Lorsqu'il ouvrit les yeux il était toujours dans cette ombre sèche, aride à la chaleur étouffante. Il sentait la tête lui tourner. Son corps n'était plus que douleurs, tiraillements. La langue pâteuse, il avait la gorge sèche : il avait soif. Mais on ne donnait pas à boire souvent ici ni rien d'autre d'ailleurs.
Il ne savait plus depuis quand il se trouvait ici, sans doute depuis toujours. Avait-il d'ailleurs eu une autre vie quelque part ? Même ses rêves n'étaient plus en état de lui fournir une vie parallèle. Les rêves avaient disparus en même temps que le sommeil qui le prenait quelque fois agité.
Il avait tout à loisir d'observer où il se trouvait. Une petite cellule de forme carrée, basse de plafond qui ne permettait pas qu'on puisse s'y tenir debout. Les murs en aciers constamment humides suintaient et résonnaient. Une chaîne accrochée constamment à sa cheville avait finit par lui manger les chairs. Quelle importance de toute façon on ne lui laissait pas l'occasion d'aller se dégourdir les jambes.
''L'endroit'' comme il l'avait appelé était toujours empli de cris, de larmes, de plaintes, dont il ne saisissait pas la teneur. Lui, il était docile, ne parlait jamais, ne se plaignait jamais c'est comme si les sons avaient disparus de son organisme. Il ne réfléchissait pas, ne pensait pas mais subissait. Il avait bien tenté de protester au début mais d'ailleurs quand était-ce le début ? Où était le commencement ? Est-ce que ça existait ? Lui il n'était que dans la fin.
Au plafond de la cellule se trouvait une lourde trappe coulissante qui faisait un petit renfoncement dans l'acier. Aucune échappatoire par là et puis de toute façon s'échapper pour où ? Il avait peut-être mérité son sort après tout.
Dans un bruit sourd et glaçant. La plaque roula, déclenchant les chaînes qui la retenait. Il ferma les yeux quelques secondes en respirant. La journée commençait. Mais d'ailleurs quelle heure était-il ? Dans cette pièce sombre on perdait toute notion de temps.
La lumière l'aveugla, détaillant ses yeux qui avaient perdus tout éclat, sa maigreur, ses mains décharnées, son visage creusé au teint cireux et blanc. Il fut soulevé de terre, la tête dodelinante toujours aussi silencieux, les yeux dans le vague. Il ne parlait toujours pas, aucun son ne sortait de sa bouche : le trappe se referma toujours emporté dans la lumière. Allait-il enfin mourir cette-fois ? C'était ce qu'ils voulaient non ?
Sur la trappe noire suintante était gravée 1273.
