Chapitre XII : Eté 1993
Comme chaque été, Théodore retrouvait son père ainsi que son manoir. Il passait la majeure partie de son temps à traîner dehors, se rendant sur la tombe de sa mère ou encore à l'orée de la forêt qui bordait l'imposante bâtisse. Son père comme à son habitude l'ignorait presque totalement et les repas se prenaient dans le plus grand des silences.
En ayant assez d'être dehors, le jeune garçon avait dû être créatif et trouver d'autres occupations à l'intérieur. Ainsi, Théodore s'était mis à errer dans le manoir, fouillant chaque tiroir et chaque recoin pour voir s'il ne pouvait pas dénicher un nouveau livre ou un nouvel objet digne d'intérêt. Cela avait pour but d'exaspérer son père qui l'avait sèchement réprimandé plus d'une fois.
Le jeune garçon avait dû cesser ses explorations à contreceur et restait dorénavant cloitré dans sa chambre à lire et relire les mêmes livres. En regardant ses devoirs de vacances déjà studieusement rédigé, Théodore poussa un soupir. Il s'était jeté dessus dès la première semaine et le regrettait un peu maintenant, n'ayant plus rien d'autre pour tuer le temps.
Il avait pensé à écrire à Blaise, mais n'avait jamais osé. En vérité, le jeune Nott n'avait rien à dire et c'était toujours son ami qui trouvait les sujets de conversation. Abandonnant cette idée, qu'il avait eu un soir, il fini par se mettre au lit après de longues heures de rêveries à fixer le plafond de sa chambre.
Sa mère agonisante été là, tout près de lui et murmurait des paroles qu'il ne comprenait pas. En une fraction de seconde, son cœur s'était arrêté de battre et ses yeux s'étaient clos. A partir de ce moment-là tout s'était mélangé dans le cauchemar du jeune garçon. Les jours qui suivirent le décès de sa mère, l'enterrement, ses séances avec le psychomage…Gémissant et pleurnichant dans son sommeil, le jeune Nott était incapable de se réveiller et son esprit resta torturé une bonne partie de la nuit par ces visions.
Le lendemain matin, le réveil fut atroce. Théodore s'était réveillé en larmes, le cœur battant la chamade, ses draps trempés de sueurs…
Incapable de rester plus longtemps au lit, revoyant sans arrêt les images de sa mère, le jeune garçon décida de descendre, espérant inconsciemment trouver un peu de réconfort auprès de son père. S'installant à la table du petit déjeuner, en face de celui-ci, il n'avait fait aucun effort pour essuyer ses larmes, espérant attendrir son géniteur avec son teint cadavérique et ses yeux rouges et gonflés.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Le questionna le vieil homme en levant à peine les yeux de son journal.
-J'ai rêvé de maman…murmura-t-il un sanglot très prononcé dans la voix.
N'y tenant plus, il laissa silencieusement couler ses larmes.
-Je croyais que tout cela t'était passé…Cela fait quatre ans maintenant…
Théodore fut incapable de répondre, trop occupé à sangloter sur ses toasts.
-Il va falloir que tu t'endurcisses, mon garçon…J'espère que tu ne te donnes pas ainsi en spectacle à l'école à la moindre contrariété…
Prenant soudain pleinement conscience que son père ne le consolerait pas, le jeune garçon se leva brusquement de table et s'apprêtait à retourner dans sa chambre, broyer du noir, quand celui-ci l'interpella :
-Où est-ce que tu comptes aller comme ça ?
-Retourner me coucher…marmonna-t-il, en guise de réponse.
-Certainement pas…J'ai quelques affaires à régler Allée des Embrumes et je veux que tu viennes avec moi, alors va te laver et t'habiller tout de suite et par pitié cesse d'arborer ces airs de martyrs !
Une fois de plus, Théodore n'eu pas le courage de s'opposer à son père, ce qui accentua son état de nerfs, déjà à vifs…
Quand il transplana à l'extérieur avec son père, l'air frais lui fit du bien même s'il restait très pâle. L'Allée des Embrumes était loin d'être très fréquentable, mais le jeune garçon y était habitué. Ils marchèrent un long moment, quand enfin ils arrivèrent devant la devanture du magasin de magie noire le plus connu. Théodore y pénétra à la suite de son père et ils furent saluer par le vieux vendeur.
Ne se souciant absolument pas de la conversation de son père et du vieil homme, le jeune Nott se mit à faire le tour de la boutique en regardant distraitement les articles à vendre. Ceux-ci non plus ne l'intéressait pas et le jeune garçon songea, qu'il serait bien mieux blotti dans son lit à s'apitoyer sur son sort et à pleurnicher, le nez dans son oreiller…
La conversation entre les deux hommes s'éternisait et Théodore commençait à en avoir assez, quand soudain, il entendit le propriétaire du magasin faire remarquer à son père :
-Votre garçon m'a l'air fort calme et docile, sans vouloir vous offenser Monsieur Nott…
-Oui c'est vrai, je n'ai pas à m'en plaindre…
S'adressant soudain à lui, il le questionna :
-Tu as vu quelques choses qui te plait, Théodore ?
Le jeune Nott hocha négativement la tête. La magie noire ne l'avait jamais vraiment intéressé.
-J'ai pu obtenir quelques livres, peut-être qu'ils te distrairont…Lui dit Richard Nott en sortant de la boutique.
Le jeune garçon répondit par un grognement. Son cauchemar et l'épisode du matin l'avait mis de mauvaise humeur, sans compter que son estomac commençait à crier famine car il était déjà aux alentours de midi.
S'attendant à déjeuner au manoir, Théodore fut surpris quand son père l'emmena dans un petit restaurant qui se trouvait sur le Chemin de Traverse. Ils s'installèrent à une petite table et le jeune garçon étudia un moment la carte qu'on venait de leur apporter, avant de se décider. Une fois servi, Théodore se mit à manger en silence, son père fit de même. Ce n'était pas l'ambiance que l'on attendait d'un repas entre père et fils mais c'était ainsi chez les Nott.
De retour au manoir, le jeune garçon se souvient soudain de l'autorisation pour visiter Pré-au-Lard qui n'avait pas quitté son bureau depuis son retour. Il monta en vitesse la chercher, puis s'approcha doucement de son père et lui dit de sa voix douce et peu assurée :
-Est-ce que tu peux me signer ça ? C'est l'autorisation de sortie pour visiter Pré-au-Lard.
Il regarda son père s'emparer d'une plume et d'une bouteille d'encre puis celui-ci signa et lui tendit le morceau de parchemin sans un mot. Le jeune Nott éprouvait toujours un sentiment de joie quand il rentrait au manoir, mais il devait bien admettre qu'au fil du temps, celui-ci se dissipait et que l'ambiance devenait pesante.
Le moment du coucher était devenu difficile pour le jeune garçon. Il avait très peur de refaire des cauchemars concernant sa mère et avait pris la mauvaise habitude de rester éveillé le plus tard possible, jusqu'à ce qu'il s'écroule de fatigue et s'endorme d'un sommeil de plomb.
Vers la fin du mois d'Aout, il reçut une lettre concernant ses fournitures scolaires de troisième année et dû traîner son père sur le Chemin de Traverse une fois de plus. Théodore était fou de joie en pénétrant chez Fleury and Bott, il pourrait enfin avoir d'autre lecture que les livres de magie noire que son père avait ramenés (le jeune garçon n'avait pas voulu y toucher au départ, mais l'ennui était tel qu'il avait fini par craquer).
Lorsqu'il eu enfin acheté tous ses livres et qu'il revint aux côtés de son père qui attendait avec nonchalance à l'entrée du magasin, Théodore le vit ouvrir des yeux ronds en fixant son livre de soins aux créatures magiques qui ne cessait de pousser des grognements et claquait des dents :
-Qu'est-ce que c'est ce que ça ?
-C'est mon livre de soins aux créatures magiques. C'est ce que j'ai pris comme option avec l'étude des Runes ! annonça fièrement Théodore qui mourrait d'envie de découvrir ses nouvelles matières.
-Et bien tu as intérêt à faire attention, ton livre n'a pas l'air commode…commenta le vieil homme.
De retour au manoir, le jeune homme se précipita dans sa chambre. Il avait déjà préparé sa valise et assis sur son lit, il tentait d'amadouer le Monstrueux Livres des Monstres pour tenter de l'ouvrir et d'en lire quelques pages. Cependant, comme son père le lui avait fait remarquer, le livre était coriace et ne cessait de claquer des mâchoires tout près de l'adolescent.
-Tiens toi tranquille, je ne veux pas te faire de mal…Tenta de l'apaiser Théodore d'une voix douce.
Il était très curieux de voir ce que contenait le livre et ne voulait pas s'avouer vaincu. L'ouverture semblait se trouver tout près de ce qui ressemblait à la gueule du monstre et Théodore n'eu pas d'autre choix que d'approcher sa main droite tandis que la gauche tentait de maintenir fermement la livre en place. Attrapant sa langue qui dépassait avec ses doigts pour dégager l'accès à l'ouverture qu'il pensait être au fond de la gueule du monstre, il ne fut pas assez rapide quand ses dents se refermèrent sur sa main droite.
Le jeune homme étouffa un cri de douleur et se retira précipitamment. Abandonnant le livre sur son lit, il se précipita dans la salle de bain pour tenter de soulager sa main en la passant un moment sous de l'eau froide. La morsure n'était pas grave et même si elle restait douloureuse, Théodore se promit de ne rien dire à son père au dîner, de peur de se faire réprimander.
Cependant, le soir même, l'adolescent eu quelques difficultés à tenir sa fourchette qu'il avait déjà lâché plusieurs fois. Ses doigts étaient raides et il avait l'impression que sa main avait un peu enflée.
-Ne me dis pas que tu as essayé d'ouvrir ce fichu livre, Théodore ?
Son père était bien trop perspicace et il ne sut que répondre, alors il se contenta de baisser les yeux sur son assiette en tentant de dissimuler sa main blessée sous la table.
-Fais-moi voir ! Lui ordonna sèchement son paternel.
Théodore fut contraint de se lever pour aller lui faire voir la morsure. Il se laissa piteusement examiner, se retenant à grand peine de gémir de douleur. Il poussa simplement un petit couinement lorsque son père lui fit plier les doigts.
-Quand est-ce que tu vas écouter ce que je te dis et cesser tes stupides expérimentations ? L'année dernière les plantes vénéneuses ne t'ont pas suffi ? Le réprimanda son père en attirant à lui d'un coup de baguette, une compresse, une petite bande de lin et un onguent qui sentait très fort.
-Je voulais simplement le lire…
-La prochaine fois que tu te blesses aussi stupidement, tu te débrouilleras tout seul…J'en ai assez de jouer les infirmiers !
Il était vrai que depuis la mort de sa mère, c'était son père qui s'occupait de lui lorsqu'il était malade ou qu'il se blessait légèrement et même s'il manquait de douceur et de compassion, Théodore devait admettre qu'il avait toujours été très bien soigné par l'unique parent qui lui restait.
L'adolescent resta parfaitement immobile lorsqu'il lui appliqua une compression imbibée de l'onguent malodorant et qu'il banda sa main pour faire tenir le tout.
-File maintenant ! J'en ai assez de tes sottises et je t'interdis de retoucher à ce livre, c'est bien clair ?
Théodore hocha lentement la tête et ne se fit pas prier pour remonter dans sa chambre. Avec une grande délicatesse, il mit son livre qui semblait s'être endormi dans sa malle et se coucha à son tour en espérant que la douleur n'allait pas l'empêcher de dormir.
Quelques jours plus tard, la veille de son départ pour Poudlard, sa main avait totalement dégonflée et Théodore pouvait de nouveau s'en servir librement.
