- Quel enfoiré, grogna Deidara.

Certains lits étaient remplis de tâches blanchâtres dont il préférait ignorer la provenance. Le sol était poisseux. « Pire que des enclos pour bestiaux » pensa Deidara. Pendant ce temps, Itachi avait réuni les autres hôtes, pour un rendez-vous obligatoire chez le coiffeur. Pendant qu'ils étaient tous assis sur des chaises, trois jeunes coiffeuses entrèrent dans la pièce.

- Nous allons procéder à l'inspection, pour savoir si vous n'avez pas de poux. Les trois jeunes femmes vont vous coiffer de manière à ce que vous rentriez dans les critères de beauté de nos clients.

A la fin de la journée, tous les hommes avaient été impeccablement coiffés. Désormais, ils semblaient tous androgynes, avec des cheveux méchés et modelés avec de la laque. C'est à ce moment que le blond décida de se montrer.

- On m'a demandé de venir ici, précisa-t-il.

- Assieds-toi, lui intima le brun.

- Pourquoi faire ? rétorqua l'hôte.

- Fais juste ce que je te dis avant que je te cogne.

Le blond s'assit péniblement sur une chaise, attendant le châtiment que son tortionnaire lui réservait. Trois femmes se ruèrent sur lui, armées de peignes et de laque.

- Ne touchez pas à mes cheveux, putain !

Deidara se démenait comme un beau diable. Ils sentaient les larmes lui monter aux joues. Non, il ne voulait pas pleurer devant cet enfoiré de yakuza, mais il sentait la panique l'envahir. Ses membres ne pouvaient pas s'empêcher de sursauter et il sentait sa respiration se couper.

- Lâchez-moi, je vous en supplie ...

- Vous pouvez partir, lança l'ébène aux trois femmes qui étaient autour du prostitué.

- Mais monsieur ...

- Vous êtes sourdes ?

- Non, nous disposons. Pardonnez nous Itachi-Sama.

Le brun regarda le jeune, qui était recroquevillé sur lui-même. « Si faible » songea-t-il. Itachi saisit une brosse et commença à démêler soigneusement ses longs cheveux dorés.

- Sèche tes larmes.

- La ferme.

Itachi força un peu plus sur la brosse, arrachant un petit cri de douleur au plus jeune.

- Il y avait un noeud.

- Mon cul oui !

- Pourquoi tu ne veux pas couper tes cheveux ?

- Vous nous enlevez tout, vous les yakuza ! On devient vos putes en un claquement de doigts. J'aime mes cheveux, on m'a toujours fait que des compliments alors je veux les garder.

Itachi s'empara des ciseaux.

- Putain tu m'as pas entendu ? hurla le blond.

- Si, raison de plus pour les couper. Je ne t'ai pas donné la permission de me tutoyer, je trouve que j'ai été suffisamment clément avec toi alors ne me donnes pas de raisons pour te tuer.

- Bandez-moi les yeux, je ne veux pas voir ça.

Itachi émit un soupir silencieux. Il enleva la cravate qui enserrait son cou et il commença à recouvrir les yeux du jeune homme, le tout dans un silence religieux. De coups de ciseaux retentirent dans la pièce. Deidara pouvait sentir des mèches de cheveux virevolter dans son cou. Il pleurait silencieusement dans la cravate noire de son tortionnaire. Une odeur exquise émanait du bout de tissu. Après cela, il sentit Itachi dégager sa nuque en soufflant dessus. « Putain, c'est limite agréable » constata avec surprise le blond. Son souffle chaud torturait délicieusement le jeune, qui ne pouvait s'empêcher de réagir en se remuant sur sa chaise. Cette réaction n'échappa pas au noiraud, qui commença à lécher la gorge du « prisonnier ».

- Bordel, à quoi tu joues ? s'indigna le jeune homme.

Il entendit la voix suave d'Itachi, qui semblait lointaine.

- Le miroir est en face, tu descendras manger avec les autres dans un quart d'heure. Après ton service commence.

- Mais j'ai pas été formé !

- Qu'est-ce que ça peut me faire ?

Le blond entendit les pas de son geôlier s'éloigner. Il défit délicatement la cravate qui bandait ses yeux. Ses cheveux avaient été seulement épointés, il saisit ses mèches et constata qu'il n'y avait guère de changement. Même pas de mèches comme les autres. Et pour la première fois depuis qu'il était ici, il sentit son coeur se réchauffer.

Il se rendit dans la « cantine » à l'heure prévue. Sasori et Itachi attendaient les autres hôtes. « La paire de connards » songea intérieurement le blond. Ils rappelèrent, à tous les hôtes, les règles pour leur première soirée. Se montrer entreprenant, mais pas trop, afin que le client revienne pour avoir ce qu'il voulait. Leur faire consommer un maximum de bouteille, sachant qu'une bouteille de champagne pouvait valoir jusqu'à 915 000 yens. Être à l'écoute. Être charmant en toutes circonstances. Mentir, faire semblant d'être tombé amoureux. « Des règles stupides, en même temps fallait s'y attendre quand on regarde les têtes de ses créateurs » murmura Deidara.

- T'as dit quelque chose, putain ? grogna Sasori.

- Hein ? sursauta Deidara qui pensait avoir parlé intérieurement, non rien du tout.

- Sale catin, conclut Sasori, tu as intérêt à faire un bon chiffre ce soir, sinon ...

- C'est bon, lui intima Itachi, je pense qu'il a compris.

- En fait, reprit Deidara, pas totalement.

Une lueur d'énervement passa dans le regard du roux. Pour qui il se prenait celui là ? Il voulait vraiment se faire démonter la gueule devant tous ses « collègues » ? Il sentit la main de son ami se poser sur son épaule.

- N'oublies pas qu'il travaille ce soir, lui rappela le brun.

-Tu te comportes avec lui comme tu te comportes avec Sasuke, remarqua Sasori.

- Ne compares pas mon frère avec ce gigolo.

- J'ai dépassé les bornes, je te prie de m'excuser Itachi.

- C'est bon, n'en parlons plus.

La soirée battait son plein. Quasiment tous les hôtes avaient été sollicités. Même l'asocial qu'était Deidara avait réussi à avoir trois clients. Son dernier client était d'ailleurs un habitué, le genre d'homme qui mettait le prix pour obtenir ce qu'il voulait. Il était déjà à sa troisième bouteille de champagne. Sasori surveillait ses employés, tout en faisant le service au bar.

- Une quatrième pour mon client, beugla un Deidara éméché par l'alcool.

Danzô Shimura rigola en voyant son hôte perdre sa timidité. C'était ce qui l'avait attiré chez ce garçon Il était jeune, beau et il semblait farouche. En réalité, il ne l'était pas tant que ça, refusant à chaque fois ses avances.

- Viens Deidara, le regard d'Itachi me gêne, allons dans une chambre.

- Reprenons un verre avant, proposa le blond avec son plus beau sourire forcé.

- C'est bon, je viens de foutre le fric nécessaire dans les meilleures bouteilles.

Itachi fixait la scène avec attention, il avait constaté que Danzô ne le lâchait pas des yeux tout en essayant de caresser Deidara. Il ne savait pas pourquoi, mais ça l'agaçait grandement. Danzô était peut-être trop répugnant pour toucher Deidara, qui lui ressemblait à un ange. Il vit le blond se lever en direction des chambres, suivi de Danzô. Au même moment, Sasori tira un coup de feu à côté de lui. Il se décala et remarqua que Kisame Hoshigaki était dans le bar, armé d'un couteau. Une de ses mains était plaquée contre son bras ensanglantée. Sasori venait de passer au-dessus du bar. Il éclata une bouteille de champagne contre le visage de leur adversaire. Les clients fuyaient vers la sortie tandis que les hôtes se repliaient derrière l'imposant comptoir.

- Tiens, tiens ! C'est ce fils de pute d'Hoshigaki ose venir se présenter devant nous.

Le roux appuya contre l'alarme, faisant sortir les clients restants des chambres, certains se rhabillaient, d'autres comme Danzô essayaient de protester. Itachi remarqua que Deidara n'était pas sorti de la chambre.

- Sortez tous d'ici, gueula Sasori, si vous ne voulez pas vous faire cassez la gueule par ces enfoirés !

Itachi ramassa un morceau de verre de la bouteille éclatée et il l'enfonça lentement dans l'oeil de Kisame sous les yeux horrifiés de Deidara.

- Reviens ici encore une fois et je ravage ton clan, tu as compris ?

- Si tu crois que les Uchiha nous font peur ...

- Vous devriez, maintenant pars.

L'Hoshigaki s'éloigna de la salle avec ses deux hommes. Sasori se retourna vers les hôtes :

- Vous allez pas rester là, vous attendez quoi pour nettoyer ?

Certains hôtes s'exécutèrent, ramassant soigneusement les éclats de verre. D'autres, trop choqués, restaient près du comptoir.

- Je suis fatigué Sasori, je te laisse finir le travail.

- Entendu.

Itachi se rendit dans la chambre, Deidara était assis au bord du lit, la tête baissée.

- Tu n'as rien ? demanda le brun.

- Non rien, mis à part que j'ai failli donner ma virginité à un vieux schnock !

L'ébène se tut, voir sans cesse Deidara se plaindre l'exaspérait.

- Hors de ma vue, rejoins ton dortoir.

Deidara se leva et partit sans un mot. Sasori arriva dans la pièce.

- Tu viens te coucher Itachi ?

- Haï, tu dors avec moi ?

- Comme avant ? demanda Sasori avec un clin d'oeil.

Itachi lui répondit par un sourire. C'est vrai que quand ils étaient plus jeunes, ils dormaient toujours ensemble, ce qui provoquait souvent la jalousie de Sasuke qui n'hésitait pas à venir les réveiller très tôt. Quoi de plus chiant qu'un gamin qui vient vous sauter dessus lorsque vous êtes adolescent alors que votre but principal dans la vie c'est de dormir le plus longtemps possible ?

Ils avaient dû arrêter lorsque Fugaku les avait surpris, prétendant que ce n'était pas convenable. Pourtant, ils ne faisaient rien de mal ... Mais c'était le chef du clan, alors ils avaient cessé de dormir ensemble. Depuis, Sasori regagnait sa chambre tous les soirs, le plus tard possible. Ils parlaient, rigolaient et Sasori ne voulait jamais louper ces moments, car c'était là que la carapace du brun se craquelait et qu'il semblait tellement plus humain.

Lovés l'un contre l'autre dans le lit, ils parlaient de tout et de rien.

- Il te plaît Deidara ?

- Ne sois pas bête, tu sais très bien que c'est juste un prostitué.

- Tu n'as pas répondu à ma question.

- Non, il ne me plaît pas.

Sasori regarda le visage d'Itachi, toujours impassible. Pourtant, il aurait juré avoir vu un léger sourire s'esquisser sur son visage si parfaitement modelé. Il avait sans doute rêvé, Itachi ne tombait pas amoureux, le commun des mortels tombait amoureux de lui.

Une petite review ? :3