Bonjour !
Oui, moi ici je sais, je sais... pour faire simple, plusieurs personnes ont recemmment fait des demandes pour que je partage mes écrits et comme depuis le début de l'année je n'ai pas de connexion internet de manière régulière, je me disais "je le ferais plus tard". Puis plus tard arrivant, et bien, je suis une humaine et une sacré tête en l'air, j'ai fini par oublier.
Puis un jour, en rangeant ma boite mail, je me rends compte que ces messages datent de plusieurs mois déjà et je me sens toute honteuse alors j'ai décidé de re-poster petit à petit tous mes écrits sur fanfiction.
Je commence ici par tous les OS écrits pour les concours du forum DAL et comme depuis presque deux ans j'y participe assez régulièrement, j'ai décidé de les mettre dans une même histoire.
Voilà, j'espère que ça vous plaira pour les nouveaux lecteurs, et j'espère que ça plaira toujours aux anciens !
Bonne lecture !
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The « Stockholm Syndrome » Contest :
Titre de votre OS : Mords-moi
Couple: Bella/Jasper
Disclamer: Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, seule l'histoire est créée par mes soins. Venez aussi découvrir le Forum Damn-Addict-Lemon à ce lien : h. t. t. p: / / damn-addict-lemon . com (enlever les espaces) sur lequel se feront les votes !
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Alors que je pénétrais dans la maison, plusieurs odeurs de vampires m'assaillirent. D'instinct, n'ayant pas l'habitude d'être en présence d'un si grand nombre de ma propre race, je me tendis. Derrière moi, mes deux amis et compagnons de route me rassurèrent en posant chacun une main sur mon épaule.
- Tu ne crains rien ici, m'assura Peter.
A peine eut-il terminé sa phrase que sept vampires déboulèrent pour nous faire face tandis que je reculais pour être à la hauteur de mes amis.
- Bienvenus parmi nous, déclara un grand blond. Je suis Carlisle et voici ma famille. Ma femme, Esmée, et nos enfants, Emmett, Rosalie, Edward, Jasper et Alice, finit-il en les désignant tous un à un.
Mais je ne l'écoutais déjà plus. Un nom avait attiré mon attention, accompagné de son odeur si caractéristique et de ce regard énigmatique que je ne pourrais jamais oublier.
Nos yeux se croisèrent et je pus lire toute sa surprise lorsqu'il comprit que je me souvenais de tout.
Nos souvenirs humains avaient tendance à disparaitre lors de notre transformation en vampire. Certains à cause du traumatisme de la transformation, d'autres car ils préféraient éteindre leur humanité pour embrasser le monstre qu'ils étaient devenus.
Ca n'avait pas été mon cas. J'avais quelques bribes de mes seize premières années en temps qu'humaine. Je me souvenais vaguement de mes parents, de mon frère et de mes deux sœurs ainsi que des chevaux et du bétail que nous élevions.
Mais le souvenir de ma dernière année humaine était comme gravé au fer rouge en moi. Et pour cause !
J'explosais de colère en faisant un pas en avant. Peter, qui avait probablement senti que quelque chose allait se passer tenta de s'interposer et de me retenir mais mon bouclier l'empêcha de m'approcher.
- Bella ? demanda-t-il calmement.
- Reste en dehors de ça ! grondai-je en le fusillant du regard.
Ma haine devait transparaître à travers mes yeux rougeoyants car il recula en levant les mains.
Devant moi, il ne bougeait pas. Pourtant, sa famille avait reculé.
Chaque pas vers lui était comme autant de piqures de rappel de ce que j'avais vécu pendant plus d'un an dans ce ranch texan...
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Une minute je rentrais chez moi sous le soleil de plomb, les bras chargés de victuailles achetées sur le marché de la ville, la minute suivante j'étais allongée sur une couchette inconfortable avec un mal de crâne de tous les diables. J'avais du mal à ouvrir les yeux mais une conversation entre un homme et une femme me parvenait distinctement :
- N'est-elle pas délicieuse ? déclara la femme. Dès que je l'ai sentie, j'ai pensé qu'elle te plairait.
Dans sa voix, je sentais la fierté et la joie.
- Elle sent bon.
La voix de l'homme avait claqué, dénuée de tout sentiment.
- Elle est pour toi Major. Pour ton usage unique, personne n'y touchera sans ta permission.
La dernière partie avait été susurrée, comme un secret, une confession presque... intime.
- Elle est toujours vierge, termina-t-elle tandis qu'il grognait.
- Je sais que c'est ainsi que tu les préfères, susurra-t-elle.
Je ne connaissais, certes, que très peu de choses concernant la vie en général et le sexe en particulier mais là aucun doute que ces deux-là étaient en plein préliminaires. Les bruits de sucions qui suivirent ne firent que confirmer cet état de fait.
Malgré ma migraine, je fis un effort incommensurable pour entrouvrir les paupières. Le fait d'être dans la pénombre aidait, je n'aurais pas pu réussir si la pièce avait été baignée de lumière.
Ma vision, tout d'abord floue se fit plus précise à mesure que mes paupières battaient pour finalement se fixer sur les deux personnes qui, je le supposais, discutaient précédemment.
Lui, grand, imposant, appuyé contre le mur, sa chemise entrouverte me laissant apercevoir un torse divinement dessiné, ses mains empoignant la tête de la femme à genoux devant lui, occupée à… Bon Dieu était-elle vraiment en train de lui faire ça ?
Il grogna et resserra sa prise dans ses cheveux. Elle étouffa un gémissement tandis qu'il lui imposait un rythme inhumain.
J'avais déjà entendu parler de cette… pratique. Mais c'était avilissant au possible, exclusivement réservé aux filles de joie non ? Alors pourquoi, tout au fond de moi, la voir s'activer à lui donner autant de plaisir me mettait dans tous mes états ?
Mes yeux remontèrent vers son visage, ses traits se dessinant à mesure que mes pupilles s'habituaient à l'obscurité. Sa bouche entrouverte, sa mâchoire carrée, ses boucles blondes encadrant un visage proche de la perfection angélique, à ceci près que ses yeux étaient d'un rouge plus flamboyant que les flammes de l'enfer !
Un sentiment de peur sans précédent s'insinua en moi. Ce n'était pas humain, rien de tout ceci n'était humain. Tandis que mes frayeurs prenaient le pas sur ma précédente excitation de les voir ensemble, ses yeux accrochèrent les miens et son sourire s'agrandit.
Il vint rapidement dans la bouche de la femme, sans me lâcher des yeux. Comme si j'avais en quelque sorte contribué à sa libération, il m'offrit un sourire en coin qui me fit frissonner de terreur.
Je fermai les yeux pour éloigner cette vision et me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps avant de m'endormir profondément.
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- Debout humaine ! claqua une voix féminine.
Je mis à peine quelques secondes à me souvenir à qui elle appartenait, avant de me remettre à trembler de la tête aux pieds, me rendant compte que tout était bel et bien réel.
- Tu dors depuis douze heures, il est temps de se laver ! ordonna-t-elle.
J'entendis un bruit métallique et réalisais soudain que la porte de ma cage venait d'être ouverte sans être refermée. Mes yeux s'agrandirent de surprise tandis que j'entendis ses pas contourner la couchette pour aller vers la baignoire, à l'opposé de la porte. Rapidement, j'évaluais mes chances de sortir. Elle me tournait le dos, la porte de ma cellule n'était qu'à quelques mètres devant moi, les clés encore sur la serrure.
- N'y pense même pas, gronda-t-elle. Je t'attraperais avant même que tu aies posé le pied au sol et je te garantis que tu ne souhaites pas ça.
Son ton était menaçant. Pourtant, j'étais beaucoup plus près de la porte qu'elle l'était de moi. De plus, avec ma couchette en plein milieu, il fallait d'abord qu'elle la contourne. Il était humainement impossible qu'elle puisse mettre sa menace à exécution. Je ne savais pas si j'aurais une autre ouverture un jour. Aussi, je m'élançais mais à peine avais-je le pied au sol, qu'une violente baffe me fit basculer par terre, à l'opposé de ma cellule, le plus loin possible de ma seule issue.
- Co… Co… Comment ? demandai-je le souffle court et le nez en sang.
Ses yeux devinrent noirs, elle se précipita à vitesse inhumaine vers la porte qu'elle ferma avant de s'éloigner tout aussi rapidement. C'était quoi ça ? Comment allait-elle aussi vite ? Et ses yeux ? Comment pouvaient-ils virer du rouge sang au noir en une fraction de seconde à peine ?
Ne la voyant pas revenir, je me levai péniblement. Elle avait laissé le nécessaire à ma toilette et la moiteur du Texas ainsi que le sang qui s'écoulait de mon nez n'arrangeaient pas ma propreté. Je m'approchais de la bassine qu'elle avait laissée en me tenant aux barreaux de ma cellule. Le coup qu'elle m'avait asséné me donnait encore le tournis.
Je m'assis sur le rebord de la baignoire vide. Peut-être que si j'avais été docile, elle l'aurait remplie ? Pour aujourd'hui, je me contenterais de la bassine… et puis, ce n'était pas comme si j'avais vraiment le choix !
J'aspergeais mon visage et l'eau fraîche me fit un bien fou. Evidemment au bout de quelques secondes à peine, l'eau vira au rouge mais fort heureusement mon nez cessa de couler. L'eau n'étant plus très propre mais n'ayant pas d'autre choix pour me rafraichir, je poursuivis ma toilette. D'abord mon cou puis mes bras et ensuite mes jambes. N'ayant pas d'autres affaires de rechange, ma toilette s'arrêta là et je retournais sur ma couchette au milieu de ma cellule.
Je regardais le plafond, les heures défilaient, je le savais à la pénombre qui gagnait ma cellule petit à petit. La nuit arriva et finalement, je fermais les yeux.
Il faisait toujours nuit noire lorsque j'entendis le bruit caractéristique de la serrure. Je ne bougeais pas, si je faisais semblant de dormir, peut-être que celui qui était entré repartirait ?
- Les battements de ton cœur te trahissent, je sais que tu es éveillée. Lève-toi ! ordonna-t-il d'une façon qu'il m'était impossible de ne pas obéir.
Seulement, n'ayant rien mangé depuis la veille, mes jambes chancelèrent et je tombai au sol. Il m'attrapa par le cou et me souleva d'une seule main, comme si j'avais été aussi légère qu'une plume. J'hoquetais de surprise lorsque mes pieds ne touchèrent plus le sol. Sa prise me faisait mal mais je n'allais pas lui donner la satisfaction de geindre. Il me souleva de sorte que mes yeux soient en face des siens, soit une bonne vingtaine de centimètres au-dessus du sol. J'en profitais pour lui lancer mon regard le plus haineux et menaçant ayant pour seule réaction de sa part un rictus d'amusement.
Evidement, je ne devais pas être très effrayante dans cette position, je me voyais plus comme un chaton porté par le cou dans la gueule de sa mère que comme une chose menaçante.
- Alors, il parait que tu donnes du fil à retordre à Maria ? plaisanta-t-il avant de m'obliger à m'asseoir sur le bord de ma couchette.
Seul le silence lui répondit. De toute façon, je ne savais pas quoi répondre, ce n'était pas comme si ma tentative d'évasion avait duré plus de trois secondes et demi !
- Je te conseille vivement de ne pas retenter une chose pareille. Quand bien même tu réussirais par je ne sais quel miracle à t'extirper de cette cellule, fais-moi confiance, tu ne ferais pas trois mètres dehors sans te faire bouffer par une horde de vampires assoiffés de sang.
Je frissonnais de terreur comprenant que ceci n'était en rien imagé. Les yeux, la vitesse et aussi je ne le réalisais que maintenant, mon sang qui avait fait fuir Maria, il y avait bien une horde de vampire ici. Ce n'était pas une menace, mais un fait établi.
- Bien, je vois que tu as compris. Tu as eu de la chance que Maria ait assez de contrôle pour sortir, ce ne serait jamais arrivé avec un autre, mets-toi ça dans le crâne avant de l'obliger à te saigner à nouveau !
Toujours sans réponse de ma part, il poursuivit :
- Bien. Maintenant que les choses sont claires, voilà ce que j'attends de toi. Tu es là pour que je me nourrisse de toi.
J'hoquetais de surprise tandis que son sourire s'agrandit.
- J'ai toujours eu un faible pour les vierges farouches, me dit-il sur le ton de la confidence. Donc, pour que je sois entièrement satisfait et que tu restes en vie, je veux que tous les jours, à la nuit tombée, tu sois lavée et nourrie. Ça m'évitera d'aller me servir dans la réserve humaine au sous-sol et de tuer quelqu'un tu comprends ? plus vite nous épuiserons ces réserves, plus vite nous aurons besoin de les remplir et ta famille n'habite pas très loin d'ici, tu comprends ?
Mon souffle se coupa tandis que j'acquiesçais vivement. Pour moi, il était bien trop tard mais si je pouvais éviter qu'il s'en prenne à ma famille alors les règles qu'il venait de me dicter n'étaient qu'un mince prix à payer.
- Nous commencerons demain, ce soir tu es bien trop faible, tu ne tiens même plus sur tes jambes ! s'exclama-t-il avant de me tourner le dos et de partir en direction de la porte.
- NON ! hurlais-je avant qu'il ne la ferme jusqu'au lendemain. Je peux ce soir. Je…
Je ne voulais pas qu'il aille tuer quelqu'un. Pas si je pouvais l'éviter !
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu es trop faible, je risque de te tuer avant même de t'avoir goutée !
Il partit à toute vitesse, je sentis à peine un courant d'air frais parcourir la pièce qu'il était déjà de retour avec un plateau de nourriture.
- Mange, ordonna-t-il en le déposant à mes côtés.
L'odeur n'était pas des plus alléchantes mais mon estomac criait tellement famine que je me jetais sur la nourriture sans même prendre le temps de mâcher correctement.
Lorsque j'eus fini, j'étais seule dans ma cellule, la porte était verrouillée de nouveau. Comment avait-il pu sortir sans que je l'entende ? Puis je réalisais qu'il allait tuer quelqu'un pour se nourrir et je me sentis coupable. Si je n'avais pas tenté de m'enfuir, j'aurais eu à manger plus tôt et j'aurais pu le satisfaire sans qu'il n'éprouve le besoin de tuer un autre être humain ?
Mon frère m'aurait probablement giflée pour avoir de telles pensées. Il disait souvent que je finirais par mourir en martyre à force de vouloir toujours prendre la place des autres. Déjà à l'école, je prenais souvent le blâme pour mes amis afin qu'ils ne soient pas punis trop fortement. Mon frère trouvait que j'étais ridicule mais il ne m'en avait jamais empêchée. « Ta bonté te perdra ! » s'évertuait-il à me répéter.
Encore aujourd'hui, c'était plus fort que moi. Et si je devais passer le reste de mes jours dans cette cellule, alors je le ferai et je tiendrais en me disant que chaque soir, je sauve un humain de la mort.
Sans que je ne comprenne pourquoi ni comment, toute trace de culpabilité s'en alla et je sombrais dans un sommeil très profond.
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Lorsque je m'éveillais le lendemain, un plateau avait été déposé au pied de ma couchette. Je le pris et mangeai sans me poser de question.
Je remarquai ensuite qu'une table et une chaise avaient été rajoutées dans la cellule et quelques livres reposaient dessus. Bien, j'aurais au moins de quoi m'occuper jusqu'à la nuit tombée.
Je me levai doucement, ne voulant pas finir au sol comme la veille et je fus surprise de sentir que mes jambes tenaient le coup. Je fis quelques étirements et exercices autour de ma couchette. Mes muscles se détendirent et mon dos se dénoua. Je n'avais pas beaucoup d'espace pour ce faire, moi qui était habituée à courir au grand air et monter à cheval, mais le peu que j'avais allait devoir suffire.
Je remarquai alors que la baignoire avait été remplie durant mon sommeil et je n'y réfléchis pas à deux fois avant de me déshabiller et d'y plonger. L'eau n'était pas chaude, elle était à peine tiède mais vu la température extérieure, l'humidité et la moiteur du Texas, cela me fit un bien fou !
Je me lavai avec l'éponge et le savon laissés sur le rebord avant de poser ma tête sur le rebord et de fermer les yeux. Je m'endormis et l'odeur de nourriture me chatouilla les narines et me réveilla.
Encore une fois, je n'avais rien entendu.
Je sortis de l'eau et utilisai la petite serviette blanche posée à côté de la bassine. Des vêtements de rechange m'attendaient également sur mon lit. Je n'étais pas vraiment à l'aise avec le fait que quelqu'un soit entré et m'ait vue nue mais ce n'était pas comme si j'avais vraiment le choix.
Je m'asseyais à ma nouvelle table et dégustais le plateau en prenant mon temps cette fois. Ce n'était pas gouteux, mais ça avait le mérite d'être nourrissant.
L'après-midi passa très vite, j'avais pris un des livres que j'avais dévoré mais à mesure que le jour déclinait, j'étais de plus en plus anxieuse.
Lorsque la nuit tomba enfin, mon rythme cardiaque atteignait des sommets. J'étais pétrifiée. Mes muscles étaient tendus et je ne tenais pas en place. Je parcourais ma cellule de long en large, attendant le moment fatidique où il entrerait dans ma cellule pour se nourrir… de moi !
Comment cela fonctionnait-il d'ailleurs ? comment allait-il s'y prendre ? et comment pouvait-il ne pas me tuer durant le processus alors qu'il disait la veille que n'importe qui d'autre que Maria m'aurait vidée de mon sang en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ? lui-même avait sûrement assassiné quelqu'un la veille, qu'est-ce qui l'empêchait de recommencer mais avec moi ce soir ?
Mes questions restèrent sans réponses et ne firent que m'inquiéter davantage. Je m'aspergeais alors le visage d'eau contenue dans la bassine. J'avais dans l'idée de me rafraîchir un peu les idées en ce faisant mais ce ne fut pas du tout le cas.
Puis, tout à coup, le calme m'envahit. Comme si finalement je n'avais même pas été anxieuse du tout. C'était terriblement bizarre, je me sentais amorphe, complètement dénuée de sentiments mis à part cette sensation de paix et de confiance.
J'avais toujours été une personne un peu lunatique mais de là à ressentir exactement l'inverse de ce que je ressentais deux secondes plus tôt, ce n'était pas commun et encore moins normal.
Ce fut lorsqu'il entra dans ma cellule que je compris. Son air concentré sur le visage, son calme apparent, il me faisait quelque chose, le doute n'était plus permis. C'était sûrement lui qui avait effacé ma culpabilité la vieille, tout comme il était probablement responsable de mon sommeil trop profond pour être naturel.
Je forçais alors un sentiment de colère qui disparut aussitôt. J'avais la sensation que quelque chose me chatouillait le corps avant de sentir des vagues de calme.
- Que me faîtes-vous ? demandai-je.
- Le sang aura mauvais goût si tu n'es pas calme et détendue alors je t'aide, dit-il tout naturellement. Je peux contrôler les émotions, c'est une de mes capacités vampiriques. Seulement cela m'étonne que tu arrives à sentir quoi que ce soit, c'est bien la première fois qu'un humain se rend compte de ce que je lui fais !
Je gardais le silence, je n'allais pas lui révéler qu'il me chatouillait avec ses capacités. Ma tête bouillonnait de questions à lui poser. Je voulais savoir comment il était devenu vampire, comment avait-il eu ses capacités ? si tous les vampires en avaient ? s'il existait d'autres créatures soi-disant mythiques ? mais je me retins, ce qui le fit sourire.
- Bien. Je vois qu'aujourd'hui tu te portes bien, il me tarde de te goûter.
Il supprima probablement tout sentiment de frayeur que sa réplique avait provoqué. Il s'avança à vitesse inhumaine et me retourna, collant mon dos contre son torse. Le choc me fit suffoquer, il était dur comme le marbre. Il enroula mes cheveux autour de sa main et m'obligea à pencher la tête sur le côté. Je sentis son souffle froid contre mon cou, son nez finit par se coller tout contre la peau fine, me respirant à plein poumon durant de longues minutes.
- Si délicieuse odeur, chuchota-t-il à mon oreille.
Encore une fois, son pouvoir me chatouilla avant même que la peur s'insinue en moi.
Sa langue glaciale traça une ligne imaginaire entre mon épaule dénudée et mon oreille, je l'entendis même gémir de satisfaction. Mes jambes flageolèrent, il avait beau posséder la capacité de contrôler mes émotions, il ne pouvait pas contrôler les réactions de mon corps et ce dernier était pétrifié ! Son autre main fit le tour de mes hanches, me collant plus contre son torse et il raffermit sa prise autour de mes cheveux. Je n'étais plus libre, ni de mes émotions, ni de mon corps et cette constatation me fit fermer les yeux. Des larmes silencieuses commencèrent à franchir mes paupières closes tandis que ses crocs se plantèrent dans ma jugulaire, m'obligeant à expirer tout le contenu de mes poumons.
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Les jours laissèrent place aux semaines, puis aux mois. Eventuellement, les saisons défilèrent. L'été se transforma en automne puis l'hiver et le printemps firent leur apparition.
Tous les jours, je suivais la même routine. Je me levais, légèrement faiblarde et mangeais de suite pour reprendre des forces. Je prenais un bain, mangeai de nouveau et faisais une petite sieste. Ensuite, je faisais un peu d'exercice histoire de maintenir un peu la forme. Puis, une activité selon ce que j'avais à ma disposition.
Plus je me montrais docile, plus j'avais d'avantages et de distractions. Des choses ayant le plus changé ma vie de captive, j'avais eu un miroir, une brosse à cheveux, un chevalet et de la peinture. Je n'étais pas vraiment une artiste mais je ne me débrouillais pas trop mal. Et il fallait dire aussi que je pouvais passer plusieurs jours à tenter de recréer un paysage de mon enfance. Tout ce qui faisait passer le temps était bon à prendre !
J'avais eu aussi du matériel pour tricoter mais ce n'était pas du tout quelque chose pour laquelle j'étais douée. Ma mère disait souvent que j'avais deux mains gauches. Mon père argumentait que c'était toujours moins pire que les pieds gauches. Dieu sait qu'il aimait quand je l'aidais à ramener le bétail au ranch lors des changements de saison.
Enfin, le soir venait et le Major, c'était ainsi que Maria l'appelait, arrivait avec la nuit pour se nourrir. Toujours de la même façon, il me retournait et enroulait ma longue chevelure autour de son poignet et m'obligeait à pencher la tête. Il me respirait de longues minutes avant de planter ses crocs dans la peau fine de mon cou.
Je perdais connaissance, un nouveau jour arrivait et la routine recommençait.
Les seuls changements étaient mes sentiments. Il ne les contrôlait quasiment plus du tout. J'étais tellement résignée chaque jour qu'au final, il n'avait plus besoin de me rendre amorphe. Même son rituel n'était plus vraiment nécessaire, je me serais laissée faire sans qu'il n'ait besoin de m'obliger mais j'avais le sentiment que ce tour de force lui était nécessaire. Alors je le laissais faire sans protester.
Il y avait cependant des soirs où son pouvoir prenait le contrôle de mon être. Lorsqu'il arrivait les yeux noirs de soif et d'envie, il me faisait peur, vraiment peur. Pourtant, au fond de moi, j'avais du mal à me dire qu'il était capable de me tuer mais là encore, je ne savais pas si c'était lui qui contrôlait mes émotions où si elles étaient bien miennes.
Enfin, c'était ce que je m'évertuais à me dire et j'étais de très mauvaise fois. Je sentais très bien cette vibration lorsque son pouvoir entrait en contact avec mon corps, lorsqu'il en prenait le contrôle total, lorsqu'il s'insinuait jusque dans mes entrailles.
Et le sentiment de sécurité que je ressentais lorsqu'il était à mes côtés le soir, ce n'était absolument pas de son fait.
A contrario, lorsque Maria passait devant ma cellule, mes poils se hérissaient de peur. Elle avait quelque chose dans le regard qui me disait qu'il suffirait de peu pour qu'elle me draine entièrement de mon sang. Je mis quelques semaines avant de réaliser que la jalousie transparaissait de tous ses pores. Je ne comprenais cependant pas en quoi elle pouvait être jalouse. Après tout, elle était libre et à les entendre parfois tous les deux, elle était également consentante et ne boudait pas son plaisir ! les murs de ma cellule en tremblaient quelques fois !
Moi je n'étais qu'un casse croute alors il n'y avait pas vraiment de quoi être jalouse, bien au contraire. Je ne dis pas que j'aurais pu échanger volontiers ma place contre la sienne mais la mienne n'avait rien à envier à la sienne !
Puis, un jour d'automne, tout bascula.
Je m'éveillais le corps en sueur, la gorge gonflée et le nez bouché. J'étais incapable de sortir de ma couchette. Mes muscles étaient engourdis et la fièvre me faisait tourner la tête. Quelques heures plus tard, je commençais à tousser grassement, provoquant des spasmes dans tous mon corps. Dès qu'une quinte de toux arrivait, je ne savais pas si j'allais réussir à survivre jusqu'à ce qu'elle s'arrête. Les heures défilèrent et ce fut une torture pour mon corps. Je sentais que la fièvre continuait à augmenter, la toux m'empêchait de dormir et de combattre l'infection. J'avais chaud, j'avais froid. Je tremblais et convulsais.
- Major… parvins-je à chuchoter avant de perdre connaissance.
La suite ne fut qu'impressions et sensations.
J'eus l'impression de voler ou d'être soulevée. Je sentis quelque chose de frais se coller à moi lorsque j'avais chaud puis quelque chose de chaud et confortable lorsque je claquais les dents de froid.
J'entendis des paroles de réconfort, de l'inquiétude mais je mis cela sur le compte de la fièvre, je devais probablement délirer, personne ici ne me réconforterait !
Puis j'entendis une dispute. Je n'étais pas loin de la réalité me semblait-il car je reconnaissais les voix de Maria et Du Major. Elle lui cracha des horreurs au visage qu'il encaissa avec tout le flegme et le calme dont il était capable.
Jamais je ne l'avais entendu élever la voix.
Même cette fois où plusieurs vampires avaient essayé d'entrer dans ma cellule. Je m'étais recroquevillée le plus loin possible des barreaux de ma cage et ils semblaient tellement assoiffés qu'ils fonçaient dedans à tour de rôle pour les faire plier et pouvoir entrer. Le manège ne dura que quelques minutes et, alors que mon supplice sembla durer depuis des jours, Le Major arriva et son pouvoir les fit plier de souffrance. Il ordonna un simple « sortez » qui fit détaler les trois vampires bien trop vite pour que ma vue puisse les suivre.
Je voyais qu'il était en colère et je n'avais pas pu m'empêcher de m'excuser. Il avait alors secoué la tête en soupirant et il était parti, aussi calme et détendu qu'il était venu.
Le soir, il n'était pas venu et des cris de souffrance à vous fendre l'âme m'avaient éveillée en pleine nuit. Je savais que les trois vampires n'étaient plus et quelque part j'en étais soulagée et reconnaissante envers Le Major.
Il était mon geôlier au sens propre, il me gardait dans cette prison tout comme il me gardait en vie.
Les jours défilèrent et la fièvre sembla baisser. Peu à peu j'avais l'impression de reprendre possession de mon propre corps. Mon esprit semblait s'éveiller également et je reconnus la voix du Major lors de mes épisodes de lucidité. Il me parlait de tout et de rien mais ce qui me marqua le plus ce fut lorsqu'il se couchait à mes côtés la nuit et qu'il posait sa main glaciale sur mon front bouillant de fièvre.
Dans ces moments-là, je me sentais importante pour lui. Je ne me sentais plus comme un simple casse croute, j'étais celle qu'il soignait et je lui en étais reconnaissante.
- Je ne mérite pas ta gratitude, me dit-il un jour probablement en réponse aux sentiments que j'extériorisais.
Mes périodes de lucidité devenaient de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. Je parvins un jour à ouvrir les yeux, la pièce dans laquelle je me trouvais était suffisamment sombre pour que je ne me sente pas agressée par la luminosité. J'étais dans un vrai lit, avec de vrais draps et bien que j'aie transpiré dedans, ils sentaient le propre, comme s'ils avaient été étendus en plein air.
Cette odeur me revigora et je réussis à m'étirer, le sourire aux lèvres. Mes muscles étaient ankylosés, cela devait faire des jours voir des semaines que je n'avais pas fait d'exercices et cela s'en ressentait mais l'odeur des draps propres et le moelleux du lit étaient tellement agréables que j'en oubliais ma douleur.
- Tu es de bien bonne humeur pour quelqu'un qui a failli mourir, chuchota Le Major.
Mes yeux le cherchèrent dans la pénombre et il s'avança vers moi le comprenant. Ses yeux habituellement rouges étaient noirs et mornes. Ce n'était pas la faim, non, c'était autre chose. De l'inquiétude ? Du regret ?
- Pour…
Ma gorge était bien trop asséchée pour que je puisse parler correctement. Il vint s'asseoir à mes côtés sur le lit et m'aida à me redresser, calant mon dos à l'aide de plusieurs coussins. Ensuite, il prit un verre d'eau sur la table de nuit et me le tendit. Mes mains tremblaient tellement qu'il fut obligé de le tenir tout contre mes lèvres pour m'aider à boire.
L'eau brula ma gorge jusqu'à mes entrailles les plus profondes et je ne pus boire que quelques gorgées avant de retomber de fatigue.
- Je reste près de toi, sois tranquille, me sembla-t-il entendre.
En réponse, j'envoyais ma satisfaction et la sécurité que sa présence m'inspirait.
Je repris connaissance ainsi plusieurs fois, sans savoir si plusieurs heures seulement s'étaient écoulées ou s'il s'agissait plutôt de jours. Ce dont j'étais sûre, c'était qu'il était là à chaque fois que je m'éveillais.
-o-
Depuis plusieurs jours, j'étais totalement alerte de ce qui m'entourait. J'arrivais à m'asseoir seule, à boire et à manger également, sous le regard bienveillant de mon geôlier. J'étais heureuse de voir que mon état de santé le préoccupait au point de me surveiller des heures durant. J'avais même des doutes quant au fait qu'il quitte cette chambre à un moment donné, j'avais l'impression que peu importait le moment où je m'éveillais, il était là.
- Où suis-je ? me risquais-je à demander finalement.
- Dans ma chambre.
Ses yeux me scrutèrent attendant une quelconque réaction. En réponse, je fermais les yeux et souris de bien être. Je savais que c'était une grande faveur qu'il me faisait et je lui en étais reconnaissante.
Je l'entendis soupirer et ouvris finalement les yeux :
- Quoi ?
- Tu es frustrante, m'avoua-t-il. On t'a enlevée à ta famille pour moi. J'ai passé plus d'un an à me nourrir de ton sang sans même connaître ton prénom. Tu devrais me détester, me haïr, être en colère contre moi au lieu de me montrer de la gratitude, déclara-t-il calmement.
- Je pourrais effectivement. Mais je suis vivante et ce, grâce à toi. Si tu n'avais pas voulu de moi je serais morte. Si mon sang ne te satisfaisait pas, je serais morte. Si tu ne m'avais pas soignée, je serais morte.
Et pour finir de lui montrer toute ma gratitude, je me levais du lit et me dirigeais vers lui. Il ne bougea pas lorsque je collais mon dos à son torse. Il resta immobile lorsque je dégageais mes cheveux de ma nuque et penchais la tête. Il demeura ainsi jusqu'à ce que ma main agrippe sa nuque pour plonger son nez dans mon cou. La fraîcheur de sa peau contre la mienne m'envoya des décharges électriques à travers tout le corps. Ses capacités à contrôler mes émotions me provoquaient sensiblement la même chose mais ce n'était pas le cas à cet instant.
- Isabella, soupirais-je laissant ma tête reposer tout contre son épaule, mais je préfère qu'on m'appelle Bella.
Il sembla reprendre vie tout à coup. Ses mains agrippèrent mes hanches pour me coller contre son corps de marbre. Il inspira profondément dans mon cou, plus longtemps qu'à son habitude mais ce n'était peut-être qu'une impression.
- Bella, souffla-t-il ses lèvres butinant mon cou.
Ses mains passèrent sur mon ventre et ma respiration se fit plus lourde. Mes paupières se fermèrent et, pour la première fois, je m'abandonnais complètement à lui. Je n'avais plus besoin de lutter, je voulais qu'il s'abreuve de mon sang. Je voulais qu'il se nourrisse de moi. J'en avais même besoin, cela me semblait tellement logique et vital que je me sentis pleinement satisfaite lorsque ses crocs se plantèrent dans ma jugulaire.
Nous laissâmes échapper un soupir de bien-être en même temps.
Ce soir-là, je ne sauvais plus un être humain de la mort, non, ce soir-là, je lui offrais ma vie et mon âme.
Pour la première fois, il s'arrêta avant que je ne perde connaissance et me retourna face à lui. Surprise, j'ouvris les yeux pour le sonder. Ses yeux étaient noirs, il venait pourtant de boire, n'était-il pas rassasié ?
Sa main droite caressa ma joue avec douceur tandis que l'autre se trouvait au creux de mes reins. L'instant d'après, ses lèvres étaient sur les miennes.
La sensation était parfaite. La fraicheur de sa langue à l'intérieur de ma bouche chaude. Ses mains parcourant mon corps bouillant de désir pour lui. Nous n'avions pas besoin de parler, il nous suffisait de nous envoyer nos émotions pour communiquer. Mon souffle se saccada lorsqu'il m'étendit délicatement sur le lit. Lentement, il me débarrassa de mes vêtements, s'appliquant à chérir de sa bouche chaque centimètre carré qu'il découvrait. Sa langue se fit plus taquine lorsqu'il atteignit mes cuisses et ma respiration se coupa lorsqu'elle dessina des cercles sur ma chair sensible.
Je n'avais jamais ressenti autant de satisfaction et je doutais que quelque chose puisse un jour égaler ce sentiment. Une de ses mains cajolait la pointe durcie de mon sein tandis que l'autre s'appliquait à me détendre afin que je puisse le recevoir en moi. Sa langue me faisait un bien fou et j'en oubliais l'écartèlement que provoquaient ses doigts.
Finalement, il remonta le long de mon corps. J'avais raté quelque chose puisque seule sa peau entra en contact avec la mienne, il n'avait plus aucun vêtement. Il se plaça entre mes cuisses ouvertes et sa main caressa mes cheveux. Ses yeux semblèrent demander mon accord et je m'évertuais à lui montrer tout ce que je ressentais à cet instant.
Il m'embrassa tendrement tout en prenant son sexe en main pour le présenter à mon entrée. Je cessais de respirer lorsqu'il entra finalement en moi. La douleur fut vive, bien qu'il soit le plus doux possible dans son intrusion.
Sentant ma déchirure, il essaya de me calmer, je pus sentir son pouvoir me chatouiller.
- Non, je veux tout ressentir ! lui dis-je tandis qu'il arrêtait son contrôle sur mes émotions.
Lentement, il ressortit pour revenir tout aussi tendrement. Ses mains sur mon corps, sa bouche dans mon cou ainsi que ses paroles rassurantes et la fraicheur de son membre à l'intérieur de moi parvinrent vite à apaiser la douleur.
La perfection avec laquelle nos corps s'emboîtaient ne fit que confirmer ce que je savais déjà : j'étais sienne.
Ses mouvements s'accélérèrent lorsqu'il sentit que la douleur n'était plus aussi vive. Ses yeux noirs prenaient alors une toute autre explication, c'était du désir pur. Ses va-et-vient devinrent plus vifs et plus profonds. Mon corps se tendit de plaisir, mon dos s'arquait sous ses assauts. Cependant, il me manquait quelque chose et j'étais quasiment sûre de savoir ce dont il s'agissait.
- Mords-moi ! ordonnais-je entre deux soupirs.
Il arrêta tout mouvement et je grognais de frustration tout en me tortillant sous lui afin qu'il continue à prendre possession de mon corps.
- Mords-moi !
L'ordre sonnait plus comme une plainte et il recommença à se mouvoir en moi, les mains sur mes hanches afin de me prendre encore plus en profondeur.
Puis, lorsqu'il posa ses lèvres juste sous mon sein droit, l'appréhension de ce qui allait suivre me fit gémir tellement fort qu'il n'hésita pas une seconde avant de me mordre et de s'abreuver de mon sang. La seconde d'après, mes parois intimes emprisonnaient son membre et tout mon corps convulsa sous la force de mon orgasme. Je sentis la fraîcheur de son fluide d'insinuer en moi tandis qu'il me mordit plus fort en grognant son plaisir.
Je m'endormis calmement, me persuadant que tant qu'il serait à mes côtés, rien ne pourrait jamais m'arriver, mais le destin n'était pas de notre côté apparemment.
Le bruit d'une porte qui claque me fit sursauter et, la seconde d'après, je fus propulsée à l'autre bout de la pièce, contre la coiffeuse. Je sentis le sang couler avant de sentir la douleur du choc. Le miroir s'était brisé sous l'impact et les morceaux de verre pénétraient mes chairs sensibles. Je levais les yeux et la pièce s'était remplie de vampires. Le Major était le seul obstacle entre eux et moi. Ils devaient être une quinzaine et pourtant, le Major semblait détendu comme à son habitude. Pour ma part, je n'étais pas rassurée, surtout lorsque je croisais le regard satisfait de Maria.
Elle était la cause de ceci, j'en étais sûre. Je me souvenais maintenant la dispute qu'ils avaient eue, il ne la touchait plus depuis des mois, préférant de loin ma compagnie à la sienne et ça la tuait de le perdre au profit d'une simple humaine.
La bataille s'amorça. Je ne bougeais pas, j'en étais incapable. Chaque mouvement enfonçait le verre saillant un peu plus dans mes chairs. Maria observait la scène. Plusieurs de ses vampires plièrent sous le pouvoir du Major qui s'empressa de les décapiter. Je ne m'étais jamais demandé ce qu'étaient les bruits de métal froissé que j'entendais parfois dans la nuit, maintenant je savais qu'il s'agissait d'un démembrement vampirique. J'aurais dû ressentir de la peur mais tout ce que je parvenais à extérioriser était la fierté de le voir se battre pour moi. Je devais avouer que le peu que j'en voyais, la vitesse vampirique n'aidant pas à distinguer avec précision ses mouvements, le Major était majestueux. Il décapitait et arrachait des membres avec tant de grâce et de facilité que j'en eus le souffle coupé.
Malheureusement, il fut vite dépassé en nombre. Plus il en abattait, plus il y en avait qui revenaient. Maria semblait de plus en plus satisfaite de l'issue du combat et lorsque le Major dût s'éloigner de moi afin d'éviter une autre attaque, elle en profita pour se faufiler à mes côtés.
- Il va mourir à cause de toi, tu en as conscience n'est-ce pas ?
- Non, pleurnichai-je.
- Mais tu vas mourir d'abord ! s'exclama-t-elle avant de plonger sur ma gorge.
Le reste ne fut que douleurs et brûlures. J'avais l'impression qu'un brasier couvait à l'intérieur de mon corps et plus je luttais contre les flammes, plus la douleur était intense. J'aurais souhaité perdre connaissance mais ce ne fut pas le cas, bien au contraire, la douleur se révéla au fil des heures ou des jours de plus en plus virulente à tel point que je souhaitais mourir. A moins que je sois déjà morte ? Auquel cas je ne savais pas ce que j'avais fait dans cette vie pour mériter une telle pénitence !
Puis finalement, la douleur s'apaisa, ma conscience s'éveilla petit à petit.
- Il le faut Peter ! gronda la voix du Major. Maria est toujours en vie et tu sais aussi bien que moi qu'elle ne s'arrêtera pas de la chercher tant qu'elle ne l'aura pas tuée.
- Jasper, soupira probablement le dénommé Peter, elle nous cherche aussi, je ne peux pas me permettre de la garder !
Jasper ? le Major s'appelait Jasper ?
- Si je n'avais pas été là, toi et Charlotte seriez déjà morts à l'heure qu'il est, tu me dois bien ça !
C'était la première fois que je l'entendais perdre son calme. Je n'osais même pas imaginer la réaction du fameux Peter, il devait littéralement se faire dessus.
- Et je lui dis quoi quand elle posera des questions ?
- La transformation aura effacé ses souvenirs humains, déclara Jasper.
Je sentis un courant d'air frais puis quelque chose de glacé mais tellement réconfortant se posa sur mon front.
- Elle ne se souviendra pas de moi, la douleur transparaissait dans le ton de sa voix. Tu n'auras qu'à lui dire que tu l'as trouvée comme ça, se ressaisit-il.
L'instant d'après la douleur revenait pour se concentrer sur mon cœur qui ralentissait. J'avais l'impression qu'un produit toxique s'insinuait dans mes veines pour resserrer son étau de poison autour de mon organe vital.
- Elle va se réveiller. Ne lui dis rien sur moi, ne parle jamais de moi. Je te contacterais lorsque j'aurais mis Maria hors d'état de nuire.
Une éternité plus tard, mon cœur cessa de battre pour toujours.
-o-
Plus d'une centaine d'années plus tard, il était de nouveau devant moi.
Grand.
Beau.
Charismatique.
Et majestueux.
Ma mémoire humaine ne lui rendait définitivement pas justice mais mes années de pratique du dessin et de la peinture avaient pu l'immortaliser dans les moindres détails de sa perfection.
Il sourit lorsqu'il sentit mon changement d'humeur, la colère avait laissé place au soulagement et je pus même voir son pouvoir venir me chatouiller le corps. Cette fois, je me protégeais de mon bouclier, ne le laissant pas altérer mes sentiments. Hors de question qu'il fasse de moi une marionnette amorphe.
Il m'avait abandonnée, il devait ressentir toutes mes émotions, sans exception. Il allait devoir supporter la douleur, la perte, les sentiments d'abandon, la peur de ce que j'étais devenue, la lutte contre ma nature et ma soif, le contrôle de l'afflux de venin lorsque je me nourrissais afin d'éviter de transformer tous mes casse-croutes en vampires, la douleur encore et la misère que je ressentais chaque fois que je pensais à lui.
Son sourire se fana et son corps se plia au fur et à mesure que je le chargeais avec mes émotions toutes plus déplaisantes les unes que les autres.
Nos yeux ne se quittaient pas, nous n'avions pas besoin de parler. Nous n'en avions jamais eu besoin à vrai dire. Je savais qu'il souffrait de tout ressentir d'une traite ainsi mais il le fallait. J'avais besoin d'extérioriser plus de cent ans de souffrance et de peine.
Puis, finalement, je terminais par ma résignation à le trouver coûte que coûte. J'avais presque failli torturer Peter une dizaine de jours plus tôt lorsque j'avais entendu sa voix à l'autre bout du fil. Mon pauvre ami avait passé un sale quart d'heure avant de me promettre de m'emmener à lui.
Je terminais cette confrontation par le sentiment qui ne m'avait jamais quittée durant toutes ces années. Le seul sentiment que je n'avais jamais réussi à éteindre ni même à supprimer ne serait-ce que quelques minutes, celui qui me poursuivait jour et nuit depuis plus de cent ans, celui qui était encore plus douloureux que ma transformation vampirique :
L'amour.
