Installé à une table qui avait été fixé au sol, comme tout le mobilier de la pièce, et même du bateau tout entier, Gildartz gardait les yeux dans les yeux avec l'homme qui lui faisait face malgré les grincements inquiétant et le balancement dû à la tempête à l'extérieur. Il souhaita intérieurement que les gosses n'aient pas eu l'idée saugrenue d'aller se promener sur le pont par un temps pareil, mais actuellement il faisait face à un autre problème.
« Il me semblait pourtant vous avoir entendu affirmer que vous vous rendiez au port de Troubadour, déclara froidement Gildartz.
_ C'est ce que j'ai dit oui, mais les plans ont changé. La saison des ouragans est arrivé plus tôt que prévue, et il serait suicidaire de s'y rendre.
_ Ce n'est pas pour autant une raison pour accoster au port du Jongleur, c'est le plus mal fréquenté de tout le pays !
_ Et bien si vous êtes capables de mettre fin au mauvais temps et de nous assurer une route sur jusqu'au port ne vous gênez pas ! Tant que la mer sera aussi déchaînée, nous ne changerons pas de cap !
_ Espèce de vieil arnaquant ! » S'écria Gildartz en se levant brusquement de sa chaise.
C'est alors qu'il remarqua que le navire ne tanguait plus. Puis il prit conscience du silence qui semblait s'être abattu sur les lieux, qui il y a quelques seconde a peine était empli du mugissement du vent. Il avait un drôle de pressentiment à ce sujet.
Lorsqu'il surgit sur le pont, il n'en cru pas ses yeux. La tempête était finit, ne restait qu'une mer et un ciel doré à l'infini, avec au milieu des flots, en ombres chinoise, une scène qui le laissa pantois.
Majestueusement, avec une arrogance lui étant propre, la sirène du Verseau s'approcha du navire et déposa la constellationniste encore dans les vapes sur le sol.
Une minute. Mais que foutais Stella au beau milieu de la mer ?! Bousculant les matelots sur son passage, il se fraya un chemin jusqu'aux trois jeunes dont il avait la responsabilité.
« Oy, vous allez bien ? Qu'est ce qu'il s'est passé ici ? »
Une veine bâti à la tempe de l'esprit stellaire, qui lui adressa un regard meurtrier.
« Bande de loosers ! On vous laisse vous occuper d'elle en attendant que le plan soit mis au point et tout ce que vous trouvez à faire c'est manquer de la foutre en l'air ?! Vous auriez fait comment sans moi, heiiin ?! Crétins ! Abrutis ! Rendez-lui sa clef tout de suite ! »
Gildartz, rangeant son esprit combattif au fond de ses chaussettes, leva les mains en signe de reddition.
« Ok, mais j'aimerais bien qu'on m'explique ce qu'il vient de se passé …
_ Tss, pas moyen que je m'explique avec un type pareil ! Rétorqua dédaigneusement Acquarius avant de commencer à briller. Je vais retourner dans mon monde, et Stella gardera ma clef, c'est clair ?! Tu la lui piques, et je t'arrache la tête ! »
Et sur ces tendres paroles, elle s'exécuta, et l'océan repris une teinte normale. Comme le silence restait le même, Wendy pris les choses en mains.
« Que quelqu'un m'aide à la ramener dans notre cabine ! Et nous aurions également tous de besoin de vêtement sec !
_ Oui ma'am ! »
Monde des esprits.
Lucy poussa un soupir de soulagement. Bénie soit Acquarius d'avoir jeté un coup d'œil dans le monde réel au bon moment ! Sans elle, Stella reposerait à présent mille lieues sous les mers et elle n'aurait jamais pu se le pardonner. C'était décidé, à partir de maintenant, elle camperait devant le grand miroir qui servait de fenêtre sur le monde réel et garderait les yeux grands ouverts !
Sa lui permettrait aussi de se sortir de la tête tout les problèmes du monde des esprits, pour lesquels elle ne pouvait pas faire grand-chose. Quel que soit le monde, elle n'était pas d'une grande utilité… comme toujours. Elle avait failli perdre sa constellationniste … Cette impuissance lui restait en travers de la gorge !
Et puis il y avait aussi le cas Loki. Rien que d'y penser elle se sentait assaillis de sentiments contradictoires. Elle se sentait blessé de la manière dont il l'avait envoyé pétré quand elle s'était inquiétée pour lui, vexé, aussi étrange que ce soit, qu'il ne clame plus a tout vas son amour pour elle, et frustrée.
Diable elle avait la sale impression d'avoir trois trains de retard !
Ruminant dans le petit coin qu'elle s'était aménagé, jetant des couts d'œil fâché au miroir d'où elle voyait Stella grelottante dans son lit sommaire de marin, Lucy n'imaginait absolument pas l'effet qu'elle pouvait faire. Ou du moins, se corrigea mentalement Loki, elle n'imaginait absolument pas l'effet qu'elle pouvait lui faire.
Emmitouflé dans une couverture aux couleurs vives, ces cheveux détachés cascadant dans son dos, elle avait une petite moue craquante dont la vue lui valait systématiquement une véritable décharge électrique dans son bas ventre. Dieu les protège il était totalement mordu, et ce depuis le début !
Enfonçant résolument ses poings serrés dans ses poches, dissimulant de son mieux la tension qui tendait son corps comme un arc, il se résolu à aller lui parler, envoyant à l'autre bout de la constellation ses pensées décidément aux antipodes de la catholicité la plus élémentaire.
« La pauvre, on dirait bien qu'elle a bu la tasse, lança tranquillement Loki en la rejoignant devant le miroir.
_ Bu la tasse ?! Ils ont failli me la noyer bon sang ! Ce Gildartz n'est qu'un irresponsable et sans Acquarius elle- »
Lucy s'interrompis brusquement en fronçant les sourcils d'un air concentré, comme si elle récitait une leçon dans sa tête.
« Mais comment est-ce qu'Acquarius est arrivé là ?! Elles n'ont pas passé de contrat ni quoi que ce soit ! Loki ! »
L'interpellé sourit largement quand la blonde grogna son nom d'un air menaçant.
« Il y a encore pas mal de chose que tu ne sais pas sur les Esprit, même si tu en es devenue une » Se contenta-t-il de répondre sur un ton mystérieux.
Lucy resta silencieuse, et l'esprit du lion mis à tort ce mutisme sur le compte de la bouderie.
« Je me demande… Est-ce que c'est bien pour moi d'être ici ? Demanda finalement Lucy, pensive. Je veux dire… Ce n'est pas comme si j'étais d'une utilité indispensable, quand j'étais encore humaine, ce qui faisait ma force, c'était mes clefs, mais aujourd'hui, en tant qu'esprit, qu'est-ce que je vaux ? C'est vrai, après tout si on y regarde bien, je suis l'esprit de Stella, et pourtant, c'est un esprit avec lequel elle n'a aucun contrat qui a pu la sauver. Moi, je l'ai juste mise dans une situation difficile en liant un contrat avec elle. A cause de moi elle a dû fuir sa famille… Jusqu'à présent, j'ai causé plus de soucis que de-
_ Qu'est-ce que tu racontes encore ! La coupa rageusement Loki en lui agrippant les épaules pour la forcer à le regarder. Oui, peut être que tu n'es pas toute puissante Lucy, mais personne ne l'es ! Et quoi ? Tu crois qu'on va pleurer sur notre sors éternellement ?! Ok, jusqu'à présent tu as causé plus de soucis aux autres que tu ne les as aidé, mais le fait que tu en ais conscience devrait t'encourager à te battre pour changer ça ! Arrête de pleurer sur ton sors Lucy, ce n'est pas toi ! Ça ne te ressemble pas bon sang !
_ Je-
_ Rappel toi pourquoi tu te battais merde ! Tu ne t'es jamais battu pour la gloire Lucy, mais pour les autres ! Tu as des amis ! Ils ne t'ont jamais quitté ! Et quoi ? Tu ne vas pas les abandonner maintenant !? Tous ceux de Fairy Tail ont attendu que tu reviennes, de te revoir en forme, et tous tes anciens esprits ont attendu que tu te réveilles enfin et que tu te bouges ! Moi aussi je t'ai attendu, et ça n'a pas été évident tous les jours ! Il a fallu que je me contraigne à la patience, qu'il fallait qu'on te laisse du temps pour te remettre de tes émotions, mais visiblement j'avais tort ! La patience ne fonctionne pas avec toi ! Tu as besoin qu'on te bouge, qu'on te fasse réagir, ou sinon tu finis par te complaire dans ta souffrance, il m'aura fallu un certain temps pour m'en rendre compte, mais maintenant comptes sur moi pour me montrer sans pitié ! »
Et comme pour appuyer ses mots, il la plaqua contre lui avec force et s'empara de ses lèvres hargneusement, sans la moindre délicatesse, désir à l'état brut. Depuis le début, il se leurrait. Il avait cru qu'être conciliant l'aiderait mieux, mais on ne peut faire d'un lion un chat, il n'avait que trop attendu. Il eut un grognement rauque lorsque leurs dents s'entrechoquèrent. Lucy quant à elle tentait tant bien que mal de faire face à cette avalanche de sensation qui venait de lui tomber dessus comme une étoile filante fend la céleste nocturne. Finalement, elle abandonna, et se laissa fondre dans les bras sa bonne étoile.
