Chapitre IV

Le visage d'Arthur Pendragon perdit de ses couleurs lorsque sa vision de Guenièvre, heureuse, souriant à son garçon s'évanouit dans les airs.

Il se retrouva alors seul sur cette colline tandis qu'un froid mordant soufflait par bourrasque. Puis, la colline se mua en un des couloirs de Kaamelott, un de ceux donnant sur l'extérieur.

Il n'y avait plus de rire, plus rien qu'un silence de mort suivit d'un début d'orage menaçant.

Mais le calme présent se fit interrompre par des hurlements, non de joie cette fois.

« C'est ainsi que vous comptez honorer votre statut de roi ?!

_ Mère, non, supplia le garçon en portant ses mains devant lui. »

Le coeur d'Arthur manqua un battement lorsqu'il se tourna soudain vers les jardins pour tomber sur cette vision atroce. Dame Mevanwi, devant ses yeux, arracha une branche morte du saule et la leva face à un petit garçon terrifié.

« Avoir peur de ce genre de futilités, à votre âge, hurla-t-elle. »

Alors, elle se déchaina sur le garçon qui cria, cria de douleur, encore et encore.

Le sang d'Arthur ne fit qu'un tour, et il se mit à courir, courir dans le château tout entier afin de descendre et d'arrêter ça. Non mais elle avait perdu l'esprit ou quoi ?!

Mais les couloirs étaient longs, et grands. Chaque pas de plus était suivi du bruit de la branche tranchant la peau de ce petit garçon terrifié, qui ne cessait de crier d'horreur et de douleur.

« Mais vous êtes tarée ou quoi ? finit par hurler Arthur en bondissant dans les jardins. Lâchez-le !

_Sire, se stoppa soudain Mevanwi, d'un sourire gêné. »

Le roi subtilisa la branche d'arbre déjà ensanglantée de la main de la femme qui ne se détachait pas de son rictus de façade. Elle lui paraissait soudain si hideuse au delà de sa beauté de façade.

« Vous n'êtes pas en voyage ?

_ Non. Qu'est-ce que vous lui faites, je peux le savoir ?

_ Figurez vous que votre bien aimé fils a peur de l'orage, lâcha-t-elle soudain, d'un ton moqueur. »

Le roi en fut si soufflé qu'il resta coi. Elle s'était ainsi acharné sur lui pour… pour une chose si insignifiante ?

« L'orage, ça veut dire que les dieux sont en colère, argumenta d'une faible voix le garçonnet d'à peine six ans.

_ Vous dormirez donc dehors cette nuit, histoire de dompter cette peur ridicule. Et maintenant que vous êtes rentré, sir, nous pourrons renvoyer Mordred à Tintagelle dès demain. Qu'en pensez-vous ?

_ A Tintagelle ? répéta-t-il, les mains tremblantes. Oh je vous en prie Mère, non…

_ Kaamelott n'est pas un endroit pour les enfants. Et ne vous donnez pas en spectacle devant votre père, je crois que vous préférez mes corrections aux siennes et de loin, je me trompe ? »

Resté muet, Arthur n'arrivait plus à sortir un seul mot de sa bouche.

Mevanwi fit appelé une servante afin de prendre le garçon, et de le préparer, non sans adresser au roi un sourire de convenance, un de ceux qu'il avait toujours connu et dont il était tombé sous le charme. Mais cette fois, son coeur ne battait plus comme avant, pas après. ça… C'était impossible.

Arthur se tourna vers le garçonnet, la gorge serrée.

« M-Mordred, bafouilla-t-il. »

Il le vit alors déglutir, avant de grimacer. La servante, un peu apeurée elle aussi, se recula et s'en alla sans un mot.

« Je suis désolé, sir. »

Le garçon n'osa lever son regard et se tourna machinalement. Il se mit à genoux, et leva son chemisier, comme pour recevoir sa sentence.

Lorsque Arthur fit face au dos de l'enfant parsemé de cicatrices, il eut un haut le coeur.

« Ex-excusez-moi, balança-t-il avant de s'en aller aussi vite que possible de cet endroit. »

Alors que Arthur parcourait le château, à la recherche de… hé bien, de dieu sait qui pouvait le sortir de cet enfer, il tomba sur sa propre mère, en plein conversation privée avec Dame… enfin, sa femme ? Il n'y comprenait plus rien.

« Cela ne vous dérange pas, j'espère ?

_ Oh non, vous pensez bien, se réjouie Dame Ygerne. Il faut bien lui apprendre la discipline, et je ne doute pas de vos talents en ce domaine, ma dame, mais je vous laisse la liberté d'aider mon fils à régner. Je prendrais le relais.

_ Merci, belle maman. Il faut dire que Mordred est si difficile. Ce gosse a peur de n'importe quoi, je ne sais plus quoi faire.

_ Il ressemble trop à son père, argua la mère d'Arthur d'un ton dur. Vous savez bien, il n'y a pas 36 façons de faire comprendre les choses à Sir Arthur Pendragon. De la mauvaise graine, voilà ce que c'est.

_ Ne m'en parlez pas. Mordred est le portrait craché de son père, c'est une horreur. Je n'avais eu que des filles jusqu'à présent, qui me ressemblait, dieu merci. C'était mieux comme ça, mais Mordred lui, grimaça Dame Mevanwi. Il n'a rien de moi, je n'arrive pas à ne pas être agacé par ses nombreux défauts. C'est un petit peureux, qui ne réfléchit pas, bête et si naïf. Et voilà que ce soir, il m'a sorti avoir peur de l'orage !

_ N'était-ce pas Guenièvre qui en était également effrayé si je présume ? se moqua Dame Ygerne.

_ Paix à son âme, la pauvre jeune fille. Il ne manquerait plus qu'il finisse comme elle !

_ Pauvre, pauvre, je vous trouve bien trop clémente avec elle. Cette fille était une écervelée, elle a bien mérité ce qui lui est arrivé après l'affront qu'elle a osé lui porter. Arthur a tant changé à votre contact, je n'ose imaginer ce qui serait advenu si vous n'aviez pas pris le relais en tant que reine. Vous souvenez vous de la catastrophe que cela était sous son règne ?

_ Oh que oui. Arthur était si réfractaire à la torture, à la peine de mort, à l'esclavage. Il laissait tout passer avec une telle désinvolture. C'est aussi de cela qu'à hérité Mordred malheureusement.

_ Il retournera dans le droit chemin, sa grand mère se le promet. »

Arthur dut s'adosser au mur pour ne pas fléchir.

Qu'avaient-elles dit ?

xXx

« Si je vous dis qu'il a prononcé mon prénom, argua la reine d'un ton se voulant convainquant.

_ S'êtes sur que vous avez pas rêvé non ? demanda Elias.

_ Ça fait des jours que vous n'avez pas dormi, argumenta Dame Seli d'un air semi inquiet.

_ Mais vous allez m'écouter nom d'un chien ! s'emporta-t-elle. Si je vous dis que Arthur a dit quelque chose !

_ Guenièvre… »

Soudain, tout ce petit monde s'arrêta de parler, voire même, de respirer.

Le roi venait de nouveau de prononcer le prénom de la reine, reine qui se précipita de nouveau à son chevet, se ruant à genoux près du lit en portant sa main sur la sienne.

Sans un mot de sa part, le roi garda ses yeux clos, comme s'il parlait en dormant. Puis, il finit par chuchoter le prénom de sa femme, une fois, deux fois, puis une dizaine, et ainsi de suite, sans discontinuer avec une tristesse palpable, une détresse qui finit par se voir lorsque des larmes coulèrent de ses paupières closes.

Le roi pleurait. Il pleurait à chaudes larmes en répétant le prénom de sa femme.

« Que lui arrive-t-il ? s'inquiéta son épouse, le coeur battant.

_ Il doit rêver, non ? demanda Merlin, pas bien rassuré non plus.

_ Vous pleurez souvent dans vos rêves vous, espèce de clampin ? balança Dame Seli.

_ Arthur n'a jamais pleuré, souffla Guenièvre. Ni dans son sommeil, ni ailleurs… »

xXx

La dernière fois qu'il avait réagit ainsi, il devait avoir… 9 ans, 10 tout au plus.

Il venait de se planquer comme un gosse dans une des salles de bain des invités et s'était mis à chialer, chialer sans pouvoir s'arrêter.

Allongé à même le sol, pour mieux sentir le froid, Arthur eut comme l'impression de mourir une deuxième fois. Mais c'était sans doute pire, bien pire.

Si c'était ainsi que les dieux voulaient le punir, alors il jurait qu'il ne les contrarieraient plus jamais de sa putain d'existence.

Guenièvre… Guenièvre était morte ? Et son fils… Il n'avait jamais existé. Comment avait-il pu la tuer, elle, et l'espoir de revoir Lohot un jour ?

Mais le pire, n'était sans doute pas cela. Car il s'était autant reconnu en lui qu'en Mordred. Et ce qu'il avait vu lui avait glacé le sang… car il lui donnait la même enfance que lui-même avait vécu, en compagnie de sa dingue de mère.

Comment avait-il pu vriller à ce point ? Pour une femme, pour cette, cette… il était devenu comme son père. Et il n'avait pas envie d'être cet homme, pas envie d'être encore et toujours manipulé par Mevanwi comme par n'importe quelle autre femme.

Ce qu'il voulait c'était…

« Gueniévre, prononça-t-il entre deux sanglots. »

Elle, Guenièvre. Elle qui avait toujours été là pour lui, elle qui se fichait du trône, qui l'avait suivi dans sa quête, elle qui l'aimait et qui avait sacrifié sa vie entière pour lui sans qu'il n'ait la conscience d'ouvrir ses putains d'yeux. Mais elle n'était pas morte, elle ne pouvait pas être morte.

Et il la récupérerait, ici, comme ailleurs. Alors, Arthur se leva et sécha ses larmes. Ses poings se serrèrent, et, impulsif, il ouvrit la porte avec une force telle qu'elle menaça de sortir de ses gongs, comme lui.

Il allait retrouver sa femme, sa vraie femme. Et il allait remédier à tout ce bordel.

D'un pas hâtif, le roi se précipita dans les dédales des couloirs.

« Arthur, entendit-il Dame Mevanwi l'appeler. »

Oh, il aurait aimé l'éviter celle-là, à défaut de foutre sa tête sur une pique.

« Quoi, gronda-t-il lentement en se tournant vers lui.

_ Notre servante m'a rapporté que vous aviez l'air perturbé tout à l'heure.

_ Je vous trouve dure avec votre… notre fils, trancha-t-il.

_ Oui, et bien figurez vous qu'il ira sur le trône un jour, et il lui faut les épaules pour affronter les chefs de guerre assoiffé de sang, vous ne croyez pas ? Il me semblait que nous étions d'accord sur ce point. Je tiens à ce que sa réputation soit irréprochable.

_ Vous aviez l'air surprise tout à l'heure que je sois présent.

_ Eh bien, vous êtes beaucoup en voyage, depuis la naissance de Moldred. Nous nous voyions assez rarement.

_ Vous m'en direz tant, grogna Arthur, qui commençait à comprendre pourquoi il fuyait le château et ses responsabilités. »

Le roi s'apprêta à partir, agacé, mais un doute l'habitait encore. Alors il se retourna vers sa « femme » avant d'en prendre congé.

« Vous rappelez vous de Moldred lorsqu'il était petit ?

_ Pourquoi cette question ?

_ Simple curiosité. N'avez-vous pas souligné mon absence tout à l'heure ? Et cela pourrait expliquer son « attitude », ne pensez-vous pas ? »

Mevanwi soupira alors de dépit.

« Les bébés, ça n'a jamais été mon fort Arthur, vous le savez bien. Et les servantes que vous avez embauché étaient bien trop gentilles avec le petit. Dès que j'avais le malheur de le corriger, que ce soit quand il vous appelait papa à la place de votre statut ou dans ses bêtises, elles prenaient toute la fuite. Alors peut-être l'avons-nous envoyé chez votre mère un peu trop tard, il est vrai.

_ Ça ne vous a rien fait ? De ne pas l'avoir avec vous ?

_ Mais enfin, pourquoi ça m'aurait fait quelque chose ? Si c'est la perceptive de voir mes robes se tacher par ses mains poisseuses, et me faire prendre plus d'un bain par jour pour cela, rassurez-vous : ça ne m'a pas manqué le moins du monde. Vous souvenez vous de cette fois où je l'ai découvert avec cette maudite compote de figue dans les cuisines ? C'est de là que viens sa cicatrice sur le visage d'ailleurs. Enfin soyons sérieux, en toute franchise, comment aurais-je pu vous seconder dans votre rôle au sein du royaume avec ce garnement dans mes pattes ? »

Quelle insensibilité. Cette femme l'écoeurait. Il devait partir, il devait se sauver de cette mégère.

« Où allez-vous ? demanda Dame Mevanwi.

_ Vérifier… un truc. »

xXx

Désormais, ce sont les yeux de Guenièvre qui s'humidifièrent à leur tour.

Jamais encore elle n'avait vu son époux dans un tel état. Ses murmures de désespoir, d'accablement l'avaient touchés en plein coeur alors qu'il avait répété son prénom, comme un appel. Puis, il avait eu un sursaut et… plus rien.

En un clignement, deux larmes solitaires avaient parcourut ses joues avant qu'elle ne se fige, de peur. Elle se rua alors que le roi qui venait de se rendormir, un peu plus paisiblement.

« Il n'est pas mort, dites-moi qu'il n'est pas mort, supplia soudain Guenièvre, effrayée.

_ Il n'est pas mort, rassura Merlin en portant sa main au dessus de la tête du roi. »

La reine finit par s'écrouler, le front sur le matelas.

« Laissez-moi deux minutes. Je crois que j'ai… besoin de rester seule un moment. »

Les deux enchanteurs partirent, à contre coeur néanmoins. Dame Seli hésita à rester, mais se pinça la bouche avant de rebrousser chemin. Elle n'avait jamais vu sa fille dans cet état.

De rage, elle se dirigea vers les geôles, décidée à extorquer les vers du nez à cette salope de Mevanwi. Et accessoirement, de la tuer pour avoir oser faire pleurer sa fille.

xXx

Guenièvre courait, courait à en perdre haleine dans les bois, la respiration haletante.

Ses cheveux étaient en bataille, ses bras si mince et sa misérable robe plus très blanche, mangée par les insectes… Le temps où elle était reine lui semblait si loin.

« Tuez la ! »

Arthur sursauta et baissa le regard sur lui-même, alors qu'il tenait en main Excalibur qui ne flambait plus vraiment. Il avait sa tenue habituelle, alors que des trots de chevaux se faisaient entendre au loin, ainsi que le cris de ses chevaliers.

Lorsqu'il leva son regard, il vit un adolescent aux cheveux noirs, et à la mine dure. Il courait.

Alors, d'instinct, Arthur se mit à sa suite, lui aussi.

Guenièvre dont les jambes ne voulaient plus la porter, se prit les pieds dans une énorme racine au sol avant de tomber lamentablement un bruit sourd. Elle se retourna, apeurée et vit en face le sanguinaire Mordred au regard fou, lever son épée sur elle. Alors elle grimaça avant de sursauter, lorsque le garçon se fit plaquer au sol par… Arthur.

Arthur qui se tourna vers elle d'un air affolé.

« Guenièvre. »

Oh Dieu, elle n'avait plus entendu cet homme l'appeler ainsi depuis si, si longtemps. Des larmes coulaient sur ses joues sans qu'elle ne puisse les contrôler tandis que le roi, n'avait jamais semblé si effrayé de son existence.

Il repensait à cette fois où elles plaignait d'être essoufflée, à se presser derrière lui. Dans quel état se trouvait-elle aujourd'hui ? Elle était si maigre, si pâle et apeurée.

« Ne me tuez pas, je vous en supplie, se mit-elle à sangloter.

_ Vous tuer ?

_ Vous ne m'avez jamais aimé Arthur, mais… mais je ne vous ferais aucun mal, je ne suis pas Lancelot, j'ai fais une erreur, une terrible erreur. J'ignorais ce qu'il préparait, j'ignorais qu'il me traiterait de cette façon, et j'ignorais qu'il tuerait votre femme, dame Mevanwi pour se venger. »

Des larmes coulaient sans discontinuer sur le visage de la jeune femme, tordue par la douleur alors que ses yeux rougissaient, que son nez coulait lui aussi et que des spasmes de sanglots lui prenaient la poitrine.

La nouvelle de la mort de Mevanwi ne sembla même pas affecter le roi.

« J'ai déjà tant perdu, je vous en prie, demanda-t-elle, les mains tremblantes.

_ Je ne vous ferais pas de mal, le rassura Arthur d'une voix douce et avenante.

_ Sire, que faites-vous ? grogna Mordred, la voix étouffée. La traitre est en vie.

_ Je ne voulais pas ça, je n'ai jamais voulu ça, nia Guenièvre.

_ Moi non plus, lâcha Arthur, les yeux froncés.

_ Je suis une idiote ! Je vous aimais et j'ai tout foutu en l'air !

_ Vous… m'aimiez ? »

Arthur relâcha sa prise, un peu sous le choc. Ce qu'il ne calcula pas, fut la vivacité du jeune homme sous sa coupe qui se rua sur la reine. Le roi n'eut même pas le ton de hurler avant de voir une lame s'enfoncer dans l'abdomen de la jeune femme, qui se figea. Sa robe, tachée de terre et de ronces, tourna soudain du blanc cassé au rouge carmin. Et alors que le sang de la reine commença à couler, c'est celui d'Arthur qui sembla quitter son corps.

« Bordel, mais vous êtes dingue ? Qu'est-ce que vous avez fait ?! hurla Arthur à plein poumons, se ruant sur son fils pour l'attraper par le col avant de le secouer comme un sac.

_ Je l'ai tué, comme ma mère l'a toujours voulu. »

Arthur fixa ce garçon, incrédule.

« Cassez-vous. Barrez-vous !

_ Mais elle n'est pas…

_ Je vais vous tuer. Je vais vous tuer ! »

Les yeux du roi s'injectèrent de sang, et le prince eut si peur en voyant le roi dans cet état de rage qu'il prit ses jambes à son cou.

« Guenièvre, répéta-t-il lorsque la jeune femme, tombée au sol, porta sa main vers son ventre et qu'elle en ressorti rouge et poisseuse. »

Arthur se rua vers sa femme afin de la soulever contre lui. Elle se mit alors à trembler dans les bras de son mari, enfin… ex-mari, qui paraissait encore plus terrifié qu'elle.

« Je le savais, ne put-elle s'empêcher de prononcer, non sans mal. Je savais que j'allais mourir.

_ Vous n'allez pas mourir, gronda Arthur d'une voix mi colérique, mi paniqué.

_ Je suis désolée, sanglota-t-elle. Désolée, pour… pour votre fils. Désolée de ne pas avoir pu…

_ Merlin ! appela Arthur, à plein poumons.

_ Je ne l'aimais pas, murmura Guenièvre. Lancelot. Je n'arrivais pas, il m'a obligé, c'est lui, lui qui…

_ Préservez vos forces, rassura Arthur, bouleversé. Préservez-vous, je vais chercher du secours.

_ Non, pleura doucement Guenièvre, ne me laissez pas toute seule, s'il vous plait Arthur, s'accrocha-t-elle à sa chemise, suppliante. »

La gorge du roi se contracta, se serra en même temps que ses doigts autour de ses bras si frêles. Il finit par acquiescer à contre coeur. Il devait aller chercher quelqu'un, pour la sortir de ce mauvais pas.

« J'exagère, n'est-ce pas ? murmura-t-elle.

_ Restez avec moi, lui souffla-t-il.

_ J'essaie, mais… je ne veux pas mourir, pleura-t-elle encore, les yeux rivés dans ceux d'Arthur.

_ Je ne veux pas que vous mouriez, ajouta-t-il.

_ Vraiment ?

_ Bien sûr, murmura-t-il. Vous allez vivre, et revenir avec moi, d'accord ?

_ Votre fils, articula-t-elle avec difficulté.

_ Ce n'est pas mon fils ! enragea Arthur.

_ Je suis désolée, que ça se soit fini comme ça.

_ Et moi dont… »

Guenièvre se contenta de lui sourire faiblement, l'air plus serein.

« Alors, alors vous ne m'en voulez pas, dit-elle difficilement, la respiration hache. »

Les larmes d'Arthur l'empêchèrent de répondre. Depuis quand pleurait-il ? Il n'arrivait même plus à s'arrêter alors qu'il sentait sur sa main, le sang royal de sa femme couler le long de ses doigts pour tomber, goutte après goutte sur le sol déjà maculé de carmin.

« Je ne voulais pas vous causer du tord, murmura-t-elle, de plus en plus affaiblie.

_ Je m'en suis causé tout seul. Gueniévre, je ne veux pas de cette vie, je veux… je vous veux.

_ Je ne crois pas, vous divaguez… et… et dame Mevanwi, vous l'aimiez et elle est… morte, elle aussi.

_ Je me fiche d'elle, je me fiche de tout, de toutes. Je ne les ai jamais aimé.

_ Vous ne m'aimez pas non plus vous savez. »

Guenièvre peina de plus en plus à soutenir la prise du roi. Ses paupières s'alourdissaient, son souffle lui aussi alors qu'elle luttait pour le maintenir, avec tant de force. Jamais encore il n'avait vu quelqu'un s'accrocher à ce point à sa vie, et à lui.

« Vous ne pouvez pas me faire ça, gronda Arthur.

_ Je suis désolée, désolée de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir été assez…

_ Taisez-vous, lui murmura-t-il.

_ Je n'aurais jamais du partir.

_ Non, non c'est moi qui n'aurait jamais du agir comme un connard. »

Guenièvre nia de la tête avant de lui offrir un maigre sourire. Elle posa sa paume tachée de sang sur la joue d'Arthur qui porta alors la marque de la main de Guenièvre sur le visage, son pouce sur sa lèvre formant une ligne rouge.

« Tenez bon, lui glissa-t-elle.
_ Et c'est à moi que vous dites ça, rit-il jaune entre deux larmes. Et si vous arrêtiez de penser à moi pour une fois ? Même au bord de la mort, vous le faites.

_ Je ne veux pas que vous mourriez Arthur, votre femme, le royaume, quand ils sauront que vous avez voulu être clément…

_ Accrochez vous, pour moi. Qu'est-ce que je peux faire pour ça, dites le moi, je vous en prie dites le, murmura-t-il, la voix tremblante, sur le point de flancher.

_ Vivez. »

Lorsque Arthur s'attendait à un clignement d'oeil, les paupières de Guenièvre ne s'ouvrirent plus. Paniqué, son regard tomba sur elle, sur lui, tout ce sang…

« Guenièvre, appela Arthur, une première fois. »

Le roi se mit alors à secouer le corps de sa femme, inerte. Elle ressemblait à une poupée de chiffon, une foutue poupée de chiffon.

« Guenièvre, revenez, revenez ! Ne me laissez pas ! »

Le corps de sa femme ne bougea pas plus. Alors des sanglots parcoururent le corps du roi qui toucha le visage de sa femme, la tachant de son sang elle aussi, d'un geste désespéré.

« Gueniévre. S'il vous plait, revenez, je ne peux pas vivre sans… sans votre candeur, votre joie, votre sourire, la façon dont vous vous occupez des autres, de moi, votre douceur, s'il te plait. J'aime vos défauts, j'aime… j'aime… être le seul à savoir quand vous allez mal, quand vous avez froid, quand… »

Le roi tremblait de tout son être, les yeux baignés de larmes. Il avait l'impression de sentir son propre coeur arrêter de battre alors que le corps de Gueniévre retomba sur le sol, inanimé.

Arthur tomba alors lui aussi, serrant le corps de sa femme contre lui, le visage dans son cou, la baignant du fruit de sa tristesse. Il avait l'impression de s'endormir contre elle, et… et sa tentative de suicide, son état d'esprit de l'époque lui sembla une douce caresse à côté de ce qu'il ressentait à l'état actuel.

« Je vous aime. »

Ses yeux se fermèrent d'eux-même, et son monde s'arrêta soudain de tourner.

xXx

Gueniévre posa sa joue sur le ventre de son mari, dont la respiration semblait de moins en moins forte. Elle avait l'impression qu'il sanglotait. Alors, elle ferma les yeux, et ne put empêcher ses larmes de couler.

Bien vite, des sanglots l'accompagnérent, tant qu'elle n'entendait plus les siens. Depuis toute cette histoire, elle avait puisé une force inégalable dans tout ce qui l'entourait, mais ce soir, elle craquait bel et bien. Voir Arthur pleurer de cette façon, l'avait bouleversé, mais surtout, le pire avait été lorsqu'il l'avait appelé. Elle se sentait si impuissante.

Sa mère était partie comme une furie. Elle ignorait ce qu'elle était partie fabriquer, et s'en fichait bel et bien. Arthur allait mourir, il allait mourir a cause de cette égoïste de Mevanwi, et a cause de son ignorance.

Alors vite, elle imbiba le tissu de la chemise du roi de ses larmes, le serrant de plus en plus fort.

« Arthur je suis désolée, articula-t-elle avec difficulté. »

S'il la voyait se lamenter de cette façon, il en serait horrifié. Mais inconscient, elle se permettait de lâcher les armes. Auparavant, la seule menace que son époux n'avait jamais subi, c'était lui-même. Il n'avait jamais été dans cette position, si longtemps. Cela faisait trois semaines qu'il ne s'était pas réveillé, mais maintenant, même Elias ne pouvait plus rien pour lui.

Le roi allait se déshydrater, et mourir de faim. Et sa respiration commençait à faiblir. Alors c'était ça ? Il l'avait libéré pour mieux mourir, plus tard.

« Arthur s'il vous plaît, n'abandonnez pas, nia Guenievre en secouant la tête. »

La jeune femme ferma les yeux, qui lui brûlaient avant de sentir une main sur sa tête, caressant ses cheveux avec douceur. Elle soupira.

Son père faisait la même chose quand elle était petite et qu'elle était effrayée par l'orage. Un grand gentil son père, quand tout le monde se moquait de ses petits cris et lui disait de la pousser dehors, il restait avec elle en la serrant contre lui, un peu fort parfois, mais elle aimait se dire qu'elle aurait fait la même chose avec ses propres enfants si elle en avait eu.

La jeune femme continua de se blottir contre le flanc de son mari, même si elle ne pouvait s'arrêter de pleurer.

« Je ne veux pas le perdre. »

La main dans ses cheveux se fit plus douce encore, et elle prit une profonde inspiration.

« Vous devez trouver ça bête, non ? murmura Guenievre pour son père.

_ Non… »

La voix qui venait de lui répondre n'avait rien du timbre de Leodagan. Alors, vite, Guenievre leva le visage et tomba sur les yeux du roi, ouvert. Il avait l'air fatigué mais merde, il était vivant.

« Arthur, prononça Guenievre, la gorge serrée. »

La jeune femme eut un élan, comme si elle s'apprêtait à lui sauter dans les bras avant de se retenir de justesse.

Elle était là. Elle était vraiment là ? Ou était-ce une vision de plus ? La gorge d'Arthur était sèche, ses membres endoloris, sa chemise mouillé, et son estomac lui faisait un mal de chien.

« Je… tenta-t-il de prononcer sans réussir.

_ Ne dites rien, averti Guenievre, les yeux gonflés en reniflant. Vous n'avez pas bu depuis des jours. Tenez. »

Guenievre se hissa jusqu'à la table de chevet et porta un verre d'eau à la bouche du roi. Il peina à déglutir, tant sa bouche était sèche et le liquide lui faisait à la fois une brûlure terrible et un soulagement intense.

« Ça fait 23 jours que vous êtes endormi, murmura-t-elle, reprenant son masque de reine. »

Arthur fronça les sourcils. Il reprit le gobelet lui même, et le reposa avec précaution. Mais sa femme ne le ménageait pas.

« Vous devez manger, ma mère a fait des confitures et figurez vous que si, vous allez les bouffer car si vous vous avérez d'avaler un morceau de barbaque, vous risquez de vous étouffer. »

La jeune femme fourra une cuillère de ces fruits au sucre mixés dans la bouche de son mari qui grogna.

« Seigneur, je dois prévenir Merlin, il doit vous examiner et, et…

_ Guenievre, répéta encore et encore Arthur, comme si son prénom était le seul qu'il pouvait prononcer. »

Il ne voulait pas qu'elle parte. Il l'avait vu mourir nom d'une pipe, mourir dans ses bras.

« Oh je suis désolée, sire, minauda Guenievre en se stoppant un moment.

_ Arrêtez… de…, dit-il difficilement.

_ Chut, murmura-t-elle en revenant à ses côtés. Vous êtes faible mon ami. »

Faible ?

Il n'en avait rien à foutre, il devait lui dire ! Alors, agacé, le roi reprit son verre d'eau, mais manqua de dégobiller.

« Prenez votre temps, chuchota la reine en pressant un gant mouillé sur son visage.

_ Non… Je… je… essaya-t-il.

_ Bon, vous allez vous taire oui ? »

Bon, elle l'énervait là. Le roi grogna comme un ours avant de la revoir s'affoler dans tous les sens, et de s'en aller chercher un enchanteur.

Il avait envie de protester, il avait envie de la retenir, pour qu'elle ne le quitte plus jamais. Mais il en fut incapable.

« Alors vous avez réussi. »

Arthur ne sursauta pas, pour une fois.

Mais cette voix, il la reconnu entre mille. La dame du lac était devant lui, plus scintillante que jamais.

« Ça fait quoi de plus rien pouvoir lui dire alors que vous avez eu 15 ans pour le faire ? »

Agacé, Arthur jeta son verre d'eau sur la dame du lac, mais le liquide lui passa au travers, forcement.

« Votre femme a failli me tuer alors vous savez, un peu d'eau ne risque pas de me faire grand mal. »

Oh tiens ? Enfin une bonne nouvelle.

« Je peux lire dans vos pensées vous savez ?

_ Laissez moi lui parler avant que je ne change d'avis.

_ Et pour lui dire quoi ? Que vous l'aimez ?!

_ Ça me paraît un bon début figurez-vous !

_ Écoutez je pense que c'est une mauvaise idée. Elle va croire que vous n'éprouvez cela que parce que vous avez vu qu'elle était capable de vous offrir une descendance ou juste parce que vous avez pigé qu'elle pouvait y passer. Et peut-être que c'est le cas, qui sait, peut-être que c'est juste pour ça. Mais quand elle l'apprendra, ça risque de faire plus de mal qu'autre chose, car vous allez devoir vous expliquer sur ce que vous avez vu. A votre avis, pourquoi je n'ai jamais voulu vous montrer l'avenir ?

_ Parce que c'était l'avenir ?! cria Arthur.

_ Oh non, un avenir hypothétique. Si vous aviez accepté de consommer votre mariage comme vous auriez du le faire. La formule de Mevanwi était trop flou, elle étant la reine de Lancelot et Guenievre et bien, encore votre femme et aussi la reine. Vous avez donc eu droit à deux visions, deux possibilités.

_ Oui, sauf que mon mariage, je ne l'ai pas consommé, ça fait 10 ans que je suis partie.

_ Je n'ai jamais dis que c'était une nouvelle. Gueniévre a pris de l'âge vous savez, il est un peu tard pour vous réveiller je le crains. »

Le visage de Arthur devint soudain pâle.

Alors, alors c'était trop tard ?! Lohot ne naîtra jamais ? Et elle, que deviendrait-elle ? Comment le peuple réagira lorsqu'il comprendra qu'elle est trop vieille pour…

Il se battrait. Il était hors de question de la laisser tomber de nouveau.

Soudain, la porte s'ouvrît en fracas et la dame du lac disparut.

« Hé bah Sire, vous nous avez bien fait flipper la ! »

Le roi prit une profonde inspiration, frustré. Son regard parcourut rapidement Merlin qui s'avança vers lui, avant de se poser sur le visage de sa femme.

Elle était derrière, les bras croisés et les traits tirés.

Au début, elle soutint son regard, mais il était soudain si intense qu'elle détourna ses yeux. Merlin s'arrêta alors dans son examen en fronçant les sourcils.

« Qu'est ce qui a ?

_ Rien, prononça Arthur en grognant. »

Seulement, son rien ressemblait plus au mot « bain », à son plus grand damn.

« Soyez pas trop pressé sire. Votre femme s'en est chargé durant votre sommeil de toute façon.

_ Ma… femme ?

_ Oui, votre femme. Vous vous en souvenez au moins ? »

Arthur leva les yeux au ciel, agacé. Non mais, il n'était pas amnésique !

Il l'observa de nouveau, mais elle baissait les yeux avec gêne. Elle s'était occupée de sa toilette ? Il était un peu sous le choc. Dire qu'elle avait pensé à cette chose si insignifiante, juste pour lui rendre un peu de… dignité. Pour lui, se baigner relevait d'un besoin quasi aussi vital que celui de manger, mais jamais il n'aurait laissé quelqu'un le laver.

Arthur ferma les yeux un instant. Il était tendu, si tendu depuis sa dernière vision. Il avait besoin de se détendre, et oublier.

« Je veux prendre… un bain, répéta-t-il.

_ Les servantes vont vous en faire un.

_ Pas elles. Guenievre. »

L'appel de son prénom une énième fois la fit enfin lever les yeux vers son mari. Merlin se racla la gorge de gêne tandis que la reine acquiesça.

xXx

Se lever n'avait vraiment pas été une mince affaire.

Arthur avait été incapable de marcher seul et dès qu'il avait été mis debout, des fourmillements douloureux lui avaient parcouru les membres et l'avaient paralysé de douleur. Alors, Gueniévre l'avait soutenu en portant ses bras le long de son cou, afin de le faire glisser dans la baignoire.

Ce n'est que l'eau parfaitement chaude qui le soulagea, un peu.

La reine resta dans la pièce, s'asseyant à côté de son époux quand Merlin les laissa seuls.

« Vous m'en voulez ? »

Arthur fronça les sourcils. Gueniévre soupira alors, en se saisissant d'un des savons pour le passer sur le bras du roi, bras n'étant plus recouvert de tissu. Et il l'observa faire, un peu hypnotisé. Il regardait ses gestes, et enfin, redressa un peu ses yeux vers son visage.

Des cernes lui barraient le regard et elle n'avait pas l'air au top de sa forme.

« Non, se contenta-t-il d'articuler avec difficulté.

_ Je vais ai laissé votre chemise durant vos bains, mais je devais quand même vous changer. Seulement, je me disais que ça ne vous aurait peut-être pas plu, vous comprenez… »

Arthur se laissa faire lorsqu'elle monta le savon jusqu'à sa nuque, ainsi que son torse. Se faisant, elle venait de se rapprocher de lui, mais il ne montra aucun signe de recul.

« Vous devez encore boire beaucoup d'eau, pour que votre gorge se réhabitue. »

La jeune femme prit alors un des verres qu'elle avait ramené avec elle et le porta à la bouche du roi. Cette fois, ce fut beaucoup moins douloureux pour lui.

« Je dois me confesser, je n'ai pas eu un comportement des plus exemplaires durant votre sommeil. »

Arthur fronça les sourcils vers elle, avant de terminer de boire et de poser son gobelet.

« Tout d'abord, j'ai menacé la dame du lac de la tuer. »

Le roi sourit d'amusement. Ça, il réclamerait des détails, parce qu'il aurait tué pour assister à une scène pareille.

« Elle m'a dit que Dame Mevanwi vous avez filé une potion. »

Il aurait du s'en douter. Le serveur durant la fête… il était suspect.

« Vous n'avez pas l'air surpris.

_ Pas… vraiment.

_ Ni Elias, ni Merlin n'ont su trouvé ce qu'elle vous avez donné exactement. On n'a supposé que vous aviez des sortes de visions. Alors… alors j'ai trouvé Mevanwi, avec l'aide de Perceval et nous l'avons faite enfermée. »

Bien.

Arthur acquiesça avec satisfaction.

« Je pensais que vous seriez fâché que je fasse enfermé votre ex-femme.

_ Ce… n'est pas, ma femme, prononça Arthur avec un peu plus d'aisance.

_ En parlant de ça, soupira Gueniévre. »

Arthur fronça les yeux vers la jeune femme qui semblait de plus en plus peiné.

« Arthur, je crois que je ne suis pas faites pour être reine. »

Soudain, le roi se redressa un peu, créant un remous dans l'eau dans laquelle il baignait. Gueniévre rougit en détournant le regard.

« Si vous étiez mort, je… j'ignore ce que j'aurais fais. Mais j'aurais été incapable de reprendre le royaume je pense. J'étais sur le point d'accuser tous les burgondes de vous avoir refiler une potion. Et j'aurais brulé toutes les cultures autour du château si ça avait été le cas, lui confessa-t-elle en un murmure. Votre mère, les gens de la cour, tout le monde est d'accord, je le sais. »

Arthur rit. Il ne put s'en empêcher. Cette femme était… étonnante. Il n'avait pas d'autre terme pour la désigner. Il repensa à toutes ces fois où elle l'avait surpris, que ce soit en reprenant une pièce de théâtre alors qu'elle n'y connaissait rien, quand elle avait décidé de devenir la copine de ses maîtresses, ou quand elle avait dévoré toutes les pâtes d'amandes produites par Rome. Sans compter sur toutes les fois où il lui avait fait peur, juste pour mesurer sa naïveté, parce qu'elle le faisait foutrement rire avec ses croyances. Et que souvent, elle se blottissait contre lui après toute la nuit.

« J'ai encore dis une bêtise, c'est ça ? grimaça-t-elle.

_ Non… Enfin… »

La moue que la reine tira l'amusa plus encore. Gueniévre se mit à grimacer.

« Mais je suis sérieuse ! s'emporta-t-elle. Vous devriez-vous prendre une autre femme. Je peux vous aider à chercher si vous voulez. »

Arthur lui attrapa le poignet afin de l'amener à lui impulsivement. Gueniévre eut un petit cri de surprise, avant de sentir la main trempée de son mari lui attraper la nuque avant de l'embrasser, un peu trop passionnément que ce qu'il aurait imaginé.

Il mit aussi fin à ce baiser, avec douceur, et… peut-être, un peu de gêne. Il n'avait pas vraiment réfléchi, quand il avait fait ça. Gueniévre le regarda d'un drôle d'air. Elle était tellement habituée à ce qu'il la fuit comme la peste, à ce qu'il ne lui montre aucune affection…

Elle n'avait pas vraiment réagit lorsqu'il avait posé ses lèvres sur les siennes, et caresser sa bouche de sa langue. Cela l'avait trop surpris.

« C'est vous, ma femme, dit-il sans douleur, cette fois. C'est vous, la reine. C'est tout. »

Perceval, avait-il raison lorsqu'il lui avait dit qu'Arthur était amoureux d'elle ? Mais enfin, c'était idiot, complètement idiot, et sans aucun sens.

« Je suis trempée maintenant, souleva-t-elle en un marmonnement.

_ Alors venez avec moi.

_ Dans votre bain ? Non enfin.

_ Allez, lâcha Arthur en levant les yeux au ciel.

_ Non, je ne pourrais même pas me rhabiller après. J'aimerai garder cette robe propre. Et que vont penser les gens ? »

Arthur envoya une salve d'eau sur sa femme qui sursauta en criant. Il avait ruiné sa toilette ! Alors, elle plissa les yeux, et lui en envoya le double.

« Mais vous êtes marteau ! Je suis à votre chevet depuis trois semaines, et c'est comme ça que vous me remerciez ? »

Arthur manqua de se moquer d'elle, mais préféra l'arroser de nouveau. Elle lui renvoya la pareille. une fois encore. Sa colère se mua petit à petit en amusement, puis en rire alors qu'ils s'envoyait des salves d'eau dans la figure comme deux enfants. Puis, le roi parvint à attraper ses bras avant de la faire basculer avec lui dans la baignoire. Gueniévre cria de surprise, mais, avant qu'elle ne finisse par le tuer de ses propres mains, il l'embrassa de nouveau pour la faire taire. Alors, il n'y avait plus de rire, tout à coup.

« Arthur, gronda Gueniévre en un murmure pas très convainquant.

_ Vous allez devoir rester maintenant. »

Gueniévre fronça les sourcils, et il approcha de nouveau son visage du sien avant que la porte ne s'ouvre en fracas, et que deux de ses chevaliers ne débarquent en hurlant comme deux gorets, épées en main, les deux n'étant nuls autre que Perceval et Karadoc.

« Mais ça va pas bien vous ! s'emporta Arthur. J'peux savoir ce qui vous prends ?! »

Le roi fut si surpris qu'il protégea sa femme de la vue de ses seconds à l'aide maladroitement de ses bras devant sa poitrine.

« Désolé Sir, on a entendu des cris, se justifia Perceval..

_ Mais mêlez vous de votre cul enfin, qui vous a demandez de débarquer ici en gueulant comme des putois ?!

_ Bah à vrai dire, c'est votre femme, balança Karadoc. »

Gueniévre grimaça, gênée en se tournant vers son mari.

« C'était juste au cas où il vous arrive encore quelque chose. »

Arthur soupira de fatigue en se pinçant l'arête du nez.

« Bon, du coup, on fait quoi nous ?

_ Cassez-vous, balança le roi.

_ Sire, dois-je aussi vous dire que Dame Séli est parti dans les geôles.

_ Dame Séli ? répéta Gueniévre.

_ J'crois qu'elle allait voir Dame Mevanwi. »

D'un même homme, Arthur et Gueniévre se tournèrent l'un vers l'autre, avant de sortir de la baignoire en catastrophe.

xXx

Ce fut Gueniévre qui arriva la première, les cheveux ainsi que sa robe trempée, et craquant des dents.

Il faisait un froid de mort ici, les courants d'air étaient vraiment atroces. Et en plus, elle entendait une femme crier, et ce n'était clairement pas celle qui l'avait mise au monde qui hurlait de la sorte.

« Mère ! appela Gueniévre à s'en rompre les poumons.

_ Elle va apprendre ce que c'est que de faire du mal à mon gendre celle-là. »

Arthur arriva à la suite, une pauvre serviette lui entourant la taille afin de cacher sa nudité, alors qu'il était aussi trempé que sa femme.

« Mais vous êtes marteau ?!

_ Sire, supplia Mevanwi, alors qu'elle venait de cracher ce que Dame Séli venait de lui ingurgiter de force dans la bouche.

_ Oh bah vous voilà vous, c'est pas trop tôt ! »

Léodagan arriva pas moins de deux minutes plus tard en courant.

« Bah tiens, et voilà toute la clique au complet maintenant, balança Dame Séli.

_ Vous lui faites quoi là au juste ?

_ J'ai juste trouvé une excellente façon de lui apprendre à ne pas faire ingurgiter un machin inconnu à quelqu'un.

_ Vous lui filez vos tartes ?!

_ C'est abominable, sire ! accusa Mevanwi.

_ Ah bah ça, comme méthode de torture, c'est du jamais vu ! sortit Leodagan.

_ Je dois avouer que ça doit être assez efficace, sortit Gueniévre avant d'éternuer.

_ Mais vous êtes trempé vous ma parole, accusa Dame Séli. Et l'autre qui est presque à poil. Mais qu'est-ce que vous avez bien pu glander tous les deux ? Vous allez attraper la mort par dessus le marché ! »

Dame Séli grogna avant de les prendre par le bras comme deux enfants.

« Mais enfin sire, et… et vos visions ?

_ Bah quoi ? demanda soudain le roi, grelottant. Non mais va falloir vous mettre quelque chose dans le crâne hein. Ma femme, c'est Guenièvre, point à la ligne.

_ Je ne vous parle pas de protocole, mais d'amour, souffla-t-elle. »

Un silence de mort s'installa. Guenièvre ferma les yeux, grimaçant de ce qu'elle s'apprêtait à entendre.

« Oui, c'est bien ce que je dis, balança le roi en prenant le bras de sa femme rapidement afin de la mener dehors.

_ Et le parchemin, mmmh ? »

Arthur se figea alors, tendu.

« Vous l'avez trouvé, lâcha soudain le roi d'une voix grave.

_ Elle vous a ensorcelé. Ça me paraissait évident, enfin. Vous devez être sauvé. Il ne peut en être autrement, c'est impossible. C'est elle la responsable !

_ Quoi ?! Mais enfin… Arthur, je n'ai… jamais, jamais, je n'aurais… »

Le roi tendit sa main vers sa femme, sans un mot. Puis, il se tourna vers Mevanwi, d'un air dur.

« Rendez-le moi.

_ Je ne l'ai plus, mentit-elle avec effronterie.

_ Beau père : raccompagnez ma femme dans ses quartiers.

_ Avec plaisir.

_ Arthur ! Ne faites pas de bêtises, je vous préviens. »

Le roi garda ses dents serrés, la main s'approchant dangereusement de sa ceinture contenant son épée, Excalibur, certes, mais aussi un poignard ainsi qu'une dague tranchante.

« Arthur ! appela de nouveau Gueniévre, qui se fit soulever de force par son père avant qu'elle ne se débatte en secouant ses bras et ses pieds, frappant le dos de son paternel pour qu'il la fasse redescendre. Arthur, laissez-la tranquille ! »