Chapitre 8 : Facétieux destin.
Les choses avaient pour le moins bougé suite à l'affaire de la gazette du sorcier. Le fameux article n'avait clairement pas été celui qu'Hermione avait voulu voir sur elle en première page, d'autant que cette histoire avait totalement éclipsée la réussite de la mission de son service… tant pis pour le coup de pub de sa réussite. Il était clair que les médias préféraient les ragots plutôt que les bonnes nouvelles.
Pire encore, la présence de Rogue sur le territoire n'était plus un secret et il ne fallut pas longtemps pour que ce dernier ne connaisse la source de la révélation. Il n'avait cependant pas été trop exécrable envers Hermione malgré tout, surtout quand il eut compris que celle-ci avait tenue sa langue efficacement, cachant même la vérité à son mari et à sa meilleure amie autant qu'elle l'a pu.
Hélas, leur routine s'en était retrouvée chamboulée…
Pour cause, les journalistes avaient suivi Rogue, plus encore que la lionne, pour savoir ce qu'était devenu le « héro de l'ombre ». Pour éviter à Hermione mais surtout à leur famille respective de subir les ragots sur un flirt potentiel, ils avaient dû se résigner à éviter les cafés et les déjeuners ensemble. Cela avait peiné la jeune femme, mais reprendre un peu de distance avec Rogue n'avait pas eu que des inconvénients.
En effet, moins voir le sombre sorcier permit à Hermione de remettre les pieds sur terre. Elle était mariée, elle n'était pas censée fantasmer sur un autre homme que le sien et encore moins sur… lui. Il était après tout marié lui aussi et, bon sang, quelle femme avait-il ? Une véritable femme fatale qui en plus d'être belle avait une prestance juste incroyable. Hermione n'était rien face à cette dame et, même quand elle deviendrait ministre, elle restera probablement moins charismatique que Cornaline Rogue.
Ces changements n'empêchèrent pas le sorcier de rester très aimable et amical envers elle pendant le temps qu'ils passaient ensemble en voiture. Il lui avait même apporté tous les manuscrits dont il lui avait parlés et pour lesquels sa mère voulait avoir des retours. Cela l'occupait ainsi durant ses longues soirées. Ça et les quelques SMS que lui envoyait Rogue pour savoir l'avancée de sa lecture et de ses commentaires. Mais cela en restait là bien entendu…
Les semaines passèrent ainsi et le mois de décembre commença donc sous des auspices un peu fades. Enfin, ennuyeux était un grand mot, Hermione avait largement de quoi s'occuper de toute façon, surtout son futur voyage. Inéluctablement, plus les jours passaient et plus la jeune femme se rapprochait de la date fatidique de son départ pour l'Amérique.
Tout était prêt mais l'idée de prendre l'avion n'enchantait toujours pas la cadre qui devait se faire violence pour conserver un semblant de courage gryffondorien. Heureusement qu'elle pouvait se réconforter en se disant qu'elle allait passer un dernier noël avec son fils, juste au cas où un malheur lui arriverait en plein ciel ! Oui, dit comme ça, cela ne sonnait pas très vaillant, mais personne ne la jugeait non ?
Le départ était prévu pour le 26 décembre dans la matinée, ce qui lui laissait le temps d'arriver et de se préparer correctement pour le gala prévu, lui, pour le 28. Bien qu'elle aurait aimé pouvoir rentrer dès le lendemain, elle n'avait pas pu avoir de billet pour avant… l'année suivante le 2 janvier. Ce serait la première fois en dix ans qu'elle fêterait la nouvel an sans son fils.
Enfin, pour l'heure, c'était à Cormac de partir pour le travail et ce, pour le week-end qui voyait le premier match de sélection pour l'équipe anglaise de Quidditch au mondial. Deux jours intensifs de préparatifs, de contrôles divers, de presque propagande en faveurs du Royaume-Uni mais surtout de joie pour le travailleur acharné fan de sport sorcier qu'était son mari.
- Mimi chérie, tu veux que je te ramène quoi comme cadeau ? demanda-t-il en souriant après avoir enfilé sa veste.
- Par définition, une surprise devant être surprenante… eh bien, surprends-moi mon chéri.
- Ah, ça, c'est dans mes cordes ! dit-il avec un sourire amusé.
Après avoir dit au revoir à Rhett, Cormac s'approcha d'elle et l'embrassa tendrement :
- Je t'appellerai ce soir Mimi, dit-il avant de regarder son fils et d'ajouter, surveille bien ta mère mon bonhomme… et ne lui dis pas que j'ai caché un paquet de bonbons dans ta chambre.
Il avait ajouté ça en chuchotant bruyamment tout en faisant un clin d'œil à Rhett qui ricana. Cormac faisait des efforts indéniables pour se rapprocher de son fils et Hermione ne retint pas un sourire franc face à cela. Il fallait avouer qu'il essayait même de s'intéresser un peu plus à la vie de sa femme, même si cela représentait clairement le plus gros des efforts pour lui. En même temps, la lionne le savait, il avait toujours été le seul centre de toutes les attentions de ses parents, il n'y était donc pour rien s'il avait été habitué à ça.
Une fois seuls, Hermione et Rhett passèrent un long moment à jouer ensemble au « trivial pursuit » puis, d'un commun accord, décidèrent qu'une sortie mère/fils à la patinoire était une bonne idée. Peut-être ne faisait-elle pas mieux que ses beaux-parents avec l'éducation de son garnement du coup…
Il y avait du monde dans tout le Londres moldu en ce weekend quasi hivernal et ni le froid, ni le crépuscule naissant ne découragèrent les gens à sortir s'aérer. Loin de déplaire aux deux patineurs amateurs, cette ambiance leur fit passer un moment riche en rire et en bonne humeur. Alors qu'ils entamèrent un énième tour, Hermione sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Faisant signe à Rhett de continuer son tour, elle se mit contre la rambarde pour se tenir et répondre à Cormac… ou pas.
« Je ne sais pas où vous avez appris, mais vous patinez bien Granger ! »
Hermione releva la tête et regarda autour d'elle à la recherche de l'expéditeur du message. Elle ne le vit nulle part, mais après avoir cherché pendant une bonne minute, elle sentit quelqu'un l'a percuté par derrière avant de se maintenir à la barrière. Elle se retrouva ainsi coincée contre la rambarde par un corps massif et deux bras de part et d'autre d'elle. Elle allait se plaindre quand la voix de celui qu'elle cherchait retentie :
- Désolé, j'ai bien peur de ne pas gérer les freinages d'urgence…
Alors qu'il se décala, Hermione vit Rogue sur le point de se rétamer sur la glace, se rattrapant une fois de plus et de justesse à la rambarde, juste à côté d'elle.
- Papá, ten cuidado… ¡ Vas a matar a alguien !
Jade venait de passer sans s'arrêter, visiblement en demandant à son père de ne tuer personne, ou quelque chose comme ça… néanmoins, la jeune fille semblait plus pressée de rejoindre son meilleur ami que de s'inquiéter pour son géniteur. Éberluée, Hermione garda un instant le silence en regardant Rogue immiter sa fille en grimaçant, tel un enfant vexé.
- Mais qu'est-ce que vous faites ici ? finit-elle par articuler.
- Je tente de survivre à cette sortie, répondit-il en grognant.
Se tenant toujours fermement, il continua :
- Pendant que Jade enfilait ses patins je vous ai vu avec Rhett, je ne pensais néanmoins pas vous rentrer dedans. Vous allez bien d'ailleurs ?
- Oui… Ça va, merci…
Jade et Rhett passèrent ensemble à côté de leur parent respectif et leur firent signe tout en continuant de glisser. La petite espagnole semblait avoir un peu plus de mal que le petit anglais mais, clairement, elle se débrouillait beaucoup mieux que son père.
- Comment avez-vous réussi à faire un tour complet ? demanda-t-elle en le regardant galérer à tenir debout.
- Ça relève du miracle je suppose !
- Pourquoi diable êtes-vous monté sur la glace si vous ne savez pas faire ?
- Vous me voyez vraiment dire à ma fille de se débrouiller toute seule ?
- Elle se débrouille indéniablement mieux que vous, fit remarquer Hermione.
- Je rêve ou vous vous moquez de moi Granger ?
Hermione ne retint pas un sourire amusé face à la mine coléreuse de son interlocuteur qui, à l'inverse de ce qu'il souhaitait, semblait plutôt ridicule. Elle s'approcha du Grinch en devenir et lui tendit la main :
- Alors c'est bien ça, vous vous moquez ! maugréa-t-il en regardant la main tendue vers lui.
- Loin de moi l'idée de faire ça, s'amusa-t-elle. Mais vous n'allez quand-même pas laissé votre fille patiner seule !
Bien que dans les faits elle n'était plus vraiment seule, vu qu'elle patinait maintenant avec Rhett qui lui donnait apparemment pleins de conseils, la pique avait été trop tentante. Rogue attrapa néanmoins la main de la lionne moqueuse qui l'aida tant bien que mal à se stabiliser sur la glace. Il avait des mains tellement grandes par rapport à elle qu'il l'agrippa sans le moindre mal. Ils portaient tous deux des gants mais Hermione fut persuadée que même sans, les mains de Rogue l'aurait réchauffée. Secouant la tête en se rendant compte que ses idées partaient de nouveau à volo, elle se contenta de lui dire :
- Venez, regardez droit devant vous et ça va aller. Oui, voilà, comme ça. C'est un peu comme faire du roller !
- J'ai une tête à faire du roller Granger ?
- Tous les enfants apprennent à en faire un jour !
Vu le regard à la fois noir et triste du sorcier, elle comprit qu'elle avait fait une bourde. Elle se souvint alors de ce qu'Harry lui avait raconté avoir vu, presque quinze ans auparavant…
- Il n'est jamais trop tard pour apprendre, disons que c'est aujourd'hui votre « jour » à vous.
- Je ne suis plus un enfant, fit-il remarquer.
- Il y en a un au fond de vous, vous n'avez qu'à le chercher. Il n'est pas loin, j'en suis certaine ! dit-elle en souriant. D'ailleurs regardez, vous avancez déjà bien mieux, ça prouve que vous pouvez le faire !
Rogue conserva le silence mais ses yeux s'adoucir au fur et à mesure des tours. Rhett et Jade les dépassèrent plusieurs fois, mais au bout d'un temps, les grands enfants réussirent à conserver un bon rythme. Hermione félicita le sombre sorcier qui se débrouillait déjà bien mieux :
- Vous apprenez vite !
- J'ai une bonne professeur, répondit-il simplement.
- Vous pouvez même patiner seul maintenant, il vous suffit de garder ce rythme, c'est parfait !
- Vous êtes sûre que c'est une bonne idée ?
- J'en suis certaine !
Doucement mais surtout à contre cœur, Hermione lâcha la main de Severus qui, sans faire le fier, patinait maintenant sans assistance. Il se débrouillait plutôt bien, même si l'appréhension était toujours visible dans son regard. Hermione lui sourit avec gaité :
- Vous voyez, vous arrivez à patiner maintenant !
- Granger atten…
À force de ne pas regarder devant elle, elle ne remarqua pas le ralentissement qui se profilait. Elle allait percuter l'homme devant elle quand Rogue la tira vers lui de justesse, le faisant perdre à son tour l'équilibre et entraînant Hermione dans sa chute. Elle redressa la tête et regarda autour d'elle… au moins étaient-ils tombés sans percuter personne et sans que personne ne leur fonce dedans. L'humiliation était donc moindre, voire même drôle peut-être.
- Je suis confortable au moins ?
Baissant la tête vers Rogue, elle remarqua qu'elle était allongée sur lui et rougit mais vit que le sorcier semblait plus amusé qu'énervé :
- Vous manquez peut-être un peu de rembourrage mais ça va ! se permit-elle de répondre en ricanant.
- Maman tu t'es fais mal ?
- Papa ça va ?
- Nous allons bien, s'amusa Severus.
La lionne se releva et aida Severus à en faire de même. Il la remercia et retira la glace de son manteau quand une voix féminine retentit de l'autre côté de la barrière :
- Eh bien, ça ferait une super photo pour la une de la prochaine gazette ! Je vois bien comme gros titre « Noël approche et les scènes clichées avec ».
N'appréciant pas la remarque, Hermione allait sortir les griffes quand elle reconnue la femme en question :
- Mamá, cria Jade en s'approchant d'elle. Tu as pu venir !
- Sí mi princessa, répondit-elle en souriant à sa fille.
Puis la femme fatale reporta son regard sur son mari qui s'était rapproché de la barrière pour s'y tenir :
- Quand tu m'as dis que tu allais accompagner Jade à la patinoire, je n'avais pas compris que tu allais toi-même enfiler des patins !
- Je suis ravi de constater que je suis encore capable de te surprendre Coco ! répondit-il avec une pointe de malice.
- Tu comptais me surprendre en te cassant quelque chose corazón ? interrogea-t-elle en se tenant le menton. N'es-tu pas un peu trop vieux pour te mettre à ce genre de sport ?
- Dois-je te rappeler que tu es la plus vieille de nous deux ma chérie ? Tu es donc plus susceptible que moi de te faire un col du fémur, se moqua-t-il.
- Ce n'est pas moi qui me suis cassée trois côtes et la clavicule il y a quelques mois de ça corazón !
- Hey, j'ai été renversé par une voiture, s'indigna-t-il cette fois.
- Preuve s'il en faut que j'avais déjà raison à l'époque de te dire que la moto, c'est dangereux, argua-t-elle pour appuyer son point de vue. Au même titre que de te lancer sur la glace aujourd'hui d'ailleurs.
- Tu vois ce que je dois supporter tous les jours ? demanda alors Jade à Rhett avec désarroi.
Rogue, enfin, monsieur Rogue pour être exact, regarda sa fille avec un sourire amusé :
- Et encore tu ne supportes pas ta mère depuis aussi longtemps que moi !
Cornaline se mit à rire à son tour tout en donnant une petite tape amicale dans l'épaule de son mari :
- Tu es plus insupportable que moi, se défendit-elle avant de lui déposer un baiser sur la joue.
Hermione détourna le regard, préférant de loin regarder son fils plutôt que cette profusion de… d'elle ne savait quelle fioriture de sentiments.
- Votre mari est par ici ? demanda alors la femme fatale.
- Non, il est en Ecosse pour le travail.
- Oh c'est vrai que les sélections pour la coupe de monde ont commencées.
- Vous suivez le Quidditch ? demanda Rhett, aussi surpris que le fut Hermione.
- Oui et non, disons que cela fait partie des choses qui peuvent m'être utile à savoir pour le travail.
- Eh quel travail faites-vous ? questionna cette-fois Hermione en la regardant.
- Et si nous allions discuter autour d'un verre ? proposa-t-elle en souriant. J'ai bien peur que vous finissiez par tous gêner les autres patineurs à rester statique sur le bord de la piste.
Elle avait raison, mais la lionne n'avait pas vraiment envie de se retrouver à une table avec Rogue et sa femme. Elle chercha une bonne excuse pour refuser quand Cornaline ajouta avec humour :
- Je ne tolèrerai pas de refus vous savez, ma fille me parle tellement souvent de Rhett que je veux absolument apprendre à le connaître. Quand à vous, si vous n'aviez pas été là, mon époux ne serait plus ici, à engendrer divers accidents de la route ou sur glace. Je dois bien avouer qu'il me tardait de pouvoir passer du temps avec vous !
- Peut-être qu'elle a mieux à faire, défendit Rogue.
- Si c'était le cas, elle n'aurait pas eu besoin de réfléchir à une excuse polie pour refuser.
Le ton employé était encore plus sarcastique que celui de Rogue à l'époque de Poudlard et Hermione ne sut quoi répondre. De toute façon, elle était déjà vaincue, surtout que Rhett regardait sa mère avec un air suppliant. Soupirant, elle accepta sa défaite… de toute façon cela ne pouvait pas être pire. Elle qui avait cru avoir réussi à « passer à autre chose » avait été forcé de constater qu'elle s'était trompée et ce, juste en une heure de temps seule avec Rogue. Cela serait ainsi une bonne expérience que de se forcer maintenant à faire face à la réalité, qui finirait bien par effacer toutes les idées malvenues qu'elle avaient eues et avait encore par moment.
« Je suis mariée, il est marié… » se répétait-elle en boucle tout en retirant ses patins pour mettre ses chaussures. « Ne soit pas stupide Hermione, de toute façon ce n'est rien que des idées stupides liées à la fatigue et sûrement à la nostalgie de le revoir ! »
Cette litanie silencieuse en tête, elle prit la route avec son fils et les Rogue pour s'installer dans un salon de thé tout proche. Rhett était content d'être tombé par hasard sur Jade et de pouvoir passer un bon moment avec elle. La jeune femme, elle, acceptait son épreuve en gardant la tête haute, même si voir Rogue tendre son bras à sa femme pour le trajet ne fut pas simple.
Installés à une table, bien au chaud dans un établissement bien trop chic au goût de la lionne, tout le monde commanda une boisson. Hermione était partie sur un chocolat chaud, comme son fils et Jade, quand Rogue prit un thé et sa femme un café.
- Alors, quel travail faites-vous ? demanda à nouveau Hermione pour paraître la plus détendue possible en entamant la conversation.
- Je suis directrice de développement commerciale freelance. Pour faire simple, je vais dans les entreprises qui veulent étendre leurs activités et, surtout, augmenter leur chiffre d'affaires, ajouta-t-elle après un très court instant de réflexion.
- Vous étudiez le marché et les tendances pour permettre une fidélisation de la clientèle et une augmentation de cette dernière pour vos employeurs en somme, reformula Hermione.
- C'est exactement ça, affirma alors la femme fatale avec un sourire entendu. Je constate que Severus n'a pas exagéré en décrivant votre force de raisonnement et votre intellect !
- Je suis même certaine qu'il les a sous estimée, répondit la lionne sans réfléchir.
La réponse était exagérée et elle le savait, mais le but était, du moins à la base, de prouver à son interlocutrice qu'elle n'avait pas à simplifier son discours pour elle, voir même qu'elle n'avait rien à lui apprendre. C'était présomptueux, elle le savait, mais cela avait été plus fort qu'elle. C'était un peu comme si Hermione avait besoin de se mettre en avant pour ne pas se sentir écrasée par la prestance de Cornaline Rogue.
- Je ne vous sous estime pas, se défendit-il en lui lançant un regard perplexe.
- Tu sous estimes toujours tout le monde, elle n'a pas vraiment tort, intervint Cornaline en riant.
Rogue regarda sa femme avec un regard noir mais ne dit rien, celle-ci se contentant de passer une main dans les cheveux de son mari pour les ramener en arrière correctement :
- Ne fais pas le grincheux, ça ne te va pas !
- C'est vrai que papa faisait peur quand il était professeur ? demanda alors Jade en regardant Hermione.
Lui donnant à nouveau l'occasion de détourner le regard, elle se tourna vers la jeune fille pour lui répondre :
- Oui et non… disons que la plupart des élèves, et même des parents je pense, avaient peur de lui. Mais je ne pense pas que c'était le cas de tout le monde. Déjà les Serpentards avaient quasiment tous une bonne opinion de lui, je doute donc qu'ils se soient sentis effrayés par leur directeur.
- Et toi, tu en avais peur ? questionna-t-elle cette fois.
- Non.
La lionne se serait bien contentée de cette réponse, qui était plutôt vraie au demeurant si on ne prenait pas en compte la bataille de Poudlard ayant entrainé la mort de Dumbledore. Nonobstant ses espérances de pouvoir passer à un autre sujet, Rhett prit la parole :
- Maman elle a peur de personne, alors elle pouvait pas être effrayé face à ton père ! En première année, elle a même mis le feu à… aïe !
Oui, donner un coup de coude, aussi faible soit-il, à son fils n'était pas franchement éthique, ni très maternel, mais elle trouverait le moyen de se faire pardonner…
- J'en étais sûr ! s'exclama Rogue en la pointant d'un doigt accusateur.
- Il y a prescription, répondit-elle en rougissant.
- Ma vengeance sera terrible, dit-il en croisant les bras face à elle d'un air menaçant.
- T'en fais pas maman, je vais te protéger ! dit Rhett qui semblait comprendre sa bourde.
Hermione sourit à son petit garde du corps et le prit dans ses bras. Elle se doutait bien que Rogue ne se vengerait pas de toute façon… même s'il la fixa un moment encore, avec insistance, alors qu'elle faisait mine de ne rien remarquer.
S'en suivit des sujets moins problématiques, comme les passions de Rhett et de Jade. Au final, quand elle se dit que la session boissons chaudes avaient assez durée, la lionne trouva le prétexte de l'heure tardive pour rentrer. Rhett était déçu mais il se leva et se prépara comme sa mère. Avant de partir, Cornaline reprit la parole malgré les « au revoir » déjà dit :
- Pendant les vacances scolaires, Rhett pourrait éventuellement passer à la maison, qu'en dites-vous ?
- Ooooh je peux maman ?
Difficile de dire non quand deux paires d'yeux la regardaient maintenant avec espoir. Jade attendait la réponse avec autant d'impatience que son ami et Hermione se résigna un peu :
- Oui… je suppose que ça pourra se faire…
Elle regarda Cornaline pour préciser que cela ne pourrait se faire qu'avant Noël, Rhett allant chez ses grands-parents pendant sa semaine d'absence, mais celle-ci prit la parole en posant sa main sur le bras de son mari :
- Quand pars-tu aux Etats-Unis déjà ? Ce serait sûrement plus simple de faire ça pendant que tu seras là.
- Le 26 décembre, répondit-il après réflexion. Je ne sais plus l'heure par contre, il faudrait demander à Negan.
- Vous allez aussi en Amérique après Noël ? s'étonna Rhett alors que sa mère se trouvait sans voix.
- Aussi ? répéta-t-il.
- Oui, maman elle doit y aller aussi après Noël !
- Vraiment ? demanda Rogue en regardant Hermione avec un sourcil relevé.
- Heu… oui… je pars le 26… pour le travail.
Cornaline sourit alors :
- Oh si ça se trouve vous pourrez faire du covoiturage pour l'aéroport !
- C'est grand l'Amérique chérie, fit remarquer Rogue. Il n'y a pas que des avions pour Chicago.
- C'est là où je vais…
- Et vous ne le saviez même pas ? s'étonna Cornaline en regardant Hermione et son mari.
- Nous n'avons pas vraiment eu l'occasion de nous voir et de discuter depuis quelques semaines, expliqua-t-il avec une sorte de déception dans le regard quand il le pointa sur la lionne. Enfin oui, peut-être pourrions-nous covoiturer s'il s'agit du même vol…
- Vous vérifierez ça plus tard, en attendant Rhett, tu seras le bienvenue chez nous avant Noël.
Sur ces bonnes paroles et quelques unes de plus pour se mettre d'accord sur l'invitation de Rhett, Hermione et son fils quittèrent enfin les Rogue. La lionne ne remarqua presque pas le trajet jusqu'au métro, bien trop perturbée par ce qu'il venait de se passer. Rogue allait être potentiellement dans le même avion qu'elle ? Au même endroit du globe pendant les fêtes… comment oublier ses idées à la noix si le destin lui jouait de tel tour ?
Une fois chez elle, bien que présente pour son fils, son esprit vagabondait ailleurs. Une fois douchée puis couchée, elle ne trouva pas le courage de lire, repensant beaucoup trop à tout ce qu'elle avait vu, entendu et dit.
Elle devait oublier ses fantasmes stupides avec Rogue coûte que coûte ! Ce qu'elle avait ressenti quand elle s'était retrouvée seule avec lui sur la glace ne devait plus avoir lieu d'être, c'était impensable. Elle ne pouvait pas continuer à avoir des pensées aussi détournées du droit chemin. Elle le savait… et avoir rencontré Cornaline la conforta encore plus dans son choix. Comment pouvait-elle imaginer quoi que ce soit avec l'homme d'une femme comme elle ? Elle était aussi gentille que belle et, même si les commentaires acerbes avaient fusés entre elle et son mari à quelques moments, il était clair qu'ils s'entendaient à merveille.
« Tu ne peux pas faire ça à une femme comme elle… » se dit-elle à nouveau. « Eh puis de toute façon, même si je le voulais, je ne suis pas de taille face à Cornaline Rogue… »
Hermione eut envie de pleurer et se sentit affreusement stupide pour ça. Pourquoi pleurer des chimères ? Pourquoi les choses étaient-elles si compliquées aujourd'hui ? Elle n'avait pas à être triste pour une chose impossible ! D'autant qu'elle n'était pas malheureuse. Elle avait une belle maison, un fils extraordinaire, un job de rêve et un gentil mari qui faisait même des efforts pour elle.
Oui, c'était à Cormac à qui elle devait penser… c'était à son mari ! D'ailleurs, elle regarda l'heure et se rendit compte qu'il n'avait pas appelé comme convenu. Prenant son portable, elle se dit que le mieux à faire était de lui écrire. Cela lui permettrait de se recentrer sur ce qui était vraiment important dans sa vie. À peine l'eut elle pris en main qu'il vibra et que son écran s'alluma pour afficher une notification de SMS. Son cœur s'accéléra en voyant le nom qui s'affichait et, le destin étant ce qu'il était, ce n'était pas Cormac…
« Merci de m'avoir appris le patin à glace aujourd'hui Granger. Vous êtes vraiment une bonne professeur. Bonne soirée à vous.»
Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi gentil d'un coup ? Pourquoi, alors qu'elle voulait oublier cette facette de lui, fallait-il qu'il lui crache sa bienveillance à la figure comme ça ? Fatiguée, les larmes se mirent à couler à grand flot alors que son portable se mit à sonner, son mari appelant comme il lui avait promis.
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Note :
Merci pour vos lectures et vos retours.
Vous êtes toutes/tous extraordinaires ^^
