POV Anastasiya
Je reprends pied dans la réalité. Il faut que j'écarte Père de mes pensées ; ce qui compte pour le moment, ce sont mes frères et sœurs et Poudlard, et rien d'autre.
Poudlard. Le quai. Que faut-il… Ah, c'est vrai. Foncer sur un mur de pierre, brut, devant des dizaines de Moldus. Et je sens dans le regard qu'elle pose sur moi que c'est exactement ce que se dit Aleksandra – nous sommes assez similaires psychologiquement, notamment par le fait que la majorité de nos propos est teintée d'ironie. Alors qu'en ce moment même, Esfir observe le mur avec un air émerveillé, et je sais qu'elle est sur le point de nous expliquer comment le sortilège a été conçu, par qui, en quelle année et combien de Repousse-Moldu il contient. Je connais trop bien ma famille pour mon propre bien.
C'est pour cette raison que je déclare :
« Les filles, allez-y ensemble, on vous regarde.
Ce qui peut sembler un acte de pure cruauté – les envoyer valser contre un mur… combien de fois ai-je pu y penser ! et je vois qu'elles ne sont pas dupes, mais c'est aussi un choix stratégique. Nikolaï se sentira plus en sécurité avec moi. Parce que je suis l'Aînée. Celle qui porte la fratrie.
C'est sur ces pensées que je me dirige à mon tour vers le mur, la main de Niko ancrée dans la mienne.
Nous nous appuyons avec décontraction sur la barrière, avant de nous sentir basculer dans la pierre. Basculer. Dans la pierre. Merlin, est-ce que c'est le petit plaisir vicieux de Dumbledore de savoir qu'à chaque fois que ses élèves commencent l'année, ils ont la peur de leur vie ? Saleté de Directeur.
… Qui a choisi pour seul moyen de transport un immense train rouge vif. Pour la discrétion, on repassera. Et pour la soi-disant intelligence du Directeur aussi, par la même occasion. Oui, j'ai des problèmes avec la notion de respect. Et c'est pour ça que je continue mon chemin sans un mot pour l'élève que je viens de bousculer – il avait l'air inintéressant, de toute manière. Mais j'esquisse un petit sourire satisfait. Je vous parlais de ma fierté, eh bien elle grossit encore. Les familles, et plus particulièrement les élèves, regardent mes sœurs avec un air absent. Il faut dire que la structure des visages des jumelles est plus ou moins parfaite. Et leur attitude aussi. Le dos droit, le menton levé, leurs longs cheveux volants, et leurs différences. Car pour qui sait regarder, Esfir a l'air doux, et Leka, impertinent. Il en a toujours été ainsi. Et croyez-moi, les regards des autres, Leka et moi, on adore ça. Parce qu'après les jumelles, c'est moi qu'on regarde, avec mes jambes trop longues, mon corps fin et mon air sophistiqué. Les regards jaloux des filles, possessifs des garçons, protecteurs des parents, tous les regards, ça m'insuffle une énergie nouvelle, et sur mes lèvres se dessine un sourire narquois. J'ai envie d'éclater de rire, parce qu'ils ne savent même pas qui nous sommes. Je laisse ma marque sur leur rétine, et ce n'est que le début. On les marquera bien plus profondément, croyez-moi.
POV Lupin
« Arrête de faire ton préfet Lunard !
Je lance un regard désabusé à James.
-Faut bien que quelqu'un soit sérieux, enfin. Tu vois, comme moi ! Regarde, je l'aide ! crie Sirius en me sautant dessus avec un sourire moqueur. Et puis comme ça je peux regarder les filles sans être grillé, continue-t-il en chuchotant.
Je lui fais un clin d'œil alors que je reprends mon exploration du quai du regard. J'essaie de repérer un maximum de nouveaux élèves, comme ça je peux leur venir en aide dès le départ du Poudlard Express, ou à la répartition. Faut bien que quelqu'un soit sérieux, comme l'a dit Sirius. Et puis mes légers avantages de loup-garou rendent la chose plus facile : ma vue est excellente.
« Ah, un autre ! je laisse échapper quand mon regard tombe sur une petite tête brune à l'autre bout du quai.
Le garçon tient à la main une cage contenant une chouette de la même couleur que ses cheveux, mais pas de valise en vue. Je fronce les sourcils, ce n'est pas normal. Je suis le regard du garçon, posé devant lui, assorti d'un petit sourire sur son visage. Une brune, trop fine je note au passage, lui ressemblant énormément si l'on exclut ses yeux verts, pousse un chariot contenant deux valises. Attendez. Deux valises.
Eh bien, on dirait que les nouveaux ne seront pas que des premières années pour une fois ! Je détaille alors la fille. De longues jambes osseuses, un corps trop fin comme je l'avais déjà vu, mais ce que je réalise maintenant, c'est que ce n'est sans doute pas décelable pour des yeux humains. De longs cheveux noirs, des yeux très verts. Un peu comme ceux de Lily, peut-être une teinte plus claire. Un sourire impertinent sur le visage, une posture parfaite. Mais je sens soudainement sa nervosité. Foutu odorat des loups-garous… C'est alors que je réalise que je me suis éloigné des Maraudeurs pour l'observer avec son frère. J'entends James, Sirius et Peter se chamailler derrière moi et je souris. Cela me fait du bien de retrouver mes amis. Mais je me concentre de nouveau sur la brune. Pourquoi cette nervosité, et pourquoi la cache-t-elle si bien ? Et j'en sens une deuxième, et pas de la part des premières années. Une autre brune, cette fois les yeux bleus et un air renfermé pratiquement indécelable sur le visage, accompagnée d'une blonde qui me tourne le dos. Une fratrie, sans doute ? C'est alors que la blonde se retourne, et le mouvement de ses cheveux cache pendant une seconde son air émerveillé. Et ses yeux vairons. Merde, des jumelles ! Quand Sirius et James vont l'apprendre, je suis sûr qu'ils tireront au sort pour savoir à laquelle des deux ils auront droit. Pas que j'approuve ! Mais c'est mieux comme ça… Parce qu'avec les sœurs Hogray, James a gagné. Il a eu les deux.
Mais un son me sort de mes pensées. Le petit brun vient de baragouiner quelque chose en… polonais ? Russe ? Des étrangers, donc. Alors que la plus âgée, la fille aux yeux couleur pelouse, lui répond, je décèle la hiérarchie tacite du groupe. C'est elle qui les dirige, et pourtant s'ils décidaient de partir, elle ne les retiendrait pas, me dis-je étrangement. Je ne sais pas d'où sort cette pensée, mais je sais qu'elle est juste. Ils ont l'air d'une meute.
Du coup je crois que je les aime bien. Foutus instincts du loup. Et j'efface bien vite cette impression quand, alors qu'elle allait monter dans le Poudlard Express, la plus âgée du groupe se retourne et me fixe. Et esquisse un sourire moqueur en me voyant la regarder, alors que le dédain se peint dans ses yeux, comme si je n'étais pas assez bien pour elle. Et ça me frappe. Cette expression, c'est celle de Sirius.
Et merde. Des Sang-Pur. Et qui ont l'air de vouloir foutre le bordel en plus. James et Sirius ne vont pas aimer ça.
