Rose Weasley n'est pas une fille réputée pour sa timidité. Au contraire, il est difficile de trouver plus impulsive qu'elle. Colérique, capricieuse, insolente, bagarreuse, elle demeure un problème constant pour ses parents, sa famille, ses camarades et ses professeurs.
Déjà, à six ans, elle a montré des premiers signes d'un très fort caractère, face à des camarades d'école qui n'auraient pas du la sous-estimer.
''Non, non et non ! Pas de filles avec nous !''
C'était le chef de tout une bande parmi les garçons les plus stupides de l'école. Rose a voulu jouer une partie de football avec eux mais les garçons, menés par son chef, s'y sont opposés formellement, ce qui a fortement irrité Rose.
''Et pourquoi je ne peux pas jouer au foot avec vous ?''
A l'écoute de sa réponse, les garçons ont éclaté de rire comme de parfaits imbéciles.
''Vous avez entendu, les gars ?'' ricana bêtement le chef. ''C'est une fille et elle veut jouer au foot avec nous ! Ha ! Ha !''
''Oui, et alors ?'' a répliqué sèchement Rose, nullement impressionnée ni démontée par leurs moqueries. ''Les filles ont le droit de jouer, non ? Le football féminin ça existe et c'est très apprécié !''
''Oui. Mais pour moi, on devrait virer les filles de l'équipe, même les empêcher de jouer tout court,'' a répondu le chef avec un sourire goguenard. ''Les filles, ce n'est pas intéressant ; les filles, c'est nul ; et surtout, les filles ne savent pas se bagarrer.''
''Ah ouais ? Tu veux que je te flanque mon poing à la figure pour te prouver le contraire ?'' a menacé courageusement Rose.
''Ha ! Ha ! Toi, te bagarrer avec moi ? Je demande à voir.''
''D'accord, mon pote…'' a ricané Rose dans des gestes théâtraux de quelqu'un se préparant à un combat de boxe. ''J'vais t'mettre la pâtée !''
Elle s'est jetée sur lui et tous deux ont offert un concert féroce de coups de poing. Mais surtout, Rose a infligé une telle raclée à son adversaire que celui-ci a été transformé en quelque chose ressemblant à du pâté pour chiens. Depuis lors, il n'a plus osé se moquer d'elle ou tenir des paroles infâmes envers les filles. De plus, Rose n'a pas manqué de lui renvoyer une ultime fois la monnaie de sa pièce en disant :
''Alors, les filles ne savent pas se bagarrer ? J'espère pour toi que cette démonstration t'aura suffit. Sinon, je recommencerai autant de fois qu'il le faudra.''
Cette scène a eu cependant des conséquences fâcheuses : Rose a été renvoyée une semaine de l'école et a subit les foudres de ses parents, surtout son père qui estime que ce n'est pas là une attitude qualifiable pour une fille bien elevée.
Une réputation de bagarreuse qui ne cessera dès lors de la poursuivre jusqu'à aujourd'hui, à l'aube de ses quinze ans. Certains disent toujours qu'elle tient son sale caractère en partie de sa mère mais de l'aveu même du professeur McGonagall, on n'a encore jamais vu une étudiante faire preuve d'une telle indiscipline face à l'autorité. Les retenues accumulés au fil des années n'y ont rien changé.
Rose n'a de ce fait aucun ami à Poudlard et même les nombreux membres de sa famille qui suivent en même temps qu'elle leurs études évitent autant qu'ils peuvent de la fréquenter. Victoire Weasley, la plus âgée de la nouvelle génération qui a fait sa dernière année à Poudlard en même temps que Rose a fait sa première, a déclaré un jour que Rose est la fille la plus insolente qu'elle a jamais connu. En réponse, Rose lui a donné un violent coup de poing au visage. Elle a refusé de s'excuser, même après avoir reçue une beuglante de son père exprimant sa rage et sa honte.
Rose traine donc comme un boulet une réputation de fille méchante et violente. Mais elle-même ne comprend pas. Elle se sent incompris des autres. Comme sa mère, elle a une forte passion pour les livres et demeure la meilleure élève de sa promotion mais pour les autres, il s'agit d'un prétexte de moquerie. Et ses excellents résultats scolaires sont largement gâchés par son indiscipline.
Le seul vrai ami de Rose, c'est son journal intime. Son objet le plus précieux et le plus personnel. Personne n'en connait l'existence. Lorsqu'elle déprime – c'est-à-dire très souvent, elle se réfugie dans son journal et écrit ses pensées et les mots de son cœur pour se réconforter.
Cher journal, aujourd'hui encore j'ai passé une journée de merde. J'ai croisé dans le parc de Loutry-Sainte-Chaspoule cet abruti de Dylan Goyle. Il s'est encore moqué de moi à cause de mes longs cheveux roux et c'est moi qui me suis fait engueulée parce que je lui ai donné un bon coup de pied là où ça fait le plus mal chez un garçon. D'après mon père qui passe son temps à me crier dessus, ce n'est pas digne d'une jeune fille bien élevée que de frapper un garçon. Et bien évidemment, Goyle s'en est tiré, ce salopard. C'est toujours moi qui prend, à chaque fois. Mais personne ne me comprend donc ? J'ai juste besoin d'affection, juste besoin qu'on m'aime pour ce que je suis. Depuis toute petite, on n'arrête pas de se moquer de moi soi disant parce que je suis « intello ». Ma mère, qui a souvent subi le même sort, me dit sans cesse de ne pas y faire attention mais je n'y arrive pas.
Je sais que je ne suis pas une fille bien, que j'ai un sale caractère, que je suis une colérique, une pleurnicheuse, une sale gosse quoi. Mais j'ai juste besoin d'amour et mon cœur en manque cruellement ces derniers temps. Dans quelques jours, je vais retourner à Poudlard pour la cinquième fois mais je n'ai jamais ressenti aussi peu d'enthousiasme face à la rentrée. Dire que la première fois, j'avais une telle hâte de monter dans le train. Aujourd'hui, je préfère encore rester enfermée dans ma chambre que de retourner là-bas avec Goyle et sa bande qui passent leur temps à me casser les pieds.
''Rose ! On mange !'' fait la voix de Ron Weasley, le père de Rose, depuis la cuisine au rez-de-chaussée.
Je te laisse, mon journal, y'a mon père qui gueule pour que je vienne à table. Je te retrouve tout à l'heure. Bisous et à bientôt.
Les dîners aussi ne sont des moments guère plaisants pour Rose. Son père est furieux contre elle à cause de son mauvais comportement et sa mère, totalement dépassée, ne sait plus quoi faire pour la recadrer. Hugo, son petit frère de deux ans son cadet, prend un malin plaisir à taquiner sa grande sœur. Plus il la met en rogne, plus il est content.
''Alors, encore le cafard ?'' se moque-t-il avec un large sourire.
''Ferme ta gueule !'' réplique sèchement Rose.
''Rose, je ne tolérerai pas un tel langage !'' réprimande vertement son père.
''Mais, papa, c'est lui qui…''
''Tais-toi et mange !''
Rose lui lance un regard noir et entame son assiette de spaghettis-carbonara. Le silence est complet. Ron a la mine sombre, Hermione Weasley a des yeux tristes. Quant à Hugo, il est à peine soucieux de l'ambiance pesante et se contente simplement de manger tranquillement sans dire un mot.
Au bout de dix minutes, Ron dit :
''Rose, après une longue discussion avec le professeur McGonagall, nous avons pris une décision ta mère et moi.''
''Quoi ?'' dit Rose en levant les yeux vers lui, la figure rouge comme une betterave.
''Il est temps de faire quelque chose pour soigner ton caractère de cochon. Tu ne retourneras pas à Poudlard cette année.''
Rose se demande si elle a bien entendu. Elle est si stupéfaite qu'elle avale de travers une bouchée de spaghettis et manque de s'étouffer.
''Pardon ? Qu'est-ce que tu as dit ?''
''Tu as bien entendu. Cette année, tu n'iras pas à Poudlard. Nous allons t'envoyer dans un pensionnat moldu. Là-bas, tu apprendras enfin à devenir civilisé.''
Rose n'aurait pas été aussi cramoisie si son père l'avait fouetté.
''Tu plaisantes, j'espère.''
''Pas le moins du monde,'' dit Ron d'un ton catégorique. ''Tu y vivras comme les moldus, donc sans aucune magie.''
''J'irai pas.''
''Qu'est-ce que tu dis ?'' s'exclame Ron.
''J'irai pas dans ton école pourrie.''
''Oh que si, tu vas y aller. Ta mère et moi en avons plus qu'assez de tes crises de colères, de tes bagarres avec des garçons. Sais-tu à quel point tu fais honte à la famille ?''
''Ron, n'exagère pas…''
''Non, chérie, il n'y a pas d'excuses,'' coupe Ron. ''Puisque notre fille est incapable de contrôler ses colères, et bien elle ira là où elle sera enfin remise à sa place.''
''Alors ça, c'est ce que tu crois,'' réplique Rose avec un rictus, la colère montant en elle.
Ron se penche vers elle en enflant comme un gros bœuf. Hermione, sentant une nouvelle scène pénible de querelles, essaie en vain de calmer son mari. Quant à Hugo, il continue de manger comme si de rien n'était.
''Tu y es inscrite, ma fille. Tu vas y aller, et ce n'est pas la peine de discuter.''
''Tu as fait ça dans mon dos ?'' grogne Rose.
Elle ne peut supporter l'idée qu'il la mette devant le fait accompli.
''Parfaitement.''
''Et mes potes ?''
''Des potes ?'' ricane Ron. ''Tu n'en as même pas !''
''Et mes cours de chant avec Flitwick ?''
''Tu n'y vas plus depuis un an !''
''J'irai pas.''
''TU VAS Y ALLER, UN POINT C'EST TOUT !''
''Chérie…'' supplie sa mère d'une voix plus douce que son mari, ''c'est pour ton bien…''
A ce moment-là, la colère de Rose explose
''VOUS NE M'AVEZ PAS ENTENDU ?'' hurle Rose. ''J'IRAI PAS DANS VOT' PENSION DE MERDE !''
''JE TE PREVIENS ROSE!'' aboie Ron. ''SI TU NE BAISSES PAS D'UN TON...''
''ESSAIE DE ME FRAPPER ET TU VAS VOIR!''
Et sur ce, elle tourne les talons et retourne dans sa chambre en claquant la porte.
Ron est rouge de fureur, Hermione est désemparée, Hugo est intrigué.
''Hugo, va dans ta chambre, s'il te plaît,'' ordonne sa mère.
Hugo obéit sans discuter.
Les parents Weasley restent silencieux un long moment avant que Ron marmonne :
''Hermione, tu crois que je suis trop dur avec elle ?''
''Ne dis pas ça, chéri. Elle est indisciplinée, tu as raison d'être ferme avec elle,'' dit Hermione tout en partageant ses doutes.
''Mais qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-ce qu'on a pu rater et qui expliquerait son attitude rebelle ? Je ne sais pas, Albus, James et Lily ne sont pas comme ça avec Harry et Ginny.''
''Je crois qu'elle se cherche,'' répond Hermione sans être vraiment sûre de ce qu'elle dit. ''C'est une adolescente, Ron. Comme toute adolescente de son âge, elle ne sait pas où elle en est. A son âge, moi aussi je me posais des questions.''
''Ouais, enfin quand tu avais quinze ans, tu ne passais pas ton temps à crier sur tout le monde,'' fait remarquer Ron avec une pointe d'ironie. ''Et je ne t'imagine pas dans un genre comme ces Moldus cinglés qui font du... du...''
''... du catch. Oui, mais on se disputait tout le temps. Le pauvre Harry devait supporter sans arrêt nos disputes.''
Ron sourit. Entre Ron et Hermione, Harry joue le rôle du pompier qui éteint le feu, ce qui a tendance à l'agacer.
Pendant ce temps, Rose se jette sur son lit et pleure sur son oreiller.
Elle ne s'est jamais sentie aussi mal et incomprise. Ses parents ne comprennent donc pas qu'elle est mal dans sa peau ? Elle est une adolescente perdue, en manque flagrant de repères, elle ne sait pas où elle en est. Elle se sent mal. Elle ne compte plus les insultes, les railleries sur son physique, et les appellations « mademoiselle je-sais-tout » au moins trois fois par semaine. Et ne parlons pas des garçons à Poudlard qui sont tous de pauvres imbéciles sans cervelles qui regardent plus sa poitrine que ses yeux. Elle se regarde dans le miroir face à son lit et marmonne :
''Je me sens affreuse !''
Rose a des longs cheveux ébouriffés hérités de sa mère et d'une couleur rousse venant de son père. Telle Sophie de Réan – son livre préféré que sa mère lui a lu des centaines de fois pour l'endormir – elle a essayé maintes fois de les coiffer à sa manière mais jamais sans succès.
Elle est d'autant plus complexée par son physique que Rose n'a jamais eu de petits copains. Les rares garçons qui l'ont intéressé lui ont tous fait comprendre qu'ils la trouvent trop moche. ''Quels crétins,'' grogne-t-elle chaque fois qu'elle y pense, ''ils se regardent jamais dans le miroir ces cons.''
A Poudlard, malgré sa place de Gryffondor, Rose n'a aucun confident. Personne n'a envie de se fier à une personne au si mauvais caractère et dont les études et les livres constituent presque une obsession.
''Pourtant, on apprend tout dans les livres, maman me le dit tout le temps,'' pense-t-elle avec amertume.
Finalement, en y réfléchissant, ce pensionnat où ses parents veulent l'envoyer représente un espoir. Mais les Moldus seront-ils plus ouverts et sympathiques ? Rien n'est moins sûr. Rose ne demande que du changement. Elle est prête à faire des efforts pour raréfier les crises et les colères et devenir plus agréable. Mais les autres aussi doivent se montrer plus tolérants et ne plus la traiter de vieille mocheté comme elle entend si souvent.
Elle sort de sa cachette bien imaginée – une culotte dans son placard – son journal intime, seul endroit où elle peut trouver un réel refuge.
Cher journal, mes parents veulent m'envoyer dans un pensionnat de Moldu. J'ai réagi très mal et je me suis engueulé, une fois de plus, avec mon père. J'en ai marre. Je me sens tellement mal. Je me sens laide avec mes cheveux impossible à coiffer et mes quelques kilos en trop. Les garçons me prennent pour une intello infréquentable et rien ne les intéresse en moi à part mon cul et mes nichons. Mais qu'y-a-t-il de mal à être une rat de bibliothèque ? J'aimerais tellement rencontrer un garçon, un ami, ou peut-être même un amoureux. C'est quoi être amoureuse ? Je ne l'ai jamais su, mon journal. J'aimerais savoir ce que ça fait que d'embrasser un garçon sur la bouche. Mais je suis aussi prête de le découvrir qu'Hugo de devenir intelligent… tu vas me dire de garder espoir, mon journal, mais il y a longtemps que je n'y crois plus
En pleine écriture, Rose, épuisée, tombe endormie, avec de mornes pensées en tête.
Si seulement quelqu'un pouvait l'aimer comme elle est…
EXTRAIT DU PROCHAIN CHAPITRE :
Il a l'air d'une grosse patate mélangé à un œuf. Grand, trapu, chauve, une barbe qu'il n'a pas du raser depuis des semaines, il affiche une mine qui fait comprendre tout de suite à Rose qu'elle aura du mal à s'entendre avec cet homme-là.
''Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, soyez les bienvenus au pensionnat de La Marguerite.''
