Alors que l'après-midi touchait à sa fin, Rosalia changeait drastiquement d'ambiance. Ce jour marquait la fin de l'hiver et le début du printemps, cela représentait un passage important. Ainsi, les festivités revenaient tous les ans, pour le plus grand bonheur de tous. La ville avait revêtu ses plus beaux atours, de même que ses habitants. Les rues étaient parées de guirlandes de fleurs fraîchement cueillies ainsi que de lanternes éclairant les lieux doucement. Les humains portaient des kimonos élégants ainsi que des coiffures raffinées, les pokémons eux-mêmes arboraient des éléments de costume. Rosalia était prête pour recevoir ses invités de marque, qui n'allaient guère tarder.
Ho-oh attendait toujours ce moment de l'année avec impatience, alors qu'une joie incroyable grandissait dans son cœur. Il n'en comprenait pas la raison exacte, mais cela n'avait pas d'importance. Les causes de sa joie pouvaient être multiples, cela revenait au même résultat. Le dieu regarda une dernière fois sa noble tenue devant son miroir. Ce kimono avait été réalisé dans une étoffe à base de plumes de farfuret ainsi que de coton de cotovol, seulement des spécimens les plus rares. Très ample, le vêtement donnait une nouvelle dimension à Ho-oh dans sa tenue humaine, avec des motifs rappelant sa forme de légendaire. Peut-être la prendrait-il plus tard dans la soirée.
« Il est temps de descendre rejoindre les autres. »
Le dieu du jour quitta ses appartements prestement, faisant tinter les grelots attachant ses cheveux longs sombres. Il avait fait l'effort de raser sa forme humaine, donnant à son visage un aspect lisse et brillant. Des petites pierres précieuses vertes, rouges et ors tintaient à chaque pas. Dès qu'Ho-oh sortit dans la rue, il vit des gens le saluer sur son chemin, se jetant parfois presque à terre à son passage. Il ne pouvait pas douter de son statut de divinité avec un tel comportement. Sur la grande place de Rosalia se trouvait la mairesse, Fira, dans un magnifique kimono noir et blanc avec des reflets bleus.
« Elle représente bien la ville. »
Cette sensation était étrange, de considérer cette femme avec fierté comme son propre enfant, mais Ho-oh avait toujours eu cette relation avec Fira. C'était ainsi. La mairesse se trouvait en compagnie de divers habitants de la ville ainsi que d'un homme particulièrement âgé, un étranger mais pas un inconnu. Il s'agissait d'Oridan, le maire d'Oliville, un voisin pacifique. Plutôt grand, le regard perçant avec des yeux sombres, l'humain arborait une belle barbe grise ainsi que des cheveux de même couleur. Sa peau ridée attestait de son âge, même s'il semblait en forme. Ho-oh s'avança pour saluer poliment ce premier invité de la fête du printemps.
« - Cher Oridan, toujours le premier arrivé à ce que je vois.
- Dieu Ho-oh, en effet ! Je ne manquerai l'événement pour rien au monde.
- Notre meilleur voisin, sourit Fira.
- C'est un plaisir de vous accueillir, s'inclina la divinité. Êtes-vous le seul arrivé avec vos gens ?
- Oh non… Je ne crois pas, réfléchit le vieil homme, le regard dans le vague.
- Vos comparses légendaires et leurs maires sont évidemment présents.
- Merci beaucoup, Fira. Je vais aller les saluer avant que les autres n'arrivent.
- Oh, dame ! s'exclama le vieil homme en fond. Vous ai-je déjà parlé de mon phare ? »
La mairesse approuva et retourna s'occuper d'Oridan. Le maire d'Oliville avait de toute évidence bien des choses à raconter sur sa ville et son phare, peu importait l'interlocuteur. Ho-oh savait que Fira pourrait gérer parfaitement la situation. Les habitants commençaient déjà à déambuler dans les rues, allant se servir aux buffets, regardant les différentes activités proposées sur les petites échoppes, écoutant les musiciens qui entamaient des morceaux à la fois festifs et relaxants. Des habitants d'Oliville s'étaient joints à la fête mais pas seulement de cette cité. Ho-oh savait que ce n'était que le début, que d'autres personnes arriveraient avec la soirée et que bientôt, la ville fourmillerait comme elle savait le faire une fois par an. Pour le moment, Rosalia restait paisible et cela laissait le temps au dieu d'aller voir le trio légendaire qui l'avait aidé à tout organiser pour faire de ce festival une réussite.
Ils se trouvaient à l'entrée est de la ville, là où la majorité des invités devrait se présenter. Comme leur maître, ils avaient pris leur forme humaine, avec un kimono assorti à la couleur de leur forme légendaire. Le trio se montrait parfaitement bien présenté, ce qui rendait heureux Ho-oh. Raikou d'Irisia représentait sa ville puisqu'il n'avait pas de maire. Suicune se trouvait avec Drake, le maire d'Ebenelle, qui n'avait pas tenté de s'assortir à elle mais portait un kimono très élégant. Le dieu de la journée appréciait ce guerrier loyal, autant que le maire de Mauville.
Enteï se tenait fièrement aux côtés de son humain, un certain Hatori. Grand et imposant, les yeux verts de cet homme marquait quiconque plongeait son regard à l'intérieur. Ses longs cheveux noirs plaqués lui donnaient davantage un aspect ténébreux. De surcroit, il adorait fumer et ne se privait pas de le faire, même si son légendaire n'appréciait guère. Véritable guerre, accompagné par son fidèle démolosse, il portait une large cicatrice sur le visage. Enteï n'avait jamais raconté comment il avait obtenu une telle blessure, mais c'était certainement lors d'un combat acharné. En tous cas, le trio légendaire de Johto était présent pour la plus grande joie de son chef.
« - Bonsoir, mes braves ! Personne ne manque à l'appel, c'est merveilleux.
- Comment pourrait-il en être autrement ? sourit Suicune.
- Désormais, il ne reste plus qu'à attendre les invités, compléta Raikou. Peut-être devrions nous nous répartir de chaque côté de la ville ?
- Bah ils trouveront bien leur chemin, ils sont grands non ?
- Hatori, fit Enteï en roulant des yeux. Ce n'est pas une manière de traiter un légendaire !
- Je plaisantais, soupira le maire de Mauville, pas vraiment désolé.
- Chacun sa zone alors » conclut Ho-oh en s'éloignant.
Plus solitaire, Raikou partit de son côté et Ho-oh l'accompagna, prenant le temps d'apprécier les relations que chaque légendaire pouvait posséder avec son maire. Suicune et Drake entretenaient une relation de confiance, avec toutefois une distance polie de la part de l'homme. Il reconnaissait son statut de divinité et ne l'oubliait jamais. Au contraire, Enteï et Hatori se comportaient comme deux vieux compagnons de guerre, ayant chacun un respect mutuel pour l'autre. Ils se chamaillaient encore, provoquant le rire des personnes autour d'eux. Ho-oh repassa devant Fira, encore en grande conversation avec le maire d'Oliville. Oridan avait une passion dévorante pour son phare et ne se privait pas d'en parler. Quelle relation entretenait le dieu de la journée avec la mairesse ? Comment était-ce perçu par les autres ? Il se posait de nombreuses questions mais il n'était plus temps de trop réfléchir. Les invités commençaient à se présenter, l'accueil devait être à la hauteur.
« - Pourquoi tu restes avec moi ? questionna soudain Hatori.
- Comment ça ? souffla Enteï, se demandant quelle bêtise il allait entendre.
- Eh bien, il y a Suicune… Tu n'as pas envie de rester avec elle ?
- Bien sûr que si, mais je ne vais pas la coller en permanence.
- Faut le dire tout de suite si tu l'aimes pas tant que ça…
- Tu es vraiment impossible comme humain » grommela le légendaire.
Hatori ne put retenir un sourire satisfait et Suicune qui avait tout entendu non loin de là fit de même. Son attention se reporta vite sur son maire, Drake semblait se mettre un peu trop la pression, comme à chaque événement en dehors d'Ebenelle. Dans une heure ou deux, avec un verre, il se détendrait. La déesse songea à Haru qui était resté au village et devait se languir de son père ainsi que d'elle, mais elle préférait jouer la sécurité. C'était rarement une bonne idée d'emmener toute une famille de dirigeants au même endroit pour un événement réunissant des personnes du monde entier, même au festival du printemps. Suicune chassa ses idées noires tout en les gardant à l'esprit et regarda la route qui se couvrait de monde. Alors que la nuit tombait peu à peu, des feux apparaissaient dans Rosalia, donnant un air plus chaleureux et festif à la belle ville.
Dans les premiers arrivèrent des personnalités bien connues de la région, à savoir Celebi, le dieu de la paix, ainsi que son maire Hawk. Le légendaire possédait une forme humaine qui lui donnait l'air d'avoir douze ans, avec un visage adorable doté d'un petit nez, de magnifiques yeux bleus ainsi que de cheveux blonds foncés en bataille. Avec son regard espiègle, on pouvait croire qu'il avait toujours un coup d'avance, ce qui n'était pas loin de la vérité. Il portait un kimono vert et blanc, assorti à celui du maire d'Ecorcia. Ce dernier offrait un contraste saisissant avec Celebi, beaucoup plus adulte avec son visage marqué par le temps. Ses cicatrices montraient qu'il avait vu du pays. De taille moyenne, ses yeux gris le vieillissaient encore un peu, de même que ses cheveux noirs clairsemés. Ils formaient un duo détonnant bien connu de la région de Johto.
« - Tu as pensé à prendre les cadeaux, Hawk ?
- J'ai pris les queues de ramoloss, jeune maître, ne vous inquiétez pas.
- Ah… Zut, j'avais fabriqué une clochette spécialement pour Ho-oh, je l'ai laissé dans les bois !
- Cela ne fait rien, ce sera pour une prochaine fois.
- Tu as raison, mon vieux ! Pour le moment, nous allons profiter de la fête !
- Parfaitement. Mais si vous pouvez arrêter de m'appeler vieux…
- Eh, Enteï, Suicune ! » s'exclama le plus jeune, incapable de tenir en place.
Hawk le regarda partir en courant et soupira. Parfois, il avait l'impression d'être le parent du légendaire, alors que ce dernier était pourtant beaucoup plus sage que lui. Cette relation était parfois épuisante, mais avec le recul, le maire d'Ecorcia ne l'échangerait pour rien au monde. Avec prestance, il pénétra dans Rosalia à la poursuite de Celebi. L'heure était effectivement à la fête.
Les invités suivants venaient d'un peu plus loin, de la région de Kanto en vérité et de la somptueuse Lavanville, réputée pour sa grande tour. La déesse des naissances y régnait, à savoir Mew. La légendaire avait mis un kimono d'un rose pâle léger, mettant en valeur sa longue chevelure violette. Ses yeux verts pétillaient sur son visage rond et bienveillant, respirant la douceur. Elle était divine. Derrière elle, dans son ombre suivait Abel, le maire de Lavanville. De grande stature par rapport à la taille moyenne de Mew, l'homme possédait une crinière bleue aux jolis reflets, ainsi que des yeux de même couleur. Fin, il portait un kimono dans une étoffe soyeuse rouge et blanche, sans doute du poil d'arcanin tissé. Ils formaient un duo chic et furent bien accueillis à Rosalia.
Les suivants ne tardèrent pas, venant tout droit d'Hoenn. Il s'agissait du maître de Pacifiville, le grand Rayquaza. Sous sa forme humaine, le légendaire avait décidé d'arborer un kimono noir et blanc, rien ne rappelant son statut sinon la beauté de l'habit. Sa mairesse Agnès arborait une robe sobre dans les mêmes coloris, ayant choisi de ne pas porter un kimono dans lequel elle ne serait pas à l'aise. Beaucoup d'humains avaient fait ce choix et cela n'avait rien de choquant au festival, malgré la culture de Rosalia. Tandis qu'Agnès allait discuter avec d'autres confrères, Rayquaza ne manqua pas de repérer Mew du regard puis de se diriger vers elle, impossible de l'en empêcher. Ce soir, s'il était aussi séduisant, c'était uniquement pour la déesse des naissances.
D'autres personnalités d'Hoenn arrivèrent dans la foulé du dieu de l'atmosphère, à commencer par Latios et Latias, les dieux messagers. Leur rôle était de rapporter les faits du monde à Arceus, mais ils se montraient toujours discrets sur le sujet. Latios possédait des cheveux blancs plutôt courts et en pique, des yeux bleus comme le ciel, ainsi qu'un sourire réconfortant, surplombant un corps de taille plutôt petite. Latias arborait une longue chevelure blonde aux reflets rougeoyants selon l'angle, des yeux de même couleur que son compagnon, ainsi qu'un corps tout aussi frêle. Ils rayonnaient d'eux une jeunesse incroyable. Leurs tenues s'accordaient à la couleur de leur forme légendaire, rouge ou bleue selon le porteur, mais un sublime kimono aux motifs rappelant le ciel.
Non loin d'eux suivaient leurs maires respectifs. Hana était la cheffe de la ville de Cimetronnelle où se trouvait Latias. La mairesse d'un âge mûre ne passait pas inaperçu avec sa grande taille, ses longs cheveux blancs, son regard limpide et sa robe rejoignant les couleurs de son légendaire. A ses côtés se trouvait Paru de Myokora, le lieu d'habitat de Latios. Le jeune maire passait plutôt inaperçu avec ses banales yeux marrons, ses courts cheveux bruns ordinaires, ainsi que sa petite taille. Cela ne l'empêchait pas de pétiller et d'arborer une tenue d'un rouge flamboyant. La complicité entre les deux humains paraissait inexistante, contrairement au lien entre les deux légendaires.
« - Nous sommes arrivés ! s'exclama Latias.
- Pas trop tôt, soupira Hana, mais tout bas pour que seul Paru l'entende éventuellement.
- Rosalia est encore plus belle que les ans passés, sourit Latios.
- C'est ma première fois ici, déclara avec émotion le maire de Myokora.
- Tu verras, on s'habitue vite, lâcha la mairesse de Cimetronnelle.
- Tu as l'air tendu, Hana, remarqua Latias. Tout va bien ?
- Simplement un peu fatigué du voyage, rien de bien méchant, déclara la femme, mais son regard brillant indiquait qu'il y avait d'autres émotions en elle.
- Allons nous restaurer alors, cela nous fera du bien ! les motiva Latios. En avant ! »
Peu après les messagers, ce furent d'autres pointures de la région d'Hoenn qui arrivèrent. Kyogre se présenta en compagnie de son maire Nathaniel, tous deux vêtus de kimono rappelant l'océan. C'était attendu de la part de la déesse de la mer, mais le résultat était absolument superbe, faisant sensation dans l'assistance. Peu après, à la surprise générale, Groudon apparut en compagnie de sa mairesse Ain. Cela n'arrivait pas souvent de voir la déesse des océans et le dieu de la terre ensemble à un festival. Ce dernier aborait un vêtement noir portant des motifs rouges, sans doute pour rappeler la lave. Sa mairesse jouait la carte de la sobriété avec un vêtement blanc simple mais confortable et chic. Groudon alla aussitôt saluer sa comparse divine, preuve qu'ils avaient accompli leur voyage séparément, mais elle resta plutôt distante avec lui. Kyogre ne comptait pas le laisser lui marcher dessus, surtout pas en public, même si elle avait bien du mal à lui opposer une forte résistance.
Après ce déferlement d'Hoenn, ce fut la région de Sinnoh qui commença à se présenter. Apparut ainsi le dieu de la volonté, également maire de Verchamps, l'intrépide Créfadet. Sa forme humaine était celle d'un homme musclé ayant la trentaine tout au plus, un grand brun aux cheveux mi-longs et aux yeux dorés, avec une étonnante sagesse dans le regard. Ses yeux marron appuyaient sa petite barbe bien entretenue. Son kimono ne représentait pas du tout sa forme légendaire, avec une majorité de rouge pour une minorité de noir, mais cela faisait sensation et c'était tout ce qui comptait. Il faisait partie du trio des lacs de Sinnoh, dont il était sûrement le membre le plus extraverti.
Un autre membre du trio avait fait la route depuis la lointaine région, il s'agissait de dame Créfollet, déesse des émotions. Son kimono rose lui seyait parfaitement, elle si petite avec ses cheveux blonds lisses tombant sur ses épaules à peine. Sa bouille ronde ne ternissait pas son magnifique regard doré, tout comme son confrère légendaire d'ailleurs. Sa peau était pâle, comme celle de l'humaine qui la suivait, une humaine répondant au nom de Jeanne. La mairesse de Bonaugure disposait de la même couleur de cheveux que son légendaire, mais d'une coupe beaucoup plus courte et de beaux yeux bleus déterminés. Jeanne possédait une musculature visible même derrière son kimono bleu qui lui seyait parfaitement. Une lame le long de son côté gauche rappelait qu'elle était une fière guerrière. Les deux membres du trio des lacs vinrent se parler un moment, suivis par la mairesse naturellement.
« - Créfadet, je suis ravie de te voir !
- Moi aussi, Créfollet ! sourit le dieu de la volonté. Dame Jeanne, mes hommages.
- C'est moi qui devrais dire cela, s'inclina l'humaine.
- Quel bonheur d'être réunis pour le festival du printemps, sourit Créfadet.
- Pourtant, nous sommes dans la même région, nous pourrions nous voir plus, sourit Créfollet.
- C'est exact, mais nous avons chacun nos occupations.
- Vous êtes adorables tous les deux, osa Jeanne.
- Oh, euh, rougit le maire de Verchamps, regardant ailleurs.
- Je connais quelque chose qui devrait te plaire aussi, minauda Créfollet.
- Ah oui ? Et quoi donc, cher légendaire ?
- Regarde sur la route, Jeanne » souffla la déesse des émotions avec un sourire.
La mairesse de Bonaugure se retourna sans comprendre quand elle aperçut un nouveau légendaire et son maire qui s'approchaient de la ville. Il s'agissait de la déesse des rêves Cresselia, venant de la ville Unionpolis. Chacun de ses pas donnait une impression de légèreté, renforcé par les teintes pastels de son kimono très large. Pourtant, sa forme humaine n'avait rien d'extraordinaire, avec des cheveux bruns très longs, des yeux bleutés, une taille moyenne, mais ce sourire rayonnant et cette douceur lui procuraient un charme indéniable. A ses côtés venait Francis, le célèbre maire d'Unionpolis, un homme à la peau pâle, aux cheveux blonds clairs noués en catogans, aux yeux bleus-verts et au physique humain charmant. C'était pour cet homme que Jeanne s'était retournée. Existait-il un lien entre les deux ? Très certainement et Créfollet devait le savoir.
« - Tout va bien, dame Cresselia ?
- Bien sûr, Francis. Rosalia est si belle avec la nuit qui tombe.
- Sans doute pas autant que vous, murmura-t-il avec sincérité.
- Tu devrais garder tes flatteries pour la mairesse de Bonaugure, non ?
- Ah ah, je crois que vous avez raison. Justement, je l'aperçois là-bas.
- Justement ? Je sais très bien que tu l'as repéré depuis le début ! »
Cresselia émit un rire cristallin tandis que le maire se montrait un peu gêné, jouant avec les plis de son kimono turquoise. Cela ne l'empêcha pas d'aller rejoindre Jeanne aussi vite que la bienséance le permettait. La déesse des rêves le suivit, au moins pour saluer ses confrères de Sinnoh. Elle aussi avait un être cher qu'elle aurait aimé voir, mais il ne viendrait pas au festival du printemps, c'était certain.
Alors que Jeanne et Francis se saluaient, maintenant une relation faussement ambiguë alors que leur amour crevait les yeux, Xerneas pénétra dans la ville. Le voyage depuis Kalos l'avait un peu fatigué mais cela importait peu. La déesse de la vie portait un kimono à la couleur dégradé allant du bleu le plus profond au blanc clair, avec des petites incrustations d'améthystes. Dans ses cheveux, il y avait quelques rameaux finement ouvragés en cristal, rappelant les bois de sa forme légendaire. Aussitôt qu'elle apparut, Ho-oh se trouva à ses côtés, effectuant une révérence parfaite. Se cachant derrière un éventail bien inutile, Xerneas lui rendit son salut.
« - Ma dame, vous êtes exquise ! Je suis ravie de vous voir.
- Ho-ho, tu peux arrêter ce numéro. Moi aussi je suis heureuse d'être avec toi.
- Ton voyage s'est bien passé, ma belle ?
- Plutôt bien oui, mais cela me paraît toujours si long. Pourquoi vivons-nous si loin ?
- Le hasard de la géographie hélas… Viens, je t'ai préparé ta boisson préférée ! »
Il la prit par la main et elle se laissa guider. Peu après la déesse de la vie, c'est le dieu du soleil en personne qui se présenta. Solgaleo n'aurait manqué pour rien au monde cet événement et son kimono rouge et jaune d'un tissu rare montrait toute l'importance qu'il donnait à cette fête. Le légendaire du Grand Arbre arborait sous sa forme humaine des cheveux blonds mi-longs avec une grande mèche cachant son front, des yeux bleus comme l'océan, une petite barbichette, un corps bien proportionné selon les critères de beauté standards et un sourire rayonnant. Le contraste était saisissant avec la mairesse à la mine renfrognée qui l'accompagnait. Mina de son prénom, la mairesse avait en commun les yeux avec son légendaire. Pour le reste, ses cheveux châtains longs fins étaient attachés en queue de cheval soignée, cachant la cicatrice qu'elle portait sur le front. Son kimono blanc cachait mal le fait qu'elle avait l'air de n'avoir aucune envie d'être présente à cet endroit. Son visage demeurait crispé.
« - Mina, détends-toi, nous sommes là pour nous amuser !
- Tu parles, il faut rester sur le qui-vive. Ici se trouvent peut-être nos ennemis.
- Mina, nous n'avons pas d'ennemis. La fête du printemps, c'est une trêve.
- Tss, je n'y crois pas. Et tu es bien naïf de te penser sans ennemis, Solgaleo. »
Le dieu du soleil cessa de prêter l'oreille à ses plaintes. Elle était sans doute dans un mauvais jour, cela s'arrangeait peut-être. Il n'aimait pas garder un avis négatif sur les gens bien longtemps. En revanche, Mina observait chaque légendaire ou humain passant à sa portée, l'analysant jusqu'au tréfond de son âme. Que cherchait-elle exactement ? Difficile à dire.
Venant d'Unys arrivait le duo de l'île Liberté. Dieu du courage, Victiny ne tenait pas en place. Sa chevelure blonde mi-longue lui venait dans ses yeux bleus, tant il l'avait attaché rapidement. Son kimono vert et or mettait en avant sa jeunesse autant que son corps musclé. Parfois, on disait aussi qu'il symbolisait la victoire, mais Victiny préférait rester sur le courage. Cet hyper-actif ne prenait pas le temps de se poser et son sourire naturel faisait chavirer bien des cœurs à son insu. De taille moyenne, le dieu s'avérait un peu moins grand que son maire, le calme Marco. Rasé de près, son crâne conservait encore un petit peu de cheveux blonds sur le dessus. Derrière ses lunettes, ses yeux se révélaient bleus-gris et son corps était très musclé, signe d'un entraînement à la nage quotidien. Son torse arborait un tatouage en triangle, symbole de son île, en partie caché par son kimono d'un bleu magique, comme le ciel un jour de grande chaleur sans nuage.
« - Marco, nous sommes arrivés, je suis si impatient !
- Je crois que je l'avais compris sur le trajet, mon cher.
- Oh, je sais que je ne tiens pas en place mais… Revoir du monde, en dehors d'Unys, c'est si…
- Ne t'en fais pas, je comprends. Mais ne bois pas trop, d'accord ? Tu tiens mal l'alcool.
- C'est moi qui devrais te dire ça, bouda Victiny.
- Et c'est ce qui rend notre relation unique » répliqua le maire.
Pendant que le duo poursuivit son échange léger, un autre couple se présentait à Rosalia, également en provenance d'Unys. Dieu de la justice, Cobaltium en imposait avec sa haute taille et ses membres fins, mis en valeur par son kimono bleu clair. Sous sa coupe courte brune, ses yeux bleus dévisageaient le monde avec sérieux, perchés au-dessus d'un petit nez légèrement pointu. Personne n'aurait songé à se moquer de lui ou à essayer de le mettre en colère, si ce n'est son maire, qui se trouvait à ses côtés. Maire de Janusia, Seth s'avérait aussi élancé que son légendaire, effet accentué par sa longue chevelure blonde. Ses yeux verts adoucissaient son regard et son menton pointu contribuait à sa finesse. L'homme portait une tenue d'un vert sombre, comme pour se camoufler dans la forêt, mais le contraste offert par sa peau pâle annulait l'effet.
« - Nous y voilà. Je suis étonné que ce soit encore si calme.
- C'est parce que nous n'étions pas encore arrivés, maître Cobaltium.
- Tu en as de bonnes, Seth. C'est surtout que la piste de dance n'est pas ouverte.
- Y ferez-vous un tour avec l'élue de votre cœur, seigneur ?
- Ma foi, si elle se présente, c'est possible.
- Dans ce cas, je ne perdrai pas une miette du spectacle. Vous voir danser, ce serait…
- J'ai compris, tu doutes de mes compétences. Mais attends que j'aie bu quelques verres ! »
Venant encore d'Unys, un autre duo fit son apparition à Rosalia. On y trouvait la sublime Meloetta dans une tenue mélangeant l'orange, le vert et le rose pour un kimono particulièrement remarquable. La déesse du chant avait noué sa longue chevelure rouge en tresse dans laquelle pendaient quelques clochettes. Ses yeux bleutés lui donnaient un air taquin qui correspondait bien à son tempérament. La légendaire faisait la même taille moyenne que son humain, le maire d'Ogoesse. Keith possédait les mêmes yeux bleus que Meloetta mais une longue chevelure jaune et rose, tout comme son kimono d'ailleurs. Fait assez étonnant, il ne portait pas de sourcils, sinon un trait de crayon. De toute évidence, l'homme prenait soin de son apparence. Son sourire s'avérait communicatif au moins et il formait un joli couple avec la déesse, osant même se tenir la main de manière décontractée.
Dans les minutes qui suivirent, la déesse de la lune arriva à la fête. Lunaala se caractérisait par une peau bronzée, une crinière noire épaisse ainsi que des yeux verts comme l'émeraude. Sa démarché gracieuse révélait une certaine souplesse chez elle, comme si chacun de ses pas était une danse. Son kimono violet rappelait bien l'élément auquel elle appartenait. A ses côtés marchait la mairesse de Kokohio. Discrète, Inej possédait une crinière noire plus fine que son légendaire et nouée en tresse. Sa tenue noire la rendait plus secrète, mettant en valeur ses yeux bleus foncés. Un tatouage sur le nez la distinguait des autres humains. Sa peau connaissait de toute évidence la caresse du soleil et s'y était habituée. On aurait dit deux reines arrivant dans une assemblée.
« - La nuit est tombée pile quand nous arrivons, c'est parfait.
- Parfait… Il fait noir depuis un moment, la tempéra Inej.
- Hum, c'est vrai. Tiens, je vois que Solgaleo est déjà arrivé, allons le saluer.
- Mina est là aussi ? Urgh, elle va encore passer son temps à se plaindre.
- On n'aura pas à rester longtemps si c'est ce qui t'inquiète » rassura Lunaala.
Peu de temps après arriva le roi d'Alola, un homme du nom de Leo, guerrier né. Ses cheveux bruns étaient coupés en un carré plongeant qui appuyait étrangement son air royal. Ses yeux marron surplombaient une large cicatrice lui barrant le nez. Le maire de Mallié regardait le monde avec assurance, une épée au côté. On le surnommait roi d'Alola car il gérait la plus grande ville, sans que ce statut n'ait rien d'officiel. Pour lui faire honneur, Leo portait un kimono bleu virant vers le mauve avec des tâches dorées, comme des morceaux d'étoile. Il venait en compagnie de la déesse de la mécanique. Magearna se remarquait avec ses doux cheveux verts à la pointe violette, dont elle avait tenté de faire un chignon malgré la longueur. Ses yeux sombres et sa pâleur lui donnaient un air froid qui ne se justifiait en rien. Son kimono gris et rose atténuait cette impression.
« - Mon roi, une nouvelle terre à conquérir !
- Magearna, ne m'appelle pas ainsi, s'il te plaît. Je ne suis pas vraiment roi.
- Pourtant, ils te considèrent tous ainsi, là-bas, sur Alola.
- Peu importe, je veux juste faire honneur à Mallié. »
En provenance d'Unys, Terrakium venait tout juste d'apparaître, recoiffant la mèche rebelle de sa petite crinière noire. Il replaça son kimono bleu, de la même couleur que ses yeux, un coloris bien doux pour le dieu de la force. Toutefois, il le mit de tel sorte à révéler en partie la musculature humaine dont il était si fier et y ajouta un sourire charmeur. Cela faisait rire le maire d'Amaillide. Dana cachait sa calvitie sous un léger chapeau, peu assorti à son kimono noir, mettant pourtant en valeur son regard sombre. Sec, cet homme au corps svelte possédait une cicatrice sur le visage et un air qui montrait qu'il valait mieux ne pas s'y frotter. Tel légendaire tel humain !
« - Tu espères draguer quelqu'un, je me trompe ?
- J'ai déjà quelqu'un, râla Terrakium. Ce n'est pas une raison pour que… Que je cache tout.
- Tsss… Je ne la vois nulle part, tu m'étonnes qu'elle ne soit pas là !
- Eh oh, c'est pas très gentil ! Réglons ça au buffet !
- Un défi de nourriture ? C'est parti, mon dieu !
- Fais tes prières, Dana, tu ne t'en relèveras pas !»
Alors que l'arrivée du dieu de la force et de son maire créait une petite pagaille, l'arrivé de la déesse des cauchemars passa presque totalement inaperçue. Cela lui convenait parfaitement. Darkrai avait osé mettre un kimono bleu brillant, assorti à ses yeux et se mariant bien avec sa chevelure blonde lisse ainsi que sa taille longiligne. Cependant, elle se trouvait trop tape à l'œil ainsi. Elle cacha son large front derrière ses mèches, masquant ce visage divinement maquillé. Le vieux Papug venait à ses côtés, tout petit et presque entièrement chauve. Le maire de Voilaroc portait encore une vieille barbe blanche et de l'intelligence se lisait derrière ses petits yeux. Pour l'occasion, il portait une toge d'un vert délavé tout à fait acceptable, avec quelques broderies dorées.
« - Vous semblez tendue, dame Darkrai. Inspirez bien à fond et expirez, cela vous aidera.
- Papug, pourquoi sommes-nous venus ? Je déteste la foule. Cette tenue, ce n'est pas moi…
- Mais c'est l'occasion de nous amuser et de voir du monde, n'est-ce pas ?
- En effet… Je vais prendre sur moi. Comment faites-vous ?
- Oh, je profite simplement de l'instant présent. Vous devriez faire de même, déesse.
- Je te promets d'essayer, Papug, déclara-t-elle d'un hochement timide de la tête. »
Diancie se présenta juste après eux à l'entrée de la ville, dans un kimono renversant proposant de multiples tons roses. La déesse de la beauté faisait honneur à son titre et elle espérait bien faire battre le cœur de la personne qui occupait ses pensées. Le hasard voulut qu'arriva Caïn en même temps qu'elle, le grand prêtre d'Arceus. Le maire de Célestia semblait taillé pour survivre dans des conditions hostiles, sa peau à l'épreuve du soleil, ses cheveux bruns très fins et ses yeux marron virant au noir lui donnaient un air sage, associés à des traits durs mais un sourire doux. Cet homme ne manquait que rarement un festival, afin de montrer qu'Arceus bénissait toute chose en ce monde. Sa tenue marron de pèlerin n'avait rien d'un hayon sur ses épaules, bien au contraire.
Shaymin pressa son maire Naoned car elle savait qu'ils arrivaient dans les derniers. La déesse de la nature portait un kimono vert et blanc, avec des fleurs roses, la spécialité de sa forme légendaire. Sa coiffure était d'un raffinement sans borne. Son maire avait fait l'effort de s'assortir totalement à elle, mais de toute évidence, il avait pris son temps sur la route, comme en témoignaient les plumes de roucools accrochées dans ses cheveux. Au moins, ils arrivaient à temps et c'était l'essentiel.
Les derniers arrivés ne furent pas des moindres. En effet, il s'agissait de la déesse du printemps en personne, Viridium. On aurait pu se demander pourquoi elle ne s'occupait pas de l'organisation de cette fête, mais cette tâche avait toujours été confiée au dieu de la journée. Membre du trio des mousquetaires, elle ne se sentait pas la même importance. Son kimono vert s'accordait à merveille avec sa crinière rouge. En revanche, sa mairesse avait opté pour une tenue noire bien déprimante dans son aspect par rapport à son légendaire. Lyanna avait noué ses longs cheveux bruns-roux en une tresse sobre, dévoilant un regard bleuté déterminé. Son corps svelte et sportif semblait bien trop maigre pour qu'elle se tienne debout et pourtant, la cheffe de Méanville était là, impassible.
Ainsi, les invités avaient trouvé leur chemin jusqu'à Rosalia. Ho-oh savait que beaucoup de monde ne viendrait pas, mais des humains d'un peu partout contribuaient à ajouter davantage d'animation. Cela convenait parfaitement au dieu de la journée. Alors qu'il observait les festivités avec bienveillance, il songeait que la cérémonie du printemps allait bientôt pouvoir commencer pour de bon. Ho-oh ignorait que tapis dans l'ombre de la tour se trouvait Cipher. Envoyé par Giratina, l'étrange homme observait la scène de son point de vue, se demandant ce que cette soirée allait lui réserver. Il avait une mission et il entendait bien l'accomplir, même s'il n'en comprenait pas toutes les subtilités encore.
