Bienvenue Mesdemoiselles pour un nouvel épisode de LA fic du moment ! (Oui bon on est d'une modestie éblouissante, et alors ?!)

Bref ! On espère que doucement vous vous remettez dans le bain... mais pas trop non plus hein ;)

Allez, bonne lecture et un gros merci pour toutes les reviews du chapitre précédent ! =)


Chapitre 19 : Hécatombe

Je m'assois près du lac gelé, dans l'herbe regorgeant de givre. La semaine prochaine, on sera en décembre et, dans deux semaines, en vacances de Noël. La seule fête que j'apprécie pour son rouge et sa neige, et les grands sapins qui meurent lentement dans les salons. Et on brûle des bougies, des cierges et les cantiques de Noël ont ce côté mystique. J'ai toujours aimé écouter des enfants chanter. Ils ont des voix si aiguës et claires. J'ai toujours eu de bons souvenirs de Noël. Mais, bien sûr, je ne le dirais jamais à personne.

Je me penche et, du bout de ma baguette, je trace un cercle de feu dans la glace pour pouvoir plonger mes pieds nus dans l'eau glacée. Mes chaussettes et Doc Marteens reposent à côté de moi. Je rejette la tête en arrière en fermant les yeux, appréciant la brûlure qui étreint la morsure du froid et la douleur est lancinante, mais agréable, apaisante. Mes mains se crispent sur l'herbe et j'expire doucement dans l'air.

-Katy, qu'est-ce que tu fais ? s'alarme une voix que je connais bien. Le lac est gelé !

-Il me fait du bien.

J'ouvre les yeux pour croiser les yeux bleus débordant d'inquiétude de Louis. Un bonnet gris est enfoncé sur sa tête blonde dont les pommettes et le nez sont aussi roses que ses lèvres qui laissent échapper un nuage de fumée à chaque fois qu'elles expirent.

-Pourquoi tu vas pas bien ?

-J'ai pas besoin d'aller bien, répondis-je en roulant des yeux.

-Il s'est passé un truc avec Bri et Angel, pas vrai ?

J'hausse les épaules, me mordant la lèvre tandis que la douleur s'intensifie. Mais je ne retire pas mes jambes parce que cette douleur, j'en ai besoin. Ca me déconcentre et m'envoie loin de toutes emmerdes d'ado torturée à la con. Ca me propulse en arbitre et me fait planer. Et c'est si malsain que ça en devient la plus belle des sensations.

-J'me suis occupée de Colbert, avoué-je à Louis qui s'assoit à côté de moi. A la fête de Gilbert. J'ai été à ça de la défigurer à main nue. Ca a pas plu à Angelo…

J'ai un rire jaune.

-Ca a pas plu à tout le monde, me repris-je. Oh, la méchante cruelle Katarina qui s'attaque à une pauvre princesse innocente…, mimiqué-je avec une voix nasillarde avant de reprendre la mienne, plus grave et méprisante. Tout le monde trouve ça normal qu'elle tourne autour de Rossi comme tout le monde trouve ça normal que Gilbert flirte avec notre abruti de pote alors qu'elle est avec Eric.

-Je ne trouve pas ça normal, moi, me rassure Louis en posant une main sur ma cuisse nue, mis à part pour ma jupe d'uniforme. Oh Merlin, Katy, t'es glacée !

-Je déteste les gens, Louis.

Louis se dépêche de me recouvrir de son manteau et je roule des yeux avec agacement en rejetant l'habit et la vague de chaleur qu'il avait prodigué à mon corps, le relaissant tomber dans mon dos dans la givre.

-Katy…, m'implore-t-il.

-Arrête de t'inquiéter, bichette, Katarina a pas besoin qu'on prenne soin d'elle.

-Mais Katarina a besoin d'un ami, parfois.

Pour toute réponse, je lui souris et je me résigne à retirer mes jambes qui sont bleutées par le froid, pour faire calmer la détresse dans les yeux de Louis. Et j'enfile son bon sang de manteau. Il semble se détendre un peu.

-D'ailleurs, ya un truc qui s'est passé à la fête aussi…, commence alors Louis. Tu sais Alvin Brandson ?

-Ouais, le connard.

-Il m'a vue avec Ed et il a sorti un truc vraiment blessant du style « si désespérée qu'on se tape une tapette ? », me raconte-t-il alors que j'hausse un sourcil pour l'inciter à continuer. A mon avis, c'était pas la première fois qu'il venait lui dire des choses méchantes, je l'ai vu dans le regard d'Ed. Et j'aime pas du tout qu'on me traite de tapette, tu sais ?

-Fais-toi y, ma biche, grincé-je en me levant. Allez, on rentre.

Il se lève aussi mais il a ce sourire jubilatoire qu'il essaye de refreiner. Parce qu'il sait que je sais qu'il sait que je vais m'occuper d'Alvin Brandson et que personne n'aime quand Katarina s'occupent d'eux. Mais Katarina adore ça. Elle est surement un peu tarée et sadique, comme fille. Un peu cruelle et psychopathe, avec ses poupées vaudous et ses objets tranchants qui dépassent de ses Doc Marteens. Peut-être un peu schizo aussi.

Néanmoins, le pire chez Katarina, c'est surement son masochisme. L'eau glacée, les brûlures et les lacérations au cœur qu'elle aimerait s'arracher de la poitrine parce que c'est un organe. Il ne devrait battre que pour pomper son sang bouillant et visqueux. Il n'est pas censé se tordre, il n'est pas censé se fissurer. Et elle n'est pas censée s'accrocher à la source de sa souffrance. Masochiste.

Mais sinon, cette fille, ben, elle est parfaitement saine de corps et d'esprit.

xOxOxO

On attend dans le couloir des cachots, juste devant la salle de potion, attendant que Gendrick amène son petit cul d'incompétent bon-penseur par ici et daigne nous faire cours. Encore une histoire avec sa femme qui doit le retenir. Au dernier cours, il a bien mangé dix minutes –après nous avoir faire poireauté un quart d'heure, avant- pour nous raconter comment sa femme et lui s'étaient disputé par lettres parce qu'il avait fait cramé les lasagnes au potiron pour leur premier anniversaire de mariage. Ce mec devrait tenir un journal pour filles avec leurs tuyaux foireux pour les amourettes plutôt que d'être prof de potion, doublé du directeur des Serpentard.

Je suis adossée, au mur, profondément agacée et mes yeux sont vissés sur le couple en face de moi. Colbert fait les yeux de chiot battu à Angelo pour qu'il le pardonne –j'entends quelques bribes de sa voix de pimbêche- et il la regarde en croisant ses bras musclés sur sa poitrine mais je vois bien qu'il va craquer. Comme ça, de loin, on pourrait s'y méprendre et les prendre pour un vrai couple après une vilaine dispute sans conséquence. C'est à vomir.

Je sais que je lui ai promis de lui arranger ses courbes parfaites de gardienne si jamais elle reprenait sa petite chasse-à-l'italien. Et je me rends bien compte que c'est presque une invitation à la violence qu'elle me joue là, à flirter avec lui juste sous mon nez. Mais je suis émotionnellement fatiguée. Combien de menaces faudra-t-il que je siffle ? Combien de coups faudra-t-il que je porte ? Combien de sorts et de plans machiavéliques ? Alors qu'il ne suffirait qu'à Rossi de lui dire purement et simplement qu'il n'est pas intéressé.

Il faudrait encore, bien sûr, qu'il ne le soit pas.

-Eric va rompre avec Erysse, m'apprend alors Louis.

Je tourne un regard étonné vers mon blondinet d'ami qui m'avait bien laissé trois minutes de paix et de silence, ce qui revient presque à un record. Mais, pour le coup, il ne parle pas pour débiter des niaiseries.

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

-Oh, c'est lui qui me l'a dit ! dit-il avec un sourire ravi. Tu sais, la relation entre frère ! Il ne pouvait pas ne pas me prévenir !

-Admettons. C'est cool qu'il lâche Gilbert.

Cette nouvelle me fait sourire et Louis écarquille un peu les yeux.

-Ca fait longtemps que t'avais pas vraiment souri comme ça, remarque-t-il. Tu sais, tes vrais sourires, me souffle-t-il pour qu'aucun des autres élèves ne nous entende. Enfin depuis la fête, quoi.

J'hausse les épaules et perds mon sourire instantanément. Mes vrais sourires, hein…

-Mais t'aimes plus Eric, pas vrai ?

-J'ai jamais aimé Eric, m'exaspéré-je. Mais je le déteste moins que les autres, donc c'est cool pour lui, c'est tout.

-Oui, parce que t'aimes Angel, maintenant.

-Quoi ?

Ma voix a claqué dans l'air, faisant se retourner Eddy et Kyle qui ont fait la paix, et qui nous lance un regard surpris mais je ne fais pas attention à eux plus d'une demi-seconde, mes yeux cloués sur Louis qui me sourit. Mon cœur s'est emballé furieusement et je n'aime pas du tout ça.

-Bah oui, Katy, tu es amoureuse.

-Non, fis-je, la respiration bloquée, en secouant fermement la tête.

-Si, si, rit-il. Ca se voit, je le sais bien, moi.

Je laisse dériver mes yeux sur Angel et Colbert à nouveau. Enfin, sur Angel, surtout, qui a maintenant son sourire en coin habituel, ses yeux noirs rivés sur la blonde en face de lui. Et oui, mon cœur me fait mal, horriblement mal. Et mon estomac aussi. Et surement que si je laissais mes instincts me contrôler, je ferais n'importe quoi. Parce que Louis a raison. J'ai des sentiments, des affreux, ignobles sentiments, de ceux que je n'ai jamais eu. D'autant plus traitres qu'ils se camouflent facilement derrière la colère ou la jalousie.

Je sens mon visage se décomposer et se changer en grimace. Je ne voulais pas ça !

-Oh, Merlin…

-Mais c'est pas grave, Katy, c'est même…

Il pose sa main sur mon épaule et j'arrache mes yeux du couple pour regarder Louis. Et son air excité tombe. Il doit lire quelque chose sur mon visage. Je recule pour qu'il ne puisse plus me toucher et, avant même que je n'ai vraiment réfléchi, je me détache du mur. Je pousse Julian qui faisait le con au milieu du couloir pour passer et je m'en vais, mon estomac se tordant, et se tordant…J'ai toujours préféré la douleur que je pouvais contrôler, celle que je pouvais arrêter, souffler comme une bougie qu'on éteint.

Celle qui venait de l'extérieur et non, de l'intérieur.

xOxOxO

-Brandson, interpellé-je en aboyant à moitié. McGonagall veut te voir.

Je dépasse sa bande de copains qui racontaient des conneries et qui s'interrompent pour me regarder passer. Brandson, en particulier, qui affiche un air surpris.

-Me voir ? Pourquoi ?

-J'ai l'air d'une putain de boule de cristal, abruti ? claqué-je.

Il ne répond rien et je poursuis mon chemin, sachant que Brandson ne va pas tarder à emprunter le même puisqu'il est dans la direction du bureau de sa directrice de maison. Mon pas est rapide, de sorte à mettre le plus de distance entre moi et ses amis, et je m'arrête enfin au coin d'un couloir, plus sombre que les autres car dépourvu de fenêtre et sans aucun tableau. Je lève mon pied gauche pour en dégainer ma baguette et j'attends que Brandson arrive. Il a dû rester un peu pour discuter avec ses crétins de copains.

Ce n'est pas grave, j'ai tout mon temps.

Je m'adosse au mur et passe le temps à dessiner des formes dans les airs du bout de ma baguette qui laisse comme un filigrane argenté sur son trajet. Une tête de mort. Une lune à trois-quarts pleine. Une montagne. Un visage qui cri. Un crucifix. Une fleur qui fane. Un puits. Un flocon. Un arbre sans feuille avec des racines crochues.

Et enfin des pas se font entendre. Je souris et dessine lentement une pierre tombale tandis que Brandson apparait au bout du couloir, les mains dans les poches. J'entends ses pieds hésiter et sa marche ralentir mais il finit par décider de continuer son chemin, même s'il doit passer devant la psychopathe de l'école qui trace des ombres morbides dans les airs. Je lève les yeux sur lui quand il est juste en face de moi.

-Tu en as pris du temps, me plaignis-je.

-Quoi ? s'étonne-t-il.

-Légèrement deux de tens', hein ? ricané-je. Je pensais les salopards de ton espèce plus dégourdis… aah, les clichés…

Il fronce les sourcils, ne comprenant pas où je veux où venir, et cesse de marcher. Il tente un sourire désolé.

-Euh, je vais voir McGo…, m'explique-t-il. Tu sais tu m'as…

Je le coupe par un rire tranchant et m'avance du mur vers lui qui me regarde faire, incertain.

-Et naïf, en plus de ça ? Ca frise le pathétique, là, tu t'en rend comptes, n'est-ce pas ? lui demandé-je. C'est moi qui voulais te voir, chéri.

-Pourquoi ?

Je souris au ton de sa voix. Loin d'être rassuré. Certainement très loin du ton qu'il prend quand il hante Ed avec les souvenirs de leurs nuits de mensonge. J'imagine qu'il en prend un plus grave, plus doucereux. Un qui danse entre le plaisir et la cruauté, et qui flirte avec le sadisme.

Je le sais. Puisque c'est celui que je vais utiliser avec lui.

-Je déteste que ma coéquipière de potion pense à autre chose qu'à couper les tripes encore fraiches d'un lutin scandinave, lui révélè-je en avançant vers lui. Ses pensées ne devraient être qu'occupées de sang de poulpe et de la moisissure parfaite pour les champignons d'Archedon. Tu n'es pas de mon avis, Brandson ?

Il se met à rire nerveusement et ses yeux voyagent entre la baguette que je fais danser entre mes doigts, et mes lentilles grises qui ne le quittent pas. Je sais qu'il se retient de reculer et je suis maintenant à seulement un mètre de lui.

-Tu trouves pas ça extrêmement irritant ?

-Si, si… c'est vraiment…

-Alors, je me suis dit : « Katarina, ma vieille, faut frapper dans la source ! Arracher la mauvaise herbe à la racine ! », et… bonjour, petite racine ! minaudé-je avec un sourire cruel.

Cette fois-ci, il recule et s'écrie :

-Je sais pas à quoi tu joues, espèce de tarée ! Ok ? mais si jamais tu fais quoique ce soit, tu vas le re-…

Mais il n'a pas le temps de finir parce que je lui ai déjà un sort et ses yeux se sont retournés dans ses orbites, ne laissant visible qu'un regard blanc digne des pires zombis. Il se met à hurler en portant ses mains à ses yeux, beuglant que je lui rende sa vue et que ses yeux le brûlent, le tirent. Que ça fait mal ! Il recule de façon chaotique, se cogne au mur et j'avance tranquillement vers lui, l'observant se diriger à l'aveuglette comme une mouche coincée sous un verre, qui bourdonne et rebondit contre les parois. Désespérée.

Je l'attrape par le cou et le maintiens contre le mur sans douceur. Il est plus grand que moi, à la base, mais il se tient presque recroquevillé.

-Tu vas m'écouter avec beaucoup d'attention, d'accord ? lui dis-je. Je ne suis pas gentille, je ne suis pas compatissante et je fais justice moi-même. Très bien, d'ailleurs ! Mais ça, tu commences à le comprendre, pas vrai ? Et j'ai ce plaisir coupable, aussi, j'avoue, d'aimer jouer avec la nourriture…

Je pousse un faux soupir ennuyé tandis qu'il essaye d'échapper à ma prise, tout en luttant contre la douleur qui irradie ses globes oculaires qui ne sont pas habitués à une telle souplesse.

-Mais un petit con dans ton style qui déflore des filles pour des paris, qui aime bien revenir leur tourner autour pour leur rappeler qu'il est toujours là, pas loin, qu'il les harcèle, doit me comprendre…

-Ok ! Katarina, Ok, j'arrête ! PUTAIN, J'le jure ! Par MERLIN, CA FAIT MAL, arrête ça ! crit-il, enfonçant ses ongles dans mon avant-bras. J'laisserai Pierce tranquille !

-C'est vrai ? fis-je mine d'être déçue. Oh, c'est dommage, j'ai tellement d'autres sorts super drôles à essayer… et tu es bien plus sexy quand tu te tords de douleur, tu devrais me remercier…

-ARRETE CA !

Je le lâche, lançant un vague coup d'œil au filet de sang qui dévale mon bras. Ce connard est une vraie tigresse, il a les griffes acérées. Je lui jette l'anti-sort et il se laisse glisser contre le mur, portant ses mains à ses yeux avec délivrance. Je me doute que la douleur est toujours là, latente, comme pour lui rappeler qu'il n'a pas intérêt à continuer son petit jeu avec Ed.

Je m'en vais sans rien ajouter. Certains diraient que ce que j'ai fait est monstrueux et ignobles, un acte quasiment inhumain. D'autres diront que c'est loyal et héroïque, justifié. Mais ils peuvent toujours parler.

Les uns comme les autres, je m'en fous.

xOxOxO

-Alleeeez, Kata ! s'teu-plé, s'teu-plé ! Emmène-moi !

-Non.

-J'me faufilerai après, on saura même pas que c'est toi qui m'as emmené ! Ca salira pas ta réputation de je-suis-trop-froide-et-diabolique-pour-avoir-des-p otes, alors que tout le monde sait qu'on est potes, toi et moi, mais tant pis, je te laisse te noyer dans ton illusion !

Je roule des yeux devant le baratin incessant que me sert Malefoy depuis que je suis descendue de mon dortoir pour aller dîner dans la Grande-Salle. Il me poursuit, sautillant autour de moi, osant même l'impudence de m'attraper le bras de temps en temps –ce qui se résout souvent par quelques sorts et coups qui savent le dissuader de prolonger le contact physique. Il est, en ce moment, en train de marcher à reculons devant moi pour être sûr que je ne peux pas lui échapper et que je l'écoute bien. Il s'est mis dans la tête que je devais l'emmener avec moi et Louis à la fête d'Ed et d'Eric. Comme si j'allais me coltiner une tête de nœud telle que lui si je peux l'éviter. Déjà que je n'ai pas franchement d'aller à une fête de nouvel an stupide.

-Blondine, j'ai dit non.

-Par solidarité de Serpentard, enfin ! J'suis le roi de Serpentard, je te rappelle, vous me devez tous de m'aider à chaque fois que je demande ! Pour tout ce que j'ai fait pour vous !

-Personne est le roi de Katarina, mon grand, répliqué-je, moqueuse. Et puisque tous les Serpentard sont à tes pieds, pourquoi tu vas donc pas à leur demander à eux au lieu de polluer mon air ?

-T'es LA SEULE Serpentard à être invitée, HAN !

Merlin que je déteste quand les gens disent « HAN ! ».

-J'ai vraiment besoin d'aller à cette fête parce que Rosie y sera et je veux savoir ce qu'elle y fera !

-Tu me donnes envie de vomir.

On approchait de la porte de la Grande-Salle quand celles-ci s'ouvrit sur Angel, Ed, Quinn, Moore, l'écossais et sa copine. Bref, la bande de Poufsouffle habituelle. J'entends d'ici la voix portante de Quinn et agacé.

-Elle l'a super mal pris, ouais ! M'enfin, j'vais pas rester avec elle si je l'aime pas !

-Fallait peut-être pas sortir du tout avec elle si tu l'aimais pas, Kyle…, lui répond la copine de l'écossais avec un sourire désolé.

-Cherche pas à lui expliquer, mon cœur, il est pas équipé pour, raille l'écossais.

-De toute façon, vous aimiez pas Belinda dés le départ alors, vous allez pas vous plaindre que je l'ai plaqué quand même !

Malefoy écoute aussi la conversation, ce qui ne m'étonne pas de lui. Il veut toujours tout savoir, si ce n'est pas pure curiosité, rien que pour avoir de quoi faire du chantage à la population de Poudlard et arriver à ses fins. Malefoy a de bons côtés, faut pas croire.

J'en profite pour lui passer à côté et essayé de m'en débarrasser, en entrant dans la Grande Salle mais une main me saisit le bras. Rien que par les frissons qui me traversent de par en par, je sais que ce n'est pas Malefoy. Je me retourne pour me retrouver face à face avec Angel et je lui lance un regard froid.

-Quoi ?

-Faut qu'on parle, me dit-il.

-Ca peut pas attendre ? m'agacé-je. T'as peut-être déjà mangé, mais pas moi.

-Non, ça peut pas attendre.

Je croise le regard de Malefoy qui me lance un clin d'œil malicieux en mimiquant je-ne-sais quelle connerie et m'articulant silencieusement « Fonce ! » de la bouche, comme si Angel venait de me proposer un truc particulièrement excitant. Alors que je le vois plus s'apprêter à me présenter les choses telles qu'elles sont. C'est-à-dire que Colbert, ou une autre fille, lui plait bien et que ce serait bien que je lui fasse de l'air. Décidemment, en ce moment, les couples tombent comme des mouches. Une véritable hécatombe. Je n'arrive pas à me décider s'il faut que je m'en réjouisse ou pas.

Je garde mon air impassible, ignorant les battements erratiques de mon cœur, et j'ignore les coups d'œil et les murmures des amis d'Angel. Ed et Quinn me sourient. Angel m'attrape la main et me guide plus loin. Je pousse Malefoy sur le passage qui continue à faire l'andouille et lui marmonne :

-Va manger, espèce de triso.

-J'te garde une place, si tu tardes pas trop, bien sûr ! réplique-t-il avec encore ce clin d'œil bourré de sous-entendus.

C'est certain, le manque de la Wealsey doit engendrer une maladie grave chez lui. J'essaye de me focaliser sur cette pensée pendant que je suis Angel qui ouvre une porte d'une salle pleine d'armoires nues, si ce n'est l'épaisse couche de poussière qui les recouvre. Ce château est bourré de pièces inutilisées, c'est fascinant.

Il ferme la porte et se retourne vers moi. Je décide d'aller m'assoir sur l'une des chaises légèrement tordue plutôt de continuer de lui faire face. Je la dépoussière d'un coup de baguette, ignorant le soupir d'Angel qui me suit, s'adossant à l'armoire qui est devant moi.

-Qu'est-ce qui était si urgent ? décidé-je d'attaquer sans attendre.

-J'en ai assez de cette situation, me répond-il en me fixant de ses yeux noirs. Avec Bri et toi, et toutes les autres filles que t'effrayes dés qu'elles m'approchent trop.

-Oooh, ça doit être dur pour toi…

Il secoue la tête avec un sourire amusé et je croise les bras sur ma poitrine, en haussant un sourcil. Toujours en ignorant toutes les tentatives de mise en garde que m'envoi mon corps. Les torsions d'estomacs, l'assèchement de la gorge, la tension des muscles. Le cœur qui bat, qui bat, assourdissant.

-Il faut qu'on…, reprend-il avec hésitation. Qu'on s'officialise, ou un truc dans le genre. Pour que ce soit clair, plus de problème.

-Qu'on s'officialise ? répété-je en fronçant les sourcils.

-Ouais.

-Pour que ce soit… plus pratique, c'est ça ?

-Ouais, fait-il en haussant les épaules. A peu près.

-Okay…

La douleur s'accentue, se faisant presque sifflante, comme une perceuse qui s'enfonce directement dans ma cage thoracique et déchiquète tout. Il veut une officialisation, pour que ce soit plus pratique. Plus de souci, plus de crise à la Katarina. Plus de secousse dans sa petite vie. Il ne veut pas d'ennui en me plaquant, comme il n'en a pas voulu quand il n'a soumis aucune objection quand je lui ai dit qu'il serait mon cavalier. Comme il n'en a pas voulu en acceptant mes lèvres à chaque fois que je l'embrassais, en ne disant rien à chaque fois que je m'asseyais sur ses genoux, à chaque fois que… tout passe en boucle. Et bien sûr que j'ai toujours tout fait, chaque pas, chaque initiative parce que j'aime le contrôle, parce que j'en ai besoin et bien sûr qu'il n'a rien fait parce qu'il est Angelo Rossi. Impassible et indifférent.

Alors bien sûr, maintenant, il veut une officialisation parce que Katarina fait beaucoup de vague quand elle n'est pas contente. Elle n'aime pas que des filles s'approchent de lui et quoi de mieux qu'une officialisation pour faire passer le message ? Non, il ne peut pas dire lui-même à ces filles qu'il n'est pas intéressé, de but en blanc. Ce serait trop fatiguant, ça l'impliquerait trop.

Et ça pourrait m'aller. Ca pourrait ne me poser pas le moindre souci. Je pourrais même adorer cette situation de contrôle complet si je n'étais pas… amoureuse, c'est ça, hein, l'adjectif qui englobe toute cette pourriture qui se propage dans mon corps et me le contorsionne tellement que mes organes doivent être n'importe où. Ca ne ferait pas moins mal en tout cas. Et ce n'est certainement pas le genre de douleur que j'aime. Pas du tout.

Si encore j'aimais quelqu'un qui m'aimait en retour, aussi niais et guimauve que ça puisse sonner, ça ne poserait pas de tels soucis. Mais ce n'est définitivement pas le cas. Et je suis si stupide, je me déteste tellement pour m'être placée de mon propre gré dans cette situation. Je savais pourtant que ce genre de choses ne pouvait pas me faire le moindre bien, je savais que je ne pouvais pas me permettre d'être faible à ce point. J'avais pourtant assuré à Louis que ça ne deviendrait pas sérieux.

Mais jamais un seul instant je n'ai envisagé de tomber bêtement amoureuse d'Angelo Rossi.

Je reporte mon regard sur lui qui attend ma réaction. Je ne m'étais même pas rendue compte que j'avais détourné les yeux. Je m'attrape mentalement les trippes pour me remettre d'aplomb. Je ne me laisserai pas piétiné comme ça, peu importe l'amour et toutes ces autres idées débiles. Je vais y mettre un terme, et maintenant. Je lance sèchement :

-Non, je refuse cette histoire d'officialisation.

-Quoi ? s'étonne-t-il en fronçant les sourcils.

-Tu m'as bien entendu, Rossi. C'est non.

Je me lève de ma chaise et quitte la salle. Ouais, ça a été une vraie hécatombe. D'habitude, j'aime ce genre de festivités.

Mais, d'habitude, je ne fais pas partie des décombres qui doivent se relever.