Les lumières matinales du soleil déstructuraient les ombres de la chambre, tandis qu'un cadre hollywoodien s'élevait paisiblement. La chaleur de ses rayons se propageait sur sa peau, brulant langoureusement ses paupières closes. Recroquevillée contre le corps allongé à coté d'elle, cette sensation de bonheur sans fin gonflait dans son cœur. Elle se serrait davantage contre lui, et le sentie remuer. Leurs mains se rejoignaient et se caressaient inconsciemment. Son nez inspira le parfum suave et sauvage qui émanait de sa peau, de ses cheveux. Elle ouvrit lentement les yeux, juste de quoi satisfaire sa vue et sa curiosité. Le soleil tapait en plein milieu de son visage endormi, relevant les traits marqués de son visage. Son nez droit et pointu lui donnait un air sévère, et même quand il dormait, il semblait tourmenter. Le reste n'était que propre à sa personne, comme tout ce qu'il faisait, tout ce qui le composait. Il était rapide, sec, précis, radical. Tout ce qu'il entreprenait aboutissait en un rien de temps au résultat voulu. Efficace.
Ses petites mains blanches s'aventurèrent au dessus de sa tête, caressant sa chevelure dont la couleur restait indéterminable. Elle était parfois cuivre, châtain ou brune, mais persistait toujours un reflet rouge sanglant, exposées à la lumière. Ce n'était que des détails, mais elle aimait les détails, les choses insignifiantes. Elle reposa finalement sa main et sa tête, contre son torse tiède, et se laissait bercer par les battements rapides de son cœur. Comme si ce cœur, et ces battements ne pouvaient jamais s'arrêter.
Un bras entoura son corps, et le sommeil vaporisait à nouveau son encens. Ils restèrent ainsi, silencieux mais attentifs, plus que jamais, profitant de l'instant, qui fut cependant interrompu par les vibrations d'un téléphone. Il s'en écoula plusieurs, jusqu'à ce que, énervé, il la poussa sur le coté et grogna, avant d'attraper l'appareil. Agacée, elle se laissa tomber contre les oreillers, et lui tourna le dos, pour entendre un « Quoi » menaçant et retentissant, suivi par un ton beaucoup plus calme, qui lui indiqua qu'il s'agissait de son père. Elle sentie le lit bouger, puis un poids en moins. Il s'était levé et était maintenant placé en face de la baie vitrée, maugréant quelques mots à son interlocuteur. Elle se leva finalement à son tour, sachant pertinemment que leur havre de paix avait été sacrifié. Ses bras s'étirèrent comme un chat, et le t-shirt qu'elle portait, trop grand pour elle, lui donnait des airs de poupées. C'était une fille, une femme, on ne savait pas trop. Seule la lueur dans ses yeux étaient la même à chaque instant de sa vie, à chaque moment où l'on osait affronter son regard. Ecorché vif.
-Fucking vieux !
Elle le fixait, à la lumière du jour, à la lumière nue et pure qui lui renvoya des ombres sur les yeux. C'était étrange cette sensation d'apercevoir, et au même instant être totalement aveuglé. Ses paupières ne battaient plus, et ses iris se focalisèrent sur une seule forme. Son corps. Il semblait s'éloigner, il n'y avait maintenant plus qu'une silhouette incertaine, floue. Elle n'apercevait plus son visage, ni le reflet écarlate de ses cheveux. Sa voix n'était plus qu'un écho séparé de son être. Il lui sembla alors que cette forme se rapprochait. Ce contour qui se découpait dans l'immense carré de lumière devant lequel il se tenait debout et droit. Et au fur et à mesure que cette forme se rapprochait, elle entendait de plus en plus distinctement le son de sa voix.
-Hey tu m'écoutes ?! Habille-toi, on sort.
Elle cligna des yeux.
Une seconde s'était formée en dehors de l'espace temporelle, et elle revint à elle. Il l'a dominait de toute sa hauteur et la fixa perplexe, puis quitta la chambre.
Dehors, le soleil tapait encore plus fort. Il était midi passé. Une brise tiède secoua chacune de ses boucles blondes et caressa son corps moite. Elle ferma les yeux encore un instant, n'osant affronter cette lumière qui aveuglait son bonheur. Le son pétardant d'une moto qui démarre retenti entre les roches et les murs de la villa. Comme à son habitude, il ne portait pas de casque, pas de protections ni quoi que ce soit. Un truc de « gonzesse » comme il s'amusait à répéter. Elle prit place à l'arrière et entoura son torse de ses petits bras. Il avait cependant son cuir, et les cheveux mouillés. Elle pouvait apercevoir les fines gouttes d'eau glisser de sa nuque jusqu'à disparaitre à l'intérieur de sa veste. Elle respirait son odeur. Il démarra.
Ils descendaient à toute vitesse la route rocheuse et sinueuse. Cette pente, bordée de palmiers, débouchait sur une autoroute que personne n'empruntait jamais. Et cette autoroute n'était qu'un chemin de goudron construit sur les flancs d'une montagne qui faisait face à la mer. Elle n'avait qu'à tourner la tête et ouvrir les yeux pour apercevoir l'immense étendue bleue qui se perdait et se mêlait à l'horizon, comme deux lignes parallèles si proches l'une de l'autre, mais l'on savait pertinemment qu'elles ne se rejoindraient jamais.
Le temps s'écoulait ainsi. Bientôt, on n'entendait plus le son du moteur, l'ouïe avait disparue pour décupler le toucher. Autour de leur corps exposés aux courants d'air, elle ressentait le frisson mordant du vent parcourir de long en large sa peau. C'était certainement un voyage sans but, un voyage sans destination précise, seulement ce genre de voyage qu'on faisait parce qu'on avait le temps de vivre, parce qu'on voulait vivre. Et à elle plus particulièrement, cette envie d'exister pour quelqu'un était importante.
Ils roulèrent ainsi pendant un long moment. Ils avalèrent les kilomètres sans prononcer un mot, sans desserrer son étreinte autour de lui. Par moment, il accélérait, tournait dans un virage, elle pensait toujours se prendre les barrières de sécurités et finir à l'envers et en morceaux. Mais il n'en fut rien. Jamais. C'était également dans ces moments là qu'elle comprenait plus que personne à quel point il vivait sans jamais s'arrêter. Il vivait à deux cents à l'heure, d'adrénaline et de liberté. Sans conscience ni morale. Il faisait ce qui lui plaisait. Contrairement à elle qui n'avait jamais expérimenté quoi que ce soit. C'était si différent.
Et ce Il et ce Elle, c'était Kid et Jenny. Sur une route montagneuse, seuls, ils dévoraient le monde à leur façon. Kid montrait à Jenny toute la liberté et l'exaltation qu'il y avait à vivre une vie à fond. Jenny était la part manquante de Kid. Son équilibre. Ce Il et ce Elle, voué à la passion et à la destruction.
Kid et Jenny.
Cela faisait toute la différence.
Souvenir d'une journée d'été. /julessummer/the-xx-sunset-cover
