II. L'ELFE ET LE HEROS


Deux semaines plus tard ; quelques jours avant l'anniversaire d'Harry, profitant du fait que leur mère était partie faire des courses et que Sirius se trouvait à l'étage interdit, les jumeaux réunirent Hermione, Ron et Ginny dans la cuisine, leur ordonnant de s'asseoir. Leurs sourires malicieux et la lueur pleine de fierté dans leurs prunelles aidèrent Hermione à comprendre qu'ils avaient finalement réussi à résoudre le problème qu'elle leur avait posé.

Enfin, pensa-t-elle en souriant face au clin d'œil de Fred.

―Chères petites têtes rousses... commença-t-il avec un large sourire.

―Et petite brune... continua George avec un sourire pour Hermione.

―Aujourd'hui est un grand jour...

―Très grand ! approuva le second d'un hochement de tête énergique.

―Puisque vous serez les premiers privilégiés à apprendre que les jumeaux Weasley...

―Sont plus intelligents qu'Hermione Granger ! s'écrièrent-t-ils en même temps.

Un rire échappa aux trois plus jeunes ce qui sembla ravir les deux garçons.

―En effet, s'expliqua Fred une fois le calme revenu. Nous voulons bien admettre que Miss-Je-Sais-Tout mérite son surnom, mais nous sommes néanmoins parvenus à trouver la solution idéale pour aller voir Harry.

―Et ? s'impatienta Ron.

Ses frères lui jetèrent un regard moqueur et laissèrent le silence s'installer. Hermione, comme les autres, remarqua que les oreilles du garçon commençaient à devenir rouges, signe de son énervement. Enfin, George sembla le prendre en pitié et leur exposa leur trouvaille, mais la jeune fille fut quasiment certaine qu'ils l'avaient fait exprès. Mettre Ron dans tous ses états était en seconde position sur la liste des choses qu'ils aimaient faire, la première étant réservée au besoin irrépressible de faire des farces.

―La prochaine réunion de l'Ordre aura lieu la veille de l'anniversaire d'Harry, donc on profitera du fait qu'ils soient tous dans la cuisine pour s'éclipser discrètement. Bien entendu, l'un d'entre nous devra rester ici pour couvrir les autres. Avec Fred, on a remarqué qu'il y avait deux balais dans la cuisine et ils ont l'air en assez bon état. On s'en servira donc pour voler jusqu'à Privet Drive. Bien sûr, ajouta-t-il en voyant Hermione ouvrir la bouche pour parler, on se servira d'un sort de désillusion pour que personne ne nous remarque. Sirius a accepté de nous aider.

―Vous en avez parler avec lui ?! s'écria Ron en se levant d'un bond.

―Il ne risque pas de vendre la mèche ? traduisit plus calmement Ginny.

Les jumeaux échangèrent un regard qui ne plut pas vraiment à Hermione, qui trouvait que leur plan contenait bien trop de défauts. Mais elle préférait attendre qu'ils aient tout expliqué avant de parler.

―Ça aurait été plus simple de partir quand il fait nuit, pour ne pas se faire remarquer, admit Fred, mais on ne veut pas qu'Harry s'attire des ennuis à cause de nous.

Lorsqu'il fut évident que les jumeaux n'avaient plus rien à dire, la jeune fille prit enfin la parole, les sourcils froncés, signe d'une grande réflexion.

―D'accord, c'est une bonne idée, approuva-t-elle sous le regard satisfait des deux garçons. Mais, votre plan est encore trop bancale. Comment faire pour désactiver le sort de désillusion une fois devant Harry ? Et pour repartir ? Sirius ne sera pas là pour vous aider. Et si les balais ne fonctionnent pas aussi bien que vous le croyez ? Et si...

―Stop, la coupa vivement George en levant les deux mains en l'air. On a compris, on est pas encore au point sur tout. Mais je reste sûr qu'on peut réussir quand même.

Son jumeau approuva d'un hochement de tête.

―Le mieux serait d'avoir des fioles de potion d'invisibilité, dit-elle plus pour elle-même que pour les autres.

Ron sembla dire quelque chose mais elle était trop perdue dans ses pensées pour bien saisir le sens de sa phrase. Cela lui arrivait souvent de s'enfermer ainsi dans sa bulle, en cours, à la bibliothèque ou lorsqu'elle était penchée sur un devoir compliqué. Et oui, même Hermione Granger pouvait avoir des difficultés scolaires !

Ron et Harry étaient habitués à ce comportement et l'espace que de quelques secondes, elle se dit que cela devait sûrement surprendre les jumeaux et Ginny qui passaient rarement du temps avec elle à Poudlard. Mais cette pensée disparut aussitôt de son esprit lorsqu'elle repensa à la potion qu'elle était certaine, se trouvait dans le programme de quatrième année. Sans rien dire, elle se leva et remonta jusqu'à sa chambre, dans laquelle elle récupéra son manuel de Potions de niveau 4. Elle trouva rapidement ce qu'elle cherchait et parcourut d'un vif coup d'œil les mots inscrits. Un soupir lui échappa lorsqu'elle réalisa qu'ils n'auraient pas le temps ni les ingrédients nécessaires pour la concocter. Et il serait surprenant que Sirius en possède.

À moins que... La solution lui vint lorsqu'elle passa près des rideaux cachant le portrait de Mrs Black.

―J'ai une idée, annonça-t-elle en revenant dans la cuisine.

Avec amusement, elle remarqua que ses amis n'avaient pas bougé d'un centimètre depuis son départ, moins de cinq minutes auparavant.

Voyant qu'ils continuaient de la fixer comme si elle venait d'une autre planète, Hermione prit une profonde inspiration en s'approchant du seul espace vide de la pièce, près de la cuisinière. Elle espéra qu'elle ne commettait pas la moindre bourde avant d'ouvrir la bouche.

―Dobby ! appela-t-elle.

La seconde suivante, dans un " plop " sonore, le petit elfe de maison apparut devant elle, le dos courbé, dans une révérence qui la mit mal à l'aise.

―Miss Hermione Granger a appelé Dobby, s'inclina encore plus le domestique.

―Hermione, tu es la meilleure ! firent les jumeaux d'une même voix, comprenant finalement ses intentions.

La jeune fille esquissa un sourire tandis que ses joues prenaient une jolie teinte rose avant de se pencher vers Dobby pour lui exprimer sa requête.


Deux jours plus tard, comme convenu, Fred, George, Ron et Ginny attendirent le début de la réunion pour rejoindre Dobby dans la chambre des jumeaux. Hermione avait décliné la proposition de prendre la place de son amie pour aller voir Harry, pour cette première fois, puisqu'il avait été décidé qu'une autre visite aurait lieu. Elle ressentit un pincement au cœur en les voyant s'accrocher au petit elfe de maison, et s'assura que Ron avait bien en sa possession la lettre qu'elle avait écrite pour son meilleur ami.

Harry était parfaitement au courant de leur visite, Dobby ayant jouer le messager avec enthousiasme. Ils avaient convenu de ne pas le prévenir tout de suite pour l'Ordre, ce qui expliquait en partie la décision d'Hermione d'attendre encore un peu avant de le voir. Elle avait donc fait attention à ne rien mentionner sur le sujet dans sa lettre, inventant des vacances en France avec ses parents. Cela lui faisait mal de mentir ainsi, chose qu'elle détestait faire plus que tout au monde, mais Ginny l'avait convaincue que c'était un mal nécessaire pour le moment.

Elle croisa le regard de Fred avant qu'ils ne disparaissent et lui offrit un sourire. Puis elle se trouva seule, la pièce plongée dans un silence qui l'oppressa. Retournant dans sa chambre, elle récupéra les livres que Remus lui avait apportés la veille sur des cours de Sortilèges et Métamorphose et s'installa confortablement dans son lit, sous l'œil vigilant des Maraudeurs et de la mère de son meilleur ami.

C'était la première fois qu'elle se retrouvait vraiment seule depuis son arrivée et elle devait admettre que ce repos lui faisait beaucoup de bien. Bien sûr, elle ne regrettait pas un seul moment les instants qu'elle avait passés avec chacun d'entre eux, mais ici, avec un livre dans les mains, elle se sentait revivre. Elle se sentait redevenir la fille qu'elle avait toujours été, l'élève modèle qu'on citait en exemple. En entrant à Poudlard, elle avait cru que cette étiquette la suivrait tout au long de sa vie, et elle s'était résignée à ne jamais avoir d'amis, mais Harry et Ron étaient finalement entrés dans sa vie, chacun avec un caractère différent, lui faisant revoir considérablement le sens de ses priorités. Elle ne remercierait jamais assez le professeur Quirrell d'avoir fait entrer ce Troll dans l'école.

Avec eux, elle avait vécu le meilleur comme le pire. Surtout le pire, si on songeait au Troll, échiquier géant, Basilic, loup-garou et bien d'autres. Hermione réalisa que les quatre années écoulées avaient toutes apporté leur lot de surprises, bonnes comme mauvaises. Elle espérait cependant que cette année serait plus calme, notamment parce qu'ils avaient l'examen des BUSE en fin de cycle et il était tout bonnement impensable qu'elle ne les ait pas. Elle n'avait pas passé toutes ces heures à la bibliothèque pour rien, bien qu'elle ne le regretta pas une seule seconde.

Jetant un coup d'œil à sa montre, elle constata que seulement trente minutes étaient passées depuis le départ des Weasley. Pour ne pas prendre de risque, ils avaient convenu de ne partir qu'une heure. C'était en général la moitié de temps d'une réunion de l'Ordre, mais les choses n'étant jamais fixes, Hermione leur avait conseillé de ne pas rester plus longtemps.

Elle était en train de lire le septième chapitre de son livre lorsqu'on frappa à la porte de la chambre. Elle sentit aussitôt son cœur s'emballer dans sa poitrine et les mains tremblantes, le rouge aux joues, se répétant que mentir n'était pas punissable, elle ouvrit la porte.

Pour faire face à Sirius.

Un soupir de soulagement lui échappa tirant un sourire au parrain d'Harry qui pénétra dans la pièce en refermant soigneusement la porte derrière lui. Mais Hermione crut distinguer des voix provenant du rez-de-chaussée.

―La réunion est terminée, lui annonça Sirius, confirmant ses soupçons. J'ai réussi à convaincre Molly de ne pas venir vous chercher immédiatement.

―Ils en ont encore pour quinze minutes, répondit Hermione après avoir jeter un coup d'œil à sa montre.

Elle crut qu'il lui dirait que ses amis n'avaient pas autant devant eux, que Molly Weasley allait débarquer ici d'une minute à l'autre, sauf qu'il n'en fit rien.

―D'accord, je m'occupe d'Arthur et Molly, promit-il avant de sortir.

La jeune fille soupira de nouveau en se laissant tomber sur son lit et passa le quart d'heure restant à vérifier sa montre et la porte, de peur que Sirius n'ait pas pu tenir sa promesse. Mais par chance, ses amis revinrent à l'heure, de grands sourires aux lèvres, ce qui la frustra énormément puisqu'elle aussi, elle aurait voulu voir Harry. Elle leur expliqua rapidement la situation avant qu'ils rejoignent la cuisine à l'instant où Molly posait les plats sur la table.

Hermione s'installa en bout, près de Ginny et Ron qui lui racontèrent rapidement leur entrevue avec Harry, la rouquine promettant qu'elle lui offrirait plus de détails dès qu'elles seraient dans leur chambre.

La joie de ses amis la rendit impatiente et elle ne put s'empêcher de faire le calcul des jours restant avant leur deuxième rencontre avec Harry.


Mais il n'y eut pas de deuxième rencontre. Le soir du onze août, alors qu'ils fêtaient joyeusement l'anniversaire de Ginny, le professeur Dumbledore débarqua à Square Grimmaurd, annonçant qu'Harry était attendu le lendemain pour une audience disciplinaire. Il pria Arthur Weasley de bien vouloir l'y accompagner, puisque lui-même essayait d'arranger les choses auprès du Ministre de la Magie.

―Une audience disciplinaire ? répéta Sirius, dans une sorte de grognement animal.

Hermione releva lentement la tête en direction du professeur Dumbledore, debout contre le chambranle de la porte, en quête d'explications, mais le directeur ne laissa rien transparaître ni dans son expression ni dans le ton de sa voix lorsqu'il répondit au fugitif.

―Mrs Figg, la Cracmole chargée de la surveillance d'Harry lorsqu'il se trouve chez sa tante et son oncle, m'a dit que des Détraqueurs avaient attaqué Harry et son cousin. Je ne sais pas comment c'est possible, mais elle affirme les avoir vu de ses propres yeux.

―Harry a du lancer son Patronus pour se défendre, chuchota Hermione à l'oreille de Ron qui approuva d'un signe de tête, confirmant qu'il avait pensé à la même chose.

―Et que risque Harry à la suite de cette audience ? demanda Ginny.

Son père échangea un regard grave avec Molly avant de répondre.

―Une exclusion de Poudlard, dit-il. Une exclusion définitive et l'interdiction de faire de la magie pendant un certain temps.

Une exclamation de surprise s'échappa des lèvres d'Hermione qui se leva d'un bond, les oreilles sifflantes.

―Ils ne peuvent pas faire ça ! s'écria-t-elle. On ne peut pas renvoyer un élève simplement parce qu'il a voulu se défendre contre des Détraqueurs ! Qui sait ce qui aurait pu se passer si le professeur Lupin ne lui avait pas appris à faire apparaître un Patronus ?

Une main attrapa son poignet, la forçant à se rasseoir, et à son grand étonnement, elle constata qu'il s'agissait de Fred. D'un signe de la tête, il lui désigna sa mère et sa sœur qui avaient toutes les deux les larmes aux yeux. Hermione se laissa tomber contre le dossier de la chaise, s'obligeant à ne plus prendre la parole pour le reste de la soirée. Sinon elle risquerait de dire des choses qu'elle regretterait plus tard, et manquer de respect au directeur de Poudlard était bien la dernière chose qu'elle avait envie de faire.

La discussion reprit, mais elle n'écouta pas vraiment ce qu'il se disait. Au bout de quelques minutes, elle réalisa que Fred ne lui avait toujours pas lâcher le poignet.

La jeune fille se leva d'un bond, s'échappant de cette étreinte qui la tourmentait pour trouver refuge dans sa chambre. Appuyée contre la porte, elle essaya de reprendre une respiration normale, mais c'était difficile, tant le souvenir du touché de Fred était encore présent dans son esprit.

Et pour une fois dans sa vie, Hermione aurait voulu être capable de ne plus pouvoir penser.


Le lendemain matin, ils reçurent leur lettre de Poudlard et Hermione constata avec joie qu'elle avait élue Préfète, comme le stipula le mot écrit par sa directrice de maison, le professeur McGonagall. Un badge se trouvait également dans l'enveloppe, sur lequel était inscrit un P majuscule de couleur bleue.

Elle rougit en entendant les jumeaux ricaner lorsque Mrs Weasley la félicita pour ce poste. Mais les rires des garçons cessèrent brusquement lorsqu'une exclamation de surprise de la part de Ron résonna dans la pièce.

Hermione esquissa un sourire en voyant son ami fourrer une main tremblante dans sa propre enveloppe pour en sortir un autre badge de Préfet.

―Traître ! s'écrièrent les jumeaux d'une voix faussement indignée, tandis que leur mère s'empressait de féliciter son fils, à sa plus grande gêne.

―Tu imaginais Ron en tant que Préfet ? chuchota Ginny à l'oreille de son amie.

Hermione secoua imperceptiblement la tête et aussitôt, son regard dévia sur l'horloge de la cuisine. L'audience n'allait plus tarder à commencer à présent et elle sentait son inquiétude croître au fil du temps.

Ne voulant pas transmettre son angoisse à Ron, elle décida de se réfugier dans le salon, alors qu'il jouait aux échecs dans la cuisine avec Sirius, qui s'était révélé être un très bon joueur. Elle relisait la même phrase depuis plusieurs minutes, ne cessant de jeter un coup d'œil à sa montre lorsque les jumeaux débarquèrent et prirent place autour d'elle sur le vieux canapé. Le rouge lui monta aux joues lorsque le contact de Fred lui revint en mémoire et elle détourna le regard en direction de son jumeau, qui piochait allégrement dans un sachet de bonbons à la réglisse.

―La nourriture est le meilleur moyen pour te faire oublier tes problèmes, commenta George. Un bonbon ?

Hermione déclina poliment la proposition et passa le sachet à Fred qui la remercia d'un clin d'œil.

―Vous ne devriez pas être en train de préparer une nouvelle farce ? s'enquit-elle.

―Ah ! fit Fred d'une voix pleine d'amertume. On aimerait bien...

―Mais on manque d'inspiration, compléta George. Et oui, même les meilleurs inventeurs peuvent avoir le coup de la panne !

Hermione sourit et fit comme si elle n'avait pas compris le double sens de la phrase du rouquin.

―Hé ! s'indigna soudainement George, la faisant sursauter. Ne mange pas tout !

Le regard furieux qu'il jeta à son frère l'a surpris, elle qui était si habituée à les voir si fusionnel, comme les deux doigts de la main, comme les deux parties d'une même entité. En bougonnant, le rouquin se leva et entreprit d'aller chercher un nouveau sachet de bonbons. Hermione jeta un énième regard à sa montre et poussa un profond soupir. L'audience devait juste avoir commencée.

―Tu t'inquiètes pour Harry, devina Fred.

La jeune fille acquiesça en laissant son regard vagabonder dans la pièce sans jamais se fixer sur un point précis.

―Tout ira bien, continua-t-il d'une voix plus douce. Dumbledore ne le laissera pas dans cette situation. C'est le Survivant.

―C'est bien ce qui m'inquiète... chuchota-t-elle.

Le silence du rouquin la poussa à lever les yeux vers lui et elle constata que son regard était rivé sur elle, les sourcils froncés. Elle esquissa un sourire triste, faisant mine de ne pas sentir la chaleur sur ses joues.

―Pourquoi est-ce que tu dis ça ? finit-il par lui demander.

Elle hésita plusieurs secondes avant de répondre, craignant que Fred se mette à penser qu'elle n'avait pas confiance en son meilleur ami, ce qui était absolument faux. Non, ce qui l'inquiétait, c'était les réactions qu'il pouvait avoir.

―Je sais qu'après ce qu'il s'est passé avec... Cedric, Harry voudra se venger et ne se souciera plus de mettre ou non sa vie en danger. S'en prendre aux personnes à qui il tient le plus, c'est comme lui enfoncer un couteau dans le cœur. C'est lui offrir l'occasion qu'il attend pour se battre contre Tu-Sais-Qui. C'est lui offrir la mort sur un plateau en argent.

Hermione se tut, se demandant si elle pouvait continuer à sa confier ainsi, mais Fred semblait être une oreille attentive et une personne de confiance.

―Je sais aussi que le ministère de la Magie fera tout pour taire la nouvelle du retour de... Ils le font déjà, je l'ai lu dans la Gazette. Ils font passer Harry pour un fou et remettent en question sa fiabilité. Ils disent que le meurtre de ses parents l'a rendu instable psychologiquement et qu'il n'est obsédé que par une chose maintenant, retrouver l'assassin. Ils disent que la mort de Cedric a été causée par le faux Maugrey Fol'Œil. Et à force d'écrire ça, les gens ne feront plus confiance à Harry et il perdra peu à peu les personnes qu'il aime. Ils sont en train de le détruire pour rendre la situation à leur avantage.

Le calme dans la voix de la jeune fille étonna Fred qui fixa son visage de longues minutes, sans qu'elle ne s'en rendisse compte. Il était incapable de répondre et puis, qu'aurait-il pu dire après un tel discours ? Pour la première fois depuis qu'il la connaissait, il vit en Hermione bien plus que la meilleure amie de son petit frère. Il vit une personne éprouvant des sentiments, une personne faisant preuve d'altruisme. Une fille qui ne ressemblait en rien à la Hermione Granger de Poudlard.

Ils ne prononcèrent plus le moindre mot durant l'heure suivante, se contentant d'attendre que les minutes passent. Ginny se joignit à eux et Hermione offrit un sourire rassurant à son amie, puisque c'était la seule chose qu'elle pouvait lui donner pour le moment.

Hermione était en train de se laver les mains dans la salle de bains du haut lorsqu'elle perçut plusieurs voix dans le couloir, et dans le lot, elle crut reconnaître celle d'Harry. Le cœur battant à tout rompre, elle monta deux à deux les marches et ouvrit à la volée la porte de la chambre de Ron. Sans hésitation, elle se jeta dans les bras du garçon à la chevelure noire de jais.

Harry lâcha un petit rire avant de répondre à son étreinte. La jeune fille poussa un léger soupir de soulagement avant de consentir à s'éloigner de lui.

―Alors qu'est-ce qu'ils t'ont dit à l'audience ?! demanda-t-elle aussitôt. Ils ne t'ont pas renvoyé j'espère ? Ce n'était pas de ta faute s'il y avait des Détraqueurs à Privet Drive. Au contraire, tu as eu beaucoup de chance que Remus t'enseigne le sortilège du Patronus sinon...

Essoufflée, Hermione n'acheva pas sa phrase et rougit en croisant le regard moqueur de Ron.

―Laisse-lui au moins le temps de défaire ses affaires, ajouta-t-il.

Rougissant, Hermione s'éloigna à contre cœur et s'assit sur le lit du rouquin, observant Harry retirer un à un les vêtements de son sac de voyage pour les mettre dans l'armoire. En le voyant faire, elle remarqua qu'il avait encore perdu du poids. Ses cheveux étaient plus courts aussi, ce qui mettait en valeur son visage et la couleur de ses yeux. Mais l'expression neutre qu'il arborait ne laissait rien transparaître sur ce qu'il ressentait vraiment sur la mort de Cedric Diggory. Elle se mordit la lèvre, hésitante, avant de se lancer pour de bon.

―Harry... Ça va ?

Ces simples mots ranimèrent une douleur sourde dans les entrailles d'Harry, qui détourna le regard, refusant que ses amis le voient dans un tel état.

―Je vais bien, Hermione. Et toi aussi apparemment, dit-il en désignant la chambre de la main.

La jeune fille accusa le coup en se tassant sur elle-même. C'était un coup bas de la part de son meilleur ami, mais elle ne pouvait pas lui en revoir. À vrai dire, elle n'y arrivait tout simplement pas.

―Désolés... marmonna Ron.

―Je ne veux pas de vos excuses, soupira le brun d'une voix lasse. Mais j'aurais aimé que vous me disiez la vérité.

Hermione échangea un regard avec Ron avant de prendre la parole.

―On ne pouvait pas, dit-elle. Le professeur Dumbledore nous a formellement interdit de t'envoyer la moindre lettre pour être sûr que tu sois totalement en sécurité chez ton oncle et ta tante. Les garçons et Ginny ont enfreint les règles pour venir te voir, grâce à Dobby et Sirius. Lui et Molly n'ont pas accepté les ordres de Dumbledore mais personne n'avait vraiment le choix.

―Et je peux savoir où nous sommes précisément ?

―Au quartier général de l'Ordre du Phénix, répondit Ron.

Harry écarquilla des yeux en leur jetant un regard surpris. Hermione esquissa un sourire avant de confirmer les dires du rouquin par un hochement de tête vigoureux. Elle se rappela soudainement de la photo qu'elle avait mise de côté rien que pour lui et se promit de la lui remettre après le dîner. Cela ferait beaucoup trop d'émotions à gérer si elle la lui donnait maintenant.

―Et qu'est-ce qu'ils ont dit de plus sur l'Ordre ? s'intéressa-t-il.

La lueur dans ses yeux lui rappela celle dans les prunelles des jumeaux. Et ses doutes concernant ses réactions excessives se confirmèrent.

―Pas grand chose, grommela Ron d'une voix mauvaise.

―Nous n'avions pas le droit de participer aux réunions, expliqua-t-elle. Et je ne sais même pas si ce sera possible un jour.

―Pourquoi ? demanda Harry.

Mais la jeune fille ne répondit pas et quitta la pièce, faisant mine de ne pas remarquer le regard interrogateur des garçons. Elle rejoignit Mrs Weasley et Ginny dans la cuisine et accepta d'aider dans la confection d'un gâteau. Arthur et Sirius discutaient dans un coin de la pièce, à voix basses, si doucement qu'elle ne percevait pas le moindre son, malgré le silence de la maison.

Silence qui ne dura guère. À coups de grands cris, Fred, George et Ginny entreprirent une petite danse de la victoire, scandant 《 Il s'en est tiré, il s'en est tiré... 》ce qui eut le don d'agacer particulièrement leur mère. L'ambiance durant le repas fut particulièrement tendue entre Molly et les trois fauteurs de trouble qui ne pouvaient s'empêcher d'afficher des sourires extatiques.

Hermione se rendit compte qu'Harry n'avait de cesse de fixer son parrain, ouvrant la bouche puis la refermant, incapable de prononcer le moindre mot. Son cœur s'emballa lorsqu'elle comprit ce qu'il voulait faire. Elle essaya tant bien que mal de capter son regard, pour lui faire comprendre que ce n'était pas le bon moment, que cela déclencherait une dispute entre Sirius et Molly qui auraient des avis divergents sur la question. Mais il évita soigneusement son regard, comme le fit son parrain à son égard.

Harry patienta jusqu'à la fin du repas, et ce qui devait arriver, arriva. Sirius et Molly commencèrent à se disputer, chacun pensant défendre les intérêts du garçon. Le premier ne trouvait pas mauvaise l'idée que son filleul entre dans l'Ordre alors qu'il n'était même pas majeur alors que la seconde assurait qu'ils pouvaient bien se passer de lui encore un peu. Mr Weasley se fit l'arbitre de leur prise de tête et congédia les enfants dans leur chambre. Hermione s'enferma dans la sienne alors que ses amis continuaient de monter les escaliers et enfonça profondément sa tête dans son oreiller, se demanda ce qu'elle avait bien pu faire pour avoir un meilleur ami aussi buté.

Elle ne comprenait pas non plus la raison de sa colère. Après tout, Harry était suffisamment grand pour prendre ses propres décisions, quelles soient bonnes ou mauvaises, mais depuis qu'elle le connaissait, elle sentait le besoin irrépressible de veiller sur lui. Ce n'était pas pour rien qu'elle rechignait toujours à les suivre dans leurs idées farfelues. Et qu'elle se sentait finalement obligée des les accompagner pour s'assurer qu'ils ne faisaient rien de stupide. C'était ce qui avait soudé leur trio, alors que pour d'autres personnes, le simple fait de trouver sa place parmi d'autres était une véritable épreuve. Hermione était la tête pensante du groupe, Harry et Ron les principaux acteurs.

Avec un soupir, la jeune fille décida de se préparer pour dormir, bien que le sommeil mit du temps à venir. Elle ne put s'empêcher de se repasser le film de la journée dans la tête, se demandant sans cesse comment Harry avait pu aborder le sujet maintenant. Était-ce sa façon à lui de passer à autre chose et de se détacher des événements qui avaient eu lieu à la fin de leur quatrième année d'études ? Drôle de façon de faire, pensa-t-elle, le visage enfoui dans ses couvertures. Lasse de cette histoire, elle décida ne plus aborder le sujet pour le reste des vacances et passa le plus clair de son temps seule dans un coin à ignorer ses amis, dont le sujet de discussion favori était devenu l'Ordre du Phénix.

Trois jours avant leur retour à Poudlard, Mr et Mrs Weasley, ainsi que Remus Lupin et Nymphadora Tonks les accompagnèrent sur le Chemin de Traverse pour les achats de livres et de robes. Hermione passa le plus clair de son temps avec Ginny et l'Auror, qui furent les seules à accepter de l'accompagner chez Fleury & Bott -les parents Weasley s'occupant de récupérer les manuels de cours nécessaires aux quatre garçons qui avaient entrepris d'aller faire un tour au magasin de Quidditch, sous la surveillance de Remus.

―Tu es toujours fâchée contre Harry ? lui demanda son amie alors qu'elles regardaient le propriétaire de la librairie attraper les livres nécessaires à leurs études.

―Oui, répondit-elle sèchement.

Ron lui avait déjà posé la question plusieurs fois et sa réponse avait toujours été la même.

―Essaie de te mettre à sa place, lui intima gentiment Ginny. Ce n'est pas facile pour lui de rester sans rien faire.

―Et bien il n'a qu'à apprendre !

Le rire de la rouquine lui tira un sourire et lorsque les garçons les rejoignirent, elle prit la décision de ne plus faire la tête à son meilleur ami. Elle savait depuis longtemps qu'Harry était un garçon têtu et qu'elle ne parviendrait jamais à le faire changer. Peu à peu leur complicité revint et Hermione redevint la fille studieuse que les garçons avaient toujours connu. Son ambition de lire tous les livres avant la rentrée amusa beaucoup les jumeaux qui ne cessèrent de l'embêter sur le sujet à son plus grand désespoir. Les discussions entre filles avec Ginny lui firent beaucoup de bien et elles se lamentèrent de nombreuses fois d'être les seules filles du groupe, celui incluant la rouquine et les jumeaux. Mais Hermione voyait en cette position un avantage puisqu'elles représentaient l'autorité. Les garçons prenaient souvent leur avis en compte et ne proclamaient jamais la puissance masculine. Certes, sur le plan physique, ils étaient les meilleurs mais tous savaient qu'Hermione les battait à plate couture sur le plan intellectuel.

―Tu crois que ce sera comment à Poudlard ? lui demanda Ginny la veille de la rentrée, alors qu'elles étaient dans leur chambre.

La pénombre de la pièce empêcha Hermione de voir le visage de la plus jeune, mais elle l'imagina sans peine les yeux grands ouverts, fixant le plafond de la pièce.

―Je ne sais pas, avoua-t-elle franchement. Ce sera sûrement comme avant, entre les cours, les examens et le Quidditch. Enfin je crois.

―Tant mieux, marmonna Ginny. Je pense que je n'aurais pas supporter l'ambiance des derniers jours.

Hermione comprit aisément où elle voulait en venir. Après la cérémonie d'adieux pour Cedric, la vie avait repris son cours à l'école et la dernière semaine s'était écoulée dans une atmosphère pesante. Beaucoup d'élèves de Poufsouffle passaient leur temps à pleurer, les professeurs donnaient leur cours sans réel enthousiasme et les repas dans la Grande Salle se prenaient généralement dans un silence étouffant.

La jeune fille ferma les yeux et écouta la respiration ecalme et apaisante de son amie, priant qui voulait bien l'entendre pour que cette année soit différente des autres.

Mais ce qu'Hermione ne savait pas encore, était que son souhait allé être exaucer et d'une manière bien inattendue.