A/N : Je préviens, avec les jours fériés qui s'enchainent en mai, je vais être encore plus paumée que d'habitude avec le temps qui passe. Mes excuses d'avance.

Résumé du chapitre précédent :

Draco et Harry discutent, Harry lui dit la vérité sur Tom/Voldemort, et ils commencent à se rapprocher. Harry redemande à Draco de ne pas tuer Buck ce qu'il accepte (évidemment), tout en culpabilisant. Le lendemain matin, Harry fait une crise de panique à l'idée que Sirius et Remus l'abandonnent après la révélation sur Tom. Sirius et Remus rassurent leur filleul/louveteau qu'ils n'en ont absolument pas l'intention.


Le reste de la journée se déroula de façon plus paisible. Lucius et Narcissa furent soulagés de voir que les deux Griffondors n'avaient pas changé d'attitude envers leur jeune invité. La seule différence marquante consistait en Sirius et Remus agissant désormais comme deux mères poules envers Harry, allant jusqu'à refuser de le laisser aller voler tant que ses blessures ne seraient pas guéries.

À la place, les trois Griffondors passèrent la majeure partie de la journée dans les jardins pour parler de tout et de rien. Les deux Maraudeurs évoquèrent leur temps à Poudlard, leurs blagues avec James, les colères de Lily quand elle les surprenait, et une foule d'autres souvenirs. Il s'interrompirent à peine pour le déjeuner, pendant lequel la conversation retourna l'espace de quelques minutes sur des questions juridiques. Narcissa les informa à ce moment qu'elle avait prévu de se rendre au Ministère dès l'après-midi pour lancer les procédures.

Après le repas, Harry, Sirius et Remus retournèrent dans les jardins, un peu plus près de la forêt, et s'allongèrent dans l'herbe pour profiter du beau temps. Les deux premiers avaient trop d'expérience avec l'enfermement forcé dans les petits espaces pour ne pas profiter du grand air et du soleil lorsqu'ils en avaient la possibilité.

- Vous savez, déclara Harry, je crois que je plains la personne qui va se retrouver face à Narcissa.

- À juste titre, approuva Sirius. Cissy est nettement plus dangereuse qu'elle en a l'air et seuls les imbéciles pensent que c'est de son Lord de mari dont ils doivent se méfier.

- Parce qu'elle est une Black ? sourit Remus.

- Une Black par naissance, une Serpentarde par Poudlard, et une Malfoy par mariage, énuméra l'animagus.

Les deux autres Griffondors échangèrent un regard et une grimace de compassion envers la pauvre âme qui essaierait de se mettre en travers du chemin de la sorcière blonde.

- En parlant de Poudlard, reprit Sirius, Lunard m'a dit que tu étais son meilleur élève cette année ! Maintenant qu'on a passé la matinée à parler de nous et du passé, si tu me parlais un peu de toi ?

Harry regarda Remus d'un air accusateur, mais s'exécuta et commença à parler de ses amis, de la vie au dortoir, de Fred et George, des blagues qu'ils avaient faites, et répondit aux questions de son parrain. Sirius arbora un grand sourire en découvrant que son filleul et les jumeaux Weasley étaient les dignes héritiers des Maraudeurs, et rit franchement à la plupart des idées qu'ils avaient trouvées. Remus soupira à quelques reprises, mais n'étant plus professeur, il ne fit pas plus de remarques que ça et sourit même à certaines blagues particulièrement ingénieuses.

-o-oOo-o-

Quelques jours passèrent ainsi au Manoir Malfoy, dans une ambiance détendue et relaxante pour ses occupants. Narcissa était rentrée satisfaite de sa visite au Ministère, et avait fait savoir qu'elle avait lancé la procédure de correction de l'absence de procès, l'enquête qui allait avec, et avait en parallèle engagé un procès contre le Ministère lui-même pour abus de pouvoir et condamnation injustifiée. Son sourire de satisfaction glaciale et sadique avait provoqué des frissons chez les trois Griffondors, qui s'étaient simultanément fait la promesse de ne jamais se mettre Lady Malfoy à dos.

Harry passa la plupart de ses journées à l'extérieur à parler avec Sirius et Remus, et apprit à connaître son parrain. Il avait également trouvé le temps d'avoir une longue conversation avec Tom, pendant laquelle celui-ci lui avait affirmé ne pas avoir révélé aux deux hommes ce qui s'était passé dans la Chambre des Secrets, ni aucun secret qu'Harry lui avait confié sur son enfance, ses amis, Artémis ou quoi que ce soit de personnel. L'ancien préfet avait également admis ne pas attendre un pardon de la part de Sirius et Remus après ce que la part principale de son âme leur avait fait subir.

Le héros de Griffondor en était ressorti soulagé. Les deux anciens Maraudeurs n'avaient pas évoqué le sujet de Tom depuis ce fameux matin, et Harry n'avait pas l'intention de leur forcer la main tant qu'ils n'avaient pas pris une décision. De temps en temps, il faisait en sorte de les laisser seuls et allait s'occuper de Buck, ou prenait un peu de temps dans sa chambre pour communiquer avec son familier. Artémis avait été plus qu'enthousiaste lorsque Harry lui avait transmis être dans un endroit différent et entouré de gens qui prenaient soin de lui.

La seule ombre au tableau était le comportement de Draco. Après les deux premiers jours où son rival lui avait fait visiter le manoir et avait beaucoup parlé avec lui, il semblait désormais éviter Harry autant que possible. Même pendant les repas ou lorsqu'Harry avait toqué à sa porte de chambre pour lui proposer de discuter, l'adolescent blond ne lui adressait presque plus la parole.

Le Golden Boy avait fini par en conclure que maintenant que son rival avait eu ses explications, il n'avait plus aucun intérêt à passer du temps avec lui. Lorsque Harry avait finalement réalisé la raison de cette distance, la pensée l'avait blessé, mais il avait décidé de passer outre et de ne pas laisser le mutisme du Serpentard lui gâcher ses vacances.

Lucius et Narcissa étaient aimables avec lui, Sirius était drôle et toujours partant pour des jeux, Remus était gentil et attentionné, et Harry pouvait communiquer avec Tom, Hedwige et Artémis autant qu'il le voulait. Pour la première fois de sa vie, il allait passer un bon été et personne n'allait l'en empêcher.

-o-oOo-o-

Au bout d'une semaine, soit au moins quatre jours après que ses blessures soient complètement guéries, Harry réussit enfin à convaincre Sirius et Remus de le laisser remonter sur un balai pour quelques heures dans l'après-midi. Ravi, le Griffondor fonça jusqu'à sa chambre, hésita à changer de vêtements avant de finalement rester en jean et t-shirt, et attrapa son Eclair de Feu avant de ressortir.

Une fois dans le couloir, il s'arrêta et regarda la porte de la chambre de Draco. Techniquement, il avait promis à son rival de ne pas aller voler sans lui. En soupirant, Harry résolut d'au moins lui proposer de le rejoindre. Si le blond refusait, Harry aurait quoi qu'il arrive la consolation d'avoir essayé. Il s'approcha, frappa deux coups à la porte, et attendit d'avoir la confirmation qu'il pouvait entrer avant de faire un pas à l'intérieur.

- Potter, je suis occupé, fit le Serpentard d'une voix ennuyée sans lever les yeux de son livre.

Harry retint la réplique mordante qui lui brûlait la langue, et se força à répondre d'un ton poli.

- Je voulais juste te dire que j'allais voler. Comme tu avais l'air intéressé quand on en a parlé il y a quelques jours, je me suis dit que je te préviendrais au cas où tu voudrais venir avec moi, ajouta-t-il en haussant les épaules. Désolé de t'avoir dérangé pour rien, bonne lecture.

Et il fit demi-tour en refermant la porte, décidé à ne pas laisser sa frustration apparaître sur son visage. Pourquoi, au nom de Merlin et de tous les fondateurs, est-ce que Malfoy devait absolument se comporter de manière aussi arrogante ? Pendant les deux premiers jours, il avait été agréable et presque attentionné – à sa façon sarcastique et ironique, mais tout de même – et maintenant, il se comportait de nouveau en imbécile hautain qui regardait Harry comme s'il était un caillou dans sa chaussure.

Et pourquoi, par Circé et Morgane, est-ce que Harry se sentait à ce point blessé par cette attitude ? Depuis trois ans que son rival lui faisait subir les pires crasses, humiliations, rabaissements et autres insultes méprisantes, le Griffondor aurait dû y être habitué. Mais non, Draco Malfoy continuait à réussir encore et toujours à le faire sortir de ses gonds. Harry se força à se calmer en arrivant dans le hall d'entrée, où Sirius l'attendait, une petite boîte à la main et un grand sourire sur le visage.

- Lunard est allé chercher le Vif d'Or d'entraînement qui était resté au Square Grimmaud, expliqua l'animagus en levant la boîte. J'ai hâte de voir si tu es aussi doué qu'il le prétend ou si tu es encore meilleur que ça, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.

La bonne humeur qui irradiait de son parrain fit fondre une bonne partie de l'agacement de Harry, mais apparemment pas assez pour que Sirius soit dupe.

- Harry, il y a un problème ?

L'adolescent secoua la tête en soupirant.

- Non, pas vraiment. Juste Malfoy égal à lui-même.

- Qu'est-ce que le blondinet a encore fait ?

- Rien, justement, répondit Harry.

Sirius afficha un air perplexe, et regarda plus attentivement son filleul, notant la pointe de déception blessée qui apparaissait dans ses yeux.

- Mais encore ? demanda Sirius.

Si le rival d'Harry avait sciemment rendu son filleul triste, l'animagus se promit de lui faire découvrir que ce n'était pas le genre d'affront qu'un Maraudeur laissait passer. Qu'il soit le fils de sa cousine n'y changerait rien.

- C'est stupide, soupira Harry. C'est juste que quand on en avait parlé, il m'avait dit qu'il viendrait voler avec moi. Vu qu'on est tous les deux Attrapeurs, ça rend les choses plus intéressantes, expliqua-t-il.

- Et il a changé d'avis ?

- Il est occupé à lire, répondit laconiquement le plus jeune.

Sirius fronça les sourcils, et passa son bras autour de l'épaule de son filleul avec un air complice.

- S'il pense qu'un bête livre est plus intéressant que toi, c'est qu'il est complètement idiot, affirma-t-il sans hésiter. Alors toi et moi, on va aller profiter du terrain d'entrainement de ce manoir, juste tous les deux, tu vas me montrer à quel point tu assures sur un balai, et on va oublier ce blondinet prétentieux.

Le sourire qui étira lentement les lèvres du jeune Attrapeur rassura l'animagus, qui lui mit une petite tape d'encouragement sur l'épaule avant de lui adresser un clin d'oeil et de se diriger vers la porte d'entrée.

- Et puis entre nous, s'il te faut vraiment un partenaire de vol, je me sacrifierai pour te mettre une raclée.

- Hey ! protesta Harry.

Sirius éclata de rire, et les deux marchèrent en échangeant des piques jusqu'à l'endroit que Draco avait présenté à Harry comme la partie du parc où il s'entrainait. Il s'agissait d'une grande étendue de pelouse, qui était complètement dégagée à l'exception des trois anneaux à la hauteur habituelle. Le plus âgé hocha la tête d'un air approbateur, et se tourna vers son filleul en souriant d'un air de défi.

- Besoin d'un échauffement ou tu te sens d'affronter le Vif d'entrée de jeu ?

Harry lui lança un regard éloquent, et lui indiqua la boîte d'un coup de tête avant d'enfourcher son balai, prêt à poursuivre la petite balle dorée dès qu'elle serait libre. Sirius ouvrit la boîte et procéda à quelques réglages sur le Vif avant de le laisser déployer ses ailes, en le conservant serré dans son poing.

- Trois, deux, un... go !

Dès qu'il ouvrit la main, la petite balle fusa hors de portée des deux Griffondors pour aller se perdre vers les trois anneaux. D'un coup de pied, Harry se propulsa en l'air et lança immédiatement son Eclair de Feu à la poursuite de sa proie. La chasse dura une dizaine de minutes et Harry en profita pour réviser des figures qu'il avait l'habitude de faire à l'entrainement. Après avoir enchainé quelques vrilles, un ou deux piqués et même un looping serré, il passa à l'intérieur d'un anneau en se regroupant sur son balai. Lorsqu'il en sortit, il aperçu le Vif tout près du sol et fit un sourire machiavélique. Son parrain voulait voir ce qu'il savait faire sur un balai ? Il allait lui montrer.

Harry fonça en piqué, et redressa son Eclair de Feu à la dernière seconde. Une fois au ras du sol, il se mit debout sur son balai pour le diriger uniquement avec ses pieds, pendant qu'il tendait la main pour attraper la petite balle dorée. Il profita de ce qu'il était à très basse altitude pour sauter vers le Vif afin de gagner les quelques centimètres qui lui manquaient. Mais contrairement à son premier match, c'était un mouvement qu'il avait désormais retravaillé, et il atterrit souplement en faisant une roulade. L'Attrapeur se redressa dans la foulée de façon fluide, et attrapa son balai de la main gauche pour l'empêcher de partir sans lui. Sa main droite était refermée sur le Vif d'Or.

- Dis-moi Potter, comment est-ce que tu a convaincu Poudlard que tu possédais une quelconque forme d'humilité ?

Harry se retourna d'un coup, et sentit sa mâchoire se décrocher sous la surprise. L'Attrapeur de Serpentard était à côté de son parrain, en tenue d'entrainement, son Nimbus 2001 à la main et un air légèrement moqueur sur le visage. Le Griffondor était si concentré sur son vol et sa proie qu'il ne l'avait même pas vu approcher. Un grand sourire éclaira son visage et il courut presque pour les rejoindre.

- Tu as enfin arrêté de bouder ? répondit-il sur le même ton moqueur avant de rendre le Vif à son parrain.

Celui-ci empêcha le Serpentard de répondre en prenant la parole en premier, un air brillant d'admiration sur son visage et dans ses yeux.

- Harry, c'était incroyable ! Je n'en reviens pas que tu sortes déjà des combinaisons pareils à ton âge ! Même James n'aurait pas tenté le dernier mouvement, et c'était de loin le meilleur de l'école !

- Le balai y est pour beaucoup, expliqua Harry en rougissant sous le compliment.

- Harry James Potter, lui reprocha Sirius, arrête immédiatement de te dévaloriser ! Tu es un Attrapeur brillant et je suis persuadé que tous les clubs se battront pour t'avoir si tu décides de passer professionnel.

Alors qu'Harry était de plus en plus gêné par les compliments et se mettait à bafouiller des excuses embarrassées en évitant le regard de son parrain, Draco soupira et tendit la main vers Sirius pour récupérer le Vif. Celui-ci le lui tendit avec un regard légèrement plus sombre et menaçant, histoire de lui rappeler la petite discussion qu'ils avaient eu avant qu'Harry revienne vers eux. Le blond fit mine de ne pas s'en apercevoir, et régla la difficulté au maximum.

- Toujours partant pour un duel, Potter ?

L'adolescent brun retrouva aussitôt une expression déterminée, et une étincelle de défi se mit à briller dans ses yeux.

- Qu'est-ce que tu proposes exactement ?

- Onze manches. Celui qui l'attrape le plus de fois gagne.

- Tu veux une manche d'essai ? proposa Harry. Après tout, je viens d'en avoir une.

- Est-ce que j'ai l'air de vouloir un traitement de faveur, Potter ?

- Constamment, répliqua le brun d'un air taquin.

Draco le fusilla du regard, sans grand résultat, et tendit le Vif à Sirius. Celui-ci approuva la répartie de son filleul d'un grand sourire hilare, et indiqua aux deux Attrapeurs de se mettre en position.

- Prêts ? Trois, deux, un... c'est parti !

Les deux rivaux décollèrent aussitôt et se mirent à pourchasser la petite balle dorée, dont la vitesse et l'agilité avaient été poussées au maximum.

Le Maraudeur les observa virevolter depuis le sol, appréciant le niveau dont ils faisaient preuve. Il ne l'admettrait pas devant Cissy, mais le fils de sa cousine se débrouillait sacrément bien. Pas aussi bien qu'Harry, mais son filleul donnait l'impression d'être né pour dominer le ciel. Sur un balai aussi exceptionnel qu'un Eclair de Feu, Harry était pratiquement imbattable. Une immense fierté associée à une puissante nostalgie submergea Sirius en voyant un air extatique se peindre sur le visage de son filleul.

James avait le même genre d'expression à chaque fois qu'il allait voler.

Pendant un instant, un fol instant, Sirius imagina la présence de son meilleur ami à ses côtés, qui observerait avec lui son fils affronter joyeusement son rival de Serpentard au Quidditch. Une boule d'émotion s'installa dans sa gorge, et Sirius sentit quelques larmes être sur le point de déborder de ses yeux. L'animagus se força à se reprendre. James et Lily n'avaient pas pu voir leur fils grandir, lui-même et Remus en avaient été privés, mais il se promit qu'à partir de maintenant, il serait là pour Harry, à chaque étape de sa vie.

Pendant presque deux heures, il regarda les deux adolescents s'affronter et tenter des techniques et des feintes à n'en plus finir pour surpasser l'autre. Au final, Harry l'emporta sept à quatre.

- Comme à Poudlard, sourit Harry quand les deux eurent atterri pour la dernière fois.

- Seulement parce que tu as un meilleur balai, Potter, répliqua Draco.

- Si ce n'est que ça, on n'aura qu'à échanger la prochaine fois, proposa le Griffondor.

Le blond haussa un sourcil, dubitatif.

- Tu me laisserais vraiment essayer ton Eclair de Feu ?

- Tant que tu ne dis pas à ton père que c'est de ma faute si tu en veux un après, je n'y vois pas d'inconvénient, répondit Harry en riant.

- Ça, ça reste à voir, répliqua le Serpentard. Mais j'imagine que je pourrais me forcer à essayer ton balai si ça peut enfin te convaincre que je suis le meilleur.

Le léger sourire et l'excitation qui brillait dans ses yeux démentaient son air nonchalant et arrogant, et Harry ne s'y trompa pas. Avec un grand sourire et les cheveux encore plus en bataille que d'habitude, il se tourna vers son parrain et lui rendit le Vif d'Or.

- Sirius, tu pourras témoigner que c'est bien moi qui ai gagné quand Draco le niera au diner ?

- Harry, tu me demandes sérieusement si je veux bien me vanter d'avoir le meilleur Attrapeur que Poudlard ait jamais connu comme filleul ? demanda le Maraudeur en riant.

- Sirius ! protesta Harry en rougissant.

Ni les protestations embarrassées du Golden Boy, ni les remarques cinglantes du Prince de Glace n'eurent le moindre effet sur le Maraudeur. Il finit par prendre sa forme animagus avant d'aboyer joyeusement et de courir pour rentrer au manoir, laissant Harry à moitié désespéré par son attitude et Draco stupéfait par sa transformation.

- Est-ce que ton parrain vient sérieusement de-

- Ah oui, j'oubliais que tu n'es pas au courant, soupira le Griffondor. Sirius est un animagus non déclaré, c'est comme ça qu'il s'est échappé d'Azkaban et qu'il a pu rester introuvable pendant qu'il était en cavale autour de Poudlard l'an dernier.

Pendant quelques secondes, l'adolescent blond resta avec l'air de vouloir dire quelque chose, puis poussa un soupir exaspéré et se remit à marcher.

- Je ne sais même pas pourquoi je suis encore surpris, maugréa-t-il.

- Le manque d'habitude, suggéra Harry en le suivant. Après tout, tu m'as évité pendant plusieurs jours.

- Encore ce reproche ? s'amusa Draco.

Harry retrouva un semblant de sérieux et s'efforça de regarder son rival sans cesser de marcher et sans tomber pour autant.

- Mets-toi à ma place deux minutes, fit-il d'une voix agacée. Dès que tu as eu les réponses à tes questions, tu t'es mis à m'ignorer et à refuser de me parler !

- Tu étais occupé avec Black et Lupin, répliqua Draco sans hésiter. Aussi improbable que ça puisse te paraître, j'ai été élevé selon un certain standing et je n'impose pas ma présence à mes invités quand elle n'est pas souhaitée.

- Tu... quoi ? s'exclama Harry d'un ton incrédule. Attends, tu t'es mis à m'ignorer parce que je passe du temps avec Sirius et Remus ? Tu as sérieusement pensé que ça voulait dire que je ne voulais plus qu'on se parle du tout ?

Draco hésita un instant, pris de court par la surprise et l'étonnement sincère qu'il devinait chez son rival.

- Tu l'as dit toi-même, répondit-il prudemment. J'ai eu les réponses à mes questions. Au cas où tu l'aurais oublié, nous ne sommes pas exactement les meilleurs amis du monde, Potter.

- Pas les... Par Merlin, grogna le brun. Pourquoi est-ce que les Serpentards essaient toujours de compliquer une situation simple ?

- C'est une question rhétorique ou tu vas vraiment me laisser t'expliquer en quoi ma maison est plus intelligente que la-

- La confrérie burlesque de demeurés radoteurs qui constitue la mienne ? le coupa Harry.

Le Prince de Glace regarda son rival avec surprise, et celui-ci lui adressa un clin d'oeil joueur.

- J'aime me tenir au courant des surnoms créatifs de ce genre. Mais pour revenir à ta question, c'était rhétorique.

Le masque impassible était revenu en place, et Harry soupira en laissant transparaitre une pointe d'exaspération.

- Tu sais, reprit Harry, quand tu arrêtes de te comporter comme un imbécile prétentieux, c'est plutôt agréable de discuter avec toi. Alors est-ce que tu crois qu'on pourrait mettre de côté toute cette stupide rivalité de Prince de Glace de Serpentard contre Golden Boy de Griffondor ? Juste pour l'été ?

- Est-ce que tu es en train de me proposer une trêve, Potter ?

- J'imagine qu'on peut appeler ça comme ça, fit Harry en haussant les épaules.

Draco réfléchit quelques instants sans laisser passer la moindre émotion sur son visage, et finit par hocher la tête.

- Pourquoi pas, admit-il. Mais que les choses soient claires, je te déteste toujours et je suis meilleur que toi.

- Tu sais, tout Poudlard est déjà au courant que tu es trop bien pour tout le monde, fit Harry en riant. Pas la peine de me le rappeler.

Et ils terminèrent le chemin jusqu'au manoir dans la même ambiance décontractée, chacun inconscient des pensées réelles de l'autre concernant l'étrange accord qu'ils venaient de passer.

En passant la porte, Harry fut arrêté par Remus, qui s'inquiétait de ne pas voir Sirius avec eux. Le temps que l'adolescent brun explique ce qui s'était passé, Draco poursuivit son chemin jusqu'à sa chambre, et croisa sa mère dans un couloir.

- Ah, Draco, fit-elle avec un sourire. Severus dinera avec nous ce soir.

- Il a finalement décidé de remettre Black et Lupin à leur place ? répondit le jeune Serpentard avec un sourire en coin.

- Je crois qu'il veut surtout vérifier qu'Harry prend ses potions et qu'il n'est pas en train de transformer son filleul en Griffondor, répliqua-t-elle.

Narcissa était de toute évidence assez amusée par la situation, et Draco renifla avec dédain. Comme si fréquenter Potter pourrait le transformer en Griffondor. Ridicule.

- Quoi qu'il en soit, reprit-elle, est-ce que tu pourras prévenir Harry ? Et sans envoyer un elfe de maison, Draco, anticipa-t-elle. Je te rappelle que tu as promis de te montrer courtois avec lui.

Le Prince de Glace lança un regard indigné à sa mère, qui se contenta d'un sourire avant de poursuivre son chemin dans les couloirs.

- Je savais que je pouvais compter sur toi. À tout à l'heure pour le diner, mon dragon.

Piégé, Draco adressa un regard noir à l'armure la plus proche pour exprimer sa frustration, et acheva son chemin jusqu'à sa chambre, où il décida immédiatement de prendre un long bain. L'eau chaude faisait toujours des merveilles pour détendre ses muscles après le sport, et lui permettait de se débarrasser de l'insupportable sensation de sueur sur sa peau.

Il se glissa avec délice dans la baignoire après l'avoir remplie, et profita de cet instant de paix et de détente pour relâcher son esprit. Malheureusement, celui-ci avait décidé – encore – de retourner vers Potter et sa dernière idée pour lui embrouiller les pensées. Une trêve estivale, rien que ça. Arrêter de se comporter en rivaux pour deux mois.

Draco n'était pas certain qu'il avait bien fait d'accepter, et n'était même pas sûr de savoir comment se comporter avec le héros de Griffondor sans l'esprit de rivalité qui existait entre eux. Il soupira, et se laissa un peu plus couler dans l'eau. Au bout de quelques minutes à se tordre le cerveau, il finit par décider de se comporter de façon naturelle et de voir comment Potter allait réagir.

-o-oOo-o-

Lorsqu'il sortit de son bain, il prit son temps pour se sécher et coiffer ses cheveux convenablement avant de choisir ses vêtements. Au final, il opta pour une chemise bleu-gris qui faisait ressortir ses yeux et un pantalon blanc, avec des chaussures fermées de la même couleur. Les températures estivales lui permettaient de se contenter de ça, sans qu'il ait à ajouter des robes ou une veste. Un coup d'oeil dans le miroir lui assura qu'il avait l'air aussi parfaitement élégant qu'il en avait l'intention, et il sortit de sa chambre pour se diriger de l'autre côté du couloir.

De ce qu'il avait compris, Potter était un adepte des douches rapides, et devait donc largement avoir eu le temps de finir de se préparer. Sans réfléchir davantage, il toqua un coup et entra dans la foulée.

- Potter, tu…

Le reste de sa phrase se bloqua dans sa gorge et son cerveau arrêta temporairement de fonctionner.

Le héros de Griffondor était face à son lit, tourné de façon à ce que Draco ait une vue imprenable sur son corps uniquement couvert par une serviette nouée autour de son bassin. Ses cheveux noirs étaient encore humides et laissaient des gouttes d'eau tomber sur sa peau, qui suivaient ensuite les courbes de sa silhouette. Malgré les potions de nutrition, Potter était encore très mince, mais il ne faisait aucun doute en voyant ses bras et son torse qu'il avait commencé à développer des muscles dignes d'un athlète. Et si les courbes que laissait deviner la serviette au niveau de ses fesses en étaient une quelconque indication, le bas du corps suivait le même chemin que le haut.

Draco ne prit conscience qu'il avait la bouche ouverte que lorsqu'il dut la refermer pour déglutir. Sans son accord, son esprit décida que c'était un crime de dissimuler un corps pareil sous des vêtements aussi hideux et informes. Même les cicatrices sur son dos ne justifiaient pas un tel gâchis de potentiel.

Il lui fallut plusieurs secondes pour reprendre ses esprits et réaliser que Potter se tournait vers lui. Sans ses lunettes, ses yeux ressortaient encore plus que d'habitude sur sa peau bronzée et Draco se trouva captivé par les prunelles émeraude, avant de baisser son regard sur les lèvres de son rival. Il ne s'y attarda pas longtemps, car un mouvement noir sur la peau un peu moins hâlée du torse du Griffondor lui fit baisser les yeux.

Ce qu'il découvrit acheva d'assécher sa gorge. Légèrement décalé sur le côté droit de son bassin, et à peine au-dessus de la serviette, Potter avait un tatouage de serpent enroulé sur lui-même dont la tête était redressée fièrement.

Le Serpentard n'eut pas le temps de formuler la moindre pensée cohérente avant que ses hormones décident de prendre le contrôle. Il réalisa sans vraiment y réfléchir que son rival était incroyablement sexy, et en conséquence, son entrejambe décida qu'il s'agissait d'un bon moment pour manifester son intérêt. Pendant tout ce temps, Draco fut complètement incapable de détacher ses yeux du Golden Boy, et remarqua à peine que celui-ci s'était avancé vers lui avec un air inquiet.

- ...lfoy ? Tout va bien ? Draco ?

Entendre son prénom prononcé par le Griffondor constitua un choc suffisant pour le ramener à la réalité, et il cligna rapidement des yeux avant d'essayer tant bien que mal de reprendre une forme de contenance. La sensation de chaleur qu'il percevait sur ses joues et la réaction entre ses jambes lui indiqua cependant qu'il était sans doute un peu tard pour prétendre que rien ne s'était passé. Néanmoins, il s'efforça de faire semblant pour tenter de conserver ce qui restait d'apparences.

- Depuis quand tu m'appelles par mon prénom, Potter ?

Le concerné rougit et détourna le regard, avant de passer une main dans ses cheveux et de la laisser sur sa nuque. Sans réaliser qu'il s'agissait d'une position qui le mettait particulièrement en valeur.

- Tu ne réagissais pas, admit le brun. Et comme je ne sais plus où j'ai posé mes lunettes, je ne vois pas très bien... je me suis dit que ça te ferait réagir, et ça a marché, acheva-t-il sur une note amusée.

- À quel point tu vois mal sans tes lunettes ? demanda aussitôt le Serpentard.

Un peu surpris par la question, le Golden Boy répondit sans avoir l'air d'en comprendre l'intérêt.

- Le monde autour de moi est un peu flou. C'est pour ça que j'étais inquiet, je te voyais bloqué à côté de la porte mais pas de façon assez nette pour dire ce qui n'allait pas.

Une vague de soulagement submergea Draco en entendant la réponse. Potter n'avait pas remarqué son... moment d'absence en le voyant à moitié nu. Il regretta tout aussi vite de s'être rappelé ce détail. Le Prince de Glace se força à retrouver son calme, et tenta d'obliger son corps à lui obéir. Il devait impérativement faire disparaitre la couleur sur ses joues et la réaction qui se formait dans son pantalon avant que Potter ne remette la main sur ses lunettes.

- Erm... Malfoy ? répéta le brun

- Quoi ? répliqua-t-il sèchement.

- Tu n'étais pas entré pour me dire quelque chose ? s'amusa le Golden Boy.

Draco cligna une ou deux fois des yeux avant que son cerveau se remette péniblement en route.

- Oh, oui. Sev dinera avec nous ce soir, fit-il sans réfléchir.

- Sev ? s'étonna le Griffondor.

L'adolescent blond grimaça. Fichues hormones et fichu Potter. Il fallait absolument qu'il sorte de cette chambre.

- Severus.

- Tu appelles Rogue "Sev" ?

- Seulement en privé. C'est mon parrain après tout, fit-il en haussant les épaules. Et habille-toi, Potter, ça n'a rien de convenable de se promener partout en serviette.

Aussitôt après, il fit demi-tour avec la ferme intention de retourner s'enfermer dans sa chambre le plus vite possible, et loupa ainsi le rougissement général de son rival lorsque celui-ci réalisa finalement la situation vestimentaire dans laquelle il était.

Draco se laissa presque tomber sur son lit, et essaya désespérément de se calmer. Il tenta d'utiliser les techniques de méditation qu'il connaissait, en espérant qu'elles lui permettraient de vider son esprit et d'éloigner la vision qu'il venait d'avoir.

Il réalisa son erreur dès qu'il ferma les yeux. Son cerveau lui fournit aussitôt une image très précise et très nette de Potter, debout, une main sur la nuque et l'autre le long du corps, torse nu avec sa serviette autour des hanches, son tatouage de serpent qui dépassait juste assez pour donner envie de voir le reste... Sa respiration se fit un peu plus irrégulière et il s'obligea à ouvrir les yeux, réalisant au passage qu'il avait commencé à se mordre la lèvre et que son pantalon était nettement plus serré qu'il n'aurait dû l'être.

Dans un grognement frustré, Draco laissa son bras tomber sur son visage en maudissant ses hormones et son rival. Pourquoi, au nom de Salazar et tous ses serpents, fallait-il que Potter soit aussi attirant physiquement ? Draco savait déjà qu'il était plus sensible à la beauté masculine que féminine, et réussissait à réunir assez de logique pour savoir qu'il était normal pour son corps de réagir de cette façon. Mais pourquoi fallait-il qu'il réagisse de cette façon devant Potter !?

Avec un grand soupir, le Serpentard dut se résoudre à admettre que son rival était attirant. En plus du reste. Après tout, il lui manquait encore cette ligne sur son curriculum. Refusant d'y penser davantage, le Prince de Glace décida qu'il ne s'agissait que d'une malencontreuse coïncidence vouée à arriver à cause de la puberté, et rien de plus.

Satisfait de sa décision, il chercha ensuite le moyen de résoudre son petit problème sans avoir à changer de vêtements par la suite. En grimaçant, l'adolescent blond pensa très fort à certains élèves de Griffondor, et le résultat fut à la fois immédiat et efficace. Voire trop efficace, et il réprima un frisson de dégoût avant de se redresser dans son lit.

Draco se leva, retourna face à son miroir, vérifia la parfaite ordonnance de sa coiffure et le pli impeccable de ses vêtements. Après une minute de plus, il constata avec satisfaction que son visage avait retrouvé son habituel teint pâle. Sans hésiter davantage, Draco sortit de sa chambre pour se diriger vers la salle à manger, quitte à arriver en avance.