POV Aleksandra

Je monte derrière Anya dans le Poudlard Express. Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais juste avant de monter à bord du train, elle a fait un sourire narquois vers l'autre bout du quai. Sérieux, ses yeux étaient fixés à l'opposé de l'endroit où nous nous tenions. Mais bon, c'est pas mes affaires. Et puis franchement, j'en ai rien à foutre.

Oui, je suis vulgaire. Ma famille me le reproche constamment, à part peut-être Niko, mais lui, on lui marcherait sur les pieds qu'il ne retournerait qu'un sourire poli. Pas que je le trouve ridicule, au contraire je crois que je l'admire un peu pour ça (et mon admiration est quelque chose de très, très rare), mais il faudrait qu'il s'endurcisse. Autant qu'il me coûte de le dire, je m'inquiète pour lui. Et mes frères et sœurs sont les seuls pour qui je peux éprouver de tels sentiments. Parce que j'ai été élevée comme ça. N'accorder sa confiance qu'à ceux qui le méritent. C'est-à-dire personne. Et si je suis aussi proche du reste de ma fratrie, c'est parce qu'avec une mère effacée et un père porté sur les châtiments corporels, ils sont les seuls à avoir jamais compris ce que je ressens.

Mais je sors de mes pensées quand quelqu'un me bouscule. Un futur élève de première année, vu sa taille ! Ils n'ont pas intérêt à me faire chier dès maintenant, les élèves de Poudlard, sinon, ils vont voir ce que je leur réserve. Ce que j'illustre en lançant au garçon un regard glacé.

« Dddésolé, bafouille-t-il d'une petite voix.

Bah tiens, comme si j'en avais quelque chose à foutre de ses excuses. Mais Niko me tire par la manche avant que je n'ai le temps de sortir le fond de ma pensée, et je me retrouve dans un compartiment trop petit et inconfortable. Non mais vraiment. Je suis habituée à mieux. Tout ce que je vois là, c'est des banquettes rouges rebondies (le seul point positif de ce train, si vous me demandez mon avis) sur les côtés du compartiment, bordant une grande fenêtre faisant face à la porte. Et en dessous de la fenêtre, une petite table en bois, sur laquelle on peut voir des traces de brûlures. Je dirai que des élèves y ont fait une partie de Bataille explosive il n'y a pas longtemps… Un jeu bien trop plébéien pour moi. Surtout si personne ne nettoie le train entre deux utilisations - faudra que je fasse semblant d'être amie avec les préfets tiens, ce doit être des personnes soignées et Es' m'a dit qu'ils avaient un wagon tout à eux.

Je m'assoie près d'elle sur une des banquettes, en face de Niko, alors qu'Ana ensorcèle nos valises pour qu'elles aillent se poser dans les filet à bagages au dessus de nous –pratique, d'avoir 17 ans.

« Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir foutre pendant les six heures de trajet ? je demande d'une voix lasse.

Es' me lance un regard entendu : on va discuter pendant des heures à propos de rien. Bieeeeen. Exactement ce qu'il me fallait pour retrouver ma bonne humeur. Je suis extrêmement proche d'elle, malgré nos différences. On se connaît mieux que personne, même qu'Ana et Niko. Nous sommes deux opposés, Niko dit que c'est pour ça justement. J'en sais rien et concrètement, je m'en fous.

Oui, je me fous de pas mal de chose. Et alors ? Ce qui est important, je ne m'en fous pas.

- Et te souviens-tu d'Héloïse ?

- Oui, mais je suis bien heureuse de savoir que je n'aurai pas à la revoir cette année ! Cette sale peste !

Aha, la conversation entre Ana et Es' devient intéressante. Surtout si Es' commence à sortir des insultes - c'est très rare de la voir s'énerver.

- Pourquoi vous parlez d'elle ? je demande.

- Je me souvenais juste de la dernière fois que nous l'avions vue, me répond Ana avec un sourire moqueur.

- Tu veux dire alors que vous veniez de l'humilier en sortant avec son mec ? reprend Es' en levant un sourcil.

Elle désapprouve, mais qu'est-ce qu'on y peut si ma sœur aînée et moi, nous sommes des chasseuses d'hommes ? Ce qui est exactement ce que je lui réponds.

- Evitons d'approfondir le sujet devant Niko, voulez-vous ? demande Ana.

Je vous jure, elle en rougirait presque. Ben tiens. Moi j'ai pas honte, ma sexualité, j'en suis fière. Et les filles de Beauxbâtons qui ont osé me traiter de fille facile se souviennent encore de ma vengeance, j'en suis sûre ! Je suis cruelle, je l'assume. La compassion, la gentillesse, tout ça, c'est pour les faibles, les créatures magiques et les Sang-de-bourbe, et personne ne me convaincra du contraire. A part mon petit frère, mais lui, c'est spécial.

Alors que les filles continuent leurs conversations, je décide de faire comme Niko : fermer les yeux et dormir. Je suis fondamentalement flemmarde. C'est pour ça que c'est bien pratique d'avoir autant d'Elfes au Manoir. Et puis sans nous de toute façon, ils n'auraient pas de vie.

OoOoO

« Pouvons-nous t'aider ? »

Quoi ? Keskisspass ? Merde, qui est-ce qui m'a réveillée ? Tout le monde sait pourtant que je ne supporte pas ça !

Wow, c'était de l'anglais en plus. Et la voix d'Esfir. Ce qui veut dire qu'il y a des gens qui ne font pas partie de ma famille dans ce foutu compartiment ?! Pas la peine d'ouvrir les yeux alors, qu'ils aillent voir ailleurs si Merlin y est.

- Salut, je suis Lily Evans, je suis Préfète-en-chef ! Le Professeur Macgonagall nous a dit qu'il y aurait des nouveaux élèves cette année et…

Je n'écoute pas le reste de sa phrase, mais ouvre les yeux d'un coup. Elle a dit qu'elle était préfète ?! Ah, toi, euh la rousse aux yeux verts là, Lily ?, tu vas devenir mon amie. Ou bien tu vas croire que tu vas le devenir –bref, faut que je sois sociable. Parce que oui, j'étais sérieuse pour l'histoire du compartiment des préfets, je suis une fille qui a besoin de son petit confort.

- Alors dis-moi Lily, tu dois être intelligente pour être préfète-en-chef, pas vrai ? je lui lance avec un grand (et faux) sourire en coupant Esfir qui allait sûrement lui dire un truc sincère. Tant pis.

Mon raisonnement est simple : si cette Lily est préfète-en-chef, elle est aimée des profs. Si je suis son amie, je serai aimée des profs. Je suis aussi une fille qui est ambitieuse. Et Ana n'a pas l'air de croire une seconde que je suis sympa sans arrière-pensées, vu la tête qu'elle fait.

- Bah, euh, enfin, pas trop, bafouille-t-elle en me répondant, je suis surtout bonne en Potions, mais POTTER !

« Mais Potter » !? Quoi ? Même pour des étrangers ça n'avait pas l'air d'anglais correct… Mais des étincelles rouges dans le couloir derrière Evans (l'idiote avait laissé la porte du compartiment ouverte…) répondent à mes interrogations.

... Avant d'être remplacées par d'autres questions quand je vois quatre formes humaines couvertes de suie surgir de derrière les étincelles, surtout que l'une d'elles, que j'identifie désormais comme un grand mec brun, a l'air de vouloir se jeter sur la rousse. Qui est toujours devant la porte de notre compartiment. Mouais, s'ils pouvaient s'éloigner le temps des retrouvailles, ce serait très apprécié.