Le voilà enfin ce bal ! Préparez vos ceintures, ça va secouer !

Bonne lecture !

Merci aux reviewseuses :)


Chapitre 9 :

-J'y crois pas que tu marches dans cette merde nunuche, maugréé Julian en me lançant un sale regard. Toi… toi !

Et je ne fais même pas attention à sa paire d'yeux verts qui sont censés me faire culpabiliser à coup de lueurs de déception et de désillusions. Au lieu de ça, je rajoute une couche de noir sur mes courts ongles. Bon, oui, je sais, pour faire plus sorcière démoniaque à la recherche de jeunes vierges innocentes à égorger une nuit de pleine lune, les longs ongles pointus et courbés seraient tout indiqués. Mais, toutes mes excuses, je trouve ça purement dégueulasse donc…

Mes Doc Marteens, auxquelles j'ai rajouté une petite pointe de vert bouteille –parce que je ne suis pas de si mauvaise volonté que ça-, écrasent le devoir de Métamorphose qu'un cinquième-année a laissé sur la table-basse quand je lui ai dit d'aller voir ailleurs et de me laisser mon fauteuil. Et je sais ce que vous pourriez dire.

Ah oui, c'est ton fauteuil, p't-être ? Ya ton nom dessus ?!

Et ben, oui, figurez-vous. En lettres brûlées que j'ai dessinées sur le cuir du bout de ma baguette, vers la fin de ma troisième année. Je fais une pause dans ma manucure pour caresser le K rigide de mon prénom, tout en adressant un sourire moqueur à Julian qui enfile sa veste grise. Puisque l'organisateur de ce bal à la con a décidé qu'il fallait qu'on s'habille avec les couleurs de notre maison. C'est ainsi que je suis en vert, et mon guignol de meilleur ami, en gris. Enfin, gris, c'est vite dit. Seulement sous une lumière bien précise. Son gris est si foncé qu'il parait plus noir qu'autre chose. Mais Julian Bones a toujours été un sale tricheur, grugeur et un p'tit con de délinquant. C'est ce que j'adore et m'exaspère à la fois, chez lui.

-T'as pas besoin de moi pour foutre en l'air ce bal, j'te fais confiance, ironisé-je.

-C'pas ça le problème ! fait-il en venant s'assoir sur la table-basse, à côté de mes chaussures. La robe, le cavalier… manquerait plus que tu sois nommée la Reine du Bal et c'est bon, Kata, t'es bonne pour devenir la Starlette de l'école !

Je prends le temps de le regarder, là, ses cheveux châtains clairs en vrac et sa chemise blanche à moitié déboutonné, et je ne loupe pas tous les autres regards féminins de la pièce qui convergent sur lui. Et sa cavalière est une pimbêche de Sixième année qu'il a choisi à peu près comme Beckett… à savoir, en approximant ses capacités avec un préservatif et d'autres accessoires du même type.

-Oh, chic, alors ! fis-je mine de m'enthousiasmer en m'occupant de mon auriculaire droit. Tu finiras raide dingue de moi, du coup !

Il me lance un regard menaçant et j'hausse un sourcil. S'il croit qu'il m'impressionne.

-Quoi, c'est pas ton style ? Les miss-parfaites ? D'ailleurs, c'est justement parce que c'est ton style mais que toi, par contre, tu n'es pas son style que tu veux tant que ça gâcher le bal, alors que Louis a enfin réussi à se trouver un cavalier pas trop merdique, si j'ai bien suivi, résumé-je la situation.

-Amuse-toi bien à ton bal de fillette, Kata, crache-t-il.

Il pousse mes jambes sans douceur et sort de la salle-commune, les autres déjà tous habillés le regardant partir avec interrogation. Oh, qu'il s'en fasse pas, la Drama Queen aura repris du poil de la bête quand il aura salopé le bal.

Je replace mes pieds sur la table-basse et trempe mon pinceau dans le tube noir, en sifflotant le générique de The Exorcist. Un bon petit film à regarder un soir de cafard, fou-rires garantis entre le vomi dégueulé par une gamine-possédée en plein délire démoniaque et des prêtres qui volent par les fenêtres.

-Hey, Kat ! Julian prépare un mauvais coup pour le bal, pas vrai ?

Je reconnais aussitôt la voix assurée de Malefoy.

-T'as pas une Weasley à harceler, Malefoy, plutôt que de venir m'emmerder ?

-Hé, t'es obligée d'être méchante avec tes potes ?! s'indigne-t-il.

-On est pas potes.

-Bien sûr que si.

-Nope.

-Si !

-Et pour répondre à ta question, mon chou, fis-je en levant enfin le regard sur lui. Oui, je suis méchante avec mes potes. Et avant que tu me demandes, oui, j'aime ça.

Il me regarde avec ses sourcils blonds froncés, visiblement mécontent, lui sourire moqueusement.

-Du vernis ? lui proposé-je en lui tendant mon pinceau. T'auras l'air moins quiche dans ton costume à paillettes.

-Il est argenté !

xOxOxO

Mes Doc Marteens claquent contre le sol du Hall et on se retourne pour me regarder un instant avant de détourner le regard. Comme d'habitude et de la façon que j'aime. Je ne sais pas vraiment quel effet je fais aux gens, un mélange de peur et d'appréhension, de fascination et de dégoût. Je ne sais pas, je n'y ai jamais vraiment réfléchi. Faut dire que je m'en fous.

Je m'arrête une seconde, repérant mon cavalier. Je souris, un peu étonnée de le voir, ici, dans le Hall alors que le bal a commencé depuis trois quarts d'heure. Je déteste les gens en retard mais quand je suis à l'heure, j'ai l'impression de faire une faveur. Et je préfère encore chanter dans les prés, des paniers débordant de marguerites pleins les bras, à poil, plutôt que de faire une faveur.

Il est avec ses deux acolytes d'abrutis de potes, l'écossais et le nymphomane dépressive, plus, les trois filles qui ne les quittent pas. Et parmi ce petit groupe, il y en qu'un qui me plait et que deux que je tolère Pierce qui n'est, ma foi, pas la pire des coéquipières de potion et Quinn-nimpho qui ne sert pas à grand-chose mais sait toujours bien choisir ses chaises et propriétés pour que je puisse les lui piquer.

Je m'approche alors d'eux et me poste juste à côté d'Angelo, devant lever la tête pour croiser son regard sombre, et je salue d'abord Pierce :

-Salut, Pierce.

-Hey, Katarina ! Je suis super contente que tu viennes au bal avec nous, enfin, avec Angelo, fait-elle avec un petit clin d'œil entendu.

J'arque un sourire. C'est quoi cette minauderie joviale limite flippante, tout d'un coup ? Elle était encore du style à broyer du noir, en hochant lugubrement à toutes les lacérations vocales que je distribuais au sujet du bal, à notre dernier cours de potion et maintenant, c'est « Whoop, whoop ! Saute sur ton cavalier, promis, j'applaudis ! ». Je devine sans mal l'origine du problème.

-T'as un cavalier ?

J'entends la copine de l'écossais qui pousse un hoquet d'indignation face à mon interrogation, trouvant ça tout bonnement insultant que je pose une telle question à Pierce. Ce qu'elle n'a pas compris c'est que je suis à deux doigts de trouver que le fait que moi-même j'ai un cavalier soit une insulte à mon image. Comme si j'avais besoin d'un stupide bal et d'un cavalier, pour compléter ce lugubre tableau.

Mais voilà, je suis faible. Louis m'a eue à l'usure et Angélo abuse sur le sex-appeal.

-Oui, oui, c'est moi !bondit Quinn, sans laisser la moindre chance à Pierce de répondre. C'est moi, le cavalier !

Je lance un regard à Pierce qui sourit bêtement en rougissant encore plus bêtement. J'y crois pas. Son cavalier est Kyle Quinn. Ok, j'ai dit que je le tolérais et que j'aimais bien ses chaises, n'empêche que c'est un sombre idiot fini et que je suis sûre que même son patronus est en chaleur. M'étonnerait pas que ce soit un bonobo, l'un de ces singes qui ne font que copuler avec toute leur tribu.

-Arrête de sautiller sur place, Quinn, on dirait un lapin, lui dis-je.

-Et alors ?! C'est mignon !

-Justement. Ca me donne envie de sortir un marteau et de te l'écraser dans la tronche.

-Ah.

xOxOxO

-Je te préviens tout de suite, beau-gosse, on va pas rester avec tes p'tits copains, toute la soirée, informé-je Angelo.

Je regarde l'écossais sucer la lèvre inférieure de sa copine, comme s'il était apprenti-vampire, depuis cinq minutes. Et il serait vampire, ça ne me dérangerait pas. Je trouverai même ça carrément cool, dans l'hypothèse bien sûr que ce n'est pas un des vampires qui brillent au soleil comme une boule disco et qui est végétarien comme ceux tout à fait niaiseux de la littérature pour midinettes de 12-13 ans. Non moi, je veux du vrai sang qui coule et des plaies ouvertes, avec des râles affamés et des regards fous.

Un truc chouette, quoi. Si on peut coller la scène au fond d'une cave aux araignées grosses comme mon poing, alors, vraiment, je ne trouverai plus grand-chose à dire. Mais, au lieu de ça, c'est juste un couple de crétins hormonés, pendant un bal tout aussi élevé intellectuellement.

Pourquoi, déjà, je n'ai pas accepté la proposition de Julian à foutre en l'air ce bal à la con ?

Ah oui, c'est vrai, les jérémiades de Melle Louise et les épaules carrées de mon voisin de droite. Je me tourne franchement vers lui et le regarde pleinement. Son costard beige, par-dessus sa chemise blanche ornée d'une cravate de la même couleur que sa veste, épouse à merveille sa musculature et me réconforte. Peu importe combien ce bal sera naze –et il le sera-, je pourrais passer tout mon temps à le mater.

-D'accord, me répond d'ailleurs celui-ci avec indifférence. Tu veux qu'on aille danser ?

Je lance un coup d'œil à Pierce, Quinn et Moore qui se déchainent sur l'air électro qui fait saigner mes tympans depuis que j'ai mis un pied dans cette salle de malheur.

-J'y tiens pas plus que ça.

-Boire un verre, alors ?

-Non.

-Tu veux faire quoi ? demande-t-il donc, sans agacement aucun.

-Rien mais ailleurs.

-KATYYY ! crit-on.

Et ça a au moins le mérite de décrocher le faux-vampire de sa victime. Voici Louis, et son cavalier qui déboulent vers nous. Son cavalier est un pauvre garçon de Sixième année, binoclard et plein d'acné. Quand je lui ai fait remarquer cette vérité, Louis s'est justifié en assurant qu'il avait les plus beaux yeux de tout Poudlard. Tout en ajoutant qu'il ne comptait pas les miens dedans puisqu'il ne les a jamais vu, dissimulés qu'ils sont, depuis bientôt quatre ans. Mon boulet sentimental qui me sert d'amis choune depuis les deux ans et quelques que je me le trimbale parce qu'il veut absolument voir mes yeux et que je refuse jusqu'à lui dire la couleur.

D'après lui, ils sont violets, comme les mèches dans mes cheveux. Allons bon.

-Katy, répète-il en s'asseyant à ma gauche, avec l'air en colère. On t'a attendu une heure !

-Où ?

-Bah devant la salle commune des Serdaigle ! On avait dit qu'on s'attendait là, après que Bill nous ait rejoin, pour qu'on aille tous les trois ensemble au bal !

-Je t'avais dit non, lui rappelé-je.

-T'as fini par dire oui !

-Seulement pour que tu me lâches.

-Ka…, commence-t-il avant de s'écrier en changeant totalement de ton, Katy ! Mais tu es magnifique ! Ta robe te va super bien, le vert est vraiment ta couleur !

Il a mis ses deux mains sur les joues, ce qui me fait rouler les yeux. Il se penche alors vers moi, pour me souffler à l'oreille :

-Il t'a fait des compliments, j'espère…

-Non, bichette, mais je comptais sur toi pour ça, ironisé-je.

-J'ai aussi entendu que Michael pouvait pas venir au bal parce qu'il était à l'infirmerie...

-Oh, le pauvre bichon…

Je regarde ses yeux bleus suspicieux qui s'éclairent avec une pointe de plaisir. Quand il me pose la question suivante, il essaye d'y cacher sa jubilation avec difficulté.

-Ce serait pas toi, par hasard ?

-Non, mentis-je.

-Sure ?

-Et même si, imaginons, ce serait à cause de moi que ce trou du cul se fait dorloter par l'infirmière, ce serait parce qu'il m'a bousculée dans les couloirs ou regarder d'une façon qui m'aurait déplue, et certainement pas pour défendre ton petit honneur de biche blessée après qu'il t'ait mis un râteau pour ce bal débile.

-Bien sûr ! fait-il avec un sourire qui traverse toute la Grande-Salle.

-Arrête de sourire.

-Je souris pas.

xOxOxO

Du bout de la baguette, j'allais verser du jus de citrouille glacé dans mon ver quand une main attrapa la mienne. Une main virile et mate avec un tatouage de crane de mort qui rit à gorge déployée sur la première phalange de son index, une croix au pouce identique au mien et un couché de soleil sur une mer tourmentée sur le dessus. La main gauche de Julian Bones, tombeur de ses dames.

Je lève mes yeux vers lui et il me regarde de haut, avec cette étincelle de satisfaction dans ses yeux verts qui ne me trompent pas une seule seconde.

-Je ne boirai pas de ça, si j'étais toi, ma Kata d'amour !

-De la pisse de dragon ? m'enquis-je avec ennui.

Mais il se contente de me lancer un clin d'œil et me tend un verre.

-Mais ca fera pas de mal à ton italien de mes deux, me dit-il. Avec tous mes vœux de bonheur, bien sûr !

Je baisse mon regard sur le verre un instant puis redresse le menton, tout en passant ma langue contre l'intérieur de ma joue pour me calmer. Il continue à me fixer avec son air de bad boy très fier de lui.

-Dégage, toi, ton verre et tous tes petits fantasmes Gilbertins avant que je vous détruise tous.

-Oh, tu défends déjà le petit honneur de ton armoire à glace en costard ? Que c'est mignon…

Et il fait mine de me passer à côté, ricanant de son ironie mais je lui donne un coup de coude bien placée dans le verre, renversant la pisse de dragon, morve de troll ou liquide amniotique d'hippogriffe, ou peu importe ce qu'il contient, sur sa si belle et sexy chemise de tombeur. Il observe un bref moment le désastre puis me lance un de ses regards meurtriers qui ne font qu'amplifier ma satisfaction.

Et je m'en vais tranquillement, riant à ses « SALE GARCE DE GOTHIQUE DE MERDE ! » et j'attrape un bout de pudding, l'inspectant sur mon trajet vers Angelo qui était allé voir un mec à une table qui lui avait fait signe. Un membre de son équipe de Quidditch ou je-ne-sais-plus qui, mais que je ne voulais pas spécialement voir.

Malefoy se poste alors juste devant moi et pointe mon pudding du doigt.

-C'est bourré de puces de chiens galeux, mange pas ça, souffle-t-il.

-Quoi, t'es dans la combine pour faire foirer le bal, blondine ? m'exaspéré-je en jetant le bout sur une fille qui passait par là et dont la coiffure m'énervait. C'est pas bientôt fini, ces gamineries ! Je peux même pas manger !

-Parle moins fort ! marmonne-t-il en regardant autour de nous avant de me tendre un paquet de Choco-grenouille. Tiens, vas-y pioche.

-J'veux pas de tes microbes de fils de Mangemorts aristo repentis. Et blondasse.

-C'est pas pire que les microbes de grosse chieuse gothique ! fait-il, vexé.

-Ils me font pas courir après les Weasleys, moi, alors, je dirais que si, ils sont mieux.

-Ah oui, toi, tu préfères les italiens baraqués, c'est ça ?

-C'est ça.

Il fait la grimace en remarquant que sa petite référence à Angelo ne me met pas le moins du monde mal à l'aise. J'attrape l'un de ses Choco-Grenouille et il se met à sourire.

-T'enflamme pas, blondine, j'ai la dalle, j'emballerai McGo si elle avait encore du chocolat dans la bouche.

-T'es vraiment crade comme fille, grommelle-t-il. Dis, Kat, reprend-il en faisant un pas vers moi, l'air complice qui ne me dit rien qui vaille, tu voudrais pas aller voir aux toilettes des filles ? Ca fait bien dix minutes que Rosie y est !

-Oh et tu veux que j'aille voir ce qu'elle y fait ?

-Oui, voilà !

-Ah, d'accord, je vois…

-Merci, Kat, je…

-Même pas en rêve, claqué-je sèchement en faisant mine de m'en aller.

-Je te donne tout mon paquet de Choco-Grenouille ! s'écrie-t-il en brandissant le dit-paquet. Y'a plus que les cakes fourrés aux yeux de salamandre.

Je le regarde un instant, avisant quelle est la meilleure marche à suivre. Avec un grognement, je capitule, amorçant le geste pour attraper mon dû quand il le recule.

-Hep hep hep ! Après que t'aies été voir, je te le passe !

-Tu crois échanger des billes avec la nunuche de la maternelle, espèce de Caïd ? grincé-je.

Je lui pique le paquet violemment, lui donnant un coup en pleine tronche au passage. Il se frotte le nez en jurant.

-Et t'as de la chance que j'aille vraiment voir ta princesse, je suis de bonne humeur.

J'ignore ses grognements de douleur et me dirige vers les toilettes, en maugréant que je me ramollis. Va falloir encore que je taggue les murs pour me sentir Katarina à nouveau. Je sors donc de la Grande-Salle, laissant derrière moi toute la musique et les gesticulations de mes camarades qui croient danser. Après quelques mètres, j'entre dans les toilettes que je trouve pratiquement vide mis à part Weasley qui rigole avec sa pimbêche de petite cousine, Lilly Potter et sa tresse rousse mode sauvageonne qui donne la trique aux garçons de son année.

-Dis, Wealsey ? m'agacé-je, coupant leur minauderie. Tu veux bien dégager des chiottes, ya ton Scorpy-chéri qu'a des spasmes à l'idée que tu sois tombée dans la cuvette.

-Je ne sors plus avec Scorpius, Katarina, et tu pourras lui dire d'arrêter de…

-NON ! crié-je en lui lançant un choco-grenouille dans la figure.

Je me tourne vers le lavabo, ignorant leurs mines outrées et pose le paquet de Choco-grenouille sur le bord du lavabo pour me laver les mains. Elles s'en vont en rouspétant à mi-voix sur mon manque de savoir-vivre et mes manières qui frisent celles du Chimpanzé, et la porte se ferme sur la voix de Weasley qui s'inquiète que son œil va gonfler cette nuit. Et mes ricanements, aussi.

-C'est bon, Katy, la voie est libre ? chuchote-t-on dans mon dos.

Je jette un regard dans le miroir pour voir la tête blonde de Louis dépasser de la porte entrebaillée d'une des cabines. Je lève les yeux au plafond en me séchant les mains.

-Mais qu'est-ce que tu fous dans les chiottes des filles, Delacour ? Y'a quelqu'un d'autre là-dedans avec qui tu joues à touche-pipi ?

-Quoi… ? s'écrie-t-il, rouge de gêne. NON !

-Juste décevant, alors.

-Les toilettes des garçons sont juste sales, les vôtres sentent meilleures…, fait-il en venant se laver les mains à côté de moi.

-Oh, dans ces conditions, c'est tout à fait normal, alors, ironisé-je.

-Tu voudras bien danser avec moi ? me demande-t-il, penaud. Bill refuse de danser avec moi…

-Bah, il aime pas danser, pas la peine de pleurer.

-Non, je… je crois qu'il n'est venu avec moi que parce que personne d'autre ne lui avait demandé. Aucune fille, je veux dire, m'avoue-t-il avec tristesse. Il tressaille à chaque fois que je le touche et…

-Il est hétéro, terminé-je avec plus de compassion que je ne le voudrais.

-Oui…

-Ok, je danserai avec toi.

-Oh, cooool, Katy ! Merci ! saute-t-il sur moi, les mains trempées. Ca va être génial, j'adore danser avec toi, c'est dommage qu'on danse si rarement ensemble ! Une fois, tu voudras bien qu'on aille en boite ensemble ? Il parait que c'est génial mais j'y suis jam-…

-Ok, la belle de minuit, on se calme, l'arrêté-je en le repoussant. Je n'irai certainement pas en boite. Et quand je dis certainement pas, c'est jamais. Même sous la menace d'un couteau qui me découpe lentement la gorge, je n'irai pas en boîte.

-Ok, ok ! fait-il en souriant quand même comme un abruti.

Il m'attrape la main et me tracte jusqu'à la sortie des toilettes, me faisant semer des soupirs tout le long du trajet quand il est à deux-doigt de faire des pas de danse en marchant. Oh, Merlin, achevez-moi maintenant et que ça fasse mal.

On pénètre à nouveau dans la salle bruyante, sombre et animée. Et mes yeux se posent aussitôt sur mon cavalier qui est tout seul à une table. Je souris. Quel plus bel échappatoire ? Et plus sexy ?

-Attends, stoppé-je mon ami qui m'emmenait déjà sur la piste. J'ai un cavalier à prévenir avant.

-Ooooh, ronronne-t-il. Tu le préviens ? C'est trop mignon !

-Jamais ! claqué-je avec dégoût. Rien chez moi est mignon !

-Si tu le dis…

Mais dans ses yeux et son sourire, je lis facilement « mais moi, je connais la vérité ». Je le fais me lâcher la main avec agacement, soupirant quand il me lance qu'il m'attend sur la piste. Qu'est-ce qui m'a pris d'accepter de danser avec lui ?

Mais je retrouve vite mon sourire assuré habituel en m'approchant d'Angelo qui lève son regard noir vers moi. Il me sourit légèrement. Il a enlevé sa veste et desserré sa cravate, ce qui ne le rend que plus séduisant. Jusqu'ici, il n'a rien tenté. Pas de caresse, pas de geste déplacé, pas un baiser, pas de mains baladeurs. Même pas un doigt. On n'a pas dansé, il est allé me chercher quelques verres quand je lui en demandais et sinon, on est restés assis à s'échanger des banalités. Il joue la carte du mec distant et indifférent. Tant mieux, j'aime ça.

-Je t'ai manquée, chéri ? m'enquis-je.

Son sourire s'accentue avec amusement et il ne répond rien. Ce qui tombe bien parce que je ne me sens pas trop d'humeur bavarde. Je n'ai jusqu'ici pas freiné mon avancée tranquille et je la termine en m'asseyant juste à côté de lui, de sorte que ma cuisse est contre la sienne et je me tourne vers lui, levant mon visage vers le sien et l'attrapant par la nuque.

Il ne fait rien pour m'en empêcher, ni pour accélérer le processus. Il reste juste immobile, mi-sourire, le bras posé le long du canapé, derrière moi. Je presse donc mes lèvres contre les siennes qui sont bien plus chaudes que les miennes et plus rêches aussi, parfaites. Je me recule juste un peu pour ne faire plus que le frôler tandis qu'il écarte un peu ses lèvres et je souris, triomphale.

Je pose donc mes deux mains sur ses joues, bien déterminée à savoir si ce que l'on dit sur les italiens est vrai.