Noël passe bien trop vite au goût de Rose et Scorpius. Tous deux sont d'accord sur le fait qu'ils ont passé les plus belles fêtes de leur vie, sachant qu'ils les ont tous deux toujours passés en famille. Ils s'aiment et ne veulent pas être séparés. Néanmoins, ils ne sont pas plus enchantés de quitter à nouveau la famille.

Le cas vaut surtout pour Rose dont la joie se dissipe rapidement au fur et à mesure que le jour du retour au Pensionnat de La Marguerite se rapproche. Même si elle sera toujours avec Scorpius et peut maintenant compter sur l'amitié de Belinda, elle est bien triste de devoir quitter le monde des sorciers pour celui bien morne – selon elle – des Moldus. Elle se donne du courage en pensant que dans six mois, elle reviendra pour de bon parmi les siens.

Avec Belinda en effet, il n'y a plus la moindre trace d'inimité et Rose et Scorpius lui ont totalement pardonné d'avoir été méchante, sachant bien maintenant qu'elle n'est pas comme ça.

''Je m'excuse encore d'avoir été aussi horrible avec vous,'' a dit Belinda le lendemain de Noël.

Rose a insisté pour que Belinda soit hébergée chez elle et ses parents, d'abord réticent, ont finalement cédé par bon cœur.

''Oublie tout ça. Je sais maintenant que tu es quelqu'un de bien.''

''Meilleures amies ?''

''Meilleures amies.''

Et elles se sont fait un top-ô-là pour sceller leur accord de forte amitié.

Malheureusement, les malheurs ne sont pas finis pour la pauvre Belinda.

Car son père, lui, n'est pas décidé à laisser faire la situation. Une semaine plus tard, alors que chacun est tranquillement assis dans le salon – la neige dehors les dissuade de sortir – ils entendent tout à coup frapper des coups sourds à la porte. On aurait dit que quelqu'un usait d'une massue au lieu de son poing.

''Qui peut bien frapper comme un malade ?'' grogne Ron.

''Je vais aller voir,'' déclare Hermione et elle se lève pour aller ouvrir.

L'homme qui se tient devant la porte a une tête de plus qu'Hermione, de gros sourcils et des cheveux noirs qui lui donnent limite l'air d'un troll. Un physique qui contraste avec son costume-cravate impeccable typique d'homme d'affaire. Hermione voit tout de suite en lui une mine patibulaire.

''Vous désirez, monsieur ?'' dit Hermione de la voix la plus courtoise possible.

''Je suis bien chez Ron et Hermione Weasley ?'' demande-t-il d'une grosse voix de buffle.

''C'est nous, oui.''

''Ma fille Belinda Blondel est chez vous. Permettez-moi d'entrer.''

En apprenant son identité, Hermione est tentée de lui claquer la porte au nez. Elle se rappelle un instant ce qu'il aurait fait subir à Belinda. Pourtant, dans son âme, elle s'oblige à le laisser entrer mais affiche un regard très méfiant envers cet étrange personnage.

Quand Ron, Rose et Belinda découvrent le visiteur, les réactions sont partagés : Ron s'efforce de rester de marbre, ce qu'il a souvent bien du mal à faire. Belinda par contre prend peur et se cache derrière Rose, exploit qu'elle ne peut réussir étant donné leur forte différence de morphologie. Rose jette un regard noir : elle reconnait aussitôt l'homme qui l'a regardé avec tant de mépris à l'hôpital.

''Sans vouloir paraitre impoli,'' dit Ron, ''nous aimerions savoir ce que vous faites ici.''

''Allons, je n'ai plus le droit de voir ma fille ? Je suis son père quand même.''

Il lance à Ron le même regard méprisant que celui que donne habituellement Lucius Malefoy à Arthur Weasley.

''Je me souviens de vous deux. J'étais à Poudlard en même temps que vous, à Serpentard.''

Ni Ron ni Hermione ne sont étonnés d'apprendre que ce type-là était à Serpentard.

''Je me rappelle la chanson : Weasley est notre roi, avec lui le Souafle ne passe pas…''

''Vous n'êtes pas venu ici pour parler des souvenirs de Poudlard, quand même ?'' coupe sèchement Ron.

''C'est juste non. Mais je suis « enchanté » de rencontrer deux des trois membres du Trio en Or qui a triomphé de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.''

Il s'assoit sur le canapé et se détend comme si de rien n'était. Ron est proche de le qualifier de pique-assiette.

''Le plaisir est partagé, monsieur,'' ment Hermione.

''Trève de plaisanterie, je viens chercher ma fille.''

''Pour recommencer à la frapper, c'est ça ?''

C'est Rose. En cet instant, son fort caractère quelque peu atténué grâce à Scorpius se réveille brutalement. Elle voue une telle haine à l'homme assis devant elle en cet instant qu'il lui est impossible de contenir sa colère.

''Rose, s'il te plaît,'' dit Hermione avec une voix de reproche tout en l'approuvant au fond.''

M. Blondel se lève et jette un œil à Rose comme une grenouille guette une mouche bien goûteuse. On aurait dit le professeur Ombrage, détenue fermement à Azkaban depuis la fin de la Guerre.

''Voilà donc Rose Weasley. Vous ressemblez beaucoup à votre mère, mademoiselle.''

''Merci,'' répond Rose qui ne voit pas quoi répondre d'autre.

''Maman, qui c'est ?''

C'est Hugo, resté jusque-là dans sa chambre à se détendre. Il affiche une mine stupéfaite en découvrant le visiteur et la scène qui se déroule dans le salon.

''C'est qui ce type ?''

''Germain Blondel, jeune homme, père de Belinda. Et je dois dire, tel frère, telle sœur…''

''Ne vous en prenez pas à mon frère !''

Rose n'a encore jamais pris la défense d'Hugo mais le lien du sang marche. Elle ne supportera pas qu'elle s'attaque à lui délibérement.

''Ce n'est pas à lui que j'en veux, mais à une autre fille présente derrière vous, mademoiselle.''

Belinda pousse un couinement comme une petite souris.

''Si vous vous en prenez à elle…''

''Nous ne vous laisserons pas lui refaire encore du mal,'' déclare Ron sur un ton de défi.

''J'aimerais bien voir un Weasley s'opposer à moi.''

''Vous ne savez pas à qui vous parlez : aux Weasley-Malefoy !''

Rose affiche un regard d'admiration à son père qu'elle n'aurait jamais pensé faire un jour.

''Un Weasley et un Malefoy ensemble ? Je ne l'aurais jamais cru.''

''Et pourtant si, monsieur,'' dit Rose. ''La preuve : je suis la petite amie de Scorpius Malefoy et j'en suis très fière.''

Blondel la regarde, mi-amusé mi-surpris.

''Ce monde tombe bien bas. Un Gryffondor et un Serpentard ?''

''Et alors ? Il serait peut-être temps que vous évoluiez un peu,'' balance Ron. ''Maintenant, veuillez quitter cette maison… s'il vous plaît.''

''Pas sans ma fille.''

''Non ! Elle reste ici !'' proteste Rose.

''Rose,'' dit sa mère, ''je crains que…''

''Mais on va pas laisser ce mec lui taper dessus !''

''Rose !''

''Laissez, madame Weasley, laissez. Il va falloir surveiller votre caractère, jeune fille. J'ai entendu dire que vous avez été renvoyée de Poudlard pour violence. Tels parents, telle fille.''

''Je vais te suivre, père.''

Rose regarde Belinda comme si elle la croyait devenue folle.

''Non !''

''Je ne veux pas que vous ayez des ennuis à cause de moi. Vous avez été tous tellement gentils avec moi.''

''Voilà, au moins tu es raisonnable, ma fille.''

Ron est consterné et Hermione résignée. Hugo est désemparé. Ils savent malheureusement qu'elle a raison. Rose fond en larmes.

''Allez, j'ai assez trainé ici,'' dit Blondel avec snobisme. ''Partons, Belinda. Monsieur et Madame Weasley, je vous salue.''

Et en trainant Belinda sans lui laisser le temps de dire au revoir, il sort de la maison. Rose regarde à nouveau ses parents avec fureur.

''Pourquoi vous l'avez laissé faire ?''

Et elle monte dans sa chambre en claquant la porte derrière elle.

''Je vais aller la voir,'' dit aussitôt Hugo.

Il a beau ne pas toujours s'entendre avec Rose, elle est avant tout sa sœur et déteste la savoir peinée ou en pleurs.

Ce n'est pas la première fois qu'il trouve Rose pleurant sur son oreiller. Mais pour la première fois, il se sent vraiment mal pour elle. Il ne connait pas bien Belinda mais a entendu comme les autres son récit et lui aussi hait la violence qu'elle subit.

''Rose, je peux entrer ?''

''Oui,'' dit-elle sans le regarder.

Il a pris soin de demander la permission par compassion et aussi parce que Rose déteste qu'il entre dans sa chambre sans y être invité.

Tout doucement, Hugo la prend dans ses bras et Rose, les yeux bouffis par les larmes, se laisse faire. Hugo a du mal à trouver les mots. Finalement, il dit :

''C'est vraiment une brute, son père.''

''Tu l'as dit. J'ai mal pour Belinda d'avoir un type pareil pour père. Il nous a traité comme des inférieurs.''

''J'ai l'habitude de ça avec certains Serpentard à Poudlard mais j'avoue que là, c'est pire.''

''Je me demande comment on peut traiter sa fille comme ça.''

''Je ne comprends pas plus que toi. Mais je suis sûr que papa et maman vont faire quelque chose.''

''Faire quelque chose ? Ils l'ont laissé faire !''

''Rose, je sais que c'est dur mais ne le prend pas mal, je pense que Belinda n'avait pas le choix. Il l'aurait arraché de force de toute façon.''

''C'est ce qu'ils auraient du faire.''

''Tu crois vraiment ?''

Rose se rend compte qu'il a raison tout en ayant du mal à l'admettre.

''Je voulais te dire en tout cas, je te soutiens. Même pour Scorpius.''

Hugo n'a encore jamais déclaré son soutien pour son couple avec Scorpius. Certaine de sa sincérité, Rose retrouve un tout petit peu le sourire.

''Merci, frérot. Je t'adore.''

''Moi aussi, je t'adore, soeurette.''

A ce moment-là, la porte s'ouvre tout doucement et leur mère entre. En découvrant ses enfants l'un contre l'autre, elle dit :

''Oh pardon !''

''Non, ce n'est rien, maman, ne t'inquiète pas,'' assure Rose. ''Maman ?''

''Oui, chérie ?''

''On ne peut vraiment rien faire pour Belinda ?''

Hermione respire un grand coup, s'assoit à côté d'eux sur le lit et dit :

''Légalement non. Son père a sa garde, on ne peut pas la lui enlever comme ça. Mais je te promets, ma chérie, que nous allons quand même tout faire pour la sortir de là, ou du moins pour empêcher son père de lui faire encore du mal.''

''Tu… tu crois que c'est possible ?''

Rose voudrait tellement s'en convaincre, elle n'ose pas imaginer comment doit être traitée Belinda en ce moment-même…

''Je pense oui. Vous savez, votre oncle Harry lui aussi a souffert comme Belinda, jusqu'à rencontrer de vrais amis : moi et votre père.''

Connaissant bien l'histoire de la famille – dans son ensemble, cette pensée rassure un peu Rose et Hugo.

''On peut demander l'aide à l'oncle Harry ?''

''Bien sûr, je lui en parlerai. Allez, sèche tes pleurs, ma chérie. Promis, on va tout faire pour aider ton amie.''

''Oh maman !''

Rose se jette dans les bras de sa mère, geste qu'elle n'a pas fait depuis des années.

''Maman ?''

''Oui ?''

''Je t'aime.''

''Moi aussi, je t'aime ma chérie.''

Pendant ce temps, Germain Blondel a attendu d'être rentré à la maison pour s'en prendre pleinement à Belinda. La raison ? Ses liens d'amitié avec la fille Weasley, la fille de deux sorciers qu'il déteste. Inimaginable qu'elle soit amie avec la miss-je-sais-tout de Poudlard qui était sortie avec l'illustre Krum au Bal de Noël, et ce grand rouquin imbécile.

''Toi… dans ta… chambre… pas sortir…''

Il la jette sur son lit en lui tirant les cheveux et claque la porte.

Belinda s'écroule sur sa couverture, malheureuse, effondrée. Elle revoit la consternation de Rose et sa famille. Mais pourquoi, pourquoi son père est-t-il si méchant ?

''Qu'est-ce que j'ai fait de si mal, ce n'est pas de ma faute si je suis une Cracmol…''

Le pire, c'est que c'est le résumé de sa vie. Jamais Belinda n'a eu d'amis. Les autres l'ont toujours trouvé bizarre ou obèse. ''Je suis grosse et alors ? On est comme on est.'' Elle s'est du coup jusque-là comportée aussi méchamment avec les autres, pensant que c'est le seul réconfort… jusqu'à sa rencontre avec Rose et Amélie au Pensionnat. Rose pour qui elle éprouve une vive admiration, connaissant bien l'histoire de sa famille. Et Amélie…

C'est là qu'elle a compris aussi un autre trait qu'elle n'a jamais osé avouer à son père : oui, Belinda aime les filles. Mais l'homosexualité est encore très mal vu chez les sorciers, plus que chez les Moldus. Et que dire du mariage qu'il est complètement inutile d'évoquer..

''Mais si c'est mal d'aimer quelqu'un du même sexe ? C'est contre-nature ? L'amour, c'est l'amour.''

Belinda ne peut pas supporter de rester un instant de plus avec cet immonde personnage qui lui sert de père. Sa décision est prise : elle va fuguer pendant la nuit.