Rose-Eliade : Merci beaucoup, tu vas aimer celui-ci aussi je pense.


Et voilà le chapitre de cette semaine où l'on retrouve les personnages ''classiques'' si je puis dire.


Rose est seule dans sa chambre, plus triste que jamais. Pourtant, une heure plus tôt, elle nageait dans le bonheur.

Scorpius lui manque tellement qu'elle a en permanence une douleur terrible dans l'estomac et son cœur semble pincé en continue. Lorsqu'elle et son amoureux ont affronté leurs parents, ils se sont attendus à une mauvaise réaction. Mais elle a été pire que ce qu'ils ont imaginé.

Les mères n'ont montré aucune réaction particulière, comme si tout était normal. Après tout, pour Hermione Weasley et Astoria Malefoy, ce qui compte c'est le bonheur de leur enfant respectif. Les pères, eux, ont fait une scène qui aurait été comique dans une scène de théâtre. Dire que Ron Weasley et Drago Malefoy ont fait honte à femmes et enfants est un euphémisme. Bouillonnants de rage, l'un comme l'autre ont prit leur progéniture de force par le bras et Ron a jeté sa fille sans tact dans la voiture, celle-ci ayant à peine le temps d'échanger un regard désemparé avec Scorpius avant que celui-ci ne s'éloigne lui-même en auto. Et à peine rentrée à la maison – à trois, Hugo ne devant revenir de Poudlard qu'une semaine plus tard, Rose a eu droit à l'une des plus sévères réprimandes qu'elle ait jamais reçue de son père. Il a semblé sur le point d'exploser comme une bombe.

''Tu… peux… m'expliquer ?'' a-t-il dit, la voix déformée par la rage.

''J'ai rien à expliquer,'' a répondu simplement Rose.

''Qu'est-ce que tu faisais à tenir la main de… du fils de… ?''

''C'est ce qu'on fait quand on est amoureux, non ?''

Ron a eu l'air aussi cramoisi que si Rose l'avait insulté. Hermione a tenté de calmer les esprits en vain.

''Allons, Ron, il n'y a pas de quoi…''

''Non mais tu te rends compte ?'' a grogné Ron en jetant un regard noir à sa femme comme si c'était elle qui était responsable. ''Notre fille qui sort avec le fils de Malefoy ? C'est inadmissible !''

Hermione a rendu son regard noir. Elle estimait visiblement que son mari en faisait trop.

''Tu n'as donc toujours pas compris, Ron. Nos enfants ne doivent pas subir nos vieilles querelles !''

''Peut-être mais je ne peux supporter l'idée d'avoir un lien quelconque avec Malefoy.''

''Ça fait vingt-cinq ans que nous vivons dans un monde libre !'' a grondé Hermione. ''Est-ce vraiment sérieux de rester sur des souvenirs qui datent de nos années à Poudlard ?''

''Mais enfin, Hermione, tu n'imagines quand même pas…''

''Je vais te le dire pour la centième fois, Ron Weasley : que Rose sorte avec Scorpius Malefoy, je m'en contrefiche. Tout ce que je veux, c'est que ma fille soit heureuse ! Et si elle l'est avec ce garçon, même si c'est le fils de Malefoy, alors c'est très bien pour moi.''

''Et bien pour moi non,'' a répondu Ron avant de se tourner vers une Rose apathique, malgré le fait que sa mère prenne sa défense. ''Rose, je ne veux plus que tu revois ce garçon. Nous allons te réinscrire dans un autre pensionnat.''

Rose ne peut plus retenir sa colère et ses larmes qui menaçaient de couler de ses yeux.

''Tu plaisantes ?''

''Oh que non ! Quelle idée on a eu de t'envoyer dans la même école que Malefoy, on aurait du t'y retirer dès qu'on a su !''

Hermione a poussé un soupir exaspéré. Il n'y a rien à faire, on ne peut pas discuter avec lui.

Et Rose est retombée dans ses vieux démons. Elle s'est jurée d'en finir avec les colères et les pleurs mais le comportement de son père a ravivé ses points noirs.

''Tu… tu n'as pas… le droit !'' a-t-elle dit en pleurs.

''Et pourquoi donc ?'' a grogné Ron, impertubable, sans prêter attention au regard noir de reproches de sa femme.

''Je… je l'aime, papa ! Tu comprends ça ? JE SUIS AMOUREUSE !''

Ron lui a alors donné une gifle qui l'a fait tombé à la renverse.

Le geste de trop. Effondrée et en pleurs, Rose est montée dans sa chambre sans même prendre sa valise et s'est enfermée en claquant la porte. Ron a réalisé trop tard ce qu'il venait de faire. Hermione était proche de l'étrangler vif.

''Alors ça… Ron Weasley…''

''Je… je ne sais pas ce qui…''

''Toi… tu oses lever la main… sur notre fille ?''

''Je ne voulais pas…''

''Mais tu l'as fait ! Regarde-toi : tu ne penses qu'à toi et à tes vieux préjugés et ta haine contre Malefoy. Quand est-ce que tu vas comprendre que notre fille est amoureuse et devient une femme ?''

''Je… si bien sûr mais…''

''Non, bien sûr que non ! Tout ce que tu trouves de mieux, c'est de lui passer un savon et pire que tout, de la gifler ! Non mais quand est-ce que tu vas grandir enfin ? Tu as eu la même attitude quand je suis sortie avec Krum au bal de Noël !''

''Ne parle pas de lui !''

''Et alors ? J'ai le droit non ? Toi tu me parles bien de Lavande à tort et à travers. Et puis, tu sais quoi, tu m'énerves, Ron Weasley, tu…''

A ce moment-là, la sonnette de la porte a retenti. Hermione, sans accorder un regard à Ron, a ouvert la porte. C'était Harry.

''Ah ! Bonjour, Harry,'' a dit Hermione que la visite d'Harry a visiblement ravie et soulagé.

''Bonjour Her… heu, j'arrive au mauvais moment on dirait.''

''Non, ne t'inquiète pas. Entre.''

Ron aussi était content de voir Harry mais un regard d'Hermione l'a dissuadé de dire un mot. Harry s'est senti mal à l'aise : il était venu pour prendre des nouvelles de Rose. Elle est sa nièce et filleule et elle compte énormément pour lui.

''Je ne veux pas paraitre indiscret mais il se passe quoi ?'' a demandé Harry.

Même en étant habitué depuis trente ans à voir Ron et Hermione se battre comme des chiffonniers, il a eu le sentiment que cette fois, leur dispute a atteint un niveau plus fort que la moyenne.

''Il y a que Rose est amoureuse,'' a répondu Hermione avant que Ron ait pu dire un mot, ''et que mon cher mari refuse de l'accepter.''

''Mais non, c'est juste que…''

''Et monsieur a été jusqu'à lui donner une gifle,'' a continué Hermione comme si Ron n'avait pas ouvert la bouche.

Harry, qui n'a jamais frappé personne, a eu du mal à croire que Ron puisse en arriver là. Mais il a senti que son meilleur ami s'en voulait terriblement et n'a pas osé l'enfoncer d'avantage.

''Harry…'' a dit Ron qui semblait à son tour sur le point de pleurer. ''Je ne voulais pas, je t'assure, je… je me suis laissé… débordé par la colère et…''

''Réagis en père responsable, Ron,'' a grogné Hermione. ''Va parler à notre fille et tout de suite.''

Ron paraissait toutefois figé sur sa chaise comme s'il était atteint du maléfice du saucisson. Harry, sentant qu'il n'a pas sa place, a marmonné :

''Je crois que je vais vous laisser…''

''Non, Harry, va lui parler toi, puisque monsieur est incapable de faire un geste.''

Ron a paru visiblement soulagé mais s'est bien gardé de le montrer. Un peu décontenancé mais n'osant pas protester, Harry monte l'escalier et frappe doucement à la porte de la chambre de Rose.

''Rose, ouvre, c'est moi, ton parrain.''

En voyant comment Rose s'empresse de lui ouvrir, Harry comprend qu'elle est soulagée que ce soit lui et non ses parents qui vienne la voir. Elle referme soigneusement la porte derrière lui. Rose a visiblement versé des litres de larme à en juger par l'état de son oreiller. Elle s'assoit sur son lit en fixant le mur d'en face et Harry l'imite. Le silence demeure un certain temps avant que Rose ne dise un triste et maigre :

''Je me sens affreuse.''

Harry lui affiche un sourire pour la rassurer.

''Ne dis pas ça, Rosie. Tu es mignonne comme tout.''

''Je veux dire… c'est quoi ma place dans cette famille ?''

''Te sens-tu délaissée ?''

''Oh que oui ! Tu vois bien comment on me traite, je n'ai pas le droit d'être heureuse…''

Harry compatis totalement à sa peine. Il sait ce que c'est que d'être maltraité par sa soi-disante famille. Il la prend dans ses bras pour la consoler.

''Ecoute, ma chérie, je connais ton père depuis toujours. Il a toujours eu tendance à s'emporter trop loin, mais ce qui est sûr, c'est qu'il t'aime très fort, tes parents t'aiment très fort.''

''M'aiment très fort ? Je n'ai même pas le droit d'aimer qui je veux !''

''Bien sûr que tu as le droit, ma chérie.''

''Mais toi, c'est ton pire ennemi…''

''Peut-être, mais je ne pense pas comme ton père, ce n'est pas un problème pour moi si tu as une relation amoureuse avec le fils de Malefoy.''

Rose, qui sait que son oncle est toujours sincère avec elle, est rassurée en partie. Elle le prend dans ses bras.

''Merci, oncle Harry, merci d'être là. Toi au moins, tu me comprends.''

''Viens. Il est temps de parler avec tes parents.''

Il lui donne un baiser sur le front et l'invite à prendre la main pour descendre. Rose le suit.

Ron et Hermione attendent en bas. Celle-ci est toujours furieuse contre son mari qui lui a la tête basse, n'osant pas lever les yeux vers sa fille. Chacun attend en silence. Rarement la situation a été aussi pesante.

''Ron, tu n'as pas quelque chose à dire à ta fille ?'' dit enfin Hermione, lasse, pour le faire réagir.

''Suis d'solé,'' répond Ron d'une voix à peine intelligible.

''C'est tout ?'' gronde Hermione qui semble proche de perdre patience.

''Je suis désolé, ma chérie, d'avoir été aussi injuste et de t'avoir giflé,'' dit-il plus clairement.

''J'aime mieux ça. Rose, tu acceptes ?''

''Oui, maman,'' dit Rose sans oser regarder son père.

''Bon. Nous avons bien réfléchi, Ron et moi – enfin surtout moi, et nous avons eu une idée simple : le soir de Noël, la famille sera comme toujours réunie au Terrier. Nous allons inviter les Malefoy, et le fils pourra venir à la maison quand bon lui semblera.''

Cette annonce provoque une remontée spectaculaire du moral de Rose. Va-t-elle vraiment fêter Noël avec Scorpius et sa famille ? Ron ne semble pas du tout enchanté par l'idée mais Hermione a clairement le dernier mot et Harry l'approuve.

''Nous allons contacter Malefoy pour l'invitation,'' continue Hermione. ''S'il refuse, nous tenterons de le convaincre au moins de permettre à son fils de venir à la maison. Mais tu seras d'accord avec moi, Harry, après trente années, il est temps de mettre fin à nos vieilles querelles personnelles.''

''Je suis d'accord. Et toi, Ron ?''

''Quoi ? Oh, oui oui bien sûr…''

''Ron ?''

''Oui. Il est temps d'oublier.''

Il est clairement sceptique mais n'a pas d'autre choix.

''Tout le monde est d'accord ? Parfait. Allez, faites la paix, tous les deux.''

Doucement, encore un peu gênés, père et une fille se prennent dans les bras et la gêne laisse finalement place à la joie de la réconciliation. Ron murmure à l'oreille de Rose :

''Pardonne-moi, ma chérie.''

''Je te pardonne, papa.''

Quand Rose remonte quelques minutes plus tard dans sa chambre, elle n'ose pas y croire. Elle va passer Noël avec Scorpius ! Oh bien sûr il faut encore la confirmation des Malefoy et Rose doute fortement que le père de Scorpius soit d'avantage enchanté que le sien par une réunion des deux familles ennemies. Mais puisque la bataille est gagnée de son côté, pourquoi n'en serait-il pas de même pour Scorpius ? Elle l'espère tellement au fond de son cœur, elle qui pensait être séparée du garçon qu'elle aime pour trois longues semaines… Elle s'empresse de tout écrire à son journal, plus que jamais désireuse de confier ses pensées les plus personnelles.

Cher journal, il faut que je te raconte, il s'est passé tellement de choses depuis hier ! Il faut que je te raconte tout, et tu ne vas pas le croire. Mon rêve s'est réalisé : depuis hier soir, je peux enfin clamer haut et fort que je suis la petite amie de Scorpius Malefoy. La soirée du bal a été merveilleuse, l'une des plus belles de toute ma vie. On a dansé sur la musique de La Boum et finalement… on s'est embrassé… moi qui n'avait jamais embrassé un garçon de toute ma vie, j'ai vécu un instant de rêve. J'aurais tellement voulu que ça dure pour l'éternité… Mais il a bien fallu se dire au revoir pour les vacances de Noël avec la promesse de nous écrire, et là tu ne vas pas me croire, mon journal, je vais le revoir plus tôt que prévu, Scorpius et sa famille vont venir passer Noël avec nous ! Enfin, ce n'est pas encore sûr et tu te doutes bien que mes parents, surtout mon père, ne sont pas du tout enchantés. Mon père m'a fait une scène incroyable parce que je sors soi-disant avec « le fils de l'ennemi » et pire que tout, il m'a giflé ! Oui, mon journal, je t'assure, il m'a vraiment giflé, jamais je n'aurais cru ça de mon père. Heureusement, ma mère et l'oncle Harry m'ont défendu et l'ont remonté pour son geste. Et finalement, il s'est soumis et a accepté ce que je croyais impossible : un Noël avec les Malefoy, et surtout pour moi un Noël avec mon amoureux ! Ah… tu vois mon journal, je n'ai quitté le pensionnat que depuis ce matin et il me manque déjà tellement… j'ai besoin de ses yeux, de son sourire, de ses bras, de la chaleur de son corps, j'espère mais vraiment que les Malefoy accepteront l'invitation, de toute façon s'ils refusent je ferai tout pour quand même voir mon Scorpius car pas question de passer trois semaines sans avoir de ses nouvelles, je l'aime tellement...


Pendant ce temps, au Manoir des Malefoy, c'est l'heure d'une scène d'explications entre le père et le fils, et la mère qui joue malgré elle le rôle d'arbitre entre eux. Scorpius s'est attendu à une réaction mauvaise de son père mais c'est pire encore que ce qu'il craignait.

''Sérieusement, fiston, aurais-tu perdu la tête ? Où est-ce qu'on t'a soumis à l'Imperium ?''

''Je vais très bien et non, j'ai parfaitement conscience de mes actes,'' répond calmement Scorpius qui s'efforce de ne pas sourciller car Drago Malefoy est au bord de la crise de nerfs.

''Encore heureux, il ne manquerait plus que ça, mais ça m'étonnerait pas d'eux…''

''Drago, enfin, on sait ce que sont les Weasley mais ils n'iraient pas aussi loin !'' déclare Astoria.

''Oui, bon peu importe : tu réalises avec qui tu es, fiston ?''

''Parfaitement.''

''Tu sais aussi bien que moi ce que sont les Weasley : pas de ça chez nous !''

''Justement, père, les temps ont changé.''

Drago est cramoisi par tant de désinvolture.

''Explique-toi,'' grogne Drago mais c'est Astoria qui répond.

''Tu ne vois pas, chéri, que notre fils est tout simplement amoureux ?''

''Amoureux !'' lance-t-il comme s'il ne pouvait y croire. ''Mais tu te rends compte, Astoria, de qui il s'est amouraché !''

''Oui mais…''

''Je ne veux pas avoir affaire avec les Weasley !''

''Et bien moi si.''

Scorpius fait de son mieux pour rester calme mais il n'est pas décidé pour autant à se soumettre. Jamais, au grand jamais, il ne renoncera de force à son amour pour Rose.

''Les Weasley sont la pire famille qui ait jamais existé dans notre histoire.''

''Pourtant, tu dis du bien d'Harry Potter…''

''Oui mais Harry Potter c'est une exception. Non mais le pire, c'est que tu n'as pas choisi n'importe qui : tu sais qui sont les parents de… cette fille ?''

''Oui, ils travaillent au Ministère de la Magie,'' répond Scorpius.

''Exactement. Mais surtout, ce sont les pires personnes que j'ai connu de toute ma vie.''

''Drago, franchement, est-ce que de vieilles querelles d'adolescents valent encore aujourd'hui ?'' intervient Astoria qui estime, comme Scorpius, que Drago en fait trop.

''Tout de même, Astoria, les Weasley, et surtout ces Weasley…''

''D'accord, mais ne crois-tu pas que le bonheur de notre fils passe avant ?''

Drago est soudain mal à l'aise, comme s'il venait de se rappeler quelque chose qu'il avait totalement oublié.

''Oui, bien sûr, mais…''

''Personnellement, je m'en moque avec qui il est, tant qu'il est heureux ! Moi non plus, je n'aime pas beaucoup les Weasley et comme toi, je haïssais Hermione Granger à Poudlard, toujours miss-je-sais-tout. Mais il est temps de se comporter en adulte.''

Bien que clairement dégoûté, Drago n'a pas d'autre choix.

''Bon et bien… d'accord. Mais pas question de l'amener ici.''

Retourné dans sa chambre, Scorpius s'allonge sur son lit, pour la première fois depuis trois mois, et pense en fixant le plafond des yeux.

Il vient à peine de rentrer que Rose lui manque déjà terriblement. Il en vient presque à regretter le pensionnat – mais uniquement pour elle, cela va de soit.

Tant de choses ont changé depuis ces trois derniers mois. Parti d'ici comme un gamin perdu plus connu pour ses bêtises, il en est revenu transformé… et amoureux. Oui, Scorpius aime Rose à la folie, il le sait, c'est elle la fille qu'il aime, jamais il ne pourra aimer autant quelqu'un d'autre.

Il savait que son père le prendrait mal et que sa mère le défendrait. Il pourra dire tout ce qu'il veut, il ne les séparera pas. Il est maintenant lié à Rose pour la vie.

Le lendemain matin, Scorpius s'ennuie à mourir. Rose lui manque plus que jamais et ses parents ne prononcent pas un mot, surtout son père qui de toute évidence est décidé à ne plus évoquer le sujet sous le toit du Manoir Malefoy.

Quelqu'un frappe alors à la porte.

''Qui ça peut bien être ?'' grogne Drago, visiblement peu enthousiaste d'être dérangé en cette matinée ordinaire et calme.

''Je ne sais pas,'' dit Astoria.

''Je vais aller voir.''


Harry a une impression bizarre lorsqu'il frappe à la porte du Manoir Malefoy. Il n'y est venu qu'une seule fois dans sa vie et ce jour-là, il était prisonnier et enfermé dans la cave et avait réussi à s'échapper d'extrême justesse. Depuis la fin de la Guerre, Harry et Drago ont un respect mutuel mais s'évitent étroitement. C'est toutefois pour le bien des deux familles, pense-t-il, qu'il se décide à rendre visite à la famille ennemie.

Aussi Drago est-t-il très surpris lorsqu'il découvre le visiteur à sa porte.

''Harry Potter ? Qu'est-ce que tu fiches ici ?''

''Nous allons en parler dans le salon, Malefoy, si tu veux bien.''

Etonné, Drago le laisse entrer.

''Tu aurais pu tout aussi bien venir par la Poudre de Cheminette,'' fait remarquer Drago.

''Tu vas comprendre dans un instant pourquoi il m'a été préférable de venir par la voie traditionnelle,'' répond Harry.

''Chéri, qui c'est ?'' fait la voix d'Astoria Greengrass depuis le salon.

''Tu ne vas pas le croire, chérie : Harry Potter en personne est venu nous rendre visite.''

''Harry Potter ?''

Astoria et Scorpius sont tout aussi étonnés de voir Harry Potter débarquer chez eux en cette heure matinale, alors que le Manoir est habituellement aussi banni pour un Weasley que ne l'est le Terrier pour un Malefoy. Scorpius est intrigué : Harry Potter est le seul personnage dans le monde des sorciers pour qui il éprouve un profond respect, en dehors des membres de sa famille et du Ministre de la Magie. Astoria quant à elle ne sait pas quoi penser. Du temps de Poudlard, en tant que Serpentard, Harry représentait un ennemi. Aujourd'hui qu'ils sont adultes, son approche envers lui est radicalement différente.

''Un café, Potter ?

''Non merci, Astoria, je ne resterai pas longtemps.''

Harry se laisse inviter à s'assoir à table et fait face aux trois Malefoy qui l'observent intrigués. Il parait étrange de voir ainsi Harry Potter et Drago Malefoy, ennemis de longue date, faire face comme s'ils prenaient un thé.

''Bien. Alors, quel est donc l'objet de ta visite, Potter ?'' demande Drago d'une voix impatiente. ''Le Ministère compte-t-il faire une fouille alors qu'on se tient tranquille depuis vingt-trois ans ?''

''Rassurez-vous, je viens en tant qu'homme et non comme employé du Ministère. Pour tout te dire, Malefoy, l'objet de ma visite concerne avant tout ton fils.''

Scorpius comprend aussitôt et ose dire d'une voix timide :

''Est-ce un rapport avec… Rose, monsieur ?''

''Tout à fait.''

Drago et Astoria s'échangent un regard consterné.

''Comment va-t-elle ?'' demande Scorpius.

''Elle va très bien. Elle n'arrête pas de nous parler de toi.''

''J'imagine que ton copain Weasley n'est pas du tout enchanté d'entendre parler de notre fils,'' lance Drago.

''Drago, s'il te plaît…'' dit Astoria avec reproche mais Harry répond :

''Tu ne crois pas si bien dire. Mais là n'est pas la question. Enfin si un peu mais bref, autant en venir au fait : nous voudrions vous inviter pour Noël.''

Les trois Malefoy font la même tête que si Harry venait de leur faire un poisson d'avril.

''Tu plaisantes, Potter ?'' s'exclame Drago.

Scorpius retient son souffle. Cela veut-il dire qu'il pourrait revoir Rose plus tôt que prévu ?

''Pas du tout. Rose est malheureuse sans son Scorpius et nous pensons que le mieux, c'est qu'ils se revoient au plus vite. Alors, vous êtes invités à venir fêter Noël avec nous au Terrier.''

''Jamais de la vie,'' réplique fermement Drago.

Sans surprise pour Harry. Un Malefoy au Terrier, c'est comme si Arthur Weasley se mettait à pratiquer la magie noire.

''Qu'en penses-tu, Astoria ?'' demande Harry.

''Heu et bien je…''

Harry comprends qu'elle est partagée. Elle ne semble pas contre l'idée mais il est clair qu'elle n'irait pas si son mari ne voulait pas lui-même.

''Moi, je veux y aller,'' déclare alors Scorpius.

Son père lui jette un regard de stupeur.

''Qu'est-ce que tu dis, fiston ?''

''Je sais bien que les Weasley sont heu…''

Il se retient. Il n'ose pas critiquer les Weasley devant Harry Potter.

''Je veux revoir Rose !''

''Mais enfin Scorpius, on ne va quand même pas…''

Pour la première fois, Scorpius décide d'affronter vraiment son père.

''Mais papa, tu ne comprends donc pas ? Je l'aime ! Pour la première fois de ma vie, j'ai une raison d'être heureux, pour la première fois de ma vie, je suis amoureux ! C'est si ennuyeux que ce soit une Weasley ?''

''Mais c'est juste que…''

''Juste que quoi ? Je n'ai pas le droit d'être amoureux d'une fille parce que tu détestes ses parents ?''

Drago est singulièrement déconfit. Jamais son fils n'a osé lui tenir tête de cette manière.

''Fiston, essaie de comprendre…''

''Non papa ! Tu…''

''Laisse, Scorpius,'' coupe Harry.

Très gêné d'avoir provoqué une dispute entre les Malefoy, Harry préfère mettre un terme au débat avant qu'il ne s'envenime trop gravement.

''Je suis désolé, Scorpius, mais si ton père ne veut pas, nous ne pouvons rien faire.''

''Mais vous…''

Scorpius est abattu. Si Harry Potter lui-même n'arrive pas à convaincre son père…

''Je ne peux pas m'opposer à un ordre strict de ton père. Dis-toi que tu reverras Rose dans trois semaines, ce n'est pas si long. Bon, je n'ai aucune raison de rester plus longtemps. Je vous laisse. Au revoir.''

Au moment où Harry allait sortir pour transplaner hors du secteur anti-transplanage qui entoure le Manoir, Drago s'exclame dans son dos :

''C'est bon, j'accepte ! Nous serons là.''

Harry se retourne. Drago est toujours aussi désabusé, Astoria sans expression. Quant à Scorpius, il avait l'air d'avoir reçu le plus beau cadeau de Noël du monde.

''C'est décidé alors ?'' dit Harry. ''24 décembre au Terrier ?''

''Oui. Et si ça peut lui faire plaisir, Rose Weasley peut écrire à Scorpius,'' dit Astoria avant que Drago ait pu répondre. ''S'ils peuvent être heureux ainsi…''

''Pas de souci. Je vous dit au 24. Salut.''

Quand Scorpius remonte quelques minutes plus tard dans sa chambre, il n'arrive toujours pas à y croire : il va revoir Rose, il va fêter Noël avec elle !

Il décide de lui écrire en premier, histoire d'offrir une belle surprise d'entrée à Rose. Il imagine avec bonheur sa réaction lorsque son oncle va lui annoncer la venue de Scorpius et ses parents pour Noël. Et jamais il n'a autant ouvert son cœur que dans la lettre qu'il écrit :

Chère Rose,

Au moment où tu auras reçue cette lettre, je suppose que tu sauras déjà la nouvelle : on va se revoir pour Noël ! Mon père ne voulait pas, mais ton oncle a finalement réussi à le convaincre comme il a réussi à convaincre ton père. Vraiment, je me suis trompé sur ta famille.

Tu me manques tellement… j'ai besoin de tes yeux, de ton sourire, de tes cheveux, de ta peau, de toi, j'ai tellement hâte qu'on se revoit, sans toi, ma vie n'est plus rien.

Je t'aime… mon amour,

Scorpius

Fou de bonheur, il monte ensuite à l'étage chercher Amphiaraus, le hibou des Malefoy. Il attache la lettre à sa patte et l'oiseau s'envole aussitôt vers sa destination.

Scorpius n'a jamais été aussi heureux de sa vie. Rose Weasley est le plus beau Noël de son cœur.