scorose.L0VE : voilà la suite.
Quand Rose se réveille le lendemain matin, elle a du mal à croire que, vingt-quatre heures plus tôt, elle avait le moral très bas et s'est levée de son lit la mort dans l'âme à l'idée de partir chez les Moldus. En fait, c'est à peu près son seul état depuis qu'elle est devenue adolescente.
Mais depuis, Scorpius Malefoy est passé par là et tout a changé. Elle se demande un instant si elle n'a pas rêvé, si les retrouvailles avec lui étaient réelles. Mais c'est bien vrai. C'est lui le grand blond qui fait chavirer son cœur.
Ils ont décidé de se considérer comme meilleurs amis. Rose en est enchantée. Elle sait que son cœur désire plus. Si elle contemplait le miroir du Risèd – l'oncle Harry lui en a beaucoup parlé – elle se verrait assurément en couple avec lui. Mais il est trop tôt pour cela. Elle ne le connait pas encore assez et une pensée traverse soudain son esprit : et s'il se moque d'elle ? Non, impossible, il semble tellement sincère… laisser faire le temps, c'est tout.
Elle a rarement ouvert aussi grand son cœur dans son journal intime où elle a écrit, après s'être assuré que Belinda, qui n'a cessé de la surveiller du regard, se soit endormie. Par ailleurs, Belinda ronfle comme un gros camion et son gros ventre se soulève au rythme de sa respiration. On aurait dit une ogresse venant d'avaler un enfant. Une vision qui dégoûte particulièrement Rose.
Cher journal, aujourd'hui je suis arrivée au Pensionnat de la Marguerite et bien sûr, l'endroit est pourri. Le surveillant, Lagrochaispasquoi, a l'air d'être un pauvre type râleur et je suis devenue la cible préférée d'une grosse baleine qui a l'air d'une version féminine d'Augustus Gloop. Tu verrais, mon journal, moi qui suis complexée par mes bourrelets, j'ai l'impression d'être une carotte fine comparée à elle. Poil de Carotte, c'est comme ça qu'on devrait m'appeler tiens. Mais bref, faut que je te raconte, mon journal. Car à côté de ça, il est arrivé quelque chose d'INCROYABLE. Tu ne vas pas le croire. Devine qui j'ai retrouvé, devine qui va être mon camarade de pensionnat. Oui, c'est bien lui. Scorpius Malefoy. Je n'en reviens toujours pas. J'avais perdu tout espoir de le revoir un jour, depuis le regard qu'on s'est échangé à King's Cross avant que nos pères respectifs nous éloignent l'un de l'autre. Mais le hasard de la vie a voulu qu'on soit envoyé, lui et moi, dans le même pensionnat moldu. Tu aurais vu les têtes que faisaient nos pères ! Ils n'en revenaient pas. Je savais qu'ils se haïssaient cordialement mais là, c'était à en pleurer, ils étaient proche de se bastonner. Mais je m'en moque. C'est Scorpius qui compte. Ah la là. Je ne te le cache pas, mon journal, je suis folle amoureuse de lui. Je n'ai qu'une envie, c'est d'apprendre à le connaître et peut-être plus tard… mais je ne veux pas me faire de film. Si ça se trouve, il ne voudra pas plus qu'une amitié. Si c'est le cas, j'accepterai sans problème car je ne veux pas le perdre. Mais j'espère que ça se fera vite. Car figure-toi que la grosse a des vues sur lui. Scorpius n'a pas l'air intéressé mais je la sens capable de le convaincre, elle a l'air tellement coriace. Mais je ne me laisserai pas faire. Je ne la laisserai pas tout gâcher entre moi et Scorpius. Je te laisse, mon journal, il est temps pour moi de dormir. Je te raconte la suite de l'histoire demain. Bonne nuit, mon journal.
D'excellente humeur pour la première fois depuis longtemps, Rose supporte sans broncher la présence pesante de Belinda dont les yeux semblent fixés sur elle comme s'ils étaient collés à la super-glue. Mais Rose n'a pas l'intention de devenir sa souffre-douleur. Et elle décide tout simplement de l'ignorer et reste impassible lorsque, au moment où Rose s'apprête à entrer dans la salle de bain pour se doucher, Belinda passe devant elle en lançant avec un sourire narquois :
''T'attends ton tour, la rousse.''
Elle met près de vingt minutes et Rose est convaincue qu'elle traine volontairement pour l'ennuyer. Mais elle attend avec impatience et lorsque Belinda sort enfin, elle est visiblement déçue que Rose n'affiche aucune réaction.
Rose se presse pour se doucher et s'habiller, puis elle fait son lit et sort du dortoir.
En arrivant au réféctoire pour le petit-déjeuner, elle aperçoit Scorpius déjà assis à la table des garçons. Ne pouvant aller lui parler pour le moment, elle le salue avec un sourire avant d'aller rejoindre les filles. Elle mange en silence. Belinda, venue quelques minutes après, continue de la guetter mais ne tente rien car les professeurs mangent en même temps. Un vrai pot de colle, pense amèrement Rose qui compte bien réfléchir à un moyen de s'en débarrasser.
Le petit-déjeuner fini, les étudiants ont droit à vingt minutes de temps libre avant le début des cours. Rose et Scorpius peuvent enfin se retrouver librement. Ils se rendent comme la veille sous leur arbre après s'être assurés que Belinda ne les suit pas.
Ils restent un moment silencieux, ne sachant visiblement pas quoi se dire ou du moins faire un pas. Rose n'a jamais eu de vrais amis auparavant et est donc d'autant plus timide. Scorpius quant à lui ne sait pas trop comment faire un pas sans apparaitre idiot. Finalement, c'est lui qui tente quelque chose en demandant :
''C'est comment Poudlard ?''
Surprise mais enchantée qu'une discussion soit enfin lancée, Rose répond :
''C'est l'endroit le plus merveilleux du monde, tout simplement.''
''Pourquoi tu n'y es pas cette année ?''
Il réalise qu'il n'est pas le seul à avoir subi des foudres pour indiscipline.
Rose est embarrassée mais au fond, pense-t-elle, elle peut tout lui confier.
''Parce que j'ai à peu près tous les défauts imaginables pour une fille : colérique, bagarreuse, pleurnicheuse, capricieuse, insolente…''
''Tu n'es quand même pas tout ça !'' s'étonne Scorpius.
''Oh que si ! Tu ne m'as pas vu. Si tu savais combien de fois je me suis battue avec des garçons…''
''Je me permets de t'avouer que je t'imagine mal dans un genre Mike Tyson.''
Rose sourit.
''Je sais que tout ça n'est pas digne d'une fille bien élevée, mon père ne cesse de me le rabâcher…''
''Personne n'est parfait. Et puis, tu es très bien pour moi.''
Rose rougit tellement qu'elle a l'air en feu.
''Mais tu ne me connais pas encore assez et moi non plus…''
''C'est vrai, mais je suis déjà certain que tu es une fille bien.''
Rose est proche de fondre. Jamais personne ne lui a fait de tels compliments.
''C'est aussi que… je m'ennuie beaucoup dans ma vie,'' ajoute-t-elle.
''Moi aussi.''
Ils se regardent. Ils se comprennent en tout. Ils en arrivent même à se demander pourquoi chacun appartient à une famille qui hait l'autre depuis des générations.
''Parfois,'' dit Rose, ''je me sens comme…''
''… prisonnier,'' achève Scorpius.
''J'aimerais que ça change…''
''Et moi donc…''
''Et si on créeait…''
''… un autre monde,'' ils terminent tous deux en même temps.
Ils s'échangent un grand sourire.
''Cet arbre,'' dit Scorpius, ''c'est notre refuge à nous. Personne n'y aura accès, Belinda, Lagrogne, n'importe qui d'autre.''
''Un royaume rien qu'à nous…'' dit Rose, l'air rêveuse.
''Je suis le roi et tu es ma reine.''
''Oh oui ! Le roi et la reine qui font régner la paix.''
Ils continuent ainsi à rêver de leur monde, à imaginer comment ils inverseraient les rôles et pourraient dominer les autres, ceux qui leur font la misère comme Belinda… jusqu'à ce que la sonnerie ne les ramène à la réalité. Il est temps d'aller en cours.
''On reviendra tout à l'heure, ma reine,'' promet Scorpius.
''Bien sûr, mon roi,'' approuve Rose avec un grand sourire.
Ils rejoignent leur camarades en rang et ne prêtent aucune attention à Belinda qui les regarde avec fureur.
Le professeur qui assure le premier cours, de Biologie, est une grande dame plutôt en fin de carrière avec des cheveux gris bouclés et des grosses lunettes rondes. Physiquement, Rose la compare à une espèce de caricature de Muriel Finster.
Scorpius et Rose s'assoient à la même table au fond de la classe, espérant ainsi se faire très discret. Scorpius n'a jamais été très ami avec les professeurs mais il se sait obligé de se tenir un carreau. Beugnon l'écorcherait vif.
Après avoir fait l'appel, le professeur dit :
''Bienvenue à votre premier cours de l'année, précisément à celui de Biologie. Je suis Madame Poirette et ensemble, nous allons étudier tout ce qui touche au monde du vivant…''
Rose et Scorpius, qui sont des sorciers, ne connaissent évidemment que très peu le monde scientifique - même si Rose, de son sang de Granger, s'est beaucoup documenté sur le thème - et sont donc d'avantage intéressés. Belinda, assise - de sa propre volonté - juste en face d'eux, est plongée dans une discussion avec une de ses comparses et Rose a la désagréable impression qu'elle réfléchit à comment provoquer un incident contre elle.
''Qui peut me dire ce qui caractérise le vivant ?''
Dans un réfléxe qu'elle a hérité de sa mère, Rose lève aussitôt la main.
''Oui, miss Weasley ?''
''Le vivant nait, se nourrit, s'hydrate, respire, dort, et meurs,'' répond Rose.
''C'est exactement cela.''
Rose s'attend à ce qu'elle ajoute "dix points pour Gryffondor !" mais il n'en est rien. Cela lui fait bizarre alors qu'elle a rapporté en quatre ans à sa maison plus de points que tout les élèves de l'école réunis.
''Tu sais des choses, toi,'' chuchote Scorpius d'une voix amicale.
''C'est normal quand on a une mère qui sait tout sur tout,'' répond Rose avec un grand sourire.
''Oui. Mon père m'en a beaucoup parlé et il n'aime pas.''
Il allait ajouter "il dit tout le temps que c'est une Miss Je-Sais-Tout" mais il se retient, de peur de blesser Rose.
''Il est jaloux.''
''Oui, c'est cela.''
Juste à ce moment-là, Belinda se tourne vers eux et lance avec un sourire narquois :
''J'étais sûre que tu avais des airs de Miss Je-sais-tout.''
''Pourquoi ? Ça te pose un problème ?'' réplique Rose avec froideur.
''Exactement. Je déteste les intellos.''
Rose s'efforce de ne pas ciller. Elle a souvent craqué en s'entendant appeler ainsi mais elle se doit de rester calme. Elle fait donc mine de ne pas l'avoir entendu et s'efforce d'écouter le cours.
''Le vivant concerne aussi bien la flore que la faune…''
Le reste du cours se passe sans incident. Belinda multiplie les sourires sarcastisques mais Rose l'ignore superbement. Cette fille est proprement insupportable mais Rose se dit que tant qu'elle reste de marbre, tout ira bien.
Malheureusement, à force de monter, monter, monter, monter, la bête finit par sortir.
A midi, pour le déjeuner, Rose et Scorpius se séparent, chacun allant s'assoir à sa table. Et malgré la présence des professeurs, Belinda en profite pour frapper à nouveau et plus fort cette fois :
''La rouquine, t'as pas l'air d'avoir compris ce que je t'ai dit hier. Le blond il est pour moi !''
''Tais-toi et mange,'' réplique Rose sans la regarder en mettant un morceau de côtelette dans son assiette.
''Pourquoi ? Je te fais peur ?''
Rose a de plus en plus de mal à retenir sa colère...
''Je ne suis même pas surprise. Les intellos ne sont que de parfaites trouillardes…''
Cette fois, Rose ne peut plus supporter ses provocations incessantes. Elle saisit la côtelette d'une main et la jette à la figure de Belinda.
''Miss Weasley !'' s'écrie Melle Biglotte depuis la table des professeurs.
''Madame, elle m'a…''
''Dans le bureau du surveillant général, maintenant !''
Et voilà comment Belinda a réussi de belle manière à gâcher le bonheur si rare de Rose. En sortant la mine triste, elle échange un regard avec Scorpius qui est tout aussi consterné. Belinda, elle, est très satisfaite.
Rose entre dans le bureau, vide pour le moment puisque Lagrogne est avec les autres professeurs au réfectoire. Elle s'assoit sur la chaise face au bureau, la mine déconfite.
Elle aurait du s'en douter que c'était trop beau pour durer. Il fallait forcément que quelque chose vienne lui rappeler que sa vie n'est pas un long fleuve tranquille. Elle s'est fait une ennemie irréductible en la personne de Belinda Blondel mais s'en serait franchement bien passé. Pourquoi la scoumoune la poursuit à chaque fois ?
Quand Lagrogne la rejoint, il passe d'abord devant elle sans la regarder, comme si elle n'était pas présente. Ce n'est que lorsqu'il s'assoit qu'il se décide à la regarder. Il ne parait pas en colère mais a un air sur le visage qui suffirait à intimider le pire des téméraires.
''Alors ?''
Rose est tentée de répondre « alors quoi ? » mais il ne lui faut surtout pas être insolente comme elle a si souvent fait. Son silence ne semble nullement irriter Lagrogne. Au contraire, il parait aussi décontracté que si Rose lui avait annoncé les résultats du loto. Mais ce calme n'a pour autant rien de rassurant.
''Vous trouvez normal qu'une jeune fille comme vous se comporte de cette façon ?'' dit-il d'une voix tout aussi apaisante.
On lui a répété cela tant de fois que Rose n'en est même plus affectée.
''Pourquoi croyez-vous qu'on vous a envoyé dans cette école, mademoiselle ?''
Rose ne répond pas. Lagrogne fait preuve d'une patience étonnante.
''Pas de réponse ? Très bien.''
Il la regarde avec ses yeux perçants, comme pour la mettre au défi de ciller. Rose s'efforce de rester impassible. Elle essaie de ne pas penser à ce que dirait son père s'il apprenait qu'elle avait eu des ennuis disciplinaires dès son deuxième jour.
''Écoutez-moi bien, mademoiselle : pour cette fois, comme nous ne sommes rentrés qu'hier, je vais fermer les yeux. Mais je vous ai l'œil : recommencez ce que vous avez fait et vous aurez de sérieux ennuis. Maintenant, disparaissez de ma vue et retournez au réfectoire. Vous allez manger à une table isolée pour éviter tout problème, pour cette fois.''
Rose, aussi fort étant son caractère, se jure alors de se tenir à carreau. Mais ses problèmes ne sont hélas pas terminés. Ils vont même empirer.
Belinda a en effet décidée de ne pas en rester là et de tout faire pour rendre la vie de Rose infernale. Si Lagrogne, d'une certaine manière, a soulagé Rose en exigeant qu'elle aille s'assoir seule à une table dans un coin pour finir de manger, ce bref instant de répit s'arrête au moment d'entrer en classe pour le cours d'Histoire-Géographie. Belinda passe comme d'habitude devant elle avec des airs de gorille quand, tout à coup, elle trébuche toute seule, son ventre faisant un grand bruit en touchant le sol..
''Qu'est-ce qui se passe ici ?'' s'exclame Melle Biglotte, alertée.
Avant que Rose ait pu répondre, Belinda lance :
''C'est Weasley ! Elle m'a fait délibérément un croche-patte.''
''Très bien. Miss Weasley, allez voir le surveillant dans son bureau.''
''Mais madame, c'est Belinda qui…''
''Je ne veux pas le savoir ! Dans le bureau de Mr Lagrogne, tout de suite !''
Sous le sourire triomphant de Belinda, Rose quitte tristement la classe et se dirige vers le bureau de Lagrogne.
Dire qu'elle s'est sentie heureuse le matin en se réveillant. Sa première grande journée au pensionnat est finalement un véritable cauchemar. Tout ça à cause de Belinda Blondel.
Lagrogne est retourné dans son bureau après le déjeuner. En découvrant Rose, il affiche une mine stupéfaite et dit d'une voix nettement moins indulgente que précédemment :
''Encore vous ? Qu'est-ce qui se passe encore ?''
Rose est incapable de répondre. Cette fois, elle n'a rien fait. Ce qui lui arrive est une parfaite injustice. Mais elle est sûre que Lagrogne ne la croira jamais si elle affirme que Belinda a mimé une chute pour faire punir Rose.
''Je vois que ce que je vous ai dit tout à l'heure n'a servi à rien. Très bien. Dans ce cas, je vais devoir sévir. Vous mangerez seule dans le réfectoire pendant une semaine et maintenant,'' dit-il en désignant une petite table contre le mur à gauche. ''vous allez me copier un texte. Je vais informer votre professeur d'Histoire-Géographie que vous n'assisterez pas à son cours.''
Il ouvre son tiroir et sort deux gros livres qu'il présente à Rose comme s'il s'agissait de fouets.
''Vous préférez Shakespeare ou Victor Hugo ?''
''Victor Hugo.''
''Et bien, vous prendrez Shakespeare. Vous allez me recopier cinq fois les deux premiers actes de Macbeth en entier. S'il y a une seule faute d'orthographe, ce sera dix fois. Cela devrait suffire à calmer vos nerfs.''
Compte tenu de ce qui s'est réellement passé, la punition est tellement injuste que Rose meurt d'envie de répliquer mais elle se dit qu'alors, c'est toute la pièce entière qu'il lui faudrait recopier cinq fois. Inutile donc d'alourdir la déjà trop forte sanction qu'elle ne mérite même pas.
Tout en faisant sa punition, Rose, dans un coin de sa tête, se donne une mission très personnelle : se venger de Belinda. Puisqu'elle a décidé de faire de Rose son souffre-douleur et d'essayer de lui piquer Scorpius, elle va lui rendre la pareille.
