Chapitre V

Gueniévre attendait son mari dans son lit, les bras croisés devant sa poitrine d'un air autoritaire. La porte s'ouvrit presque avec timidité lorsqu'il se pointa, plus d'une heure plus tard.

« C'est pas trop tôt. Je peux savoir ce que vous faisiez ?!

_ Je récupérais mon du, figurez-vous.

_ Oh je vous en prie hein ! Et ça vous a pris une heure ?! Si vous lui avez fait du mal, vous allez passer un sale quart d'heure, c'est moi qui vous le dit !

_ Mais ça va là ! Je lui ai rien fais, elle était tellement morte de trouille qu'elle m'a rendu mon papier en trois minutes.

_ Oh… Mais alors, pourquoi vous avez mis une heure à revenir ?

_ Non mais c'est votre mère là. »

Le roi finit par se vautrer dans son lit, comme un gosse pris en faute. Il croisa les bras devant lui, lu aussi, en tirant une tronche de plusieurs kilomètres de long.

« Elle vous a fait avaler de la soupe, c'est ça ? »

Arthur haussa les épaules, grognon.

« Rassurez vous, elle m'a forcé moi aussi, j'ai juste appris à arrêter de me battre avec elle quand il s'agit de ce genre de remède. »

Arthur marmonna dans sa barbe. Au fond, il appréciait un peu cette attention. Ce n'est pas comme si il y avait eu droit tous les jours, même dans son enfance.

« Nous devons parler de ce qu'il s'est passé tout à l'heure.

_ De quoi ?

_ Du bain.

_ Ouais. J'en tirerais un mot à Perceval et Karadoc.

_ Vous savez bien que c'est pas de ça dont je veux parler. »

Le roi haussa les épaules innocemment, mais elle le devinait de mauvaise foi. Alors, elle fronça les sourcils vers lui d'un air réprobateur.

« Il est… normal d'embrasser sa femme, tenta-t-il de se désolidariser.

_ Alors pourquoi vous ne le faites que maintenant, je peux savoir ?

_ Quoi, vous allez vous plaindre ?

_ Non… mais je m'interroge. »

Arthur soupira de lassitude.

Il se souvenait de ce que la dame du lac lui avait dit, à propos de sa descendance et du reste. Il ne voulait pas que son épouse soit de nouveau malheureuse à cause de son comportement d'abruti. Inutile de refaire les mêmes erreurs.

« Je suis passé à côté de la mort, et cette fois, c'était pas ma faute, balança Arthur. Et j'ai vu des trucs pendant tout ce bazar qui m'ont fait réalisé qu'il n'y avait pas que moi qui pouvais y passer, si vous voyez ce que je veux dire.

_ Pas vraiment, non.

_ Bah vous, pour commencer.

_ Comment ça, moi ?

_ Vous, vous pourriez mourir. »

Gueniévre fronça les sourcils, perdue.

« Vous êtes pas immortelle que je sache.

_ On dirait que vous venez de l'apprendre.

_ Bah figurez vous que j'y avais jamais pensé. »

Un lourd silence, un peu gênant s'installa.

« C'est un peu bizarre, finit par prononcer Gueniévre.

_ Ouais ça va, je sais. »

Un nouveau silence, avant qu'elle n'intervienne de nouveau.

« C'est donc pour ça que vous m'avez embrassé ?

_ Entre autre.

_ C'est-à-dire ? »

Arthur observa ses mains, se triturant entre elles. Et il avait soudain l'impression d'être un gosse honteux, devant admettre ses bêtises.

« Peut-être que si j'avais daigné m'investir un peu plus dans notre mariage, j'aurais pu… donner une chance à tout ça.

_ Donner une chance ?

_ Un héritier, par exemple. »

Ce fut Gueniévre qui, cette fois, soupira un peu. Elle osa poser sa main sur celle de son mari, avec un peu d'hésitation dans son geste.

« Ne vous inquiétez pas pour ça mon ami.

_ Bien sur que si, je m'inquiète. N'auriez-vous pas voulu d'un enfant, rien qu'à vous ?

_ Je n'ai pas vraiment eu le temps d'y songer. C'est que ces derniers temps, j'ai presque été heureuse de n'en avoir pas eu. Je n'aurais pas aimé qu'il vive dans les conditions dans lesquelles j'ai pu être.

_ Et dans lesquelles vous n'auriez pas été si j'avais assumé mes responsabilités, trancha Arthur.

_ A vivre avec des si, on finit par vouloir se trancher les veines vous croyez pas ? »

Arthur leva un visage surpris vers sa femme, qui lui rendit un mince rictus moqueur. Alors, il grogna, pour ne pas sourire à son tour.

« Un peu glauque votre histoire.

_ Je sais, se moqua gentiment Guenièvre. Mais parfois, je me dis qu'après ça, vous avez peut-être accepté une nouvelle renaissance.

_ Vous voyez vraiment du positif partout vous.

_ On n'a pas vraiment le choix de le faire quand on est face à quatre murs de pierre durant dix longues années, à répéter que son défunt mari est en vie à qui veut l'entendre. Peut-être que si je ne m'étais pas autant acharné dans ce sens, Lancelot aurait fait autre chose que vous traquer…

_ Et s'il ne m'avais pas traqué, je ne vous aurais jamais libéré.

_ Est-ce la soirée des « si » ? »

Arthur rit, cette fois. Il serra un peu plus sa main dans la sienne, son coeur battant plus fort, surtout lorsque la vision d'elle, morte dans ses bras lui revenait de plein fouet. Il aimerait tant oublier ce qu'il avait vu.

« Alors, vous m'avez embrassé par remord ? »

Arthur prit une profonde inspiration.

« J'avais justement peur que vous pensiez cela.

_ L'avenir vous a toujours fait peur.

_ Mais quand je vous ai embrassé, ce n'était pas le cas.

_ Vous n'en savez rien, nia Guenièvre. »

La jeune femme ôta sa main de celle de son époux. Alors, son coeur se serra, encore. La dame du lac avait raison, et il ne pouvait lui en vouloir de penser ainsi.

« Je suis désolé, finit-il par soupirer.

_ Oh vous savez, je ne vous en veux pas de ne pas savoir, regardez moi, ça m'est arrivé souvent après tout.

_ Non, je suis désolé pour tout ce que je vous ai fait subir toutes ces années. »

Cette fois, Gueniévre fronça les sourcils.

« Vous méritiez un compagnon qui ne vous râlait pas dessus du matin au soir, quelqu'un qui prenait soin de vous, de votre bien être, pas cet homme égoïste que j'ai pu être. J'ai été infâme, et les mots ne suffiront pas à exprimer ce que j'ai sur le coeur. Je vous ai privé de beaucoup plus de choses que vous pouvez imaginer.

_ Je ne suis pas d'accord avec vous, nia-t-elle. Souvenez vous que mon père était chef de guerre. Je n'ose imaginer qui aurait pu réclamer ma main, il y a tant d'hommes cruels dans ce monde.

_ Vous n'avez pas à justifier mes exactions sous prétexte que je n'ai pas été une brute. Et un autre homme aurait pu vous donner un enfant.

_ Mais je ne veux pas d'un enfant enfin.

_ C'est parce que vous ne l'avez pas vécu.

_ Parce que vous oui peut-être ?

_ Hé bien figurez vous que oui, hurla soudain Arthur. »

La reine se figea, stoïque.

« Quoi ? trembla-t-elle.

_ Je l'ai vu, notre fils. Je l'ai bien vu, il était là, en chair et en os, et vous l'aimiez. »

Arthur ne vit pas les yeux de Gueniévre se décomposer, tant cette histoire le rendait fou.

« Vous l'aimiez foutrement comme je n'ai jamais vu n'importe quelle autre mère aimer son enfant ! Vous étiez heureuse, j'étais heureux, j'avais la famille que j'ai toujours voulu ! Si je n'avais pas suivi une vieille promesse…

_ Alors c'est ça, vous vous êtes vraiment rapproché de moi pour ça, balança Guenièvre, amère. Je suis quoi, une poule pondeuse ?

_ Je n'ai pas dis ça, grogna Arthur, les dents serrées.

_ Vous ne m'auriez jamais embrassé si vous n'aviez pas eu ces visions !

_ Je l'ai fais avant, je vous signale.

_ Oui, une fois ! C'était un baiser, un simple baiser, loin de ce que vous m'avez donné dans cette maudite salle de bain.

_ Nous n'avons même pas eu le temps d'y songer, toute été trop vite après !

_ Vous vous plaignez ? Alors que vous avez voulu en finir, de nouveau, juste après m'avoir délivré de cette tour ? Vous croyez que je ne le sais pas ça non plus ? »

Arthur ferma les yeux avant de la sentir s'éloigner de lui plus encore.

« Ne me faites pas croire que vous me désiriez avant de comprendre que j'étais capable de vous offrir cet enfant dont vous avez tant envie. »

Arthur se secoua la tête, dépité.

« Vous savez que ça ne marche pas comme ça, n'est-ce pas ?

_ Oh je vous en prie, ce n'est pas à moi que vous allez apprendre ça !

_ C'est si gentil à vous de me rappeler que je ne suis pas de taille à vous apprendre les choses de l'amour à vous. Gueniévre la pucelle face à Arthur Pendragon aux milles conquêtes, ah ça, c'est sur que je peux toujours aller me brosser.

_ Je n'ai pas dis ça, trancha Arthur, agacé.

_ C'est tout à fait ce que vous avez dit. Et honnêtement, à qui la faute, dans le fond ? »

Les larmes venaient de monter à ses yeux. Et cela, elle ne voulait l'accepter. La tristesse l'avait trop accablé, toutes ces années. Elle avait besoin d'espoir, pas de ça.

« S'il vous plait, écoutez moi, finit par murmurer Arthur.

_ Non. Je ne veux pas vous écouter, je ne le veux plus. Vous ne m'avez jamais désiré, en 25 ans. Pourquoi le faire du jour au lendemain, sur un claquement de doigts ?

_ Alors vous pensez vraiment que mes sentiments ne soient dirigé que par mon désir d'avoir une descendance ? finit-il par se vexer.

_ Les obsessions, ça me connait. Au moins un sujet que je maitrise alors oui. Oui je pense que votre désir n'est pas réel et je ne veux pas m'y aventurer, je ne veux plus souffrir. »

Arthur émit un rire sans joie, un simple souffle par le nez, désabusé. Ses mots raisonnant dans sa tête et Gueniévre, elle, serrait encore les poings de rage.

Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il l'aime enfin. Mais il se trompait, et elle aussi. Elle avait bien fini par s'y faire. L'entendre inventer ces faux sentiments à son égard, c'était trop, beaucoup trop.

Touchée en plein coeur, elle finit par se lever et partir de la chambre, sans un regard, Arthur la laissant faire avec amertume.

xXx

« Vous êtes vraiment le roi des pignouf hein.

_ La ferme. »

Arthur, allongé sur le flanc, continuait de tirer la tronche, les bras croisés sur sa poitrine. Il n'avait même pas sursauter quand elle était apparu là, devant lui.

« Et elle est où en ce moment la reine ?

_ J'en sais rien, surement en train de pioncer quelque part dans une des chambres d'ami.

_ Ah bah j'vois que ça vous intéresse.

_ Mais elle est pas en taule, si ?! gueula-t-il. Si elle a pas envie de dormir ici, qu'est-ce que ça peut vous foutre ?

_ Un bon coup de pied au cul, c'est ça qui vous faudrait, et croyez-moi que votre femme m'a bien fait comprendre qu'il n'y avait que ça de bon alors… »

La dame du lac s'élança alors que Arthur, tomba du lit, sentant un énorme poids lui tomber sur les fesses. Il se releva aussi sec, totalement choqué.

« Mais vous êtes marteau !

_ Pragmatique, corrigea-t-elle.

_ Vous m'avez frappé !

_ Pour vous faire réfléchir !

_ Me faire réfléchir à quoi ? Vous avez déjà songé qu'elle avait peut-être raison ? J'aurais jamais du l'embrasser.

_ Bon très bien, alors : qu'est-ce que vous ressentez envers la reine ?

_ Oh j'vous en prie, je vais pas parler de ça avec vous.

_ Et avec qui d'autre alors ? Vous connaissez beaucoup de guide spirituel vous ? »

Arthur grogna avant de se rassoir en travers son matelas. Il resta silencieux un moment, le regard dans le vide.

« Je sais pas, finit-il par conclure.

_ Vous ne faites vraiment pas d'effort.

_ Vous voulez que je vous dise quoi ? La première fois que je l'ai vu, je pensais tellement à Aconia que j'étais incapable de me faire un jugement. Après, c'était presque comme si je lui en avais voulu de devenir ma femme.

_ Et maintenant ?

_ Je ne lui en veux plus.

_ Non mais c'est pas de ça dont je parle ! s'agaça la dame du lac en tapant frénétiquement du pied, à la fois désespérée et agacée.

_ Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Elle était tellement adorable avec notre fils, elle le traitait comme la huitième merveille du monde. Elle avait ce regard pétillant, un immense sourire, une voix douce et elle le traitait comme s'il était un petit être fragile, et c'était, un petit être fragile ! Sauf que vous saviez pourquoi elle l'aimait plus que tout ? Parce qu'il me ressemblait ! »

La dame du lac leva les sourcils, un peu interdite.

« Hé ouais, elle aimait son fils qui était, aux dires de tous, mon portrait craché. Ça vous la coupe ça hein ?

_ Je crois que je saisis pas trop là.

_ Toutes les femmes que j'ai rencontré durant ma quête ne semblait pas affectée par le fait de ne pas avoir eu un enfant de moi. Et même celle qui était enceinte, elle est passée à autre chose. Soit disant que la vie est dure, que la mortalité infantile est élevée et qu'il faut pas trop s'y attacher. Sauf que Guenièvre, elle, elle y était tenait plus qu'à sa propre vie. Elle se fiche d'être reine. Elle se fiche du pognon, des tentures, des bijoux et de tout le reste. Tout ce qu'elle voulait, c'était… hé bien… moi. Elle a dit à Lohot qu'il était bon, courageux, qu'il avait bon coeur. Comme moi. Elle aimait qu'il soit comme moi. Vous pigez ?

_ Oui, c'est parce qu'elle vous aime, espèce de crétin.

_ Personne ne m'a aimé comme ça. »

Un silence se posa alors entre eux, pendant que Arthur fixait son regard dans le vide, remplis d'émotions toutes plus contradictoires les unes que les autres.

« Personne ne m'a aimé comme elle. Ils me suivent tous parce que je suis leur roi. Mes maîtresses couchent avec moi parce que je suis le roi. Gueniévre me suit parce que je suis Arthur, pas Arthur Pendragon, juste Arthur, le roi des pignouf comme vous dites. »

Le roi soupira, avant de s'affaler dans son lit, les yeux maintenant levés vers le plafond.

« Elle est si douce, aimante, altruiste. Je sais pas, elle ressemble à un ange tombé du ciel et moi alors ? Qu'est-ce que je suis comparé à ça ? Qu'est-ce que j'ai à lui donner ? Ma mauvaise humeur ? Mes reproches constants ?

_ Mais enfin Arthur, ce n'est pas ça, aimer. »

L'homme fronça les sourcils avant d'enfin, oser regarder la dame du lac en face.

« Aimer, ce n'est pas un échange de bons procédés, ce n'est pas un apprentissage ni une faveur. Aimer n'a rien à voir avec le mérite, ce n'est pas de chevalerie dont on parle espèce d'andouille. »

Arthur fronça les sourcils. Cette phrase, elle lui disait quelque chose. Le mérite…

« Et si je vous disais que j'adorais la faire flipper pour sentir comme elle se blottissait contre moi dans la nuit, avant même que tout ça n'arrive ? murmura Arthur, le regard vide. Quand il n'y avait pas d'orage, que c'était l'été… Et si je vous racontais à quel point j'ai retourné le château tout entier pour lui dégoter de la pâte d'amande une fois ? Et si je vous avouais que sa sensibilité me rendait fou de colère parce que ça me rappelait à quel point elle était innocente. Pendant que je butais des gens à la guerre, elle pleurait sur des bébés chiens imaginaires. Pendant que je partais en mission, elle se tortillait les mains d'inquiétude alors que je pouvais bien crever que tout le monde n'en aurait eu rien à faire. Et si je vous disais que j'allais me coucher avec tout un tas de parchemins dans mon lit pour faire semblant de les lire afin qu'elle ne voit pas que je l'observais se déshabiller, à chaque fois, jusqu'à un moment où je devais aller pioncer chez mes maîtresses pour ne pas céder ? D'ailleurs mes maîtresses, parlons en ! Trouvez moi quelqu'un au monde qui aurait pu faire d'elles, ses meilleures amies alors qu'elles étaient toutes plus infectes les unes que les autres ? Elle se fichait tellement du trône que ça lui semblait invraisemblable que quelqu'un lui veuille du mal pour ça. J'étais pas aveugle vous savez, je voyais bien qu'elles attendaient que la pauvre y passe, histoire de prendre sa place. Elles qui ressemblaient toutes à Aconia, comme si je pouvais avoir un bout d'elle à Kaamelott, quel con j'ai été. Physiquement, c'étaient peut-être elle, oui. Ça c'est sur que Guenièvre n'avait rien d'elle, avec sa peau blanche, ses formes, ses longs cheveux châtains, sa façon d'être à moi, si exclusivement à moi. Céder à la tentation avec Gueniévre, ça aurait été comme trahir ma première femme, parce que… parce qu'elle n'avait rien de laid, rien, bien au contraire ! Et si je vous disais que ce n'est que quand j'ai du partir pour un gros voyage que je les ai tous vu, ceux qui voulaient se taper ma femme ! C'était pas pour rien vous savez ? Elle était charmante, gentille et même bien plus encore. Tout le monde l'aimait. Et j'avais pas envie de ça, j'avais pas envie qu'elle tombe amoureuse de quelqu'un d'autre, vous savez pourquoi ? Parce qu'elle m'aimait moi, parce que j'étais qu'un sale égoïste, et que ça me rendait malade qu'elle puisse éprouver quelque chose pour quelqu'un d'autre. Si j'en avais rien à foutre d'elle, j'aurais du n'en avoir rien à foutre de ça aussi, non ? Croyez-moi, je me suis déjà bousillé le cerveau avec ce genre d'interrogations, et pas qu'une fois ! Alors vous allez pas m'apprendre ce que c'est que les choses de l'amour ! »

La dame du lac resta silencieuse, les yeux rivés vers le sol.

« Mevanwi m'a manipulé. Elle aussi, n'avait rien à voir avec Aconia, ou alors au contraire, elle avait peut-être tout à voir, parce qu'elle était intelligente, et qu'elle avait de la culture, élevée par les plus hautes sphères. Et puis, je sais pas… Je lui avais pas encore fait du mal, à elle. Je l'avais pas brisé, elle. Alors, c'était peut-être plus simple qu'elle devienne ma femme, histoire que j'arrête de lui faire du mal, à Guenièvre. Et puis au moins, j'aurais pas à buter quelqu'un. Parce que vous savez, pour Gueniévre, j'aurais été capable de tuer, comme pour ma première femme, et celles que j'ai aimé, avant. Pas pour Mevanwi, pas pour Demetra, ni pour n'importe quelle autre maitresse, mais pour elle, oui. Je l'ai fais une fois, quand j'étais encore un môme, et j'ai pas envie de recommencer, vraiment pas. C'est pas ce que je veux. Tuer, ça détruit. Alors quand je la vois, je me fais peur. Je me comprends pas, et je la comprends encore moins de m'aimer, moi, alors que je suis capable de faire ça. Et si je lui dis tout ça, je vais la faire flipper, parce qu'elle va comprendre que je veux pas qu'elle s'en aille ! Aimer, c'est retenir. Et ça, c'est ce que lui a fait Lancelot. Je ne veux pas qu'elle pense que l'amour, c'est ça. J'y arrive pas. »

La dame du lac soupira puis, vint s'asseoir à côté du roi qui pressa ses mains sur son visage, fatigué.

« J'y arrive pas putain ! Vous vous rendez compte que pour moi, Gueniévre a toujours été inaccessible ? Je ne voulais pas l'aimer. J'aimais penser qu'elle n'était qu'une idiote, j'aimais ne voir que ses défauts, pour m'empêcher d'éprouver quelque chose, quoique ce soit de positif. Alors ouais, c'est horrible, c'est ignoble, je le sais bien, et je l'ai compris bien tard. J'ai bien pigé que elle, me ferait toujours passer en priorité, qu'elle sera toujours la seule à le faire. Je l'ai enfin compris comme un débile quand elle me l'a dit, droit dans les yeux, à travers l'image de notre fils. Maintenant, comment est-ce que je peux foutrement lui faire comprendre que j'ai tout fait à l'envers avec elle ? Qui tombe amoureux d'une femme après son mariage, après lui avoir fait un enfant imaginaire ?! Maintenant, j'ai bien pigé pourquoi Aconia m'a fait juré ça. Elle voulait me garder. Et moi, je l'ai fais. Comme un con. Parce que je suis un con. J'ai fais subir à Guenièvre, ce que le mari d'Aconia lui a fait subir, je l'ai mis dans l'attente, je l'ai fais espéré, je l'ai fais souffrir jusqu'au point où elle s'est retrouvée interdite d'être heureuse, et elle a essayé de l'être, avec Lancelot, comme Aconia a tenté avec moi. Sauf que elle, ma première femme, elle le savait. Elle savait que j'allais l'aimer, Gueniévre. Elle était pas conne vous savez ? Alors, elle a voulu m'en empêcher. C'est normal, vous allez me dire. Sauf que moi, je l'ai écouté… pendant 25 ans je l'ai écouté, vous imaginez ? Jusqu'à hier. Parce que elle me faisait confiance, et je pouvais pas trahir sa confiance, par respect, pour elle, pour moi surtout, parce que je veux pas l'oublier. Si je l'oublie, j'oublie tout, son instruction, et le reste. Alors, je redeviens un con. Sauf que j'en ai toujours été un. Je me suis bien rendu compte, quand j'ai vu que m'accrocher au passé avait empêché mon avenir de se faire. Du coup, maintenant, comment je fais, hein ? Comment diable voulez-vous que j'explique ça à Guenièvre sans passer pour un taré ?

_ Alors ça, j'en sais trop rien, minauda la dame du lac, soufflée. Remarquez, concernant Mevanwi au moins, si vous pouvez la remercier sur un truc, c'est la potion qu'elle vous a filé. Qui sait combien de temps vous seriez rester aussi aveugle sans ça ? »

Arthur ouvrit la bouche, puis la referma. Enfin, son regard s'arrondit, et il se leva d'un bond.

« Bordel, mais oui, lâcha-t-il d'un coup.

_ Quoi ?

_ C'est ça que je dois faire.

_ Mais ça quoi ?!

_ Bon, cassez-vous, j'ai du taff.

_ Vous allez faire quoi ?

_ Parler aux burgondes.

_ Maintenant ? Et pour quoi faire ?

_ Ça, ça me regarde. Mais euh, j'ai vraiment, vraiment du boulot, alors barrez-vous.

_ Oh bah pour les remerciements, je repasserais… »