NdA : Un chapitre plaisir pour retrouver Ma Costa et Farder Comran qui font partie de mes personnages secondaires préférés (avec Lee Scoresby, évidemment). J'aime leur bienveillance et leur force. Et puis, un peu de joie dans ce chapitre qui est plutôt bienvenue après tout ce que Lyra a vécu.


« Alors pourquoi Hambourg ? »

Lyra était allongée sur le lit de Ma Costa. Elle s'était laissée choyer. Ma lui avait donné une tisane pour apaiser ses crampes, l'avait envoyer prendre un bain et lui avait servi un épais bol de porridge salé. La gitane était penchée sur un ourlet de robe qu'elle voulait que Lyra porte pour la fête. La jeune femme avait accepté de participer à la cérémonie et à la soirée mais avait prévenu que dès qu'elle le pouvait, elle prendrait un zeppelin direction le Nordland. Will se rapprochait et, juste en y pensant, elle en avait le coeur qui battait à tout rompre.

- Comme le veut notre tradition, nous sommes allés chercher la famille de Lucia pour demander officiellement sa main à sa communauté. répondit Ma Costa, Comme c'est chose faite, nous voguons tous vers Hambourg. Là bas, il y aura la place pour nous installer pour la cérémonie. Tiens, viens voir.

Lyra se leva, monta sur un petit tabouret et prit la robe que Ma Costa lui tendait. C'était une longue robe florale jaune pâle. Un ensemble de fleurs étaient finement brodé sur l'avant, formant un plastron brillant et multicolore. Lyra était impressionnée par la délicatesse de cette broderie.

- C'est magnifique Ma … Qui a fait cette robe ?

- Ma mère, répondit la gitane en plaçant le tissu contre Lyra pour s'assurer de la longueur. Je l'ai moi même portée ! Ça devrait être bon.

Lyra repris place sur le matelas. Elle regarda un instant Ma Costa qui rangeait ses aiguilles.

- Ma Costa ?

- Oui ma grande ?

- As-tu déjà entendu parlé de personnes qui s'étaient séparées de leurs dæmons ? Intentionnellement je veux dire …

Ma leva les yeux vers la jeune femme.

- Et bien … oui. Les sorcières, toi et Pantalaimon …

- Non je veux dire, pour les sorcières, ça fait parti de leurs rites. Pour Pan et moi c'est … différent. Mais je parle de dæmons qui auraient volontairement quitté leurs humains ou l'inverse.

La gitane prit un moment de réflexion avant de répondre :

- A vrai dire, j'ai déjà croisé un homme qui s'était séparé de son dæmon. Je ne sais pas ce qui avait poussé l'un ou l'autre à partir. C'est surprenant de voir qu'ils aient pus survivre ainsi mais il faut croire que les sentiments sont parfois bien plus fort que la raison … mais bon, le pauvre bougre, même si il était encore vaillant, il faisait de la peine à voir. Il était clairement affaibli par cette séparation.

- Est-ce qu'ils sont toujours liés ?

- Oui Lyra, c'est un lien indéfectible même si on ne se supporte plus. Si l'un a mal, l'autre aussi. Même s'ils sont à des kilomètres l'un de l'autre …

- Si l'un meurt, l'autre aussi ?

- Je le crains oui …

- Et est ce que l'on peut « adopter » un autre dæmon dans ce cas ?

- Non. On peut s'entendre et avoir un autre dæmon en compagnon je suppose mais on ne peut pas remplacer son dæmon. Pourquoi me demandes-tu tout ça ?

Lyra pensait à Nur et sa frêle silhouette toujours sur le point de s'évanouir. Savait-elle qu'elle et Ljubja vivaient sur le fil d'un rasoir ? Elle regarda Pantalaimon qui avait écouté la discussion attentivement et elle lui sourit doucement.

- J'ai rencontré cette fille, en Moyen Orient où je cherchais Pan. raconta t-elle, Elle … elle et son dæmon avait été avait séparés de force. Je crois qu'il existe un trafic. Des personnes enlèvent des enfants pour ensuite prendre leurs dæmons. Ils n'utilisent pas de technologies comme ils ont pus faire à … Bolvangar. Mais ça fonctionne quand même. Et puis, cette même fille a rencontré un dæmon seul qui avait quitté d'elle même son humain…

Ma Costa resta silencieuse un long moment. Au dehors, le paysage de Germanie défilait lentement sous le soleil déclinant. Ils arriveraient le lendemain à Hambourg.

- Pauvre enfant … finit par dire la gitane dans un murmure.

On frappa et ouvrit la porte. Dans l'embrasure, Lyra reconnut immédiatement la carrure imposante et l'épaisse barbe rousse. Ses yeux s'illuminèrent.

- Oh Farder Coram ! s'écria t-elle en se précipitant pour enlacer le gitan.

- Salut petite, fit le vieil homme en la serrant contre elle.

Il portait l'odeur boisée de son tabac à pipe et son étreinte était une enveloppe réconfortante. Derrière lui se trouvait un autre homme que Lyra ne connaissait pas.

- Lyra, voici Orlando Faa.

John Faa, le roi des gitans, était décédé quelques années plus tôt. Son fils, Orlando, avait naturellement pris sa suite. Il ressemblait à son père, la même stature, les mêmes mains larges bien qu'il soit plus petit en taille. Son regard était légèrement fuyant.

- Soyez la bienvenue, Lyra Parle-d'Or. dit Lord Faa. Ma Costa, est-ce que nous pouvons nous installer ?

- Bien sûr, répondit la gitane, venez plutôt dans la cuisine.

Elle les entraina dans une autre pièce et tira une chaise pour permettre à Farder Coram de s'installer. Sophonax, le dæmon chat au pelage de feuilles d'automne du vieux gitan, avait pris place sur une petite commode à proximité.

- Vous tombez bien, ajouta t-elle, Lyra était en train de me raconter qu'elle a constaté un trafic de dæmons non fixés dans le Sud.

Les yeux des gitans se posèrent sur Lyra. Elle s'installa et leur rapporta ce qu'elle avait déjà raconté à Ma Costa. Elle continua son récit avec sa rencontre avec Louise et Tomas et sa découverte du Réseau Starling. Autour d'elle, Lord Faa, Farder Coram et Ma Costa l'écoutaient attentivement.

- J'ai déjà entendu parler de ce réseau. dit Lord Faa, songeur.

- Moi aussi, ajouta Farder Coram, Mais je ne pensais pas qu'il avait autant d'influence.

- D'après mes amis, ils gagnent en puissance chaque jour, ajouta Lyra, Ce serait une force si les gitans pouvaient …

- Ne cherchez pas à influencer notre communauté Lyra. coupa le roi des gitans, Je vous remercie vivement pour tous ces éléments, nous en discuterons une fois le mariage passé.

Il se leva et ajouta :

- Je suis heureux que vous vous joignez à nous demain soir. Je vais vous laisser maintenant.

Il quitta la pièce en les saluant avec respect. Le convoi s'était arrêté pour la nuit. Ma Costa alluma une petite lampe à ambarique et la posa sur la table. Farder Coram dévisagea Lyra le temps d'un long silence.

- Pourquoi es-tu là, Lyra ?

La jeune femme soutint son regard céruléen.

- Will est revenu. répondit-elle

Farder Coram fronça les sourcils.

- C'est impossible. Tu m'as raconté son histoire. Tu sais aussi bien que moi que c'est ...

- Impossible, oui je sais. le coupa Lyra, Et pourtant, ça l'est. Il est là. Je l'ai vu comme je vous vois, je l'ai touché comme je vous touche. Je ne peux pas expliquer comment il est revenu mais il est là. Il est là et nous allons les retrouver, lui et Kirjava, dans le Nord.

- Es-tu vraiment sûre de toi ?

- Plus que jamais.

Les doutes qu'elle avait accumulés à Berlin s'effaçaient doucement. Le vieux gitan sourit devant l'air farouche de sa jeune protégée. Il se leva avec peine, Ma l'aidant à se redresser.

- Je suis heureux de te revoir Lyra. Promets moi de venir m'embrasser avant de partir de la fête demain.

- C'est promis, répondit Lyra en l'enlaçant.

Après le départ de Farder Coram, Ma Costa installa Lyra dans l'ancienne chambre de Tony, ce dernier ayant désormais sa propre péniche. La gitane s'assit sur le lit auprès d'elle. Elle lui prit la main.

- Je vais radoter mais, tu es bien sûre de toi ? Pour Will. Car tu as encore beaucoup de route à parcourir ...

- Oh Ma, je suis sûre. Je crois que je n'ai pas passé une journée sans penser à lui depuis 7 ans… Mais ce n'étaient que des pensées de regrets et de douleur car pour moi, le revoir était tout bonnement impossible... Et puis, lui et Kirjava ont débarqués au milieu de cette ville déserte… C'était incroyable …

La gitane la laissa lui conter ces retrouvailles en lui caressant les cheveux avec douceur. Elle devinait que la jeune femme avait traversé des épreuves peu réjouissantes qui avait laissé ces traces sur son corps. Elle devinait qu'elle dissimulait des tourments en elle. Mais si Lyra n'avait pas décidé de s'ouvrir à elle, alors elle n'allait pas lui forcer la main. Elle se contenta de rester à ses côtés, à lui caresser le visage en l'écoutant s'endormir.

- Ma fille… murmura t-elle, Tu fais un bien long périple… Qui sait ce que tu as vécu ? J'espère vraiment que ce garçon en vaut la peine …


Lyra avait dormi tout son saoul. Quand elle se réveilla, la matinée était bien avancée. Elle s'étira longuement. A l'extérieur du bateau, on s'agitait. Ils devaient être arrivés à Hambourg car Lyra ne sentait plus le vrombissement de la péniche sous ses pieds. Elle jeta un regard par le hublot mais n'aperçu rien. Profitant de ce calme, elle sorti l'aléthiomètre de son sac. Elle repensait souvent au message qu'il avait voulu lui faire passer et avait besoin de l'interroger une nouvelle fois. Pantalaimon vint s'installer à ses côtés. Elle inspira puis expira profondément en tournant doucement les aiguilles.

- Que dois-je savoir à propos de Will ? demanda t-elle.

De nouveau, l'aléthiomètre s'agita : le serpent, l'ancre, la bougie, l'éclair et le griffon. Lyra regardait l'aiguille tourner follement, les yeux mi-clos, le souffle lent.

- Je crois … commença t-elle, Que Will et Kirjava vont avoir à vivre une épreuve difficile … Mais qu'ils garderont force et courage… J'ai l'impression que c'est positif...

Décontenancée, elle tourna de nouveau les aiguilles.

- Quelle genre d'épreuve les attendent ?

Cette fois, l'aiguille de l'aléthiomètre ne tourna qu'une seule fois pour venir se poser sur le sablier. Lyra frémit.

- Qu'est ce que tu comprends ? lui demanda Pantalaimon qui sentait son inquiétude.

Elle secoua la tête et regarda son dæmon.

- Un changement important… Du moins, j'espère que c'est un changement…

La porte s'ouvrit subitement et Tony Costa, engoncé dans un costume lie-de-vin, entra dans la chambre. Lyra ferma son aléthiomètre précipitamment et le glissa sous la couverture.

- Oh salut Lyra, balbutia t-il, Désolé, j'avais oublié que Ma t'avait fait dormir ici. J'ai juste besoin d'un miroir correct, ça ne te dérange pas ?

Elle secoua la tête en souriant et l'observa un instant.

- Tu es très beau, Tony Costa.

- Très stressé surtout…

Le gitan se débattait avec une cravate qu'il avait nouée et qu'il n'arrivait pas à desserrer. Lyra vint à sa rescousse. Il avait vraiment trop serré et ça lui donnait du fil à retorde, surtout avec une main moins habile.

- Alors pourquoi tu te maries si ça te stresse comme ça ? demanda t-elle, Ah voilà …

Elle avait libéré Tony de son noeud et le laissa arranger son reflet.

- Je sais pas si tu es au courant, mais il y a quelque chose dans ce bas monde qu'on appelle l'amour.

Lyra lui fit une grimace enfantine.

- Je sais bien, mais comment peux tu être sûr que c'est la bonne personne ?

- On est jamais sûr de rien, c'est ce que me dit Ma tout le temps. C'est sur que si tu m'avais dit, il y a, quoi, quatre ans, « Hé Tony, un jour tu rencontreras une fille en Germanie et vous tomberez amoureux et vous vous marierez ! », je t'aurai bien ris au nez. Je pensais pas être fait pour ça. Pour moi la vie, c'est l'aventure, naviguer avec la famille, tout ça. Et puis, Lucia est arrivée et elle me rend heureux. Avec elle je me sens plus fort et que l'idée même de vieillir avec elle me rassure tu sais. Et puis les aventures, on pourra les vivre ensemble et c'est encore mieux ! La vie a une autre saveur avec elle à mes côtés…

- Grand Dieu Tony… railla Lyra, serais-tu romantique ?

Il roula ses yeux vers elle. Elle se mit à rire et s'assit sur le lit.

- Du coup, vous allez faire des enfants ?

- Oh non … s'il te plaît n'en rajoute pas, on dirait Ma ! Mais … je sais pas … je pense que oui, qu'on va peut être en avoir. C'est une autre question qui sera à se poser plus tard.

Il inspecta son reflet d'un air sérieux. Lyra resta silencieuse, plongée dans ses pensées. L'idée de se marier ou, pire, d'avoir des enfants n'était pas quelque chose qui l'intéressait, voir qui parfois la rebutait. Elle avait bien trop à faire, à voir, à connaître. Toutefois, elle se demandait si Will pouvait être celui qui lui ferait reconsidérer la question.

- De quoi j'ai l'air ? demanda Tony en se tournant vers elle.

- Toujours très beau !

- Toujours très stressé, grimaça t-il.

Ma Costa entra dans la chambre et s'arrêta, les yeux brillants d'émotion.

- Mon fils …

Elle serra Tony contre elle qui se mit à rire devant l'émoi de sa mère. Lyra sorti de la pièce pour les laisser à leur embrassade. A l'extérieur, l'agitation régnait. Le convoi était bien arrivé à Hambourg. On avait placé les péniches en cercle et au centre, les hommes avaient dressé une vaste estrade flottante. Sur celle ci, on installait de larges tapis colorés, on accrochait des guirlandes de lumière, on montait des tables, des chaises. Sur le pont de la péniche, Lyra aperçut la silhouette voutée de Farder Coram, assis sur une petite chaise en bois, Sophonax ronronnant sur ses genoux. Elle s'approcha et posa un baiser sur la joue du vieil homme.

- Ça va être une belle fête non ? dit-elle en s'installant à ses côtés.

- En effet, répondit Farder Coram. Les mariages sont toujours très joyeux chez nous.

- Vous ne vous êtes jamais marié ?

Le gitan secoua la tête avec un sourire triste.

- Je n'ai aimé qu'une seule femme dans ma vie, tu sais. Et jamais nous n'aurions pu nous unir. Les sorcières ne se marient pas.

Son regard se troubla à la pensée de Serafina Pekkala. Il se ressaisit.

- Tu devrais aller te préparer Lyra, file, la fête va bientôt commencer.

Lyra s'était assise aux côtés de son vieil ami et assistait au mariage avec enchantement. Sous une grande arche en bois, les deux amoureux s'étaient juré amour et fidélité. Lucia était une femme de petite taille, son visage aux traits fins était enveloppé dans une chevelure auburne brillante que les femmes de sa communauté avaient tressée. Elle portait sur le haut de sa tête une couronne de fleurs et de tissus bariolés et sur sa poitrine brillait un large collier en or. Son dæmon, un geai des chênes au regard doux, s'était installé sur l'arche aux côtés du dæmon de Tony. Les deux mariés ne se quittaient pas des yeux, radieux, émus. Ma Costa, installée au premier rang, ne cessait de pleurer en silence, un large sourire aux lèvres.

Le roi des gitans conclut la cérémonie en venant faire une incision dans la paume de Tony et Lucia. Il avait ensuite fait se rejoindre lleurs deux mains, mêlant ainsi leurs sangs, comme le voulait la tradition. Lyra avait été un peu surprise mais cacha son étonnement, tenue par l'immense respect qu'elle portait aux gitans. L'union avait été bénie par les parents, Lord Faa et les représentants des deux communautés sous les cris de liesse des invités.


La fête s'était prolongée bien après la tombée de la nuit. Les mets avaient été préparés en abondance et la bière coulait à flot. Un groupe de musiciens faisait vibrer l'air de leurs violons, tambourins et voix. Lyra riait, dansait, profitait de cette ambiance légère et enchanteuse. Tout autour d'elle résonnait de joie et elle entendait bien en jouir pleinement.

Lorsque les premières lueurs de l'aube embrasèrent le ciel, Lyra décida de quitter la fête. Sous les injonctions de Ma Costa, elle avait accepté de prendre des vêtements chauds, le climat étant plus rude près du cercle polaire et ce, même en été. Elle avançait sous l'aurore rougissante, légèrement grisée, sans savoir si cette douce sensation d'ivresse était due à la profusion de gaîté de la fête, à la bière, à l'impatience ou bien les trois. L'aérodrome d'Hambourg, où elle arriva, était relativement petit. Il ne comportait que trois pistes, toutes prises par un zeppelin, ce qui la rassura. Par chance, les guichets étaient déjà ouverts et Lyra se présenta à l'un d'entre eux. Un petit homme taciturne y était accoudé, son dæmon caméléon avachi sur son épaule.

- Avez-vous des zeppelins qui partent pour le Nordland ? demanda t-elle.

L'homme leva un œil morne vers la jeune femme.

- Moui, répondit-il.

- Est-ce que l'un d'entre eux va à Bodø ?

Sans grande conviction, il prit un planning qu'il regarda longuement, très longuement, trop longuement pour Lyra qui commençait à s'impatienter et à tapoter sur le comptoir.

- Un zeppelin part pour le Svalbard dans une heure, finit par soupirer l'homme au caméléon, Il fera escale à Købehavn et à Bodø. Porte 2.

Lyra, contenant son agacement, prit un billet avant d'aller s'assoir dans la salle d'attente quasi vide. Seul un homme somnolait dans un coin, son dæmon couleuvre enroulé sur ses genoux. Elle et Pantalaimon patientèrent. Le soleil inonda graduellement la pièce de ses rayons dorés. Petit à petit, la salle se remplie de voyageurs qui comblaient le silence par des discussions frémissantes. Une voix grésillante sortie du haut parleur pour annoncer l'embarquer du zeppelin porte 2. Lyra monta et s'installa à une banquette, côté fenêtre. Le vaisseau démarra dans un grondement sourd et elle regarda la piste s'éloigner doucement. Pan se roula en boule sur ses genoux. Elle s'emmitoufla dans le gilet en laine épaisse que lui avait donné Ma Costa, plongea sa main dans la fourrure duveteuse de la martre en souriant et s'assoupie. Elle ouvrit un œil à l'atterrissage à Købehavn puis un autre plus tard, lorsque le zeppelin survolait les terres de Sveden. Elle se frotta le visage puis admira le paysage. En apercevant ici et là des villes et villages éparses, elle réalisa soudainement qu'elle était dans les territoires du Nord. Une douce chaleur circulait dans ses veines, faisant battre un peu plus fort son coeur dans sa poitrine. Elle jeta un regard à Pan, appuyé contre la vitre, les yeux rivés sur l'extérieur. Il avait réalisé, lui aussi.

Le zeppelin entama un virage pour amorcer son atterrissage. Lyra scruta la petite ville portuaire qui grossissait sous eux, le nez quasiment appuyé contre la fenêtre. Dans un soubresaut, le zeppelin accosta. Les portes vitrées s'ouvrirent et un vent frais entra dans l'habitacle, soulevant les cheveux de Lyra. Elle ferma les yeux pour embrasser le soleil estival. Au soir, il se contentera de se cacher sous l'horizon pour quelques heures. Le solstice d'été était bientôt là et Lyra posa le pied à terre. Elle était arrivée à Bodø, enfin.