CHAPITRE TRENTE-DEUX : TROUBLE REFLET

Harry ne savait pas exactement combien de temps il était resté allongé là, sur la tombe de ses parents. Il avait caressé la pierre gelée de la stèle avec sa main gantée jusqu'à ce que ses forces l'abandonnent et qu'il reste simplement là, inerte. Il ne voulait plus bouger, il n'en avait de toute façon plus la force. La neige tombait à gros flocons désormais, et un drap immaculé de neige l'avait pratiquement totalement recouvert. Même si Voldemort était passé par là à ce moment-là, il n'aurait probablement même pas fait attention à sa présence.

Est-ce que Voldemort savait qu'il était ici ? Il s'en fichait. Enfin, pas totalement. Il se fichait de devoir l'affronter une fois encore, il se fichait même de mourir. Il avait de plus en plus l'impression qu'il finirait tôt ou tard pas trépasser de la baguette du Mage Noir. Mais en revanche, il aurait détesté voir son grand ennemi de toujours détruite la statue ou la tombe de ses parents. Et pourtant, quelque chose l'empêchait de bouger.

-Harry…

Un murmure presque inaudible arrive à ses oreilles. Qui l'appelait donc ?

-Harry.

Il ouvrit les yeux, sans se redresser pour rester le plus proche du corps de ses parents.

-Harry !

Cette fois la voix venait du cimetière, une voix qu'il connaissait bien.

-Allez-vous en, murmura-t-il d'une voix faible.

Il avait à peine prononcé ces mots, pourtant Dumbledore les entendis bien distinctement. C'est en reconnaissant la silhouette du Directeur, que Harry se rendit compte qu'il y avait tout de suite énormément d'agitation autour de lui. Dans le cimetière, et même plus loin, dans les rues de Godric's Hollow.

-Allez-vous en, et emmenez vos amis avec vous. Je veux rester seul.

Dumbledore sembla très peiné à l'entendre.

-Je suis désolé Harry, tu sais bien que je ne peux pas accéder à ta requête. J'aimerais pouvoir le faire, mais c'est impossible.

Il n'était pas triste d'entendre que Harry voulait rester seul. Il était triste de ne pas pouvoir lui laisser cette liberté. Comme si son existence même ne lui appartenait déjà plus, et depuis longtemps.

-Harry je…

-Albus, bon sang. Dépêchez-vous ! Qu'est-ce qui prend autant de temps.

-Un instant Rufus.

Bien sûr, le Ministre de la Magie était là. Un élève qui quitte Poudlard s'en y être autorisé, c'était déjà scandaleux. Mais puisqu'il s'agissait de Harry, c'était encore pire. Si les gens l'apprenaient…Il passerait pour un idiot et un incapable. Dumbledore aussi certainement…Ou alors peut-être que Harry serait le plus incriminé.

-Nous n'avons pas un instant. Vous vous rendez-compte du dispositif de sécurité que nous avons dû mettre en place. Alastor, attrapez-le et qu'on déguerpisse d'ici.

Harry n'entendit rien, à part un grognement. Alastor était peut-être Auror, mais il préférait suivre les ordres de Dumbledore que ceux du Ministre.

-Très bien, je vois qu'il y a de la rébellion dans l'air. Ça vous coutera un passage en commission, et une possible rétrogradation dans votre service. Kingsley, allez-y vous.

-C'est-à-dire que…

-Mais bon sang qu'est-ce que ça veut dire !?

Harry sentit encore plus d'agitation autour de lui. Il se releva instinctivement en descendant de la stèle. Sa baguette pointée vers sa gorge. Maintenant qu'il était debout, les yeux grands ouverts il voyait distinctivement la silhouette de Dumbledore. Le Ministre, Fol Œil et Kingsley étaient là également bien entendu, tout comme Abelforth plus loin, Remus, Tonks et même Rogue. Il y avait d'autres sorciers et sorcières plus loin dans le cimetière et dans la ville, mais il n'arrivait pas à distinguer leur visage. Ils furent tous surpris par son geste, Scrimgeour le premier.

-Mais enfant mon garçon, abaissez cette baguette. Vous êtes ridicule.

Il fit un pas vers lui mais Harry s'éloigna.

-Approchez moi et je vous jure que ce n'est pas le scandale d'un simple élève fugueur que vous aurez à affronter. Si le moindre de vos Aurors m'agrippe pour me faire transplaner de force, je jure devant n'importe qui ou n'importe quoi, que je ferai usage de ma baguette contre moi.

C'était les mots d'un garçon désespéré, mais Harry n'en pouvait plus qu'on lui dicte ce qu'il devait faire et quand le faire. C'était peut-être ça la solution après tout. Disparaître de ce monde, et les laisser se débrouiller face à Voldemort.

Remus s'approchera doucement, Harry pouvait voir toute sa peine dans ses yeux, mais également sa détermination.

-Harry, on sait que tu es fatigué et que tu es à bout. Mais pense à James et à Lily, ils se sont sacrifiés pour te sauver et…

-…Et faire ça serait une bien piètre façon de les remercier. Oui je sais, tu me l'as déjà dit. N'approche pas davantage.

Les mots du vieil ami de ses parents ne l'atteignaient plus. C'était trop tard pour ça. Et s'il pouvait changer les choses, il aurait préféré que ses parents soient encore là, même si ça avait dû lui quitter la vie. C'était lui que Voldemort était venu tuer ce soir-là après tout. Si ses parents n'avaient pas montré la moindre résistance, peut-être qu'ils seraient là encore aujourd'hui.

Après cette pensée, il vit quelque chose détrange dans le regard de Dumbledore et Rogue. Une même lueur, au même moment. Un mélange d'incompréhension et même, de peur. Et d'inquiétude peut-être.

-Arrêtez de rentrer dans ma tête !

Son ton était cinglant. Il ne plaisantait pas, tout le monde l'avait bien compris. Un léger bruit sec se fit entendre et raisonna dans le cimetière. L'instant d'après, Mr et Mrs Weasley faisaient leur apparition, avec Ron. Ils furent tout aussi surpris et inquiets de voir Harry dans l'état dans lequel il était.

-Harry…qu'est ce qui t'arrive mon pote ?

-Ce qui m'arrive ?

Harry eut un petit rire amer.

-Un truc qui te dépasse complètement Ron. Tu es tellement focalisé sur toi que tu ne vois même pas ce qui se passe autour. Tout ce qui t'intéresse c'est ta petite personne, c'est devenir connu, célèbre, sortir de l'ombre de tes frères. Ma célébrité, tu en as toujours rêvé ça ne sert à rien de le nier. Et tu sais quoi ? Si je pouvais te la donner, ce serait avec grand plaisir. Regarde-moi, ça te fait toujours envie ?

Ron ne sut pas quoi répondre. Harry avait raison, il s'était trop focalisé sur lui cette année, et il avait bien senti qu'ils s'étaient éloignés l'un de l'autre.

-Harry chéri, poursuivit Mrs Weasley en faisant quelques pas vers lui. Personne ne veut prendre ta place. Personne ne peut imaginer ce que tu dois endurer. Mais ce n'est pas la bonne solution. Si tu acceptais de nous suivre, on pourrait t'aider. Qu'est-ce que tu dirais de sortir de ce froid glacial et de venir te poser devant un bon feu avec une bonne tasse de thé bien chaud ?

-Mrs Weasley avec tout le respect que je vous dois, je ne suis pas l'un de vos fils et vous êtes pas ma mère. Et tout ça ne va certainement pas résoudre avec une tasse de thé alors…RE-CU-LEZ !

Cette fois il avait crié. Si fort que Mrs Weasley sursauta. Mr Weasley attrapa sa femme par l'épaule pour la ramener vers lui. Kingsley et Rogue avaient sorti leur baguette magique mais Dumbledore leur fit signe de les baisser, en leur signifiant que leur comportement n'aidait pas et que de toute façon il était lui-même bien aux aguets. Une silhouette plus petite que les autres passa derrière leur directeur. C'était Hermione. Harry ne s'était pas encore rendu compte de sa présence. À la grande surprise de Harry, ce n'était pas lui que son amie regardait. Elle avait les yeux focalisés sur la tombe de ses parents. D'un geste lent et précis, elle sortit sa baguette magique et en l'agitant, elle fit apparaître une magnifique couronne de fleurs.

-Je crois que je ne te l'ai jamais dit, mais je pense souvent à eux tu sais.

Elle parlait toujours les yeux rivés vers la tombe.

-Chaque été depuis que je te connais, quand je suis avec mes parents je me dis que j'ai de la chance. De passer ces moments précieux avec eux. Mes parents ne connaissent pas tout de moi bien sûr et nous ne partageons pas que des moments de joie et de bonheur. Parfois il y a les disputes, les pleurs. Mais mes parents connaissent tellement de choses sur moi : ma façon de rire, ce que j'adore prendre au petit déjeuner, la boisson dont j'ai horreur qui me fait faire une terrible grimace. Ils connaissent mon auteur préféré, ce qui m'amuse, ce qui me fait peur. Ils savent à quel point je suis une bonne élève, mes réussites à Poudlard, mes bonnes notes. Ils connaissent ton existence et celle de Ron. Dès que je partage ces choses avec eux, je suis heureuse. Mais à chaque fois, même si c'est pendant une seule seconde, je ne peux pas m'empêcher de penser à tes parents et à toi. Au fait qu'ils n'ont jamais connu toutes ces choses sur toi, et qu'ils ne les connaitront jamais. Et ça vraiment…

Elle se tourna vers lui les yeux pleins de larmes.

-…je trouve que c'est terriblement injuste.

Harry laissa échapper une larme à son tour, touché par les mots de son amie.

-Un jour j'étais plus triste que les autres fois. C'était il y a longtemps, je pense que c'était durant l'été avant notre quatrième année. Ma mère a vu à quel point je n'étais pas bien, et je lui ai raconté ce que je ressentais. En discutant avec elle je me suis rendue compte qu'effectivement c'était triste que tes parents ne puissent jamais connaître toutes ces choses à ton sujet. Mais s'il y a une chose que j'aurais voulu qu'ils sachent, c'est à quel point tu es un ami formidable. C'est triste effectivement qu'ils ne sachent pas que tu as adores la Bièraubeurre, qu'ils ne sachent pas à quel point tu es doué sur un balai, qu'ils n'aient jamais su que tu as appris à faire un Patronus en étant si jeune et que celui-ci est un Cerf comme celui de ton père. C'est triste qu'ils ne sachent pas que tu te mets à dire des bêtises quand tu es devant une fille qui te plait, que tu casses toujours tes lunettes et que tu n'arrives jamais à retenir le sort pour les réparer. Mais s'il y a une seule chose que j'aurais aimé qu'ils sachent, c'est à quel point je suis heureuse et chanceuse de t'avoir comme ami.

Elle fit un léger sourire en direction d'Harry, qui commença à abaisser sa baguette.

-À ce moment-là ma mère a dit une chose que je n'ai jamais oublié. Elle m'a dit que dans ces cas-là, la meilleure chose que je pouvais faire, c'était de te montrer à toi et à quiconque à quel point cette amitié m'est précieuse. Ça ne ramènera pas tes parents bien sûr. Mais ce qu'eux ne peuvent pas savoir, je veux le faire savoir au monde entier.

Hermione attrapa la main d'Harry, et l'accompagna pour qu'il abaisse sa baguette complètement.

-Je sais que tu es fatigué. Que tu es en colère. Et tu as le droit de ressentir tout ça Harry. Tu as le droit de te sentir frustré, de te sentir impuissant, de te sentir épuisé. Tu as le droit de vaciller, de flancher. Et ça ne me fait pas peur. Parce que je sais que tu n'abandonneras jamais.

-Comment tu peux en être certaine ? demanda Harry la voix tremblante.

Hermione parut quelque peu amusée par sa question, mais elle lui répondit le plus sincèrement et le plus naturellement du monde avec un sourire.

-Parce que tu es mon meilleur ami, et que je te connais.

Elle attrapa sa deuxième main, et elle se posta droit devant lui.

-Personne ne t'obligera à quitter cet endroit de force Harry. J'aurais aimé qu'on vienne ici plus tôt. J'aurais dû savoir que tu en aurais envie. On partira quand tu seras prêt, et je te promets que quand tout ça sera terminé, on reviendra ensemble et on leur fera le plus beau de tous les hommages. Tu as ma parole.

Harry jette un dernier coup d'œil à la tombe de James et Lily, apaisé de voir la couronne de fleurs aussi belle. Puis il se tourna vers son amie et il la prit dans ses bras.

-Merci Hermione.

Il la serra un peu plus contre lui, et il ferma les yeux.

-Je suis prêt.

La seconde d'après Dumbledore posait sa main sur l'épaule d'Hermione, et tous les trois transplanaient directement dans l'enceinte de Poudlard, au niveau du hall d'entrée.

-Ah Professeur Dumbledore, vous avez fini par le retrouver ! s'exclama Findsbery en les voyant arriver. Heureusement que Potter n'est pas un expert en camouflage, cela aurait été bien plus ardu.

-Monsieur Potter a bien d'autres qualités beaucoup plus utiles que celle de l'art de se déguiser et de se cacher Monsieur Findsbery, soyez en sûr.

-Comment tu te sens Harry ? demanda Hermione en mettant fin à leur étreinte.

-Épuisé et frigorifié.

-On va aller dans la salle commune. Tu vas pouvoir te réchauffer et te reposer.

-J'ai bien peur que ce ne soit pas possible tout de suite, lança l'Auror Davis en arrivant à son tour.

-Et pourquoi ça ? demanda Hermione d'une voix glaciale.

Davis montra la salle du miroir.

-C'est bientôt minuit. Potter est le seul à ne pas être passé devant le miroir. S'il ne le fait pas, il fera perdre tous les points de sa maison et tout le monde saura que c'est lui le fautif.

McGonagall arriva à son tour, tout comme les personnes qui étaient présentes dans le cimetière et qui n'avaient pas pu transplaner directement dans l'école. Seuls Mr et Mrs Weasley étaient rentrés chez eux.

-Albus, je suis contente de vous voir. J'ai essayé de leur faire entendre raison pour cette histoire de miroir et de délai mais ils n'ont rien voulu savoir.

Elle se tourna ensuite vers Harry.

-Vous avez une mine affreuse.

Elle parla à Davis et à Findsbery.

-Il a une mine affreuse, vous êtes aveugles ou quoi ? Vous ne pouvez pas le faire passer devant le miroir maintenant.

Elle aussi était très en colère.

-Ce sont les règles. Et vous les avez acceptés. Si on change les règles chaque fois qu'un élève fait un caprice, alors il n'y a plus de raison d'avoir de règles. Ça n'a aucun sens.

Ron s'approcha d'Harry et lui passa le bras sur les épaules.

-On s'en fiche des points pour Gryffondor. On ne gagnera pas la coupe cette année et alors ? Si quelqu'un veut te faire une réflexion à propos de ça, je m'en charge t'inquiète pas.

-Ron a raison !

C'était Hermione qui venait de parler, et elle laissa les deux garçons sans voix.

-C'est qu'une stupide compétition entre maisons. C'est beaucoup moins important que ta santé.

Harry leur sourit pour les rassurer, mais il avait pris sa décision.

-Merci à tous les deux pour votre soutien. Mais je sais ce que c'est que de vivre dans ce château en étant détesté de tout le monde. A devoir supporter les réflexions, les regards de haine, ou pire. Et je n'ai vraiment pas envie de revivre ça une fois de plus. Je préfère vivre cette dernière épreuve et être tranquille ensuite une bonne fois pour toute.

-D'accord. On est avec toi.

Quand Harry entra dans la salle du miroir, il fut surpris de voir qu'elle était remplie de monde. De nombreux élèves étaient venus pour suivre le décompte des dernières minutes, surtout en apprenant que Harry était le dernier à ne pas être encore passé et qu'il était porté disparu. Quand ils le virent arriver, les élèves de Gryffondor se mirent à crier de joie et à applaudir ! Heureux de simplement le voir se présenter à l'épreuve pour ne pas faire perdre les points à la maison des courageux. D'autres élèves d'autres maisons se mirent à huer, d'autres décidèrent de partir car ils étaient seulement venus là pour se moquer des Sang et Or lors de la perte de leurs points qui n'arriverait finalement pas.

Les petits triangles du miroir étaient en suspension au milieu de la pièce, et ils flottaient doucement. La zone de détection était délimitée par un faisceau lumineux en forme de cercle. Harry avait juste à le franchir, et le miroir se déclencherait.

-Souviens toi Harry, dit Hermione avec le petit ton autoritaire qu'elle prenait chaque fois qu'elle expliquait quelque chose. Ce que tu vas voir ce n'est pas la réalité. C'est l'image de la personne qui a le plus grand impact dans ta vie. Dis-lui juste ce que tu ressens, et ça se terminera.

-Quoi se terminera ?

-Si tu refuses de parler, la personne commence à te dire des choses…pas très agréable. C'est pour t'obliger à vider ton sac si tu hésites à divulguer des informations.

-D'accord, donc il vaut mieux que je parle tout de suite dès que la personne apparaît.

-Oui. Et que tu sois le plus franc possible…Pas de message caché, par de propos vague sinon…

-Je serai dans le collimateur du ministère, comme toi.

-Oui.

-Qu'est-ce que tu as dit au juste devant mon reflet ?

-Que ce que tu m'avais demandé de faire pour t'aider, j'allais y arriver j'étais sur le point de réussir alors qu'il ne fallait pas t'inquiéter.

-Je vois…C'est en effet très vague. Et le ministère ne t'a pas mis sous Veritaserum pour tenter d'en savoir plus ?

-Certainement pas ! C'est formellement interdit. Ils ont eu le droit d'installer le miroir seulement pour enquêter et tenter de déceler les élèves les plus dangereux. S'ils se méfient de moi, tant pis, mais ils n'ont pas à savoir ce que ça signifiait. Allez, c'est à toi. Bonne chance Harry.

Il prit une grande inspiration, et il passage la barrière lumineuse, sous les yeux des élèves, des professeurs, et des Aurors curieux de savoir ce qui allait se passer. Les morceaux de verres se mirent à virevolter de plus en plus vite, tournoyant dans les airs. A plusieurs reprises, certains se consolidaient pour former une masse mais ensuite, ils se brisaient à nouveau pour virevolter de plus belle. C'était comme si le miroir lui-même ne savait pas quelle forme prendre face à Harry. Est-ce que sa personnalité était si complexe que cela ? Est-ce que ce phénomène était déjà arrivé auparavant ?

Il attendu de longues secondes, peut-être même des minutes qui lui parurent des heures. Les morceaux de miroir tournoyaient autour de lui si bien qu'ils n'arrivaient même plus à voir les personnes qui se trouvaient tout proche de l'autre côté de la barrière lumineuse. Il avait tellement peur d'être coupé par un morceau de verre qu'il n'osait même pas bouger.

Finalement, les mouvements des morceaux de verres se firent plus lent. De plus en plus ils se consolidaient, pour commencer à former la silhouette d'une personne. Cela commença au niveau des pieds, puis ça remonta lentement. La personne portait une jupe et une robe de sorcière. Les miroirs continuèrent à se solidifier pour former des jambes, une taille fine, une silhouette menue, des bras et des doigts longs et fins. Une poitrine, de longs cheveux qui tombent en dessous des épaules et finalement un sourire et le regard bienveillant d'une mère pour son enfant. Lily Evans se tenait devant Harry.

-Maman…

Il s'attendait à tout sauf à ça. Mais finalement, qui d'autre que sa mère avait eu un impact aussi important dans sa vie. Après tout, s'il était en vie c'était justement grâce à son sacrifice. Alors peut-être qu'elle apparaissait parce qu'il était allé à Godric's Hollow et qu'il avait particulièrement pensé à elle ces dernières heures. Mais il s'en fichait. Il avait la chance de contempler son visage, alors il n'allait pas se plaindre.

Il voulait rester là pour toujours, mais les paroles d'Hermione lui revinrent en tête.

Souviens-toi Harry, ce que tu vois ce n'est pas la réalité. Dis-lui juste ce que tu ressens. Si tu refuses de parler, la personne commence à te dire des choses…pas très agréable.

L'idée de voir sa « mère » lui dire des choses horribles, le critiquer, lui faire des remontrances lui était insupportable. Hermione avait raison, ce n'était pas la réalité. Sa mère était morte il y a longtemps, et rien ni personne ne pouvait la faire revenir.

Une larme coula le long de sa joue, que le miroir en forme de Lily effaça d'un revers de main.

-J'aurais préféré mourir. Cette nuit-là, j'aurais préféré mourir et que toi tu survives.

Le miroir commença à scintiller, et puis les petits bouts de verres de brisèrent en des milliers de morceaux triangulaires et identiques. L'épreuve était finie, et Harry s'effondra en pleurs.

oOo

Severus était dans sa salle de bain, une simple serviette autour de la taille, une bonne partie du visage recouvert de mousse à raser alors qu'il passait habilement une lame au niveau de sa gorge. Assise sur le lit, avec comme unique vêtement ses sous-vêtements et une chemise empruntée à Severus, Elizabeth le contemplait faire des gestes habiles et précis devant l'immense miroir qui renvoyait son reflet, qu'il trouvait toujours aussi horrible, et qu'il ne contemplait qu'en de rares occasions, surtout pour se raser.

-Je suis surprise que tu n'assistes pas au passage devant le miroir de Harry Potter.

-Pourquoi ça ? Tu ne trouves pas qu'il m'a fait perdre suffisamment de temps aujourd'hui ?

-Tonks m'a raconté ce qui s'est passé. Ça me fait vraiment de la peine pour lui.

-Il ne faut pas. Il est instable, il est violent. Cette connexion qu'il a avec le Seigneur des Ténèbres, c'est beaucoup plus puissant et dangereux que tout ce qu'on imagine. Albus a tort de prendre cela à la légère.

-Je ne pense pas qu'il le prenne à la légère. Il a peut-être d'autres choses à penser. Peut-être qu'il veut attendre de voir jusqu'où ça peut aller. Il est du genre à vouloir connaitre son ennemi avant de vouloir agir. En attendant c'est pour ce garçon que c'est le plus difficile.

-Est-ce qu'on peut changer de sujet ? Je n'ai vraiment pas envie de parler de ça maintenant.

Elizabeth laissa échapper un petit rire. Ce n'était jamais le bon moment pour parler de ça de toute façon.

-Est ce que tu te rases toujours à la façon moldue ? demanda-t-elle en penchant la tête pour que Severus puisse la voir dans le reflet du miroir. Au moins elle changeait radicalement de sujet.

Il leva un sourcil intrigué, en arrêtant son geste.

-Tu sais que ça fait plusieurs décennies que les moldus n'utilisent plus de rasoirs comme cela chez eux ? Il n'y a que les barbiers traditionnels qui les utilisent encore dans leurs boutiques.

-Ah pardon, lança Elizabeth amusée. Je repose ma question alors. Est-ce que tu te rases toujours à la vieille façon moldue ?

Il eut un léger rire amusé, à peine une fraction de seconde mais il n'échappa pas à Elizabeth.

-Je préfère cette technique, je me coupe souvent quand j'utilise ma baguette.

Il continua à se raser mais il savait bien que l'interrogatoire n'allait pas s'arrêter là. Elizabeth ne disait rien pour le moment, mais il savait bien qu'elle allait bientôt lui poser d'autres questions. Il commençait à bien la connaître, et elle avait toujours la même petite moue quand elle voulait en apprendre plus sur lui tout en essayant de ne pas paraître trop curieuse.

-Et tu n'as jamais eu envie de te laisser pousser la barbe ?

Severus stoppa son rasage à nouveau, et contempla un bref instant son image dans le reflet du miroir. Il soupira, puis repris son activité, en s'attaquant à la partie gauche de son visage.

-Non, lâcha-t-il simplement.

Elizabeth attendit quelques secondes, mais ce n'était pas une réponse convenable selon elle.

-Pourquoi ?

Severus soupira de nouveau et cette fois, il ne se contenta pas de regarder le reflet de la sorcière, il se tourna complètement vers elle. Elizabeth lui fit un grand sourire, elle avait un léger air coupable qui la rendait irrésistible, qu'elle prenait chaque fois qu'elle lui posait trop de questions personnelles. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais se ravisa, avant de se tourner de nouveau vers son miroir. Il n'avait pas pour habitude de parler de lui, de sa vie, de son passé ou bien de ses émotions, mais tout était différent avec Elizabeth. Elle s'intéressait vraiment à lui, à ce qu'il avait autrefois vécu, à ce qu'il pouvait ressentir pour mieux le comprendre. Et il ne voulait pas prendre le risque de la perdre à cause de ses mauvaises manies et de son sale caractère.

-Avec de la barbe, je ressemblerais trop à mon père, lâcha-t-il finalement, en reprenant son rasage.

Elizabeth resta un instant sans rien dire, simplement en le regardant. S'il y a bien un sujet que Severus n'aimait pas aborder, juste après son passif comme Mangemort, c'était le sujet de ses parents. Elle resta silencieuse pour ne pas le brusquer mais elle ne put s'empêcher de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres quelques secondes après.

-Est ce que tu as une photo de lui ?

Elle avait peur qu'il s'énerve contre elle, qu'il la trouve trop cuiseuse, trop oppressante avec ses questions mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. Tobias et Eileen, les parents de Severus étaient morts il y a longtemps, et elle avait rapidement compris que ce n'était pas un sujet qu'il abordait facilement, à cause de l'enfance difficile qu'il avait vécue. De ce qu'elle avait compris, Tobias Rogue était un homme froid, qui avait toujours eu de gros problèmes d'alcools, et qui avait passé le plus clair de son temps à se disputer avec sa femme et à maltraiter son fils. Son mariage avec une sorcière, alors qu'il détestait le monde magique restait apparemment un mystère pour Severus même encore aujourd'hui. Quant à sa mère, née de Sang Pur, elle n'avait jamais eu une once d'amour ou d'affection pour son fils, qu'elle n'avait jamais défendu face à la fureur de son mari. Le fait que sa grossesse ait été désiré ou non restait, également, un grand mystère.

Quoi qu'il en soit, après la dernière question d'Elizabeth, il avait posé son rasoir, alors qu'il n'avait rasé que la moitié de son visage, l'autre restant couverture de mousse, tout en s'appuyant de chaque côté du lavabo qui lui faisait face. Elle regarda son reflet dans le miroir, il avait la tête baissée mais elle pouvait voir que sa mâchoire se contractait, à cause de la colère.

-Excuse-moi Severus, dit-elle en se levant pour s'approcher de lui. Je n'aurais pas dû te demander ça, je sais que c'est un sujet douloureux pour toi.

-Elizabeth…

Il lui fit un faible sourire pour la rassurer, en caressant doucement sa joue. La détresse qu'il voyait dans ses yeux soudainement lui fendit le cœur.

-Il n'y a rien à pardonner, et tu n'as pas à t'excuser. C'est normal que tu ais envie de savoir. Cela fait longtemps que cette période difficile de ma vie est révolue, ce n'est pas à cause de ça que c'est un sujet difficile à aborder. C'est juste que…Il soupira. Je n'ai pas l'habitude de parler de ma vie, simplement parce que personne ne s'y est jamais intéressé. Tu es la première à me poser autant de question, je n'y suis pas habitué c'est tout.

-Alors tu n'es pas fâché ? demanda-t-elle.

-Bien sûr que non, dit-il en la prenant dans ses bras, alors qu'elle posait sa tête au creux de son épaule. Il caressa son dos doucement pour la rassurer, avant de l'embrasser tendrement sur le front, en y mettant au passage un peu de mousse à raser, involontairement.

Quand il se détacha d'elle ensuite, elle fut surprise de ne pas le voir retourner dans la salle de bain pour finir ce qu'il avait commencé. Au lieu de ça, il alla près de sa bibliothèque, et en sortit un petit livret à la couverture de cuir noir. Plus un cahier qu'un véritable livre, Elizabeth vit seulement en une fraction de seconde que l'écriture à l'intérieur était manuscrite avant que Severus en sorte une photo une photo de son père.

-C'est la seule que je n'ai pas jeté. Histoire, de garder une trace du passé je suppose. On est bien loin de l'arbre généalogique immense que tu as peint chez tes parents.

Il tendit la photo à Elizabeth, sans même la regarder, avant de retourner dans la salle de bain. Elizabeth la regarda attentivement, tout en marchant à son tour vers la salle de bain pour le rejoindre. Tobias trônait au milieu de la photo en noir et blanc, statique, normal pour une photo moldue. Il avait un air sombre, le regard vitreux qui lui donnait un air malsain, comme un fou un peu perdu, prêt à laisser exploser sa folie. Bien évidemment il n'avait aucun sourire, mais par contre il avait des rouflaquettes d'un autre siècle. Si Elizabeth l'avait eu en face d'elle, elle se serait sentie tout de suite mal à l'aise, elle en était persuadée. Tobias portait un costume trois pièce noir, et sur la photo on discernait également une montre à gousset dépassait de son gilet. Sa main gauche était enfoncée dans la poche de sa veste, alors qu'il s'appuyait sur une canne en bois sombre avec sa main droite. Elizabeth se demanda aussitôt s'il lui était arrivé de frapper Severus avec quand il était petit. Elle en était presque sûre, mais bien évidemment, elle ne posa pas la question.

Elle allait poser la photo sur la commode à côté d'elle quand elle se rendit compte qu'il y en avait une autre, derrière, presque colée à la première. En la détachant délicatement, elle se rendit compte qu'il s'agissait d'une autre photo moldue, mais cette fois de la mère de Severus. La photo était tout aussi austère que celle de son mari. Contrairement à Tobias, son regard à elle était déterminé, bien que tout aussi glacial. La posture était presque identique, bien qu'avec une carrure beaucoup moins imposante que son mari. Eileen Prince était très maigre et on ne pouvait pas nier que Severus avait hérité d'elle son teint cireux. Même si Elizabeth ne la trouvait pas effrayante, du moins pas autant que son mari, elle avait l'impression de voir sur cette fois un cadavre, ou un fantôme. On ne pouvait pas dire que la mère de Severus respirait la joie de vivre, loin de là. Elle ne respirait pas la vie tout court.

Quand Elizabeth arriva au seuil de la salle de bain, Severus venait de terminer son rasage. Il se passa comme d'habitude une lotion sur son visage avant de s'approcher d'elle. Il vit qu'elle avait encore les deux photos dans ses mains.

-Alors ? Contente de voir que je n'ai pas de barbe ? demanda-t-il l'air taquin.

Elle lui sourit faiblement, avant de lui rendre les photos.

-Je pense que même avec une barbe, tu ne pourrais pas ressembler à ton père. Tes parents ont l'air tellement…stricts.

-Merci d'avoir poliment utilisé ce terme au lieu de monstrueux ou abjectes. Mais je te confirme qu'ils l'étaient, tu peux le dire. Et tout le monde s'accorde à dire, que j'ai hérité de ces…qualités.

-Non c'est faux, dit-elle en se blottissant contre lui, les mains posées sur son torse alors qu'il la prenait délicatement dans ses bras. Tu n'as absolument rien à voir avec eux Severus, tu es quelqu'un de bien.

-Ah vraiment ? dit-il en levant un sourcil, l'air faussement interrogateur.

Elle eut un petit rire amusé, avant de poser sa tête au creux de son épaule à nouveau, en passant ses bras autour de sa taille.

-Je ne serais pas là sinon, tu le sais très bien.

Il s'écarta légèrement pour la regarder, et caressa doucement sa joue.

-Elizabeth je suis loin d'être parfait, vraiment très loin de l'être même. Et même si être à tes côtés me rend meilleur, on ne peut pas dire que je sois irréprochable. Mais jamais je ne pourrais m'en prendre à toi. Jamais je ne pourrais te faire de mal. C'est clairement en cela que je suis différent d'eux.

-Je le sais Severus. Je n'en ai jamais douté.

-Tu es ce qui m'est arrivé de plus beau dans la vie. Je ne veux pas te perdre. Jamais.

Il se pencha doucement vers elle, pour l'embrasser tendrement en la prenant dans ses bras.

oOo

Alors qu'Harry était emmené dans son dortoir pour se remettre de son épuisement, Dumbledore profita d'un moment d'accalmie pour parler à Hermione. Elle avait demandé à accompagner Harry pour s'assurer qu'il allait bien mais bien évidemment, cela lui fut interdit puisque le dortoir était réservé aux garçons. C'était donc Ron qui s'en était chargé.

-Merci pour tout ce que vous avez fait ce soir Miss Granger. Est-ce qu'il y a une chose dont vous voudriez me parler au sujet de Harry ?

-Non Professeur…il n'y a rien…

-Très bien. Vous pouvez monter dans votre dortoir à votre tour. Vous avez mérité une bonne nuit de sommeil.

Et sur ces mots elle disparut, mal à l'aise en sachant qu'elle venait de mentir effrontément au Directeur et sans se douter qu'il n'était pas dupe.