Kira Adams : C'est vrai, moi aussi j'ai pleuré rien qu'en l'écrivant. Ce n'est pas facile d'écrire de telles scènes et pourtant, ça fait partie du travail si je puis dire. J'habite dans le Nord de la France, loin de Toulouse et de Merah, mais je voulais en parler car... enfin bref. Vlà la suite, un autre chapitre très dur..

Scorose: Moi de même, très dur et pourtant... enfin voilà la suite quoi.

Rose-Eliade : Je suis sincèrement désolé.


C'était une belle maison bleue dans les collines de Loutry-Sainte-Chaspoule. Un havre de paix, à deux kilomètres à peine de la plage. Pendant des années, la vie y était joyeuse et paisible.

Et il a fallu la bêtise humaine pour briser le soleil dominateur.

Quand Rose revient là, une semaine après la sinistre soirée, elle contemple, effondrée, ce qui était une image de son rêve éveillé. De la belle maison bleue resplendissante, il ne reste plus qu'un tas de ruines et de cendres. Elle n'avait aucune chance de survivre au Feudeymon, l'un des plus puissants sortilèges de feu qui existe. Un feu infernal qui les a détruits, elle, Scorpius, sa fille et la maison.

Rose est chez ses parents depuis le drame, mais elle ne fait rien d'autre de ses journées que de rester enfermée dans sa chambre. Et lors des repas, elle ne prononce pas un mot. Lucy reste auprès d'elle. Elle aussi est muette depuis le malheur. La pauvre enfant, plus encore que sa mère, ne comprend pas ce qui a pu se passer. Comment imaginer, dans sa tête innocente de six ans, que l'horreur a enlevé sa belle maison et son papa ?

Mais le pire pour Rose, c'était peut-être le lendemain lorsque son beau-père Drago a surgi en pleurs chez les Weasley en tambourinant à la porte comme s'il s'était agi d'une grosse caisse. A peine Ron a-t-il ouvert que Drago a hurlé :

''QU'EST-CE QUE VOUS AVEZ FAIT A MON FILS ?!''

Ron et Hermione ont eu toutes les peines du monde à calmer un Drago qu'ils n'ont jamais vu aussi dévasté. Il a beau être leur ennemi depuis près de quarante ans, ils ne peuvent qu'être compatissant car ils partagent la même douleur. Chacun avait accepté depuis longtemps l'union de leur famille, sans qu'il y ait pour autant des contacts réguliers.

Calmement, après une tasse de thé, Ron a expliqué à Drago que le seul responsable, c'est Greyback.

''Ce sale cabot. Il a toujours crié vengeance sur ma famille depuis qu'on l'a envoyé à Azkaban après la Guerre. Il n'a jamais supporté que des anciens… des comme nous participent à son emprisonnement.''

Drago, pour qui cette période est la plus détestable de sa vie, a autant d'aversion pour le mot « Mangemort » que Ron pour le nom de « Voldemort ».

''Et Rose ? Comment va-t-elle ?'' a-t-il ensuite demandé.

Ron a échangé un regard avec Hermione. C'est la toute première fois que Drago se soucie vraiment de Rose. Il lui a répondu :

''Elle est ici dans sa chambre et n'en sort pas. Tu imagines bien son état.''

''Et la petite ?''

''Pareil,'' a dit Hermione. ''Elle est constamment blottie contre sa mère. Pour le moment, il vaut mieux les laisser tranquille.''

''Et Astoria ?'' a demanée Ron.

Inversement des rôles. Cétait l'une des premières fois – si ce n'est la première, selon Hermione, que Ron se soucie sincèrement de la famille Malefoy.

''A ton avis, Weasley ? Je ne l'ai jamais vu aussi effondrée. C'est comme si on lui avait arraché le cœur.''

Drago s'est remis à pleurer. Touché, Hermione a fait quelque chose qu'elle n'aurait jamais cru du temps de Poudlard : elle a pris Drago dans ses bras pour le réconforter. Ron est d'abord stupéfait puis, voyant avec surprise que Drago s'est laissé faire, il a compris qu'elle a raison. Dans la douleur, les habituels ennemis sont ensemble.

''Je voudrais voir Rose,'' a dit Drago, relâchant l'étreinte d'Hermione.

''Je ne sais pas si c'est une bonne idée,'' dit Ron. ''Mais tu peux essayer.''

Hermione a approuvé d'un hochement de tête. Sans un mot, Drago s'est levé et est monté vers la chambre de Rose, suivi de Ron et d'Hermione.

Drago a frappé doucement à la porte. Pas de réponse.

''Vous croyez que je peux…''

Après un regard à Ron, Hermione fait oui de la tête. Tout doucement, Drago ouvre la porte.

Rose était toujours dans son lit, Lucy endormie contre elle. Elle avait les yeux dans le vide. On n'y lisait qu'un profond chagrin.

Même Drago, qui ne l'avait pas rencontré souvent s'est avoué qu'il avait rarement vu une telle tristesse. Du beau visage si joyeux habituellement, on ne voyait plus qu'une sombre peine. Drago a dit d'une voix triste à Ron et Hermione :

''C'est la femme la plus triste du monde depuis que j'ai vu le film Elle s'appelait Sarah.''

Et là, ce n'est même pas un film, c'est la réalité…

Rose est restée ainsi une semaine durant jusqu'à ce qu'elle ait décidée de revenir voir les restes de la maison. Elle a tenu à y aller seule avec Lucy. Ses parents ont accepté sans discuter, sentant que c'était le mieux pour elles.

''Maman ?'' couine Lucy qui, comme sa mère, n'avait pas dit un mot depuis le drame.

''Oui, ma chérie ?''

''Il est où papa ?''

La peine de Rose s'aggrave. Comment expliquer à cette pauvre petite que son père est parti et ne reviendra jamais ? Comment imaginer qu'une fillette de six ans peut être confrontée aussi brutalement au deuil ?

Rose, qui ne peut lui parler par les mots, décide finalement pour répondre de prendre Lucy dans ses bras et lui chuchoter à l'oreille :

''Mon coeur, il t'aimait plus que tout, tu étais tellement précieuse. Tu es notre plus beau trésor, ma chérie.''

''Mais pourquoi est-ce qu'il est parti ? Maman, pourquoi papa ne reviendra pas ?''

''Mon cœur, papa sera toujours là, dans ton cœur.''

''Alors, il est avec moi.''

''Oui, ma chérie. Ceux qu'on aime très fort sont avec nous pour toujours.''

Rose l'embrasse sur le front et la berce. Elle ne peut se résoudre à lui parler de « mort ». Elle a déjà trop de mal à en parler elle-même.


L'enterrement de Scorpius doit avoir lieu le lendemain. Il a été décidé, après quelques palabres entre Weasley et Malefoy, qu'il serait enterré au cimetière principal de la commune, à côté de Fred Weasley.

Des doutes ont subsisté quant à la présence de Rose. Hermione a demandé délicatement à sa fille :

''Tu viendras, ma chérie ?''

Comme Rose n'a pas répondu, Hermione a continué :

''Si tu ne te sens pas le courage, tu n'es pas obligée, ma chérie.''

Finalement, Rose a dit, tournant la tête vers sa mère presque pour la première fois depuis le malheur :

''Je serai là. Je dois lui parler, lui dire… au revoir.''

A ce mot, Rose a fondu une nouvelle fois en larmes et Hermione a préféré s'éclipser.

Le matin de l'enterrement, Rose se lève et déjeune en silence.

''Ça va, ma chérie ?'' dit Ron.

Rose le regarde mais ne répond pas et continue de boire son lait chocolaté.

''Lucy dort encore ?'' demande Ron.

''Oui.''

''Tu crois qu'il faut la réveiller pour…''

''C'est à Rose de décider si elle doit venir ou non,'' coupe Hermione.

Rose a longtemps réfléchi et a estimé que Lucy doit être présent. Il lui faut affronter le deuil, même si elle est encore plus fragile. Lui mentir, lui cacher la vérité, ne ferait qu'aggraver sa peine.

Toute les Weasley-Potter et les Malefoy sont réunis pour l'enterrement, ainsi que Belinda et Amélie qui sont passées voir Rose chaque jour. Elles aussi ont tellement mal. Elles connaissent Scorpius depuis le Pensionnat. Il y a aussi d'autres personnes que Rose ne connait pas. Parmi eux, un homme vient se présenter à elle. Il porte une grande barbe noire et un chapeau noir.

''Bonjour, madame Malefoy. Mon nom est Marko Karkaroff. Je suis le directeur de Durmstrang.''

Comprenant qui il est, Rose désire s'éloigner. Pas besoin d'un rappel de plus en ce jour si sombre. Elle le laisse néanmoins continuer.

''Vous savez, quand Scorpius était élève dans mon école, je l'ai mal traité. Il passait son temps à faire des farces et, aveuglé par ma fonction, je l'ai rabroué sans arrêt. Quand j'ai su ce qu'il est devenu après et ce qu'il vous a apporté, mon cœur s'est rempli de regret. Je me rends compte maintenant combien j'ai été injuste avec lui. J'avais commis autrefois la même erreur avec mon frère et…''

Il s'interrompt et s'éloigne pour sécher ses pleurs. Rose est plutôt soulagée que la brève discussion avec Karkaroff soit terminée.

D'autres visiteurs, des connaissances ou simples curieux, arrivent et Rose reconnait alors Lagrogne, le directeur de la Marguerite.

Il a beaucoup changé en quinze ans. Il a perdu presque tout ses cheveux et sa barbe est maintenant plus proche de celle de Dumbledore. Clairement, il a vieilli. Contrairement à Karkaroff, Rose est un peu plus contente de le voir. Malgré des débuts difficiles, elle a vite éprouvé de la sympathie pour Lagrogne qui ne vaut pas son nom.

''Comment allez-vous ?'' dit Rose qui anticipe la question avant que Lagrogne lui-même ait pu la poser.

''Oh ! Pas grand-chose. J'ai pris ma retraite il y a trois ans. Je me fais vieux maintenant avec mes soixante ans. Je suis venu enfin… je ne vous ai jamais oublié, Scorpius et toi.''

A la grande surprise de Rose, il la serre contre elle. Quinze années plus tôt, Rose n'aurait jamais imaginé que le surveillant général impitoyable du pensionnat lui fasse cela. Mais les temps ont changé…

''Georges Beugnon nous a quitté l'année dernière,'' confie Lagrogne. ''Et il a dit, et je suis parfaitement d'accord, que vous êtes les meilleurs élèves que La Marguerite ait jamais connu.''

Rose est touchée. Elle n'oubliera jamais son séjour d'un an au Pensionnat. Et dire qu'elle se souvient, dans un temps lointain, d'une violente querelle avec ses parents, furieuse d'être envoyée de force chez les Moldus. Mais si le destin ne l'avait pas décidé ainsi…

Après une longue attente, le Père Jean, le prêtre de l'Église de la ville, arrive. Rose va rarement à la messe mais étant croyante, elle a souhaité un enterrement religieux et personne ne s'y est opposé. Du fait de la présence de Moldus comme Lagrogne, les sorciers organisent un enterrement habituel, sans aucune magie. De toute manière, Rose ne souhaite pas autrement. Dire au revoir une seule fois à Scorpius est déjà assez difficile.

Dans le même temps, les yeux de Lucy rencontrent ceux de Killian, qui a un an de plus. Attirés, les deux enfants se prennent dans les bras puis approchent l'assemblée main dans la main. Amélie les observe, la main sur son ventre rond et un petit sourire sur le visage.

Le Père Jean se racle la gorge et commence son sermon funéraire :

''Nous sommes ici rassemblés pour…''

Rose lui jette un regard perçant.

''Pardon. Aujourd'hui, Scorpius Malefoy, nous venons te confier nos pensées à toi. Car tu nous as quitté. Tu nous manques terriblement à tous. La bêtise t'a enlevé et Dieu t'a appelé. Tu as du laisser derrière toi, une femme, une mère qui t'aimait de tout son cœur, une petite fille au cœur pur, et tant de personnes de ta famille, de tes amies. Tu as rejoint le ciel et là où tu es, nous savons que Dieu te protège et que tu nous regardes. Sois béni au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit. Amen.''

''Amen,'' reprend tout le monde en chœur.

Rose s'avance vers la tombe. Sous les yeux tristes et pour certains en larmes (Killian a pris Lucy dans ses bras et lui chuchote en la berçant « je suis avec toi, petite fleur », « je suis avec toi, petite fleur »), Rose commence un discours émouvant :

''Mon amour, quand on s'est rencontré au Pensionnat, j'étais malheureuse, je ne savais pas où j'en étais dans ma vie. Et tu es arrivé. Tu as fait chavirer mon cœur. Tu as fait de moi la plus heureuse des femmes. Tu m'as fait une si adorable petite fille à qui tu manques aussi terriblement qu'à moi. Mon amour, je n'en peux plus sans toi. Tu me manques tellement. Je ne t'oublierai jamais. Mon Scorpius, je t'aime tellement !''

Rose fond en larmes sur la tombe et personne ne dit un mot, si ce n'est Killian qui essaie toujours de réconforter Lucy.

Après dix minutes d'un silence absolu, Rose se relève et, s'avançant vers sa mère elle dit :

''Je veux rentrer maintenant.''

Le Père Jean fait une dernière prière en hommage à Scorpius et l'assemblée se retire progressivement. Hugo s'avance vers Rose et dit :

''C'est beau ce que tu as dit, grande sœur. Tu sais, je pensais, à l'époque où tu disais aller mal, j'étais un pauvre crétin et on passait notre temps à se chamailler.''

''Oui, mais ça c'est les frères et sœurs,'' dit Rose en s'efforçant de sourire - ce qui n'est plus arrivé depuis le drame - n repensant aux querelles de gamins avec son frère.

''Et je voulais te dire, aujourd'hui on a grandi, on a chacun une famille et voilà… je t'aime, grande sœur.''

''Moi aussi je t'aime, petit frère,'' dit Rose, serrant Hugo dans ses bras.

A ce moment-là, Lucy, tenant toujours la main de Killian, demande à sa maman de sa petite voix :

''Je peux passer la journée chez Killian, maman ?''

Rose ne dit plus un mot sur tout le chemin du retour jusqu'au Terrier. A peine arrivé, elle retourne s'enfermer dans sa chambre.

Elle s'assoit sur le lit. Et de nouveaux les larmes coulent et les pensées horribles l'envahissent.

Pourquoi la vie, après lui avoir apporté tant de bonheur, lui a-t-elle soudainement asséné un tel coup de poignard ? Pourquoi lui a-t-elle enlevé l'homme qu'elle aime tellement, celui qui a tant changé sa vie ? Elle, qui a passé quinze ans plongé dans son petit monde imaginaire, est revenue si brutalement à la dure réalité.

Rose n'en peut plus. Se levant, elle saisit la lampe de chevet et la jette à l'autre bout de la pièce. La lampe se casse aussitôt sous le choc.

La fureur et le chagrin de Rose atteignent le paroxysme. Un bref regard sur l'étagère à livres. Rose n'hésite pas. Elle accourt et jette tous les livres par terre.

''Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !'' hurle-t-elle de douleur.

Hermione, alertée, ouvre la porte à la volée. Après deux secondes figée face au terrible spectacle, elle court et dit :

''Rose ! Ma chérie !''

Rose ne l'écoute pas et prend le réveil sur la table de nuit qu'elle envoie rejoindre la lampe cassée par terre.

''Rose…''

''J'EN PEUX PLUS, MAMAN ! J'EN PEUX PLUS !''

''Ma chérie…''

Hermione est désemparée. Toute la peine de Rose, contenue depuis une semaine, explose. Hermione prend sa fille dans ses bras et la berce comme Killian berçait Lucy. Rose pleure sur sa poitrine.

''Pourquoi est-ce qu'il a du s'en aller, maman ? Pourquoi il est parti ? Pourquoi Dieu l'a enlevé ?''

''Mon cœur, je ne connais pas grand-chose à la religion mais je suis sûr que Dieu ne lui voulait que du bien. Pense à ce que Scorpius a apporté à ta vie.''

''Mais je ne peux pas vivre sans lui ! Je l'aime tellement !''

''Je suis là, ma chérie, je suis là.''

''Tu crois qu'il va être heureux là-haut dans le ciel ?''

''J'en suis sûr. Il était un homme si bon. Il aura la grâce de Dieu, j'en suis certaine.''

''Oh maman !''

Avoir craché toute sa peine a d'une certaine manière fait du bien à Rose. Plus tard, de nouveau seule dehors, elle regarde le ciel :

''Mon amour. Je t'aime, et c'est terrible de vivre sans toi. Mais je sais que tu es avec moi, que tu me regardes. Je vais essayer de vivre. Je vais essayer de donner tout le bonheur à notre fille car je sais à quel point c'est important pour toi qu'elle soit heureuse. Je vais vivre, je te le promets. Et un jour, nous serons réunis à nouveau, pour toujours.''

Plus tard, quand Lucy rentre, Rose l'enlace. Elle est maintenant sa seule raison de vivre, son plus précieux trésor. Tout ce qui comptera pour elle, c'est son bonheur.

''Ça a été avec Killian, ma chérie ?''

''Oui. On a joué à la tite toto et je lui ai montré ma poupée Barbie. Il est trop mignon. Je lui ai demandé d'être mon amoureux et il a dit oui.''

Rose sourit. Que Lucy ait un petit amoureux ne peut que lui faire du bien. Elle bénit Belinda et Amélie d'avoir un si bon petit garçon.

''Et puis aussi,'' continue Lucy, ''le bébé dans le ventre il va arriver.''


Rose attend avec impatience dans la salle d'attente de l'hôpital et se remémore avec nostalgie le jour où elle-même était au travail, six années plus tôt. Enfin, Belinda sort de la chambre et s'exclame avec joie :

''C'est une fille ! On croyait avoir un deuxième fils mais finalement c'est une petite princesse !''

Rose entre dans la chambre et son cœur s'émeut, de bonheur cette fois, en voyant le petit être couiner et gazouiller dans les bras d'Amélie, émerveillée.

''Elle est… magnifique. Comment allez-vous l'appeler ?''

''Et bien… avec Belinda, on a réfléchi et… enfin, on pensait l'appeler Scosie. C'est un prénom original et c'est un mélange enfin tu vois. Mais si tu ne veux pas…''

''Non, au contraire, c'est une très bonne idée. Je suis très contente pour vous deux.''

Et en prenant la petite main de Scosie, Rose retrouve un instant ce rêve qui l'a habité pendant tant d'années. Elle aimera toujours Scorpius. Un jour, ils se reverront. La vie est éternelle.