Rose-Eliade : Et oui, c'est le but des extraits
Ron-Hermione : Oui, j'ai pensé que c'est tout aussi bien et ça me va mieux, sachant que je n'ai pas toujours le temps d'écrire.
C'est le dernier jour des vacances de Noël pour Rose avant de repartir au Pensionnat. Sa seule motivation est qu'elle y retrouvera Scorpius et Belinda, deux des personnes qui comptent le plus cher avec toute sa famille. Elle se dit aussi que le prochain départ en juin sera définitif. Aussi aborde-t-elle ce retour avec une relative sérénité.
Mais cette sérénité ne va pas durer longtemps.
Ce matin, elle est seule avec ses parents, Hugo étant reparti à Poudlard la veille – Rose a n'a pas souhaité l'accompagner, ne pouvant supporter l'idée qu'il reprenne le Poudlard Express sans elle. Alors qu'elle est tranquillement allongée sur son lit, à écrire comme toujours ses pensées et son amour pour Scorpius dans son journal, elle entend des coups sourds frappés à la porte d'entrée. Elle entend la voix de son père grogner :
''Qui peut bien débarquer ainsi à une heure pareille ?''
Curieuse, Rose ouvre la porte pour écouter ce qui se passe d'en haut. Elle se fige en reconnaissant la grosse voix hirsute de Germain Blondel.
''Weasley ! Où est ma fille ?''
''Je vous demande pardon ?'' s'étonne Ron.
''Ma fille a disparu ! Elle est chez vous, j'en suis sûr.''
Rose est plus attentive que jamais et l'inquiétude monte. Belinda disparue ? C'est un très mauvais signe.
''Nous n'y sommes pour rien, elle n'est pas ici !'' conteste Ron qui n'est pas décidé à se laisser écrasé par cet infâme personnage.
''Laissez-moi, je veux…''
''Petrificus Totalus !''
Il se tait tout à coup. Discrètement, Rose s'avance un peu pour voir et découvre, avec surprise et admiration, que sa mère a jeté un maléfice du saucisson sur Blondel. Ron, lui, est tout aussi admirative mais aussi alarmé.
''Hermione, pourquoi tu as fait ça ?''
''Il aurait forcé. Je sais que ce n'est pas bien mais pas le choix.''
''Oui, mais quand il sera réveillé, il va sûrement aller porter plainte au Ministère !''
Rose est plutôt amusée. Elle a déjà entendu parler du Maléfice du saucisson. Ses parents lui ont raconté qu'un jour, ils ont du s'en servir sur Neville Londubat, actuellement professeur de Botanique à Poudlard, dans un cas d'urgence. En jetant un coup d'œil, elle découvre que Blondel est conscient mais aussi incapable de bouger que s'il avait été ligoté par des cordes solides.
''Ne t'inquiète pas, Ron, un petit sortilège de mémoire et il n'y paraitra plus.''
Ron se saisit du corps et le traine avec difficulté dans le salon. Là, Hermione lance :
''Oubliettes momentum.''
Les yeux de Blondel deviennent flasques, comme dans un état second. A ce sortilège, Ron ajoute :
''Regresa maisun.''
Blondel disparait aussitôt.
''Comme ça, on sera tranquille pour un bout de temps,'' dit Ron avec un sourire satisfait. ''Mais par contre, qu'est-ce qui a pu arriver à sa fille ?''
''Je n'en ai pas la moindre idée.''
''Tu crois qu'on peut demander à Kingsley si elle a été signalée comme disparue ?''
''Impossible, Ron. Belinda Blondel est une Cracmol et la disparition des Cracmols ne peut pas être signalée au Ministère.''
''C'est injuste.''
''Je te l'accorde mais c'est ainsi.''
A ce moment-là, on frappe de nouveau à la porte et pendant un instant, mari et femme craignent que ce ne soit à nouveau Blondel. A leur grand soulagement, ils reconnaissent la silhouette rousse de Ginny.
''Salut, Ron, salut Hermione. Je passais par là et j'ai vu Blondel se diriger vers chez vous…''
''On l'a renvoyé aux fraises,'' assure Ron.
''Mais sa fille aurait disparu.''
''Ah bon ?''
Rose, estimant inutile de rester cachée plus longtemps, décide de se montrer et descend l'escalier à toute vitesse.
''Où est Belinda ?'' demande-t-elle tout en sachant bien que sa question est inutile.
''Nous ne savons pas, ma chérie,'' répond Hermione. ''Mais on va essayer de…''
''Mais où peut-elle être ? J'ai peur, tante Ginny...''
''Ne t'en fais pas, ma chérie,'' assure Ginny sans être convaincue elle-même. ''On va tout faire pour la retrouver et on va la protéger.''
''Mais si son père...''
''Je te promets que nous ne laisserons plus cet homme lui faire la misère, parole de père,'' déclare Ron et les yeux de Rose brillent d'espoir, sans pour autant masquer sa peur.
''Le problème est que comme c'est une Cracmol…'' dit Ginny.
''Il y a la manière moldue,'' interrompt Hermione. ''Chez les Moldus, pour rechercher des personnes disparues et notamment des adolescentes, on colle partout des affiches avec la photo de la personne et un numéro à appeler pour signaler tout indice permettant de la retrouver. On fait souvent ça aussi dans les livres…''
''Hermione, tu as lu trop de romans policiers,'' lance Ron.
Il n'a jamais perdu l'habitude depuis trente ans de se moquer d'Hermione chaque fois qu'elle vante les mérites de la littérature.
''Là c'est un procédé réel et généralement, c'est efficace,'' réplique-t-elle pour se justifier.
''Et que fait-on de Germain Blondel ?'' demande Ginny.
''Lui, il est au tapis pour un moment,'' répond Ron.
''Ron, tu n'as quand même pas…''
''Ne t'en fais pas, Ginny. Hermione l'ai juste mis K.O. et on a fait en sorte qu'il ne nous cause pas d'ennuis avant un moment.''
''Vous croyez qu'on va la retrouver ?'' dit Rose.
''Nous allons tout faire pour la retrouver vivante, ma chérie,'' dit sa mère.
Mais en son fort, elle se dit que la tâche s'annonce difficile. Il va falloir se confronter à la police moldue.
Cela fait vingt-quatre heures que Belinda a fugué et elle est de plus en plus seule et épuisée. Et que dire de son ventre vide qui lui pèse maintenant lourd à force de protester en gargouillements, sans parler de la cicatrice que la faim rend plus douloureuse encore.
Sa vie n'est faite que de sombres malheurs. Détestée parce qu'elle est différente, parce qu'elle n'a aucun pouvoir magique, parce qu'elle est homosexuelle – même si cela, personne ne le sait. Elle a un temps prétendu être amoureuse de Scorpius mais cela faisait partie de son plan Faire-du-mal-pour-oublier-sa-douleur. Le trop bref instant de bonheur chez les Weasley aura vite été gâché par la bêtise de son infâme paternel. Comment pourrait-elle jamais s'en sortir ?
Elle pense alors au Pensionnat. Que va-t-il se passer si elle ne se présente pas ? Enverront-ils quelqu'un à sa recherche ? Lagrogne ferait sûrement cela. Contrairement à ce que son nom laisse croire, le surveillant n'a pas un mauvais fond, il faut simplement être discipliné.
En attendant, il lui faut trouver une solution pour se sortir de là. La logique aurait voulu qu'elle se réfugie chez les Weasley mais elle se sent tellement mal qu'il lui est impossible de faire toute la marche, même de seulement trois kilomètres.
Finalement, elle cède à l'épuisement et perd connaissance.
L'angoisse monte de plus en plus chez Rose. Dire que le matin même au réveil, elle s'est sentie sereine. Maintenant, même la rentrée le lendemain ne lui semble pas grand-chose tant elle est morte d'inquiétude pour Belinda.
C'est à ce moment-là, alors que la nuit est déjà bien tombée depuis une heure, que Ron l'appelle :
''Rose, descend, on a des nouvelles !''
Priant pour de bonnes nouvelles, Rose descend en courant. Mais les mines moyennement réjouis de ses parents et sa tante douchent aussitôt son maigre espoir.
''On a retrouvé Belinda ?''
''C'est ce que nous espérons. La police moldue a retrouvé une adolescente inconsciente sur l'avenue à l'autre bout de la ville. Ce pourrait bien être elle, nous allons vérifier tout de suite.''
L'espoir renait à nouveau. Pourvu que ce soit elle, et qu'il ne soit pas trop tard.
''La tante Ginny va t'accompagner,'' dit sa mère.
Pour se rendre au commissariat moldu, ils doivent bien sûr emprunter la voiture, bien qu'il s'agisse d'un moyen de transport que Ron, pur sorcier, n'apprécie guère. Mais les circonstances ne laissent pas le choix, a rétorqué Ginny.
En chemin, Ginny explique à sa nièce :
''Tu connais les lois. Normalement, seule la famille peut aller chercher une personne au commissariat. Mais il faut devancer son père alors j'ai crée une fausse identité par magie et indédectable des moldus.''
Elle montre sur son blouson un badge où il est écrit Gertrude Blondel. Rose est ravie.
''Ça marchera sans problème.''
''Oui. Je vais me faire passer pour la mère de Belinda. C'est plausible, elle a le même âge que toi et Albus.''
Arrivés au commissariat, Ginny se présente confiante à l'accueil.
''C'est à quel sujet ?'' dit la réceptionniste.
''Je m'appelle Gertrude Blondel. Je viens chercher ma fille Belinda qui a été retrouvée dans la rue et emmené ici. Elle est très corpulente et a des cheveux blonds.''
Malheureusement, alors que tout marche à merveille, c'est le moment que choisit Germain Blondel pour débarquer. Lorsqu'il annonce être le père, la réceptionniste dit :
''Ah parfait, votre femme est arrivée juste avant vous.''
''Ma femme ? Je suis divorcé.''
Et lorsqu'il découvre Ginny puis Rose, ses yeux deviennent rouges.
''Encore vous ! Si vous continuez à vous mêler de mes affaires, je porte plainte auprès du Magenmagot !''
La réceptionniste le regarde avec curiosité et Blondel, réalisant sa gaffe, la minimise en disant d'une fausse voix fluette :
''C'est le nom de la direction qui gère mon entreprise.''
Et Rose rentre à la maison complètement abattue. Ses parents et Ginny n'ont pas le temps de dire un mot qu'elle courre jusque dans sa chambre, en larmes, et claque la porte.
Cher journal, la vie est vraiment injuste. Avec la tante Ginny, on a essayé de sauver Belinda des griffes de son affreux père mais nous avons échoué et nous ne savons plus quoi faire. J'ai mal de la savoir battue par ce c… Si je pouvais, je le briserais et l'étranglerais vif ce salopard
A cet instant, sa mère entre dans la chambre. Rose s'empresse de cacher son journal mais trop tard, Hermione l'aperçoit. Rose affiche un air gêné et sa mère dit :
''Oh ! Ne t'en fais pas, ma chérie. Moi aussi, je tiens un journal intime.''
Rose ne répond rien. Sa mère s'assoit à côté d'elle. Se raclant la gorge, Rose marmonne :
''Ce n'est pas juste, maman. Pourquoi le père de Belinda est comme ça ? Comment peut-on être aussi ignoble avec sa propre fille ?''
Hermione hésite avant de lui répondre. La question est délicate.
''Hélas, les humains ne sont pas tous des gens biens.''
''J'ai peur, maman. Que faire pour la sauver ?''
''Je serai franche avec toi en te disant que je ne sais pas. Mais nous allons essayer. Normalement, elle sera avec toi demain au Pensionnat.''
Mais cet espoir-aussi va être déçu et Rose se dit que rien ne va.
Bien sûr, elle est folle de joie de retrouver son Scorpius et elle se jette dans ses bras sous les regards amusés des mamans et ceux un peu plus renfrognés des pères. Mais ni lui ni elle ne dit un mot.
La joie est de courte durée. Lorsque Lagrogne referme les portes du pensionnat après le départ des parents, ils constatent l'évidence et ce qu'ils ont tous les deux craints.
''Belinda n'est pas là.''
