

- Il a peut-être été soumis au sortilège de l'Imperium, suggéra George.

- Ou peut-être qu'il est innocent, dit Ginny. Le poison pouvait très bien se trouver dans la bouteille, auquel cas, c'était Slughotn lui-même qui était visé.

- Qui aurait envie de le tuer ?

- Dumbledore pense que Voldemort voulait Slughorn dans son camp, expliqua Harry. Il s'est caché pendant un an avant de venir à Poudlard. Et… Et peut-être que Voldemort veut l'écarter de son chemin parce qu'il croit qu'il pourrait être utile à Dumbledore.

- Mais tu as dit que Slughorn avait l'intention d'offrir cette bouteille à Dumbledore pour Noël, lui rappela Ginny. Donc, l'empoisonneur pouvait tout aussi bien viser Dumbledore.

Dorea sentit louper un battement de cœur et elle pivota un regard hagard vers son frère.

- La bouteille était destinée à Dumbledore ? répéta Dorea dans un souffle.

Son frère hocha la tête, confirmant ses pires craintes.

- Dans ce cas, il ne connaissait pas très bien Slughorn, intervint Hermione qui se mit à parler pour la première fois depuis des heures.

Dorea fit mine de consulter sa montre, constatant qu'il était déjà la fin de l'après-midi.

- Je vais regagner ma salle commune, mais vous me tenez au courant de l'état de Ron ?

Harry, Hermione et les Weasley acquiescèrent, tous aussi pensifs qu'elle en avait l'air, dissimulant parfaitement la bataille intérieure qui était en train de la ravager.

Elle sortit ainsi de l'infirmerie et se dirigea, tel un automate, vers sa salle commune, plusieurs étages en dessous. Elle fut arrêtée par quatre fois, des élèves lui quémandant les détails des événements de la matinée. Cependant, elle répondit que par monosyllabe et fut presque soulagée lorsqu'elle s'enferma enfin dans son dortoir.

Elle s'allongea sur son lit, fermant les rideaux, et ses yeux par la même occasion, tâchant de rester calme et réfléchi.

L'espoir que ce ne soit pas Drago la cause de cette nouvelle attaque lui fut infime. Elle était quasi certaine, pour ne pas dire l'être en totalité, que ce qui était arrivé à Ron était du ressort du blond. Du garçon qu'elle aimait… Et bien qu'elle sût également que le roux n'était un dommage collatéral, elle ne pouvait contenir la colère qui progressait en elle.

La perspective de ne serait-ce qu'entrapercevoir le jeune Malefoy dans les prochaines heures lui était insoutenable. Malgré qu'elle fût parfaitement consciente que ce dernier ne faisait qu'exécuter les ordres du Seigneur des Ténèbres dans le seul but de rester en vie, le désir de lui écorcher les yeux lui fourmillait les doigts.

La rousse contracta la mâchoire et serra les poings, insultant dans son esprit le jeune homme de tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait.

Elle resta donc éveillée une bonne partie de la nuit suivant cette journée sans être descendu dîner, après même que Daphné ait tenté d'engager la conversation. Elle était restée dans son mutisme des plus fermes, signifiant à ses amis qu'il fallait la laisser tranquille. Le lendemain matin, elle en vint à la conclusion qu'il fallait absolument qu'elle convainque Drago de tout stopper. Elle ne pouvait pas accepter qu'il devienne un assassin.

Non, définitivement non. Elle ne pouvait s'y résoudre. Elle ne pouvait se résoudre à protéger Drago au détriment des autres. Au détriment de ses proches.

0o0

La nouvelle de l'empoisonnement de Ron fit rapidement le tour de l'école dès le lendemain néanmoins cela n'eut pas le même effet que l'attaque de Katie Bell. La plupart des élèves pensaient que c'était un accident du fait qu'ils se trouvaient dans le bureau du maître des potions et qu'ayant absorbé aussitôt un antidote il n'y avait rien eu de grave.

Mais pas aux yeux de la jeune Lady.

Dorea tentait chaque jour, durant la semaine qui suivit, de saisir l'occasion de discuter avec Malefoy. Malheureusement, ce dernier se faisait de plus en plus rare et avait même séché quelques cours pour faire bonne mesure.

L'adolescente se doutait qu'en plus de disparaître dans le cadre de sa mission, il se complaisait à soigneusement l'éviter. Elle était donc désabusée par ce comportement lâche qui ne faisait qu'accroître sa colère à mesure que les jours s'écoulaient.

Pour ne rien arranger à ses soucis, elle fut happée par Lavande Brown dans les couloirs, un vendredi en fin d'après-midi, alors qu'elle se rendait dans sa salle commune.

La gryffondor avait l'air désemparée et avait les yeux bouffis tellement elle avait pleuré.

- Qu'est-ce qu'il y a Brown ? demanda Dorea froidement.

- Je… je voulais savoir si tu savais quelque chose à propos de Ron et Hermione ?

Dorea haussa un sourcil, l'air hautaine. Les rares fois où elle était venue rendre visite pour savoir comment allait le rouquin, Hermione était bien présente. Et elle avait même perçu quelques caresses tendres entre les deux amis. La serpentard connaissait donc parfaitement la situation. Elle maudissait cependant le jeune Weasley d'être aussi lâche, se soustrayant à la tâche ingrate de rompre définitivement avec la jeune Brown.

- Parce-que… À chaque fois que je vais voir Ron-Ron – Dorea roula des yeux à l'entente du surnom grotesque – il dort, ajouta Lavande avec un reniflement.

Bah, voyons ! pensa-t-elle sachant parfaitement que le rouge et or faisait semblant de dormir à chaque visite de sa petite amie.

- Et… et ton frère n'en sait pas plus ….

Et après, on dit que ce sont les gryffondors les plus courageux…

Il était vrai que ce n'était ni à Harry, ni à elle, ni à personne d'autres de dire à Lavande que son couple avec Ron était passé aux oubliettes. Sans compter qu'Harry avait un autre problème à régler : remplacer Ron pour le prochain match de Quidditch. Et Dorea voyait fréquemment Cormac McLaggen harceler le jeune Potter…

Pauvre Harry…

Toujours était-il que non, ce n'était pas à elle d'annoncer à Lavande Brown que Ron Weasley n'était plus intéressé par elle. Et surtout qu'il éprouvait certains sentiments pour une tout autre personne. Et ce, depuis bien plus longtemps que certains le pensent. C'était, en tout cas, un secret de polichinelle dans l'école.

- Écoute Brown, je suis très peu aller voir Ron ces derniers jours. Tu devrais avoir une franche discussion avec lui au lieu de nous demander à Harry et à moi. Ce ne sont pas nos affaires.

Dorea ne lui laissa pas le temps de répliquer que déjà elle avait fait volte-face et était partis dans l'autre direction, plantant la rouge et or qui sanglotait au milieu du couloir.

0o0

Le prochain match de Quidditch qui opposait Gryffondor à Poufsouffle était le sujet primordial des conversations parmi les élèves.

Ce fut donc dans un état de nervosité générale que Dorea s'installa à sa table avec ses amis en ce samedi matin. N'ayant pas fermé l'œil depuis des jours, et ayant même pleuré durant la nuit précédente, ses amis s'enquirent de son état des plus spectral en cette matinée de mars. Bien plus que d'habitude puisque cette fois, ils formulèrent leur angoisse à son propos.

- Dorea, mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? fit Théo en la scrutant semblablement à ses comparses qui écarquillèrent également les yeux.

- Rien… j'ai juste mal dormi, dit-elle dans un murmure.

- Tu devrais aller te recoucher, proposa Blais tandis qu'elle se servait du jus de citrouille, d'un geste las.

- Non, il y a le match. J'ai envie de voir mon frère jouer.

- Mais… tu as les yeux bouffis, intervint Daphné. Tu… tu as pleuré ?

La jeune femme se mordit les lèvres, tâchant de contenir ses larmes. Elle ravala sa salive puis dit d'une voix légèrement tremblante :

- Avez-vous vu Malefoy ?

Ses trois amis secouèrent la tête dans une réponse négative.

- Je crois qu'il a découché même, ajouta Blaise.

Dorea poussa un soupir presque l'air désespéré. Elle savait parfaitement où il se trouvait s'il avait découché.

- Ah, bah tiens, il est là ! s'exclama Daphné en désignant d'un signe de tête l'entrée de la Grande Salle.

La rousse se retourna et vit Drago se diriger vers leur table et plus exactement vers Crabbe et Goyle qui étaient non loin d'eux.

Il se posta derrière eux et se pencha pour leur murmurer à l'oreille. Soudainement, leur expression devint morne et boudeuse. Lorsqu'il se redressa, il se heurta au regard étonnamment triste de la jeune Artwood et fronça aussitôt les sourcils, inquiet de son teint blême et de ses yeux rougis.

Crabbe et Goyle se levèrent et lançant un dernier regard par-dessus son épaule en direction de la jeune Artwood, Drago les talonna alors qu'ils sortaient tout trois de la Grande Salle.

- Bon, on se rejoint dans le hall et on va ensemble au match ? questionna Blaise en se relevant à son tour.

Les autres acquiescèrent tandis qu'ils suivaient le mouvement général. Dorea les suivit machinalement, plongée brusquement dans ses pensées. C'est lorsqu'ils atteignirent les escaliers de marbre qu'elle se manifesta enfin.

- Euh… tout compte fait je ne vais pas aller au match avec vous. À plus tard, dit-elle précipitamment en cheminant vers l'escalier qui menait aux étages supérieurs.

Les trois serpentards l'observèrent, intrigués et curieux de savoir où elle se dirigeait comme ça ?

Alors qu'elle atteignait le quatrième étage, les couloirs commençant à être désert, elle rencontra Harry qui sortait d'un passage débouchant sur la tour de l'horloge, qui menait elle-même à l'infirmerie.

- D'où tu viens ?

- Où vas-tu ? demandèrent-ils en même temps.

- Je reviens de l'infirmerie, je suis allé voir Ron, reprit le brun. Et toi ? Pourquoi tu n'es pas dans les gradins ?

Dorea ouvrit la bouche puis la referma et enfin de compte sortit une excuse toute trouvée.

- Justement, je vais voir Ron aussi. Je ne pense pas aller voir le match.

- Je comprends, acquiesça Harry.

- En revanche, toi, tu devrais te dépêcher, ajouta Dorea en consultant sa montre. Tu es déjà en retard de cinq minutes.

- J'y vais, dit-il en se remettant en marche.

Il actionna le pas jusqu'au bout d'un couloir et lui jeta un dernier coup d'œil suspicieux.

Dorea le salua d'un geste de main, souriant d'un air assuré. Sourire qui s'effaça aussitôt lorsque son frère disparu à l'angle. Elle continua alors de monter, contournant la tour de l'horloge et l'infirmerie.

Au bout de cinq minutes, elle arriva enfin dans le couloir du septième étage. Deux petites filles étaient postées devant la tapisserie de Barnabas le Follé. L'une d'elles tenait une balance entre les mains et lorsqu'elles virent Dorea s'avancer vers elles, elle entrouvrit la bouche de stupeur.

Celle qui tenait la balance la lâcha aussitôt, mais Dorea, sachant pertinemment qu'il s'agissait d'un code pour prévenir Malefoy, la suspendit dans les airs d'un tour de poignée.

- Pas la peine de prévenir Drago ! Je sais parfaitement qu'il se trouve en cet instant même dans la salle-sur-demande.

Elle fut assez près de Crabbe et Goyle sous polynectar pour discerner leur expression d'épouvante.

- Alors, soit vous me laissez entrer, soit je me sers de mes pouvoirs pour introduire votre esprit et me révéler ce qu'il fiche dans cette maudite salle.

- Mais… mais on ne sait rien, dit la petite fille aux nattes d'une voix suraiguë.

- Oh la ferme Goyle ! s'exclama Dorea en croisant les bras sur sa poitrine.

À cet instant, une porte s'ouvrit et la tapisserie se décala pour laisser découvrir un Drago surpris.

- Qu'est-ce que tu fiches là ?! fit-il presque outré.

- Dois-je vraiment te dire pourquoi je suis là ? questionna Dorea en haussant un sourcil.

Il jeta un coup d'œil aux deux petites filles et exhala un soupir de dépit.

- Vous deux, partez d'ici.

Crabbe et Goyle hésitèrent un instant.

- J'ai dit DÉGAGEZ ! hurla soudainement le blond, ce qui les fit sursauter.

Les deux petites filles s'en allèrent sans demander leur reste et Drago referma la porte sèchement derrière lui. Lorsqu'elles furent hors de vue, Drago se tourna vers Dorea.

- Alors ? Qu'est-ce que tu veux ?

- Je veux te parler.

- Me parler ?

- Oui, ou bien peut-être que je dérange ?

- Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ? grimaça Drago.

- Dis-moi ce que tu fais dans cette salle-sur-demande ? interrogea-t-elle soudainement.

Drago la jaugea durant un instant puis ferma les yeux, soufflant une ample inspiration avant de les rouvrir, ses orbes orageuses s'étant légèrement assombries, cette couleur anthracite apparaissant chaque fois que ses prunelles se dilataient. Dorea décela une lueur dangereusement animale, qu'elle connaissait bien à présent.

Alors qu'il tenait toujours d'une main la poignée, il rouvrit la porte et se décala pour la laisser entrer. Dorea fut quelque peu interdite que Drago puisse aisément céder à sa requête, mais elle pénétra la salle-sur-demande sans une once d'hésitation. Seulement, quand elle réalisa qu'il s'agissait d'un simple salon muni d'un canapé, d'une cheminée et d'une bibliothèque, elle étouffa un ricanement désabusé.

Elle fit volte-face vers Drago qui l'observait, adossé nonchalamment contre la porte.

- Tu me prends pour une conne ?

Le jeune homme s'approcha d'elle d'un pas félin, le regard de braise. Mais elle se recula et il s'arrêta net comprenant que cette fois, il faudrait bien plus que quelques baisers échangés pour la faire plier.

- Je vois, fit-il en abaissant la tête. Alors tu as enfin réalisé que j'étais un assassin en devenir ?

- S'agirait-il d'un aveu ? demanda Dorea légèrement sarcastique.

- Ce n'est pas moi qui ai empoisonné Weasley, si c'est que tu me demandes.

- Donc tu sais parfaitement de quoi je parle, répondit Dorea sèchement.

- Il ne faut pas être idiot pour savoir, qu'à présent, tu me suspectes pour le moindre malheur qui arrive dans cette école, cracha-t-il en plissant le nez subitement aigri.

- La bouteille d'hydromel, qui soit dit en passant provenait de Madame Rosmerta en personne, était destinée à Dumbledore. Bien évidemment que j'ai pensé à toi en premier.

- Je te remercie de ta confiance, dit Drago avec ironie. Pour une personne qui est censé être amoureuse, tu ne m'accordes pas beaucoup de crédit.

- Ne joue pas sur ce terrain-là ! s'exclama Dorea. Tu sais très bien que mes sentiments demeurent inchangés.

- Alors pourquoi tu t'étonnes ?! s'énerva Drago. Tu connais la situation, je t'ai prévenu, j'ai tout fait pour t'écarter sachant pertinemment que tu allais me détester à la seconde où ce genre de chose arriverait. Qu'est-ce que tu fais encore ici ? Va voir ton frère – il pointa un doigt rageur vers la porte – Dumbledore, l'Ordre et va les prévenir. Ce serait bien plus simple pour toi et moi. Alors pourquoi tu t'évertues à vouloir me protéger ! Je suis condamné Dorea. J'essaye simplement de survivre.

- MAIS PARCE QUE JE T'AIME IDIOT ! hurla soudainement cette dernière.

Un silence tomba dans la pièce et s'épaissit au fur et mesure que les secondes passaient. Dorea prit une ample inspiration et un gémissement contrit et déchirant s'échappa de ses lèvres.

- Je ferais tout ce qu'il faut pour te sortir de là, reprit-elle plus doucement. Toi et tes parents. Tu dois simplement me faire confiance et arrêter ce genre de conneries. Drago – elle s'approcha de lui à grand pas et prit son visage en coupe – je t'en prie, tu n'es pas un assassin. Je vis avec cette culpabilité tous les jours depuis que j'ai tué Nott Senior, c'est invivable au point que parfois, j'aimerais disparaître sous terre et me terrer jusqu'à ce que la douleur s'atténue. Tu ne le supporteras pas.

- C'était de la légitime défense Dorea. Tu as fait ce que tu devais faire.

- Tu ne comprends pas…

Des larmes recommençaient à couler sur ses joues.

- Un tel acte déchire ton âme. Chaque jour est un défi, une bataille dans laquelle je me contrains à tenir le cap. Chaque matin, lorsque je me réveil, c'est une journée de plus où je reste dans la lumière. Et tu m'aides à tenir le cap. Et si tu décides de passer à l'acte, alors…

- Tu n'es pas certaine de tenir, termina Drago dans un murmure.

- Je veux être avec toi. J'aimerais que tu me prennes par la main, que tu m'embrasses devant tout le monde, que l'on vive pleinement chaque instant ensemble. Je suis lassée de devoir atténuer mes sentiments à ton égard. Je suis lassée de devoir me dire qu'il n'y aura rien de plus entre nous parce que ça doit être ainsi. Je suis lassée de voir nos amis partager des moments de bonheur sans que nous ne puissions en faire autant.

- Tu sais parfaitement bien que c'est impossible. Je t'ai posé les conditions quand nous étions dans cette abbaye. Si tu t'affiches avec moi, tu vas te mettre ton frère à dos et… et tu-sais-qui me demandera de te rallier à sa cause. Ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ?

Dorea ne répondit pas, restant muette durant plusieurs secondes. Puis elle abaissa le regard alors que Drago la dévisageait, soudainement horrifié.

- Tu es devenu complètement dingue ! cria-t-il à son tour en la saisissant par les épaules. Dis-moi que tu ne l'as pas envisagé ?! Dis-le-moi !

- Lâche-moi, tu me fais mal ! fit-elle en se débattant.

Drago la lâcha et elle se recula, laissant une distance raisonnable entre eux.

- Dis-moi que tu ne l'as pas envisagé ? répéta-t-il haletant.

- Ce que j'envisage pour mon avenir, ne te regarde strictement pas.

Le blond se retourna et passa une main nerveuse dans ses cheveux les recoiffant en arrière. Puis il se retourna de nouveau vers elle.

- À peine, tu camperais un pied au manoir, qu'il donnerait l'ordre de te tuer. Ce serait un piège, Dorea.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Et puis on serait ensemble, au moins !

- Tu es complètement folle ! souffla Drago en secouant lentement la tête. Je t'en empêcherai !

- Et je n'ai pas dit que je le ferais !

- Je te connais assez pour savoir que tu es capable de ce genre de chose, Artwood ! C'est pour ça que je voulais t'éloigner de moi à la base.

- Tout ne tourne pas autour de toi, Malefoy ! Il y a aussi mon frère, je te signal !

- Bah tiens ! Tu l'aideras vachement de ta cellule où Greyback te rendra visite pour te violer !

- Arrête tes conneries Drago, tu dramatises !

- NON, C'EST TOI QUI MINIMISES ! hurla le jeune homme impétueux. JE NE LAISSERAI PAS LA FILLE QUE J'AIME SE METTRE EN DANGER POUR MOI ! ÇA ME RENDRAIT FOU ET TU LE SAIS !

Dorea fronça les sourcils et entrouvrit la bouche, réalisant ce qu'elle venait d'entendre.

Drago, qui avait commencé à faire les cent pas, se tourna vers elle. Une minute interminable passa durant laquelle Dorea se demanda s'il n'allait pas revenir sur ses paroles qu'il avait eu dans cette fameuse abbaye durant cette nuit de décembre. Il expira toute sa colère et leva les yeux vers elle, le visage grave.

- Je t'aime, répéta-t-il alors d'une voix plus sirupeuse. J'aime ta détermination, ton intelligence, ta force… Je t'aime pour tes yeux brillants de malice. C'est ce qui m'a fait craquer lorsque je t'ai vu pour la première fois. J'aime tes cheveux roux aux reflets bruns. J'aime chacune de tes taches de rousseur étalées subtilement sur ton nez. J'aime… - un sourire narquois effila ses lèvres charnues – J'aime ton corps… Il me rend, chaque fois, fou de désir.

Dorea baissa le regard, rougissant et se mordillant les lèvres d'embarras.

- J'aime ton entêtement, continua le blond en s'avançant à pas mesuré vers elle. Même si parfois ça me rend dingue. J'aime ta fourberie, digne d'une véritable serpentard, j'aime quand tu te mets en colère, car je n'ai qu'une envie, c'est de te faire taire avec mes lèvres. Et puis tu es tellement délicieuse quand tu sors de tes gonds, fit-il dans un chuchotement accompagné d'un sourire rêveur.

Il était à présent qu'à quelques centimètres d'elle et il profita de cette proximité pour effleurer sa bouche à la sienne. Ils se cherchèrent donc ainsi durant plusieurs minutes, faisant monter une tension luxurieuse. C'était sans compter la suite des paroles de Drago qui firent redescendre si brusquement que Dorea vacilla sous le coup de la surprise.

- C'est pourquoi je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t'empêcher de me suivre et de te protéger.

C'est avec épouvante qu'elle le vit sortir sa baguette. Il la leva et lança d'une voix claire et calme :

- Oubli…

D'un mouvement de bras brusque et énergique, elle envoya Drago dans les airs et il retomba contre le mur près de la porte.

Lorsque le serpentard reprit conscience, il entendit celle-ci claquer brutalement.