chapitre 24 : mise en place du plan
Salieri et Mozart étaient dans le salon du brun, ce dernier était assis dans un grand fauteuil se tenant le menton tout en réfléchissant, tandis que l'autrichien faisait les cent pas.
- Nous n'avons qu'Archibald comme potentiel suspect, résuma le blond. Mais c'est encore bien peu pour affirmer quoi que ce soit.
- J'ai du mal à imaginer que ça puisse être lui.
- Pourquoi ?
- Et bien nous avons très peu conversé, et jamais suffisamment pour que ce soit conflictuel entre nous, j'ai du mal à imaginer qu'on puisse vouloir tuer quelqu'un dans ces conditions. J'ai bien conscience qu'on ne s'entend pas du tout, c'est un sentiment réciproque, mais je vois plus cela comme de l'indifférence avec une pointe d'agacement.
Wolfgang laissa un instant de silence, réfléchissant à ses paroles.
- Peut être qu'il nous manque des informations. Qu'est ce qu'il voulait en venant à la capitale alors que chez lui, il ne manquait de rien ?
- Je ne sais pas, peut être de l'influence. C'est ici que la politique se déroule, que les évènements se passent, je suppose qu'il veut participer, ce serait logique étant donnée son ascendance.
- Oui… approuva Mozart. De ce que j'ai compris en parlant avec lui et ses convives lors de ses soirées, c'est une figure importante dans la noblesse. Sa famille aurait même pu hériter du trône d'Autriche, et il connaît son altesse depuis l'enfance. Il fait partie de ce monde…
Il sembla prendre conscience de quelque chose.
- Mais l'empereur n'est jamais à ses soirées, et Archibald semble toujours tendu, et sec, en sa présence. Comme s'il ne l'appréciait pas… Et si c'était ça ? Et s'il voulait le trône ?
- Vous pensez ?
- Ce n'est pas incohérent, depuis son arrivée il organise des soirées pour se faire bien voir de l'aristocratie, sa réputation est rapidement montée et dans le bon sens, il étend peu à peu son influence sur la cour de Vienne, et est apprécié. Pourtant, comme nous l'avons remarqué, c'est un homme qui méprise autrui, il ne fait pas tout ça par gentillesse, mais par intérêt. Joseph II n'a pas d'héritier à l'heure actuelle, je me trompe ?
- Non…
- Alors ce que je dis ?
- Est tout à fait plausible. Mais Wolfgang, qu'est ce que je viens faire là dedans ? Pourquoi chercher à m'éliminer ? Je ne suis que compositeur.
- Vous n'êtes pas n'importe quel compositeur, maestro. Vous êtes le maître de la chapelle impériale, le compositeur de sa majesté, vous avez une renommée, et une influence politique. Sans oublier que votre avis compte, votre position également. Quand vous parlez à l'empereur, il vous écoute. De surcroît, vous comptez pour lui, vous êtes proches tous les deux, tout le monde le sait. Vous avez un poids sur son pouvoir social par votre rôle. Vous êtes donc une cible de choix pour fragiliser l'emprise qu'il a sur la capitale, et sur la population.
Il regarda l'italien qui semblait perdu dans ses pensées et assez décomposé. Il supposa facilement qu'il culpabilisait d'être une faiblesse pour l'empereur.
- Antonio ?
Le brun reporta son regard sur lui.
- Oui ?
- Archibald pourrait-il être au courant que vous couchiez avec l'empereur ?
Il vit le visage du maître de la chapelle se teindre soudainement de rouge, et il faillit rire du malaise qu'il venait de provoquer, mais compte tenu de la situation, il préféra ne pas l'embarrasser davantage.
- Non, c'est impossible…
- Alors il ne sait pas à quel point vous comptez pour lui, mais il en sait assez pour vous prendre pour cible.
- Comment le prouver ? Nous n'avons que des suppositions.
Wolfgang réfléchit un instant.
- Et si je le forçais à avouer ?
- Comment ?
- En essayant de vous tuer ?
Antonio afficha une mine perplexe, qui fit rire son amant.
- Laissez moi vous expliquer, Antonio. Aux yeux de l'image publique, nous nous tolérons sans plus, nous pourrions faire croire que nous nous sommes disputés, que vous m'avez reproché mon attitude qui ne sied pas à la cour, que vous ne me trouvez pas professionnel, quelque chose qui sera facile à croire pour Archibald qui vous a injustement catégorisé comme un homme arrogant, d'ailleurs vous devriez l'être davantage maestro, je trouve à titre personnel que l'arrogance vous rendrait très sexy. Bref, je me présenterais donc à lui fâché, et avec la volonté de prendre vos titres comme Archibald me l'avait suggéré, pour vous montrer que je peux être comme vous, et même mieux que vous. Nous ferons en sorte que l'empereur entende cette conversation et hop, les aveux seront là.
Salieri réfléchit un moment, essayant d'imaginer cette tactique mise en œuvre.
- Je suppose qu'on peut essayer en effet.
Mozart traversait le couloir d'un pas lourd, le visage contrarié. Il s'était entraîné toute la nuit à paraître sévère et colérique, sur les conseils avisés de son amant. Il passa en grommelant près d'Archibald, présent au palais, et ce dernier l'apostropha.
- Et bien, mon cher Mozart, vous semblez dans un mauvais jour.
Le musicien fit volte face.
- Ne m'en parlez pas, Archibald, je suis furieux. Je me sens humilié.
- Que vous arrive-t-il mon ami ?
- C'est Salieri !
Il ne s'était pas trompé, aussitôt le nom prononcé, un éclat fit briller les yeux du noble, qui sourit doucement.
- Qu'a-t-il ?
- Il m'a insulté ! réagit l'autrichien avec ferveur. Monsieur le grand compositeur m'a reproché mon comportement, indigne de la cour, puéril, immature ! Il m'a dit que je n'étais pas professionnel, que je devais me reprendre si je voulais garder mon travail. Monsieur Parfait se pense apte à juger ma conduite, lui qui fait si bien des courbettes aux pieds de l'aristocratie. Et il faudrait que je fasse de même ?! Moi je suis libre, je suis indépendant, je n'ai pas besoin de m'abaisser à ça !
- Je suis bien désolé pour vous, si ça peut vous conforter, je vous ai toujours trouvé méritant d'être dans cette cour, bien plus que la plupart des potiches qui viennent ici se faire bien voir de l'empereur.
- Je vous remercie Archibald.
- Qu'avez vous l'intention de faire au sujet de Salieri ?
Mozart sourit doucement. Il avait plein d'idées en tête concernant ce qu'il pourrait en faire. Il se reconcentra sur le plan.
- Lui montrer de quoi je suis capable. Je veux lui prouver qu'il n'est pas supérieur à moi, que si nos méthodes sont différentes, nous pouvons atteindre le même sommet. Je veux les mêmes titres que lui, les mêmes honneurs, pour lui faire ravaler son mépris !
Archibald sourit davantage.
- Je pense pouvoir vous aider… Mais n'en parlons pas ici.
- Mon bureau vous conviendrait-il ? C'est là que je me rendais.
- Oui, parfait.
Les deux hommes rentrèrent dans le bureau et Wolfgang se laissa tomber dans son fauteuil.
- Vous avez dit pouvoir m'aider Archibald. Comment ?
- En vous donnant les fonctions de Salieri, en vous couvrant d'honneur et de titres tels qu'il n'en a jamais rêvé.
- Mais seul l'empereur a ce pouvoir.
Archibald sourit.
- Nous sommes amis depuis longtemps maintenant, je vous ai invité à toutes mes soirées, j'ai confiance en vous, et je peux vous apporter gros grâce à ma notoriété. Mais avant de répondre, êtes vous vraiment déterminé à surpasser Salieri ? Que seriez vous prêt à faire pour y parvenir ?
- Oui je le suis, je ne supporte plus ses remarques et son mépris. Je suis prêt à tout.
- Excellent… Et quels liens avez vous avec l'empereur ?
Wolfgang soupira.
- Nous ne nous parlons pas beaucoup, il ne cesse de se référer à Salieri pour tout et n'importe quoi, il l'estime beaucoup trop, je ne parviendrais jamais à attirer son attention pour gagner ses faveurs…
- C'est un homme têtu vous savez, il ne change jamais d'avis, et son jugement est souvent biaisé. Vous savez, mon jeune ami, je le connais depuis longtemps. Nous avons grandi ensemble lui et moi, et il ne s'en est fallu de peu que je finisse moi même empereur…
Archibald affichait un sourire nostalgique, comme s'il imaginait un passé où c'était lui qui finissait sur le trône. Mozart l'observa rigoureusement. L'homme avait de longs cheveux châtains, attachés sur sa nuque, ses yeux bleus, et une expression toujours très marquée, bien que souvent crispée quand il faisait l'hypocrite. Cela lui donnait un air faux bien souvent.
- Vous savez, se reconcentra Archibald, si j'étais empereur, je pourrais vous donner ces titres, après tout, vous les méritez bien.
Mozart se donna un air curieux, intéressé.
- Mais monsieur, se pourrait-il que vous soyez un jour l'empereur d'Autriche ? Êtes- vous l'héritier légitime, comme l'empereur n'a pas d'enfants ?
Un sourire malsain fleurit sur les lèvres du comte.
- Pourquoi attendre si longtemps ? Je pensais plutôt, et je m'y active depuis plusieurs mois, à prendre le pouvoir, et je vous propose une alliance, mon jeune ami.
