Tam83 : Merci.


Peut-être est-ce parce que, contrairement à d'habitude, elle ne fait pas sa rentrée à Poudlard. Néanmoins, jamais Rose n'a ressenti aussi peu d'enthousiasme quant à la reprise des cours. Elle se souvient très bien comment, quatre ans plus tôt, elle affichait une grande excitation pour son premier départ à Poudlard. Ce temps-là lui parait désormais bien loin. Cette année, elle va vivre dans un pensionnat moldu ordinaire pour mauvais comportement. Pour Rose, être privée de Poudlard est une véritable punition.

Paradoxalement, quitter la maison Weasley-Granger ne peut faire que lui faire du bien. L'atmosphère qui y règne est déprimante et irrespirable.

Pendant tout le dernier mois avant la rentrée, Rose s'est efforcée d'éviter le plus possible de se retrouver face à ses parent. Entre son père et elle, un véritable mur invisible s'est dressé et ils ne s'échangent chaque jour quasiment que des mots comme « bonjour » et « bonne nuit ». Les relations avec sa mère sont certes moins froides mais les conversations sont tout aussi rares et pauvre. Hermione est peinée de voir sa fille autant en conflit.

Même les visites de la famille, d'ordinaire joyeuses et agréables, ont perdu de leur chaleur. L'oncle Harry, la tante Ginny, les grands-parents paternels et maternels et le reste de la famille ont bien incité parents et fille à faire la paix mais tous ont vite renoncé, comprenant que les tentatives sont vaines. Victoire a essayé de parler à Rose, laquelle lui a jeté un regard si féroce qu'elle a préféré s'éclipser, de peur de recevoir un nouveau coup de poing à la figure. Quant à James, Albus, Lily, Dominique et tous les autres cousins, ils ont tout simplement décidé de laisser Rose bouder et de l'ignorer complètement. Hugo a tenté de narguer sa sœur mais a vite cessé suite aux réprimandes sèches de sa mère.

Jamais Rose ne s'est sentie aussi seule, triste, déprimée. Plus que jamais, son journal intime est son unique refuge et elle passe désormais pratiquement toutes ses journées dans sa chambre à écrire,lire et relire mille fois ses confessions personnelles. Ce qui lui manque finalement, c'est un confident. Un vrai à qui elle peut tout confier comme à son journal, sans être jugée, sans être traitée de moche, pleurnicheuse ou de bagarreuse. Rose envie souvent Teddy et Victoire qui sortent pratiquement ensemble depuis la Maternelle. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit elle aussi au bonheur ?

En fait, elle a bien rencontré un jour un garçon qui aurait pu endosser ce rôle de confident, mais elle ne l'a vu qu'une fois. C'était un grand blond séduisant au teint pale et elle l'avait aperçu justement le jour où elle a foulé le sol de King's Cross en tant qu'étudiante pour la première fois. Elle se souvient que son père lui a recommandé de ne pas le fréquenter. Rose n'en avait cure et était décidée à faire sa connaissance. Aussi, lorsque Rose a appris plus tard qu'en réalité, il est parti pour Durmstrang dans le Grand Nord, sa déception n'en a été que plus grande.

Comme habituellement, c'est le 1er septembre qu'a lieu la rentrée à Poudlard, trois semaines exactement avant celle de Rose. Peinée, celle-ci refuse, malgré l'insistance de son père, d'aller dire au revoir à son frère et ses cousins à la gare. Elle ne peut pas supporter l'idée de les voir partir dans le train pendant qu'elle-même reste à quai.

Le trajet jusqu'au pensionnat, qui se fait en voiture, ne dure que quinze minutes mais l'ambiance est si triste et silencieuse qu'il semble durer des heures. Rose est décidée à ne pas ouvrir la bouche et a répondu à peine aux mots et aux baisers de sa mère pour la réconforter. Quant à son père, il a tout simplement décidé d'agir comme le reste de la famille, c'est-à-dire comme si elle n'existait pas.

A côté de l'imposant château de Poudlard, le pensionnat, qui porte le nom de La Marguerite, parait bien minuscule et Rose le compare à son ancienne école Maternelle. Une porte verte et des grilles entourent une cour grande comme un parquet de basketball, faisant face au reste du bâtiment à peine plus large que la façade de la Mairie de Loutry-Sainte-Chaspoule. Quelques autres élèves et leurs parents sont déjà là. Rose, aidée de sa mère, sort sa valise du coffre de la voiture et les trois Weasley s'avancent vers la porte d'entrée et attendent.

Dix minutes plus tard environ, un homme vient ouvrir.

Il a l'air d'une grosse patate mélangé à un œuf. Grand, trapu, chauve, une barbe qu'il n'a pas du raser depuis des semaines, il a une mine sévère qui rappelle étrangement le professeur McGonagall. Rose comprend qu'il est préférable de ne pas contrarier cet homme-là.

''Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, soyez les bienvenus au pensionnat de La Marguerite.''

Il a une grosse voix d'homme bourru et Rose a l'impression de voir en lui une version massive d'Argus Rusard, le concierge de Poudlard.

Lentement, suivant les autres familles, les trois Weasley entrent dans le pensionnat.


Scorpius éprouve des sentiments partagés lorsqu'il se met en route pour sa nouvelle école. D'un côté, il est content de quitter Durmstrang. Il ne s'est jamais fait à cette école et n'a pas complètement pardonné à son père de l'y avoir envoyé contre son gré. Il a espéré pendant un temps pouvoir enfin entrer à Poudlard, l'école de sorcellerie la plus prestigieuse où tant de sorciers et sorcières célèbres, de Harry Potter à ses propres parents, ont fait leurs études. Mais au lieu de cela, il allait se retrouver chez les Moldus. Scorpius s'est résigné à l'idée qu'il ne mettra jamais les pieds à Poudlard.

Ses parents n'ont pas aussi mal réagi qu'il le craignait lorsqu'ils ont été informés de son renvoi de Durmstrang et de son placement forcé en Pensionnat Moldu. Tout juste ont-ils montré leur déception par les regards. De même, sa grand-mère paternelle, Narcissa, le soutient pleinement. Par contre, son grand-père paternel est furieux : pour Lucius, un Malefoy envoyé dans une école moldue est une honte infamante pour la famille. Si sa femme et son fils ne l'avaient pas calmé, Lucius aurait certainement écorché Scorpius vif. Il ne lui a d'ailleurs pas adressé une seule fois la parole depuis, pas même lors des réunions de famille.

Arrivés devant l'entrée du pensionnat de La Marguerite en voiture, la première impression de Scorpius est comment le bâtiment parait bien petit par rapport au Manoir familial des Malefoy. Scorpius a un faible sourire en imaginant la tête que ferait son grand-père s'il voyait ça. Il est plutôt content que seuls ses deux parents l'accompagnent.

Une foule d'élèves et leurs parents sont déjà présent et les trois Malefoy se fondent parmi eux en toute discrétion. Scorpius essaie de ne pas penser au fait qu'il ne pourra plus faire de magie pendant un an. A ses yeux, c'est une sanction bien pire qu'un renvoi ou qu'une vie contrainte parmi les Moldus. Privé de magie pour avoir fait exploser un pétard sous la chaise d'un professeur arrogant… vous avez dit justice ?

Un monsieur vient ouvrir la porte d'entrée, probablement un membre du personnel de l'école pense Scorpius. Il a l'air d'un œuf avec sa tête presque chauve et sa barbe de belle taille. Il incite parents et enfants à entrer.

Scorpius observe les alentours de la cour puis ses futurs camarades d'école et là, ses yeux s'arrêtent et son cœur se met à battre.

Parmi les étudiants présents figure une fille aux longs cheveux roux ébouriffés. Scorpius réalise que ce visage, et ceux de ses parents, lui parait familier. Mais surtout, sa première pensée en voyant ses cheveux et ses yeux noisettes, c'est :

''Wouaaaaaaaaaaaaaaaa ! Elle est belle !''

Mais pourquoi a-t-il l'impression de connaitre cette belle inconnue ?

La réponse ne se fait pas attendre. Elle vient de son père qui, intrigué par la soudaine attirance de son fils, a jeté un œil curieux envers elle et ses parents et a poussé un hoquet de surprise en les reconnaissant.

''Ce n'est quand même pas eux !'' dit-il à voix basse pour que personne d'autres que sa femme et son fils ne l'entendent.

''Que se passe-t-il, chéri ?'' demande Astoria.

''Regarde les trois là-bas. Tu les reconnais ? Mais qu'est-ce qu'ils fichent ici ?''

Astoria regarde et, si elle n'est pas aussi stupéfaite que son mari, elle affiche tout de même un petit air surpris.

''Leur fille entre aussi dans ce pensionnat ?'' dit-elle.

''Scorpius,'' dit Drago, ''tu vois les gens là-bas ? Ce sont trois des membres de la famille Weasley.''

''La…''

Scorpius sait enfin qui elle est. Mais oui bien sûr, cette fille c'est Rose Weasley, la fille de Ronald et Hermione Weasley, deux personnages hauts placés au Ministère de la Magie. Il l'a aperçu à King's cross le jour où il a prit le train pour la première fois pour Durmstrang. A l'époque, elle ne l'a pas laissé indifférent mais son père lui a formellement interdit d'aller lui parler. Il ne lui a jamais caché que toute approche d'un Malefoy vers un Weasley est à proscrire, mais a par contre toujours refusé de lui en expliquer les raisons.

''On le change d'école immédiatement,'' grogne Drago.

''Chéri, c'est trop tard, il est inscrit,'' dit Astoria.

Contrairement à son mari, Astoria n'a pas d'animosité particulières pour les Weasley.

''Pas question que… il ne doit pas fréquenter cette fille !''

''Drago, ce n'est pas parce que tu détestes les Weasley que tu dois forcer Scorpius à suivre ton opinion,'' gronde Astoria.

Drago semble avoir avalé une fusée. Il n'est pas habitué à ce que sa femme lui tienne tête de cette manière.

''Je… bon très bien.''

Scorpius de toute manière n'a aucune intention, pour cette fois au moins, d'écouter son père. Il a toujours espéré revoir un jour cette fille. Un espoir que, au fil du temps, il avait fini par perdre. Aussi, la retrouver dans la même école moldue lui apparait comme un véritable miracle de la vie. Il compte bien profiter de cette chance incroyable.


Les Weasley attendent, intrigués, parmi les autres élèves et les parents. L'homme qui les a fait entrer leur fait signe et retourne à l'intérieur du bâtiment, sans doute pour aller chercher Mr Beugnon, le directeur du pensionnat.

Tout à coup, Ron aperçoit une silhouette familière et manque d'avoir une attaque. Non, ce n'est quand même pas… impossible, non, incroyable, il ne peut pas y croire.

''He… Hermione, regarde qui est là !''

Hermione se tourne dans la direction et n'en revient pas elle aussi. Ses yeux sont clairs, il s'agit bien de Drago Malefoy avec sa femme et son fils. Que font-ils ici ?

Rose regarde à son tour pour voir ce qui étonne autant ses parents et là, son cœur s'emballe.

Elle n'en croit pas ses yeux. Elle pense un instant qu'elle rêve. Mais non, elle n'a pas la berlue. C'est bien lui. C'est le garçon blond qu'elle a vu le jour de sa première rentrée pour la première et unique fois et a tant espéré revoir un jour. La dernière fois, il était de loin. Là, elle le voit d'assez près et il lui apparait fort séduisant et musclé. Elle ressent alors une étrange sensation au fond de sa poitrine, comme une grosse chaleur. C'est la sensation la plus agréable qu'elle a encore jamais ressenti. Elle ne tarde pas à comprendre que c'est son cœur qui bat…

''Je n'arrive pas à le croire,'' grogne Ron en jetant un oeil désapprobateur à sa fille qui ne lâche pas le fils des Malefoy du regard. ''Les Malefoy ici, dans une école moldue ! On n'est pas le 1er avril pourtant.''

''J'ai entendu dire que le fils de Malefoy a été renvoyé de Durmstrang pour indiscipline,'' dit Hermione d'un ton amer.

Elle avait espéré ne plus jamais revoir Malefoy du reste de sa vie.

''Je ne suis même pas étonné,'' marmonne Ron. ''Mais il est trop tard pour changer d'école alors… Rose,'' prévient-il à l'adresse de sa fille, ''tu as intérêt à ne pas fréquenter ce garçon, c'est clair ?''

Rose l'ignore, trop occupée à contempler Scorpius Malefoy. Ron a le teint rouge qui lui donne l'air d'avoir pris feu.

''Hé ho, je te parle !''

''Quoi ?'' dit Rose, vexée d'être forcée à détourner les yeux du garçon.

''Je t'interdis d'avoir le moindre contact avec ce garçon. Tu sais à quelle famille il appartient ?''

''Ron, tu as oublié ce que je t'ai dit un jour ?'' intervient Hermione avant que Rose ait pu répliquer. ''Ce n'est pas parce que nous détestons Drago Malefoy que Rose doit suivre la règle ! Si elle veut devenir copain avec son fils, elle a parfaitement le droit.''

''Ah ouais ? Et imagine qu'ils sortent ensemble, tu imagines un peu ? Hermione, aurais-tu oublié ce que Malefoy a fait il y a longtemps ?''

Hermione affiche un air peiné et change rapidement de sujet.

.''Il serait temps de mettre fin aux vieilles querelles ancestrales,'' dit-elle à la place. ''Harry et Ginny sont bien les voisins des Zabini et ils s'entendent à merveille, alors où est le problème ? Je pense que Rose a le droit de fréquenter qui elle veut, que ça nous plaise ou non.''

''Mais, Hermione, c'est juste que…''

Ron semble chercher un argument pour s'opposer à une relation Weasley-Malefoy, que son épouse ne pourrait pas repousser.

''Nous sommes trop différents, voilà.''

''On se croirait revenu au bal de Noël en quatrième année,'' marmonne Hermione d'une voix exaspérée. ''Tu te rappelles, quand tu m'as fait tout un pataquès avec Krum ?''

''Ne me parle pas de lui !''

Rose n'écoute plus un mot de la querelle de ses parents qui ne l'intéresse absolument pas. Sa seule pensée, c'est le garçon blond. Ainsi donc, c'est le fils de la famille prétendue pire ennemie des Weasley ? Rose sait que les Malefoy sont, habituellement, les ennemis des Weasley mais elle n'en a cure. Elle est parfaitement d'accord avec sa mère. Elle a bien l'intention d'apprendre à le connaître et ce n'est sûrement pas son père qui l'en empêchera.

En tout cas, tout à coup, elle n'est plus si mécontente d'avoir été envoyée dans ce pensionnat pour l'année. On dit que la vie réserve parfois d'étonnantes surprise et Rose vient d'en avoir la preuve ultime. Elle a hâte de pouvoir écrire dans son journal qu'elle a retrouvé le garçon le plus intriguant qu'elle a jamais rencontré…


EXTRAIT DU PROCHAIN CHAPITRE :

Elle n'arrive toujours pas à croire qu'elle lui parle. Son coeur bat plus fort que jamais. Avec ses cheveux roux, elle a l'air en feu.

''Pourquoi est-ce qu'on t'a renvoyé?'' demande Rose avant de le regretter, pensant la question trop indiscrète mais Scorpius ne parait pas offensé.

''Parce que je passe mon temps à faire des conneries,'' répond simplement Scorpius.


Voilà, un peu court mais j'espère quand même que c'est bien. Pensez aux reviews.