Dorea sentait ses membres trembler de rage et elle devait à tout prix trouver un endroit pour se calmer. Elle retourna prestement dans sa salle commune où elle atteignit son dortoir puis la salle-de-bain. Sans perdre plus de temps, elle se défit de son pull, de son t-shirt, se retrouvant simplement en sous-vêtement et mordit dans son triceps, retrouvant une sensation qui autrefois lui procurait l'apaisement nécessaire pour atténuer la tension qui menaçait d'exploser en elle.
Elle se redressa et vit une toute nouvelle marque sur son bras. Une marque rouge sang où avaient été ses dents, mordant violemment son épiderme.
Les tremblements avaient cessés et elle poussa un long soupir, alors qu'elle s'appuyait par-dessus le lavabo. Quelques minutes passèrent dans le plus grand silence tandis qu'elle prenait des amples inspirations et expirations.
Puis elle perçut du bruit provenant de la salle commune et elle se dépêcha de laver sa bouche, ses mains et de se revêtir prestement.
Quand elle sortit de la salle de bain, Daphné entra en trombe dans le dortoir, l'expression soucieuse.
- Daph' que se passe-t-il ? questionna Dorea.
- C'est ton frère, il a reçu un cognard sur le crâne à cause de McLaggen.
Dorea souffla et ferma les yeux de dépit.
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- Est-ce qu'il va s'en sortir ? demanda Ginny d'une voix inquiète.
- Bien évidemment, mais il va lui falloir du repos, assura Mrs Pomfresh. Ah, Miss Artwood, vous êtes là !
Dorea venait tout juste d'arriver à l'infirmerie et vit son frère, inerte, allongé sur un lit à la droite de Ron, qui lui, était bien réveillé. Hermione et l'équipe de Gryffondor était présente sauf McLaggen qui avait succédé à Ron au poste de gardien à l'occasion du match contre les Poufsouffle.
- Que s'est-il passé ? demanda la serpentard d'un ton ferme qui indiquait qu'elle exigeait une réponse quasi-instantanée.
- Tu n'étais pas dans les gradins ? demanda Ron
- Non… j'étais autre part. Alors ?
Les gryffondors échangèrent un regard perplexe puis Ginny se lança, lui racontant les événements survenus lors du match.
- Et Harry s'est énervé contre McLaggen car il n'avait rien à faire avec une batte, mais c'était déjà trop tard, acheva Ginny. Il lui a envoyé un cognard en pleine tête.
- Mais quel con ! s'exclama Dorea qui s'installait sur le lit de son frère tandis que Mrs Pomfresh effectuaient des allers et retours entre son bureau et le lit du brun.
Dorea en profita pour lui demander le diagnostic.
- C'est une fêlure du crâne. Il va rester dans le coma durant quelques heures, mais lorsqu'il sera réveillé, il sera complètement remis.
Dorea hocha la tête quelque peu soulagée et braqua son regard sur son frère, effleurant tendrement la joue du jeune homme.
Lorsqu'il fut temps pour eux de partir de l'infirmerie, les heures de visites étant finies, Dorea rejoignit ses amis dans la Grande Salle pour le dîner.
- Comment va ton frère ? demanda Théo à côté d'elle.
- Il a une fêlure du crâne. Ça me démange d'aller refaire le portrait de McLaggen, siffla-t-elle entre ses dents.
- Je crois que l'équipe de ton frère s'en occupe très bien, dit Blaise face à elle, en regardant par-dessus son épaule.
Dorea se retourna et sourit quand elle vit Ginny Weasley saisir McLaggen par les pans de sa robe, prête à en découdre.
- Tiens, un revenant ! s'exclama Théo.
La verte et argent reporta son attention à sa table et vit le blond s'installer juste à sa gauche, l'air de mauvaise humeur.
- Tu dînes avec nous ? Mais quel honneur, railla Daphné.
- C'est vrai que ça faisait longtemps que nous n'étions pas réunis, dit Blaise.
Drago saisit la cuillère en bois pour servir de la purée de pois cassés dans son assiette d'un mouvement sec et brutal témoignant de son courroux envers la rousse.
Tous l'observèrent, intrigués de son attitude coléreuse, toutefois Dorea fit comme si de rien n'était et poursuivit son repas assez paisiblement malgré les regards houleux et incessants que lui flanquaient le jeune homme.
Blaise et Théo discutèrent des pronostics de la finale de Quidditch, et Daphné et Dorea échangèrent sur le prochain devoir de sortilège qu'ils devaient rendre pour la semaine suivante. Et pendant ce temps, la main du jeune Malefoy se posa discrètement sur sa cuisse, lui signifiant soudainement toute la désolation qu'il ressentait après les événements qui eurent lieu l'après-midi même. À peine Dorea eut le temps de lui rendre son geste, qu'Astoria s'installa à la droite de Drago, mettant celui-ci dans une position d'entre deux.
La rousse retira si vivement sa main que ce geste interloqua ses trois amis, de l'autre côté de la table.
- Drago, tu viens dîner avec nous ? proposa Astoria avec un sourire charmeur.
Le blond opina de la tête machinalement et se levant du banc, saisit son assiette pour rejoindre la brune avec ses amis. Dorea retint ainsi les larmes qui étaient sur le point de la submerger.
- Dott', ça va ? s'enquit Daphné constatant l'état de cette dernière.
- Ça va, assura Dorea dans un murmure tâchant de recouvrer contenance.
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Le lundi suivant Dorea attendit devant l'infirmerie, patientant que son frère et Ron se soumirent aux derniers examens pour en sortir et pouvoir rejoindre la Grande Salle ensemble. Hermione la rejoignit quelques minutes seulement avant que les deux garçons ne franchissent la porte, l'expression soulagée et réjouie.
Ils se mirent alors en route et Hermione annonça sur le ton de la conversation que Ginny et Dean Thomas s'étaient disputés. La serpentard remarqua la lueur vive et intéressée dans les yeux de son frère.
- Pourquoi se sont-ils disputés ? demanda-t-il d'un ton désinvolte.
Ils firent un détour par le septième étage pour qu'Harry et Ron puissent prendre leurs affaires pour se rendre directement en cours après le petit-déjeuner. Lorsqu'ils reprirent le chemin de la Grande Salle ils passèrent devant la tenture de Barnabas le Follé où deux petites filles se trouvaient devant. L'estomac de la rousse se tordit et elle sursauta lorsqu'une des petites filles fit tomber la balance. Ce fut donc d'un œil hagard qu'elle observa Hermione ramasser la balance tout en rassurant la petite fille qui n'était autre que Crabbe ou Goyle.
L'un d'eux lui jeta un regard apeuré et Dorea préféra les ignorer pour poursuivre son chemin aux côtés des gryffondors.
- Ils les font de plus en plus petits, commenta Ron en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.
Dorea avala sa salive, tâchant de rester de marbre.
- Ne t'occupe pas d'elle, dit Harry avec un légère impatience. Alors Hermione, pourquoi Ginny et Dean se sont-ils disputés ?
- Oh, Dean a rigolé à cause du Cognard que t'a envoyé McLaggen, répondit Hermione.
- Ça devait paraitre drôle, estima raisonnablement Ron.
- Ça ne paraissait pas drôle du tout ! protesta Hermione avec véhémence. C'était terrible et si Coote et Peakes n'avaient pas rattrapé Harry en plein vol, il aurait pu se faire très mal !
- Il ne fallait quand même pas que Ginny et Dean se séparent pour autant, dit Harry d'un ton dégagé. Ils sont restés ensemble ou pas ?
Le brun récolta au passage un haussement de sourcil suspicieux de sa sœur dont il se mit à fuir du regard. Toutefois, Hermione posa la même question que la rousse se posait intérieurement.
- Oui… Mais pourquoi tu t'y intéresses tant ? demanda la jeune Granger observant son ami du même regard que la serpentard.
- Je ne veux pas avoir d'autres ennuis dans mon équipe de Quidditch ! répondit-il précipitamment alors qu'ils descendaient les dernières marches menant au hall d'entrée.
- Harry ! Dorea !
Le frère et la sœur se retournèrent pour voir Luna Lovegood courir vers eux, balançant son sac derrière elle.
- Ah, salut, Luna, fit Harry alors que les quatre comparses s'arrêtèrent devant l'entrée de la Grande Salle.
- Je suis allée te voir à l'infirmerie Harry, mais ils m'ont annoncé que tu étais sorti…
Elle mit dans les mains de Ron une sorte d'oignon vert, ainsi qu'un gros champignon tacheté et une quantité considérable d'une substance qui ressemblait à de la litière pour chat, puis trouva enfin deux morceaux de parchemin qu'elle tendit à Harry et Dorea.
- On m'a dit de vous donner ça.
Dorea sut de suite qu'il s'agissait d'une nouvelle séance avec le professeur Dumbledore qui aurait lieu le soir même.
- Ce soir, dit Harry en échangeant un regard avec sa sœur en enroulant son propre parchemin.
La verte et argent acquiesça, son estomac se retournant sous la culpabilité qui l'assaillit soudainement. Ils n'avaient rien trouvé s'agissant des Horcruxes et avaient encore moins récupéré le souvenir de Slughorn.
- Je vais rejoindre mes amis, dit Dorea tandis que Ron complimentait Luna sur son commentaire au dernier match. On se retrouve tout à l'heure ?
- D'accord, à tout à l'heure, acquiesça Harry.
Elle pénétra la Grande Salle, rencontrant Lavande Brown qui se dirigeait vers les trois gryffondors et gagna le centre de la table des serpentards s'installant entre Daphné et Théo.
- J'ai une nouvelle leçon avec Dumbledore ce soir, informa-t-elle en leur montrant le rouleau de parchemin avant de le ranger dans son sac.
Blaise, qui était face à elle, grimaça et Dorea ne put qu'approuver ce qu'il pensait en cet instant. Pensée qu'il formula aussitôt.
- C'est mauvais ça. On n'a pas trouvé comment lui arracher ce fichu souvenir à Slug.
- Ni trouver ce qu'était un Horcruxes, remarqua Théo.
Subitement, des hurlements résonnèrent dans le hall d'entrée, et à l'instar de tous les élèves et professeurs présents dans la Grande Salle, ils se tournèrent vers elle pour voir Lavande Brown crier sur le jeune Weasley.
- Ah enfin ! soupira Daphné de ravissement. Leurs bécotements continuels commençaient véritablement à me donner la nausée, ajouta-t-elle alors que les cris s'estompaient.
- Ne parle pas trop vite, ils n'ont pas l'air de rompre, dit Blaise.
Dorea suivit du regard les deux gryffondors qui entrèrent dans la salle sous les yeux scrutateurs des autres élèves. Tous deux s'installèrent à côté, mais chacun exprimait son amertume envers l'autre.
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Plus tard dans la matinée, alors que les serpentards et les gryffondors se trouvaient en cours de Défense contre les forces du Mal, la cloche sonna annonçant la fin de la séance. Rogue leur donna ses dernières recommandations pour la dissertation sur les charmes anti-maléfices qu'ils devaient rendre le jeudi suivant.
Alors que la salle commençait à se déserter, Dorea se leva de sa chaise et amorça un pas en direction de la porte d'entrée quand le professeur Rogue l'appela et avant qu'elle ne se retourne la porte se referma d'elle-même.
La verte et argent pivota alors sur ses talons pour faire face à son directeur de maison qui se tenait assis à son bureau, baguette en main.
- J'aimerais m'assurer que tout va… pour le mieux, Miss Artwood ?
Dorea fixa son professeur avec impassibilité puis finit par hocher la tête.
- En êtes-vous certaine, Dorea ?
- Je le suis.
- Avez-vous pris votre décision ?
- Oui, souffla-t-elle.
Severus Rogue la considéra durant plusieurs secondes qui s'étirèrent en un silence quelque peu angoissant pour l'élève. En fin de compte, le professeur se leva, contourna son bureau et s'approcha d'elle. Lorsqu'il fut assez près, il murmura alors :
- Je crois qu'il serait plus sage si vous alliez parler au professeur Dumbledore.
- Le professeur Dumbledore compte sur moi, je n'ai pas d'autres choix de faire ce qu'il m'a demandé.
- C'est prendre beaucoup trop de risque, Dorea, dit-il presque à bout de souffle.
- C'est un risque que je suis prête à prendre pour gagner cette guerre.
- C'est de la folie…
- Ça, vous me l'avez déjà dit, interrompit froidement Dorea. Désormais, veuillez m'excuser professeur, mais je suis restée beaucoup trop longtemps dans cette salle de classe en votre présence pour que ça ne paraisse pas suspect.
Elle fit volte-face et sortit de la pièce pour refermer brutalement la porte.
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Dorea frappa contre la porte et la voix du professeur Dumbledore s'éleva l'invitant à entrer.
- Bien, tu es là également Dorea, fit le vieil homme installé derrière son bureau face à Harry qui avait pris place sur un des deux fauteuils en chintz.
- Professeur, salua la jeune fille en s'assoyant au côté du brun.
- J'étais en train de demander à ton frère s'il avait pu mettre la main sur le souvenir d'Horace. Je suppose que tu viens avec le même résultat ?
- Je suis désolé professeur, répondit Dorea avec contrition.
- Bien alors… je comprends que vous ayez eu d'autres choses en tête depuis notre dernière entrevue. Beaucoup de choses se sont passées depuis. Mais dorénavant, puis-je espérer que vous donnerez à cette question la priorité qu'elle mérite ? Après notre séance de ce soir, nous n'aurons plus tellement de raisons de nous revoir si nous ne sommes pas en possession de ce souvenir.
- Nous y arriverons, Monsieur, dit Harry l'air grave.
- Nous l'obtiendrons, ajouta Dorea avec détermination.
- Alors n'en parlons plus pour l'instant, dit Dumbledore plus aimablement et continuons plutôt notre histoire là où nous l'avions laissée. Vous vous souvenez où nous en étions restés ?
Dorea et Harry s'échangèrent un regard puis ce dernier prit la parole :
- Oui, monsieur. Voldemort avait tué son père et ses grands-parents en faisant croire que le coupable était son oncle Morfin. Puis il était retourné à Poudlard et avait demandé… il avait demandé au professeur Slughorn ce qu'étaient les Horcruxes, marmonna Harry, l'air honteux.
- Très bien. Dès le début de nos rencontres, vous vous en souvenez, je vous avais dit que nous allions pénétrer le royaume des hypothèses et des spéculations ?
- Oui, monsieur, répondirent en chœur le frère et la sœur.
- Jusqu'à présent, vous reconnaîtrez, j'espère, que ma reconstitution de la vie de Voldemort jusqu'à l'âge de dix-sept ans s'appuyait sur des sources d'une raisonnable solidité ?
Ils approuvèrent d'un signe de tête.
- Mais maintenant, reprit Dumbledore, maintenant, les choses vont paraître plus obscures et plus étranges. S'il a été difficile de réunir des témoignages sur ce qu'avait été le jeune Jedusor, il est presque impossible de trouver quelqu'un qui soit prêt à livrer ses souvenirs sur l'homme qu'est devenu Voldemort. En fait, je doute qu'il existe une seule âme vivante, à part lui-même, qui puisse fournir un récit complet de ce qu'a été sa vie depuis son départ de Poudlard. Je possède cependant deux derniers souvenirs que j'aimerais vous faire partager.
Dumbledore montra les deux flacons de cristal qui luisaient à côté de la Pensine.
- J'aimerais bien savoir ensuite si les conclusions que j'en tire vous paraîtront vraisemblables.
Dorea avala avec difficulté sa salive soudainement embarrassée par la confiance que Dumbledore leur accordait au point que leur opinion ait de la valeur à ses yeux. Elle perçut Harry gigoter sur sa chaise, tout aussi mal à l'aise qu'elle.
- J'espère que vous n'êtes pas lassé de plonger dans la mémoire des autres car ces deux souvenirs sont très singuliers, dit-il. Le premier est celui d'une très vieille elfe de maison du nom de Hokey. Avant de voir la scène dont elle a été témoin, il faut que je vous rappelle brièvement quelle façon Lord Voldemort a quitté́ Poudlard. Il a atteint la septième année de sa scolarité́ en obtenant comme vous pouvez le deviner les meilleures notes à tous les examens qu'il a passés. Autour de lui, ses camarades décidaient ce qu'ils allaient faire une fois leurs études terminées. Tout le monde ou presque s'attendait à̀ des choses spectaculaires de la part de Tom Jedusor, préfet, préfet-en-chef, titulaire de la médaille pour services rendus à l'école. Je sais que plusieurs enseignants, parmi lesquels le professeur Slughorn, lui a suggéré de rejoindre le ministère de la Magie, ont proposé́ de lui organiser des rendez-vous, de lui fournir des contacts utiles. Il a refusé toutes ces offres. Et bientôt, ses professeurs ont appris que Voldemort travaillait chez Barjow et Beurk.
- Chez Barjow et Beurk ? répéta Harry, stupéfait.
Dorea écarquilla les yeux n'en revenant pas de ce qu'elle venait d'entendre.
- Chez Barjow et Beurk, confirma Dumbledore, avec le plus grand calme. Je pense que vous
Comprendrez ce qui l'attirait dans cette boutique quand nous serons entrés dans le souvenir de Hokey. Mais ce n'était pas le métier que Voldemort avait choisi en premier. Presque personne ne le savait - j'étais l'un des rares à qui le directeur de l'époque l'avait confié́ - mais au début, Voldemort avait approché le professeur Dippet et lui avait demandé́ s'il pourrait rester à Poudlard pour y enseigner.
- Il voulait rester ici ? Pourquoi ? s'étonna Dorea, de plus en plus ébahie à l'instar du gryffondor à sa gauche.
- Je pense qu'il y avait plusieurs raisons bien qu'il n'en ait révélé aucune au professeur Dippet, répondit Dumbledore. D'abord, et c'est très important, je crois que Voldemort éprouvait pour cette école un attachement qu'aucun être humain n'aurait pu lui inspirer. Poudlard était l'endroit où il avait été le plus heureux. Le premier et le seul où il se soit senti chez lui. Ensuite, le château est une forteresse d'ancienne magie. Voldemort avait sans nul doute pénétré beaucoup plus de ses secrets que la plupart des autres élèves qui y sont passés, mais peut-être sentait-il qu'il restait encore des mystères à découvrir, des réserves de magie dans lesquelles puiser. Et enfin, comme enseignant, il aurait eu beaucoup de pouvoir et d'ascendant sur des jeunes sorciers et sorcières. Peut-être avait-il eu cette idée au contact du professeur Slughorn, l'enseignant avec lequel il s'entendait le mieux et qui lui avait démontré le rôle influent que peut jouer un professeur. Je n'imagine pas un instant que Voldemort ait envisagé de passer le reste de sa vie à Poudlard, mais je pense qu'il y a vu un utile terrain de recrutement, un lieu où il pourrait se constituer une armée.
- Et il n'a pas obtenu le poste ? interrogea Dorea.
- Non. Le professeur Dippet lui a répondu qu'à dix-huit ans, il était trop jeune, mais il l'a invité à poser à nouveau sa candidature quelques années plus tard s'il voulait toujours enseigner.
- Et vous, monsieur, quel était votre sentiment à ce sujet ? demanda Harry, hésitant.
- Un sentiment de profond malaise. J'ai conseillé à Armando de ne pas l'engager. Je ne lui ai pas donné les raisons que je vous donne à vous, car le professeur Dippet aimait beaucoup Voldemort et il était convaincu de son honnêteté. Mais je ne voulais pas que Voldemort revienne à l'école, et surtout pas dans une position de pouvoir.
- Quel poste voulait-il ? Quelle matière avait-il choisie ? questionna Harry bien qu'au fond de lui, autant que sa sœur, il connaissait déjà la réponse.
- La défense contre les forces du Mal. Elle était enseignée en ce temps-là̀ par un vieux professeur du nom de Galatea Têtenjoy qui était à Poudlard depuis près de cinquante ans. Donc, Voldemort est parti chez Barjow et Beurk et tous les professeurs qui l'avaient tant admiré répétaient qu'il était bien dommage de voir un jeune sorcier aussi brillant aller travailler dans une boutique. Voldemort, cependant, n'était pas qu'un simple vendeur. Poli, séduisant, intelligent, on lui a bientôt confié des tâches très particulières qui ne peuvent avoir d'utilité que dans un endroit comme Barjow et Beurk, spécialisé, comme vous le savez tous les deux, dans le commerce d'objets aux pouvoirs inhabituels. On l'envoyait persuader certaines personnes de se séparer de trésors que les deux partenaires pourraient revendre dans leur boutique et, de l'avis général, il était exceptionnellement doué́ en la matière.
- J'en suis sûr, lança Harry, incapable de se retenir.
- Oui, très doué́, dit Dumbledore avec un léger sourire. Et maintenant, il est temps d'entendre Hokey, l'elfe de maison qui travaillait chez une très vieille et très riche sorcière du nom de Hepzibah Smith.
Dumbledore tapota l'un des flacons avec sa baguette. Le bouchon sauta et il versa le souvenir dans la Pensine en disant :
- Après toi, Dorea.
Dorea se leva et se pencha une fois de plus sur la matière argentée qui tournoyait dans la bassine de pierre jusqu'à ce que son visage en touche la surface. Elle fut alors précipité́e dans le néant et atterrit dans un salon, devant une énorme vieille dame coiffée d'une perruque rousse aux ondulations soigneusement étudiées. Sa robe d'un rose brillant flottait autour d'elle en lui donnant l'aspect d'un gros gâteau glacé en train de fondre. Elle se regardait dans un petit miroir incrusté de pierres précieuses et étalait à l'aide d'une grande houppette du rouge à joues sur ses pommettes déjà̀ écarlates, tandis que l'elfe de maison la plus vieille et la plus minuscule que Dorea ait jamais vue laçait autour de ses pieds charnus d'étroits chaussons de satin.
La jeune fille fut très rapidement rejointe par son frère et le professeur Dumbledore.
- Dépêche-toi, Hokey, ordonna Hepzibah d'un ton impérieux. Il a promis qu'il serait là à quatre heures, c'est-à̀-dire dans deux minutes et jusqu'à̀ maintenant, il n'a jamais été en retard !
Elle rangea sa houppette et l'elfe se redressa. Ça tête atteignait à peine le siège du fauteuil de Hepzibah et sa peau parcheminée pendait de son corps comme le drap de toile apprêtée qu'elle portait à la manière d'une toge.
- Comment me trouves-tu ? demanda Hepzibah en tournant la tête devant le miroir pour admirer son visage sous tous les angles.
- Ravissante, madame, couina Hokey.
Dorea pinça ses lèvres se retenant d'éclater de rire moqueusement. Parfois, il valait mieux dissimuler une vérité blessante plutôt que de blessé son interlocuteur. Du moins elle pensa qu'Hokey adoptait cette attitude pour en rien vexé sa maîtresse. Ou bien était-ce spécifié dans son contrat ?
Une sonnette cristalline retentit soudain et toutes deux, la maitresse et son elfe, sursautèrent.
- Vite, vite, Hokey, il est là ! s'écria Hepzibah.
L'elfe se précipita hors de la pièce à la décoration tellement surchargée qu'on ne voyait pas très bien comment il était possible de s'y déplacer sans renverser une bonne douzaine d'objets : de petites boites laquées remplissaient des vitrines, des bibliothèques débordaient de livres à la reliure frappée d'or, des globes et des sphères célestes s'alignaient sur des étagères, et des plantes luxuriantes foisonnaient dans des cache-pots de cuivre. On aurait dit un croisement entre un magasin d'antiquités magiques et une serre.
L'elfe de maison revint quelques minutes plus tard, suivie d'un grand jeune homme en qui Dorea reconnut tout de suite Voldemort. Il était vêtu d'un costume noir de coupe classique. Ses cheveux étaient un peu plus longs qu'au temps de Poudlard et ses joues s'étaient creusées, mais ces changements lui allaient bien : il paraissait plus séduisant que jamais. Il s'avança dans la pièce encombrée avec une aisance montrant qu'il était déjà̀ venu très souvent et s'inclina profondément devant la petite main grasse de Hepzibah qu'il effleura de ses lèvres.
- Je vous ai apporté́ des fleurs, dit-il à̀ voix basse, en faisant surgir de nulle part une gerbe de roses.
- Oh, jeune polisson, vous n'auriez pas dû ! s'exclama la vieille Hepzibah d'une petite voix aiguë.
Dorea haussa un sourcil perplexe en apercevant un vase vide posé sur la table basse.
- Vous gâtez beaucoup trop cette vieille dame, Tom...Asseyez-vous, asseyez-vous...Où est Hokey... Ah...
L'elfe était revenue à̀ toutes jambes dans la pièce en apportant un plateau de petits gâteaux qu'elle posa à coté de sa maîtresse.
- Servez-vous, Tom, dit Hepzibah. Je sais que vous adorez mes gâteaux. Alors, comment allez-vous ? Vous me paraissez un peu pâle. Vous travaillez trop dans cette boutique, je l'ai répèté cent fois...
Voldemort sourit machinalement et Hepzibah minauda.
- Quel est le prétexte de votre visite, cette fois ? demanda-t-elle en battant des cils.
- Mr Beurk voudrait vous faire une offre plus intéressante à propos de cette armure façonnée par les gobelins, répondit Voldemort. Cinq cents Galions, il pense que c'est un prix plus que raisonnable...
- Allons, allons, pas si vite ou je vais finir par penser que vous venez me voir uniquement pour mes babioles ! protesta Hepzibah d'un air boudeur.
- On m'envoie ici pour cela, dit Voldemort d'une voix douce. Je ne suis, madame, qu'un modeste employé́ qui doit obéir aux instructions qu'on lui donne. Mr Beurk souhaite que je vous demande...
- Oh, assez de ce Mr Beurk ! s'écria Hepzibah en agitant sa petite main. J'ai quelque chose à vous montrer que Mr Beurk n'a jamais vu ! Êtes-vous capable de conserver un secret, Tom ? Me promettez-vous de ne jamais révéler à Mr Beurk que je possède cet objet ? Il ne me laisserait plus jamais en repos s'il savait que je vous l'ai montré́ et je ne le vendrai pas, ni à̀ Beurk, ni à̀ personne d'autre ! Mais vous, Tom, vous l'apprécierez pour sa valeur historique et non pour le nombre de Galions que vous pourriez en tirer...
- Je serai toujours heureux de voir tout ce que Miss Hepzibah voudra bien me montrer, assura Voldemort de sa voix douce.
Hepzibah gloussa à nouveau comme une collégienne.
- J'ai dit à̀ Hokey d'aller me le chercher... Hokey, où es-tu ? Je veux montrer à Mr Jedusor notre plus magnifique trésor... D'ailleurs, apporte-les donc tous les deux pendant que tu y es...
- Voilà̀, madame, couina l'elfe de maison.
Dorea vit deux coffrets en cuir, posés l'un sur l'autre, traverser la pièce comme s'ils se déplaçaient tout seuls mais il savait que l'elfe minuscule les tenait au-dessus de sa tête en se faufilant entre les tables, les poufs et les repose-pieds.
- Voyons cela, dit Hepzibah d'un ton joyeux.
Elle prit les coffrets des mains de l'elfe, les plaça sur ses genoux et se prépara à ouvrir celui du dessus.
- Je pense que vous allez beaucoup aimer, Tom... Oh, si ma famille savait que je vous les ai montrés... Ils ont hâte de s'en emparer !
Elle souleva le couvercle du premier coffret. Dorea s'avança pour mieux voir, tout comme Harry et distingua une petite coupe d'or avec des poignées finement ouvragées.
- Je me demande si vous savez ce que c'est, Tom ? Prenez-la, regardez-la bien ! murmura Hepzibah.
Voldemort tendit une main aux doigts effilés et prit la coupe par l'une des poignées, la soulevant de son écrin de soie douillet. Dorea crut voir une lueur rougeoyante dans son regard. Son expression avide était étrangement semblable à̀ celle de Hepzibah, sauf que cette dernière fixait de ses yeux minuscules le beau visage de Voldemort.
- Un blaireau, dit Voldemort dans un souffle en examinant le dessin gravé sur la coupe. Alors, ceci appartenait...
- A Helga Poufsouffle, comme vous le savez parfaitement, mon garçon, car vous êtes très intelligent ! répondit Hepzibah.
Elle se pencha en avant, dans un grincement sonore produit par son corset et pinça sa joue maigre.
- Ne vous ai-je jamais dit que j'étais une de ses lointaines descendantes ? Cette coupe est passée dans la famille depuis bien des années. Magnifique, n'est-ce pas ? Et il paraît qu'elle possède toutes sortes de pouvoirs mais je ne les ai jamais tous expérimentés. Je me contente de la conserver ici, en sécurité́...
Elle reprit la coupe des longs doigts de Voldemort et la rangea délicatement dans son coffret, trop occupée à la remettre en place avec le plus grand soin pour remarquer l'ombre qui était passée sur le visage de son visiteur lorsqu'elle lui avait enlevé́ l'objet des mains.
- Où est Hokey ? dit Hepzibah d'un ton enjoué. Ah, tu es là. Tiens, débarrasse-moi de ça...
L'elfe prit docilement la coupe et Hepzibah reporta son attention sur l'autre coffret, beaucoup plus plat, posé sur ses genoux.
- Je crois que ceci vous plaira encore davantage, Tom, murmura-t-elle. Penchez-vous un peu, mon cher, vous verrez mieux... Bien sûr, Beurk sait qu'il est en ma possession, puisque je le lui ai acheté, et je crois qu'il serait ravi de le récupérer lorsque je ne serai plus là...
Elle fit glisser le délicat fermoir en filigrane et ouvrit le couvercle, découvrant un lourd médaillon d'or niché dans un écrin de velours cramoisi.
Dorea retint son souffle et se retourna vers Dumbledore qui lui adressa un sourire complice.
Voldemort tendit la main, sans y avoir été invité cette fois, et examina le médaillon en le tenant à la lumière.
- La marque de Serpentard, dit-il à̀ voix basse en regardant chatoyer un S ouvragé, en forme de serpent.
- Exactement ! s'exclama Hepzibah, apparemment ravie de voir Voldemort fasciné par son médaillon. Il m'a coûté les yeux de la tête, mais je ne pouvais pas laisser passer un trésor pareil, il me le fallait pour ma collection. Il paraît que Beurk l'a acheté à une femme en haillons qui semblait l'avoir volé́ sans avoir aucune idée de sa valeur...
Cette fois, on ne pouvait s'y tromper : un éclair rouge était passé dans les yeux de Voldemort et Dorea
Vit ses jointures blanchir tandis qu'il serrait entre ses doigts la chaîne du médaillon.
- Je suppose que Beurk l'a payé́ une misère, mais enfin, le voilà... Très beau, n'est-ce pas ? Celui-là aussi, on lui attribue toutes sortes de pouvoirs, mais là encore je me contente de le garder bien à l'abri...
Elle tendit le bras pour récupérer le médaillon et pendant un instant, Dorea crut que Voldemort ne le lâcherait pas, mais il finit par glisser d'entre ses doigts et retrouva sa place dans l'écrin de velours rouge.
- Et voilà, mon cher Tom. J'espère que ça vous a plu !
Elle le regarda bien en face et, pour la première fois, Dorea vit s'effacer son sourire niais.
- Vous ne vous sentez pas bien, mon cher.
- Si, si, répondit Voldemort, toujours à voix basse. Je me sens parfaitement bien...
- Il m'a semblé... Mais j'imagine que c'est la lumière qui m'a joué un tour, dit Hepzibah, visiblement troublée.
Elle aussi, pensa Dorea, avait dû voir la lueur rouge dans les yeux de Voldemort.
- Tiens, Hokey, emporte-les et range-les bien... avec les enchantements habituels...
- Il est temps de repartir, murmura Dumbledore. Pendant que la petite elfe quittait la pièce, chargée des deux coffrets, Dumbledore saisit les bras d'Harry et Doreaet tous trois s'élevèrent dans le vide pour revenir dans le bureau.
- Hepzibah Smith, est morte deux jours après cette petite scène, dit Dumbledore qui reprit place dans son fauteuil en faisant signe à Harry et Dorea de l'imiter. Hokey, l'elfe de maison, a été déclarée coupable par le ministère d'avoir empoisonné par inadvertance la tasse de chocolat que sa maîtresse prenait chaque soir.
- C'est sûrement faux ! s'insurgea Harry avec colère.
- C'est Voldemort qui l'a assassiné ! ajouta Dorea tout aussi outrée que le brun.
- Je vois que nous avons la même idée sur la question, remarqua Dumbledore. Il y a sans aucun doute beaucoup de points communs entre cette mort et celle des Jedusor. Dans les deux cas, quelqu'un d'autre a été accusé, quelqu'un qui se souvenait clairement d'être l'auteur du crime...
- Hokey a avoué́ ? questionna la verte et argent.
- Elle se rappelait avoir mis dans le chocolat de sa maîtresse quelque chose qui, en définitive, n'était pas du sucre mais un petit poison mortel et peu connu. On en a conclu qu'elle ne l'avait pas fait exprès mais que, entant vieille, ayant l'esprit un peu confus...
- Voldemort est intervenu dans sa mémoire, comme dans celle de Morfin ! Se récria le gryffondor
- Oui, c'est aussi ce que je pense ! dit Dumbledore. Et comme pour Morfin, le ministère était tout disposé à soupçonner Hokey...
- .. Parce que c'était une elfe de maison, acheva Dorea.
- Exactement, approuva Dumbledore. Elle était très âgée, elle admettait avoir versé́ quelque chose dans le chocolat, et donc, le ministère ne s'est pas donné la peine de chercher plus loin. Et comme dans le cas de Morfin, quand j'ai réussi à la retrouver et à lui arracher ce souvenir, sa vie était quasiment arrivée à son terme. Mais son souvenir ne prouve rien, bien sûr, si ce n'est que Voldemort connaissait l'existence de la coupe et du médaillon. Lorsque Hokey a été condamnée, la famille de Hepzibah s'est rendu compte que deux de ses trésors les plus précieux avaient disparu. Il leur a fallu un certain temps pour s'en assurer car Hepzibah, qui avait toujours très jalousement conservé sa collection, disposait de nombreuses cachettes. Mais avant même qu'ils aient la certitude que la coupe et le médaillon n'étaient plus là, l'employé́ de Barjow et Beurk, le jeune homme qui venait régulièrement rendre visite à̀ Hepzibah et savait si bien la charmer, avait donné sa démission et s'était volatilisé. Ses patrons n'avaient aucune idée de l'endroit où il était parti. Ils étaient tout aussi surpris que les autres de sa disparition et pendant très longtemps, on n'a plus du tout entendu parler de Tom Jedusor. Maintenant, continua Dumbledore, si ça ne vous ennuie pas, je voudrais m'arrêter à nouveau pour attirer votre attention sur certains points de notre histoire. Voldemort vient donc de commettre un autre meurtre. Éétait-ce le premier depuis l'assassinat des Jedusor, je n'en sais rien, mais je pense que oui. Cette fois, comme vous aurez pu le constater, il a tué́ non par esprit de vengeance mais par appât du gain. Il voulait les deux fabuleux trophées que cette malheureuse femme, envoutée par son charme, lui avait montrés. De la même manière qu'il avait volé les autres enfants de l'orphelinat, ou qu'il s'était approprié la bague de son oncle Morfin, il s'emparait à présent de la coupe et du médaillon de Hepzibah.
- Mais, dit Harry, les sourcils froncés, c'est une folie... Tout risquer, abandonner son travail, simplement pour ces...
- Une folie pour toi, peut-être, mais pas pour Voldemort. J'espère que vous comprendrez par la suite ce que ces objets signifiaient pour lui, mais il n'est pas difficile d'imaginer qu'il considérait en tout cas le médaillon comme sa propriété légitime.
- Le médaillon peut-être, mais pourquoi aussi la coupe ? demanda Dorea en fronçant les sourcils
- Elle avait appartenu à̀ l'un des autres fondateurs de l'école, répondit Dumbledore. Je crois qu'il se sentait encore très attiré par Poudlard et qu'il ne pouvait résister devant un objet si profondément enraciné dans son histoire. Je pense qu'il y avait aussi d'autres raisons... J'espère pouvoir vous les exposer le moment venu. Passons à présent au dernier souvenir que j'ai à̀ te montrer, au moins jusqu'à̀ ce que vous soyez parvenu à̀ récupérer celui du professeur Slughorn. Dix années séparent le souvenir de Hokey de celui-ci, dix années pendant lesquelles nous ne pouvons que deviner ce que Lord Voldemort a fait...
Harry et Dorea se levèrent à nouveau tandis que Dumbledore vidait le dernier flacon dans la Pensine.
- D'où̀ nous vient ce souvenir ? demanda Harry.
- De moi, dit Dumbledore.
Cette fois, Dorea plongea à la suite du professeur à travers la masse mouvante et argentée, atterrissant dans le même bureau qu'ils venaient de quitter. Fumseck somnolait sur son perchoir d'un air bienheureux et Dumbledore était assis à sa table, très semblable au Dumbledore qui se tenait à ses côtés, avec toutefois deux mains intactes et un visage peut-être un peu moins ridé. La seule différence entre le bureau d'aujourd'hui et celui-ci, c'était la neige qui tombait à l'époque. De l'autre côté́ de la fenêtre, on voyait des flocons aux reflets bleuis voltiger dans l'obscurité́, et s'accumuler sur le rebord extérieur.
Le Dumbledore plus jeune semblait attendre quelqu'un. En effet, quelques instants plus tard, on frappa à la porte et il invita son visiteur à entrer.
Dorea perçut Harry étouffer une exclamation et elle-même du se retenir de témoigner sa stupeur. Voldemort venait de pénétrer dans la pièce. Sa physionomie n'était pas celle dont elle avait fait face au ministère un an auparavant. Il ressemblait moins à un serpent, ses yeux n'étaient pas encore rouges, son visage n'avait pas encore l'aspect d'un masque, mais ce n'était plus le séduisant Tom Jedusor. On aurait dit que ses traits avaient été brulés, brouillés. Ils paraissaient cireux et étrangement déformes, le blanc de ses yeux était à présent injecté de sang, mais les pupilles n'étaient pas encore les deux fentes qu'elles allaient devenir. Il portait une longue cape noire et son teint était aussi pâle que la neige qui luisait sur ses épaules.
Le Dumbledore assis derrière son bureau ne manifesta aucun signe de surprise. De toute évidence, cette visite était prévue.
- Bonsoir, Tom, dit Dumbledore d'un ton paisible. Assieds-toi donc.
- Merci, répondit Voldemort en s'installant dans le fauteuil que Dumbledore lui avait désigné́. J'ai entendu dire que vous étiez devenu directeur, poursuivit-il d'une voix légèrement plus forte et plus froide. Un choix judicieux.
- Je suis content que tu l'approuves, reprit Dumbledore avec un sourire. Puis-je t'offrir quelque chose à boire ?
- Avec grand plaisir. Je viens de loin.
Dumbledore se leva et s'approcha de l'armoire où il conservait aujourd'hui la Pensine mais qui était en ce temps-là̀ remplie de bouteilles. Après avoir tendu à Voldemort une coupe de vin et s'en être versé une pour lui-même, il retourna s'asseoir derrière son bureau.
- Alors, Tom... Que me vaut le plaisir de ta visite ? Voldemort ne répondit pas tout de suite et se contenta de boire une gorgée de vin.
- On ne m'appelle plus Tom, dit-il enfin. Désormais, on me connait sous le nom de...
- Je sais sous quel nom on te connait, l'interrompit Dumbledore en souriant aimablement. Mais à̀ mes yeux, je le crains, tu resteras toujours Tom Jedusor. C'est l'une de ces habitudes agaçantes des anciens professeurs, ils n'oublient jamais tout à̀ fait les années de jeunesse de leurs élèves.
Il leva son verre comme pour porter un toast à Voldemort dont le visage resta impassible. Dorea sentit toutefois un subtil changement d'atmosphère : le refus de Dumbledore d'appeler Voldemort par le nom qu'il s'était choisi signifiait qu'il ne voulait pas le laisser dominer l'entretien et la jeune Lady voyait bien que Voldemort l'avait compris ainsi.
- Je suis surpris que vous soyez resté si longtemps ici, déclara Voldemort après un court silence. Je me suis souvent demandé pourquoi un sorcier tel que vous n'avait jamais eu envie de quitter l'école.
- Pour un sorcier tel que moi, répondit Dumbledore, toujours souriant, rien ne saurait être plus important que de transmettre d'anciens savoirs et d'aider de jeunes esprits à s'affiner. Si je me souviens bien, tu as toi-même ressenti à une certaine époque une attirance pour l'enseignement.
- Je la ressens encore, assura Voldemort. Je me demande simplement pourquoi vous - à qui le ministère demande si souvent conseil et à qui par deux fois je crois, on a proposé́ le poste de ministre...
- Trois fois au dernier comptage, rectifia Dumbledore. Mais je n'ai jamais été séduit par une carrière ministérielle. Encore une chose que nous avons en commun je crois.
Voldemort inclina la tête, sans sourire, et but une autre gorgée de vin. Dumbledore ne rompit pas le silence qui se prolongea entre eux. Il attendait, avec une expression bienveillante, que Voldemort parle le premier.
- Me voici à nouveau, dit-il au bout d'un moment, à une date plus tardive peut-être que ne l'avait prévu le professeur Dippet... mais je suis quand même revenu solliciter une fois encore ce que, d'après lui, j'étais trop jeune pour obtenir au moment où̀ je l'avais souhaité́. Je voudrais vous demander la permission de retourner dans ce château afin d'y enseigner. Vous devez savoir, je pense, que j'ai vu et fait beaucoup de choses depuis que j'ai quitté́ cet endroit. Je pourrais transmettre à̀ vos élèves des connaissances qu'aucun autre sorcier ne serait en mesure de leur apporter.
Dumbledore observa Voldemort par-dessus sa propre coupe de vin pendant un certain temps avant de lui répondre :
- Je sais sans aucun doute que tu as vu et fait beaucoup de choses depuis que tu nous as quittés, dit-il à̀ voix basse. Les rumeurs de tes exploits sont parvenues jusqu'à̀ ton ancienne école, Tom. Je serais navré si je devais croire ne serait-ce que la moitié d'entre elles.
- La grandeur inspire l'envie, l'envie engendre le dépit, le dépit répand le mensonge, déclara Voldemort, toujours impassible. Vous devez savoir cela, Dumbledore.
- Tu appelles grandeur ce que tu as fait, n'est-ce pas ? demanda Dumbledore avec délicatesse.
- Certainement, assura Voldemort.
Ses yeux semblèrent rougeoyer.
- J'ai entrepris diverses expériences, j'ai repoussé les limites de la magie plus loin peut-être que personne avant moi...
- D'une certaine magie, corrigea Dumbledore, très calme. Une certaine magie... Des autres formes de magie, tu restes... pardonne-moi... tristement ignorant.
Pour la première fois, Voldemort sourit, le regard torve, crispé, une expression malveillante sur le visage, plus menaçante qu'un accès de rage.
- La vieille discussion, dit-il dans un murmure. Mais rien de ce que j'ai vu dans le monde n'est jamais venu étayer votre affirmation selon laquelle l'amour est plus puissant que ma forme de magie, Dumbledore.
- Tu n'es peut-être pas allé́ voir dans les bons endroits, suggéra Dumbledore.
- Dans ce cas, quel meilleur endroit que Poudlard pour commencer mes nouvelles recherches ? répliqua Voldemort. Me laisserez-vous revenir ? Permettrez-vous que je partage mon savoir avec vos élèves ? Je me mets, moi et mes talents, à votre entière disposition. Je suis à̀ vos ordres.
Dumbledore haussa les sourcils.
- Et que vont devenir ceux qui sont sous tes ordres ? Que va-t-il arriver à̀ ceux qui se font appeler - si l'on en croit la rumeur - des Mangemorts ?
Dorea voyait bien que Voldemort ne s'était pas attendu à̀ ce que Dumbledore connaisse ce nom. La lueur rouge passa à nouveau dans ses yeux et ses narines minces comme des fentes frémirent.
- Mes amis, dit-il après un silence, sauront très bien se passer de moi, j'en suis sûr.
- Je suis content d'entendre que tu les considères comme des amis, répondit Dumbledore. J'avais l'impression qu'ils appartenaient davantage à la catégorie des serviteurs.
- Vous vous êtes trompé.
- Donc, si j'allais à̀ La Tête de Sanglier ce soir je n'y trouverais pas certains d'entre eux - Nott, Rosier, Mulciber, Dolohov - réunis là en attendant ton retour ? Des amis bien dévoués, en tout cas, pour t'accompagner si loin un soir de neige, dans le seul but de te souhaiter bonne chance tandis que tu essayes de décrocher un poste de professeur.
Sans aucun doute possible, Voldemort accueillit encore plus mal le fait que Dumbledore connaisse tous ces détails sur les personnes qui étaient venues avec lui. Mais il se reprit presque aussitôt.
- Comme toujours, vous êtes omniscient, Dumbledore.
- Oh, non, simplement ami avec les barmen du coin, répliqua Dumbledore d'un ton léger. Maintenant, Tom...
Dumbledore posa son verre vide et se redressa dans son fauteuil, joignant le bout de ses doigts dans un geste très caractéristique.
- .. Parlons franchement. Pourquoi es-tu venu ce soir, entouré de tes acolytes, pour demander un poste dont nous savons pertinemment tous les deux que tu ne veux pas ?
Voldemort eut une expression de surprise glacée.
- Un poste dont je ne veux pas ? Au contraire, Dumbledore, je souhaite ardemment l'obtenir.
- Oh, tu veux revenir à̀ Poudlard, ça oui, mais tu n'as pas plus envie d'enseigner aujourd'hui que lorsque tu avais dix-huit ans. Que cherches-tu, Tom ? Pourquoi ne pas formuler ta requête clairement pour une fois ?
Voldemort ricana.
- Si vous ne voulez pas me donner un travail...
- Bien sûr que je ne le veux pas, coupa Dumbledore, et tu le savais depuis le début. Pourtant, tu es venu jusqu'ici faire cette demande, tu avais donc un but.
Voldemort se leva, les traits durcis par la fureur. Jamais il n'avait aussi peu ressemblé à Tom Jedusor.
- C'est votre dernier mot ?
- En effet, répondit Dumbledore en se levant à son tour.
- Alors, nous n'avons plus rien à̀ nous dire.
- Non, rien, admit Dumbledore, et une grande tristesse envahit son visage. Le temps n'est plus où je pouvais t'effrayer en mettant le feu à une armoire et t'obliger à̀ réparer tes méfaits. Mais j'aimerais bien pouvoir recommencer... j'aimerais bien...
Pendant un instant, le cœur de Dorea s'accéléra lorsqu'elle vit la main de Voldemort esquisser un mouvement vers la poche où était rangée sa baguette magique. Mais ce bref moment était passé, Voldemort avait tourné́ les talons, la porte se refermait, il avait disparu.
Dorea sentit les doigts de Dumbledore se refermer sur son bras et quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent presque à l'endroit précis qu'ils venaient de quitter mais la neige avait disparu du rebord de la fenêtre et la main de Dumbledore paraissait à nouveau morte, noircie.
- Pourquoi ? demanda aussitôt Harry en levant les yeux vers Dumbledore. Pourquoi éétait-il revenu ? L'avez-vous jamais découvert ?
- J'ai quelques idées, répondit Dumbledore, rien d'autre.
- Quelles idées, monsieur ? demanda Dorea quelque peu haletante
- Je vous en ferais part lorsque vous serez parvenu à̀ recueillir le souvenir du professeur Slughorn. Quand nous disposerons de cette dernière pièce du puzzle, j'espère que tout deviendra clair... pour nous trois.
Harry et Dorea échangèrent un regard hésitant puis le brun reprit la parole :
- Voulait-il toujours enseigner la défense contre les forces du Mal ? Il ne l'a pas dit...
- Oh, c'était ce qu'il désirait, sans aucun doute, assura Dumbledore. La suite de notre petite rencontre l'a prouvé́. Nous n'avons jamais pu conserver un professeur de défense contre les forces du Mal plus d'un an depuis que j'ai refusé́ ce poste à Lord Voldemort.
