Me revoici pour un nouveau chapitre. Je tiens particulièrement à remercier Glasgow pour sa review d'encouragement et d'analyse du chapitre précédent.

Etant la seule à avoir pris le temps de le faire, je la remercie donc infiniment et je lui dédie ce chapitre. J'ai essayé de créer une ambiance, histoire de vous mettre en condition pour les chapitres suivant.

Je trouve dommage qu'autant de gens lise et que si peu laisse de commentaires. J'en laisse peu moi-même, ceci explique peut-être cela. Dommage, tant pis pour moi. C'est certainement de ma faute. Nous verrons aux chapitres suivants.

Je me relis, encore et encore, certaines fautes peuvent encore traîner ici et là. De même, certaines conjugaisons ne me plaisent pas vraiment. Cela fait mal aux oreilles mais l'ami Bescherelle n'a pas d'oreilles, lui. Je m'en remets donc à son jugement infaillible et je fais contre mauvaise fortune bon cœur.

De nouveau, je tiens à préciser que je ne fais pas l'apologie des idéaux nazis et étant totalement apolitique, je ne suis favorable à aucun régime en particulier, simplement à mes propres idées. Ceci est un texte libre, si certains passages vous choquent, faites le moi savoir, je m'efforcerai de modifier ce qui ne va pas.

Bonne lecture

Clélia

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Chapitre 2

John ne s'était pas attendu à cela. Les rues de Brighton étaient noires de monde, principalement des officiers américains qui venaient chercher, dans les rues de cette petite ville, un peu d'oubli avant le grand départ. Il observa un moment cette vie qui se déroulait devant ses yeux. Là un officier qui offrait une glace à une jeune femme peu farouche. Ici, un fantassin écoutant un orchestre de rue en buvant un verre. Cette image de normalité fit du bien au médecin. Au moins, il n'ira pas se battre pour rien. Il irait se battre, risquer sa vie et soigner pour que ces hommes rentrent chez eux. Pour qu'il retrouve une vie heureuse et normale, où la peur n'avait de raison d'être.

Soupira doucement, le médecin se remit en route. Il avait posté sa lettre, il n'avait plus rien à faire hors de la base. Il devait rentrer, faire son package et prier pour revenir en vie. Le médecin avait été présenté à sa division la veille. Il avait fait la connaissance de jeunes hommes que rien ne destinaient à une vie de guerre. John se demanda un moment lesquels rentrerait chez eux.

Ils partaient ce soir et personne ne savait s'ils allaient revenir.

« Peu importe » se disait John, il n'y avait personne qui l'attendait et ses patients étaient sous bonne garde, aux mains d'un personnel qu'il avait lui-même choisi et formé.

En rentrant à la caserne, il rejoignit son dortoir pour y faire son package. Dans une rigueur tout militaire, il plia et rangea ses affaires afin qu'elles tiennent dans son sac. Son armement, il l'aurait en partant, lors de la distribution. En tant que médecin, il ne sera pas lourdement armé, un Colt M1911 et quelques grenades. De quoi se défendre en somme. Il serait toujours accompagné par un officier médical, faisant office d'infirmier, plus armé que lui et il portera en permanence un brassard portant une croix rouge. Il espérait que cela suffirai à le maintenir en vie un moment.

D'après les rapports des médecins déjà rentrés, les combattants ennemis étaient assez sensibles à cette marque d'appartenance au corps médical et ne les visaient pas intentionnellement. Tant qu'il ne faisait que son travail, il serait plus en sécurité sur un champ de bataille que les autres soldats.

Au lieu de le soulager, cela le rendit nerveux. D'autres tomberaient à sa place. Cette pensée le mit mal à l'aise.

Il termina son sac rapidement, son commandant lui avait confirmé qu'il serait, la plupart du temps, positionné dans un blindé, un char M24 Chaffee, de conception américaine. A l'abri donc derrière le blindage de l'engin.

Son sac à peine posé à côté de son lit, l'un de ces camarades de chambrée vint le chercher.

« -Hey, Cap'taine, le Général veut nous voir dans la cour dans cinq minutes.

-J'arrive Collins ! »

Le général, c'était le Lieutenant-Général Georges S. Patton, commandant de la Troisième Armée US à laquelle appartenait la division de blindés à laquelle John avait été affecté. Pas vraiment tête-brûlée, mais pas un soldat obéissant aveuglément non plus, le Général Patton était un officier comme on en faisait peu. Prêt à tout pour son pays, il avait participé à la Première Guerre Mondial et avait notamment fui son lit d'hôpital pour rejoindre le front à Verdun. Un dur en somme.

John l'appréciait, c'était un homme au langage cru qui n'admettait pas les courbettes et allait toujours droit au but. Le médecin ne doutait pas, au moment d'entrer sur le champ de manœuvre, que le discours sera franc et coloré. Il ne savait pas encore à quel point.

La Troisième Armée était rassemblée en face d'une estrade montée pour l'occasion. Quinze mille hommes se pressaient pour entendre les mots d'un homme que beaucoup vénérait. Une grande clameur monta à l'arrivée de cet homme. Clameur qui se calma bien vite quand il approcha du micro.

« -Prenez place.

Messieurs, ces bruits qui courent à propos d'une Amérique voulant sortir de la guerre, refusant le combat, ne sont que des tas de conneries. Les Américains aiment se battre, par tradition. Tous les vrais Américains aiment l'éclat et le fracas de la bataille.

Vous êtes ici aujourd'hui pour trois raisons. Premièrement, vous êtes ici pour défendre vos foyers et ceux que vous aimez. Deuxièmement, vous êtes ici pour votre propre respect, parce que vous ne voudriez être nulle part ailleurs. Troisièmement, vous êtes ici parce que vous êtes des vrais mecs et que les vrais mecs aiment combattre. Lorsque vous ici, chacun d'entre vous, étiez enfants, vous admiriez tous le champion au jeu de billes, le coureur le plus rapide, le boxeur le plus dur, les joueurs de base-ball de la grande ligue et les joueurs de football du All-American. Les Américains aiment un vainqueur. Les Américains ne tolèrent pas un perdant. Les Américains méprisent les couards. Et ils jouent toujours pour gagner. Je ne pousserais même pas une huée pour un homme qui perd et rit. C'est pourquoi les Américains n'ont jamais perdu ni ne perdront jamais une guerre; parce que la simple idée de perdre est odieuse à un Américain.

Vous n'allez pas tous mourir. Seuls deux pour-cent d'entre vous, ici aujourd'hui, vont mourir dans une bataille majeure. La mort ne doit pas être crainte. La mort, avec le temps, vient à tous les hommes. Oui, chaque homme est effrayé par sa première bataille. S'il dit qu'il ne l'est pas, c'est un menteur. Certains hommes sont des couards mais combattent de la même manière que des hommes braves, ou ils sentent l'enfer sortir d'eux en voyant combattre des hommes aussi effrayés qu'ils le sont. Le vrai héros est l'homme qui combat même s'il a peur. Certains hommes surmontent leur peur après une minute sous le feu. Pour d'autres, cela prend une heure. Pour certains, cela prend des jours. Mais un homme véritable ne laissera jamais sa peur de la mort prendre le pas sur son honneur, sur son sens du devoir à son pays, et sur son courage naturel. La bataille est la plus magnifique compétition à laquelle un être humain puisse s'adonner. Elle révèle ce qu'il y a de meilleur et efface ce qu'il y a de vil.

Souvenez-vous que l'ennemi est aussi effrayé que vous l'êtes, et probablement davantage. Ce ne sont pas des supermen. A travers vos carrières dans l'armée, vous avez tous râlé contre ce que vous appelez le "putain d'entraînement à la peur." Cela, comme n'importe quoi d'autre dans l'armée, a un objectif défini. Cet objectif est la vigilance. La vigilance doit être développée en chaque soldat. Je ne donne pas une bille pour un type qui n'est pas toujours sur ses gardes.

Vous êtes tous des vétérans ou vous ne seriez pas ici. Vous êtes prêts pour ce qui est à venir. Un homme doit être vigilant à chaque instant s'il s'attend à rester en vie. Si vous n'êtes pas vigilant, un beau jour, un fils de connasse de pute allemand va se faufiler derrière vous et vous frapper à mort avec un paquet de merde! Il y a quatre-cent tombes alignées avec ordre quelque part en Sicile, toutes parce qu'un homme s'est laissé aller à dormir durant le boulot. Mais ce sont des tombes allemandes, parce que nous avons attrapé le salaud avant qu'ils ne le fassent.

Une armée est une équipe. Elle vit, dort, mange et combat comme une équipe. Ces histoires d'héroïsme individuel ne sont que de la merde de cheval. Les petits bâtards qui écrivent ce genre de foutaises pour le Saturday Evening Post n'en savent pas beaucoup plus sur combattre sous le feu que sur tirer un coup! Nous avons la meilleure nourriture, le meilleur matériel, le meilleur moral et les meilleurs hommes du monde. C'est pourquoi, par Dieu, en fait j'ai pitié des pauvres fils de pute que l'on va affronter. Par Dieu, j'en ai pitié.

Mes hommes ne se rendent pas, et je ne veux pas entendre parler d'un soldat sous mon commandement capturé, à moins qu'il ait été touché. Et même si vous êtes touché, vous pouvez toujours répliquer. Ce ne sont pas des conneries. Le type d'homme que je veux commander est celui de ce lieutenant qui, en Libye, avec un Luger sur la poitrine, a arraché son casque, écarté le pistolet d'une main et envoyé le Boche en enfer avec son casque. Puis il a sauté sur le flingue, est sorti et a tué un autre Allemand avant qu'ils ne sachent ce qui leur tombait dessus. Et pendant tout ce temps cet homme avait une balle dans un poumon. Voilà un vrai mec!

Tous les vrais héros ne sont pas des combattants tirés des livres d'histoires. Chaque individu dans cette armée joue un rôle vital. Ne vous laissez jamais aller. Ne pensez jamais que votre boulot est sans importance. Chacun a un boulot à faire et il doit le faire. Chacun est un maillon vital dans la grande chaîne. Que se passerait-il si chaque chauffeur de camion décidait soudain de ne pas aimer le miaulement des balles au-dessus, de se retourner et de sauter tête la première dans le caniveau? Le salaud de poltron pourrait dire, 'Putain, ils vont pas me rater, juste un homme parmi des milliers.' Mais si chaque homme pensait ainsi? Où diable serait-on aujourd'hui? A quoi ressembleraient notre pays, nos familles, nos foyers et même le monde? Nom de Dieu, les Américains ne pensent pas ainsi. Chacun fait son boulot. Chacun sert l'ensemble. Chaque département, chaque unité est importante dans le vaste système de cette guerre. Les hommes de la logistique sont requis pour approvisionner les canons et la machine de guerre pour nous permettre de continuer à avancer. Le quartier-maître est requis pour apporter de la nourriture et des habits, parce que là où nous allons, il n'y en pas des masses à voler. Chaque dernier homme sur l'organigramme a un boulot à faire, même celui qui réchauffe notre flotte pour nous éviter la diarrhée du soldat.

Chaque homme ne doit pas seulement penser à lui-même, mais aussi au pote qui combat à ses côtés. Nous ne voulons pas de couards à foie jaune dans cette armée. Ils devraient être exterminés comme des rats. Sinon, ils rentreront chez eux après cette guerre et produiront d'autres couards. Les hommes braves produiront d'autres hommes braves. Eliminez ces putains de couards et nous aurons une nation d'hommes braves. L'un des types les plus braves que j'aie vu était un gars au sommet d'un poteau de télégraphe au beau milieu d'un furieux combat en Tunisie. Je me suis arrêté et lui ai demandé ce qu'il pouvait bien foutre là-haut à un instant pareil. Il a répondu, 'Je fixe le câble, Monsieur.' Je lui ai demandé, 'N'est-ce un peu malsain juste maintenant?' Il a répondu, 'Oui, Monsieur, mais ce satané câble doit être fixé.' Je lui ai alors demandé, 'Est-ce que ces avions qui mitraillent la route ne vous inquiètent pas?' Et il a répondu, 'Non, Monsieur, mais vous sûrement!'

Voilà un vrai mec. Un vrai soldat. C'était un homme qui a consacré tout ce qu'il avait à son devoir, quel que puisse apparaître insignifiant son devoir à l'instant, quelles que soient ses chances. Et vous auriez dû voir ces camions durant notre chevauchée en Tunisie. Ces chauffeurs étaient magnifiques. Durant toute la journée et toute la nuit ils roulaient sur ces putains de routes, sans jamais s'arrêter, sans jamais hésiter quant à l'itinéraire, avec des obus explosant tout autour en permanence. Nous sommes passés grâce au bon vieux cran américain.

Beaucoup de ces hommes ont conduit pendant plus de 40 heures consécutives. Ce n'étaient pas des combattants, mais des soldats avec un job à faire. Ils l'ont fait, et sacrément bien fait. Ils faisaient partie de l'équipe. Sans effort d'équipe, sans eux, le combat aurait été perdu. Quand tous les maillons de la chaîne sont ensemble, celle-ci devient incassable.

N'oubliez pas, vous ignorez tous que je suis là. Aucune mention de ce fait ne doit apparaître dans aucune lettre. Le monde n'est pas censé savoir ce qui diable a pu m'arriver. Je ne suis pas censé commander cette armée. Je ne suis même pas censé être ici, en Angleterre. Laissons ces maudits Allemands être les premiers salauds à le découvrir. Je veux les voir un beau jour se dresser sur leurs pattes arrières pleines de pisse et hurler, 'Jésus-Christ, c'est de nouveau cette satanée Troisième armée et ce fils de pute de Patton.' Nous voulons leur amener l'enfer. Plus vite nous nettoierons ce foutu merdier, plus vite nous pourrons faire une petite balade contre ces pisse-violets de Japs et aussi nettoyer leur repaire. Avant que ces damnés Marines n'aient tous les honneurs.

Bien sûr, nous voulons rentrer chez nous. Nous voulons en finir avec cette guerre. Le moyen le plus rapide d'en finir est d'aller attraper les bâtards qui l'ont commencée. Plus vite ils seront balayés, plus vite nous pourrons rentrer. Le plus court chemin pour la maison passe par Berlin et Tokyo. Et quand nous atteindrons Berlin, je vais personnellement abattre ce gibier de potence de fils de pute de Hitler. Juste comme j'abattrais un serpent!

Lorsqu'un homme est couché dans un trou d'obus, s'il reste juste là toute la journée, un Allemand finira par l'avoir. Au diable une telle idée. Mes hommes ne creusent pas de trous de tirailleurs. Je ne veux pas qu'ils le fassent. Les trous de tirailleurs ne font que ralentir une offensive. Continuez à avancer. Et ne donnez pas non plus à l'ennemi le temps d'en creuser. Nous gagnerons cette guerre, mais nous la gagnerons seulement en nous battant et en montrant aux Allemands que nous avons plus de cran qu'ils en ont; ou qu'ils n'en auront jamais. Nous n'allons pas juste abattre ces fils de pute, nous allons leur arracher leurs maudites tripes et les utiliser pour graisser les bandes de roulement de nos chars. Nous allons assassiner ces pouilleux de suceurs de queues de Huns à la pelle!

La guerre est une chose sanglante et meurtrière. Vous devez faire couler leur sang, ou ils feront couler le vôtre. Arrachez-leur le nombril. Tirez-leur dans les tripes. Lorsque les balles s'écrasent tout autour de vous, que vous essuyez la boue de votre visage et que vous réalisez qu'au lieu de boue il s'agit du sang et des tripes de ce qui était votre meilleur ami, vous saurez que faire!

Je ne veux pas recevoir de message disant, 'Je tiens ma position.' Nous ne tenons pas le moindre foutu truc. Laissons les Allemands le faire. Nous avançons constamment et nous ne sommes pas intéressés à tenir quoi que ce soit, à part les couilles de l'ennemi. Nous allons lui tordre les couilles et lui botter les fesses en permanence. Notre plan d'opérations de base consiste à avancer et à continuer d'avancer, sans se soucier de devoir passer sur, sous ou à travers l'ennemi. Nous allons le traverser comme la fiente dans une oie; comme de la merde dans un klaxon!

De temps en temps, il y aura quelques plaintes que nous poussons trop durement nos gens. Je me fous complètement de telles plaintes. Je crois en la vieille et saine règle qu'une once de sueur épargnera un gallon de sang. Plus fort nous pousserons, plus d'Allemands nous tuerons. Et plus nous tuerons d'Allemands, moins de nos hommes seront tués. Pousser signifie moins de pertes. Je veux que vous vous souveniez tous de cela.

Il y a une grande chose que vous serez capable de dire, quand cette guerre sera terminée et que vous serez de nouveau chez vous. Vous serez peut-être reconnaissants, lorsque dans vingt ans vous serez assis près de la cheminée avec votre petit-fils sur le genou et qu'il vous demandera ce que vous avez fait durant la grande Deuxième guerre mondiale, vous n'aurez pas à tousser, le poser sur l'autre genou et lui dire, 'Eh bien, ton grand-père a pelleté de la merde en Louisiane.' Non, Monsieur, vous pourrez le regarder droit dans les yeux et lui dire, 'Fils, ton grand-père a chevauché avec la grande Troisième armée et un satané fils de pute nommé Georgie Patton!'

C'est tout. »

Une ovation accueillit la fin de ce discours. Les hommes, galvanisés par les paroles de leur général, poussaient des hourras, déjà près à embarquer et à aller casser du nazi. Mais John restait planté là, sans bouger, sans aucune expression sur le visage. Oui, il avait voulu faire la guerre. Oui, il s'était engagé volontairement, mais en tant que médecin, il ne pensait pas à l'avenir. Il pensait à tous ces hommes qui allaient passer entre ses mains. Combien de ses camarades allait-il pouvoir sauver ? Combien d'entre eux allaient périr sans qu'il ne puisse rien y faire. Et alors que la joie semblait irradier de tous ces camarades, lui demeurait sombre.

Il garda cette mine sombre jusqu'à l'embarquement des troupes. Dans son char, il faisait les vérifications de routine sur son kit d'urgence. Rien de bien exceptionnel malheureusement, mais assez de matériel pour maintenir un homme en vie jusqu'à l'hôpital militaire le plus proche. Il eut un rire désabusé. Comment pouvait-il faire preuve d'autant d'optimisme ? Il n'en savait rien. Pour les prochains mois, au moins, il ne verrait pas de paperasse. C'était peut-être de là que venait cette propension à voir le verre à moitié plein.

Il avait écrit une lettre à sa mère avant de partir, lui expliquant qu'il embarquait et qu'il ne savait pas quand il reviendrait ou même s'il reviendrait. C'est cette lettre qu'il était allé déposer au service postal en début d'après-midi. Il n'aurait pas de réponse avant un long moment, voir même pas du tout. Peu importe, il voulait juste qu'elle sache, rien d'autre.

Il n'eut pas plus de temps de penser à sa famille, les premiers malades arrivaient. Il leva les yeux au ciel, les américains avaient traversés l'Atlantique Nord et ils ne supportaient pas la traversée de la Manche.

Pitoyable.

Et voilà donc que les premiers patients sur théâtre d'opération de John avaient le mal de mer. Ridicule. John devait en convenir, la mer n'était pas très bonne. Les bateaux tanguaient, roulaient, au point de faire perdre son pied marin à Wells, marin-pêcheur de son état. «-C'est parce que je ne voyais pas la mer !» déclara-t-il plus tard, en toute mauvaise foi et en riant.

Ceci étant, comment soigner la moitié des hommes de la barge alors que vous n'avez aucuns moyens de calmer leur mal ? Vous n'avez pas de moyen, si ce n'est celui de les allonger au centre de la barge et ou de leur faire fixe un point fixe. Le manque de point fixe le réduisit à demander à tous les malades d'essayer de dormir.

Mais dormir était difficile, les circonstances, exceptionnelles, n'invitaient pas au repos, bien au contraire. Le manque de visibilité angoissait les hommes et les sons extérieurs ne les calmaient pas plus.

John devait en convenir. Même à l'aise sur un bateau, les sons étaient angoissants. Ne pas connaître les circonstances, ni le déroulement des opérations rendait l'atmosphère lourde.

Ils entendaient le bruit des avions alliés, revenant à leur base après un bombardement intensif de positions ennemies. Au bruit strident des avions de chasse repartant vers l'Angleterre, se mêlaient le bruit plus sourd des avions porteurs, ceux des parachutistes qui les suivaient à distance. Le vent, le bruit des vagues s'écrasant sur la coque, les hommes malades, gémissant ou pleurant et l'odeur de la poudre, de la peur et du sang furent les seuls souvenirs qui restèrent à John de la traversée et des jours qui suivirent.

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De l'opération en général, il ne savait plus rien. Il l'avait su, mais les urgences, les balles et les ordres se succédant avaient tout effacé. Il ne restait dans sa tête qu'une seule phrase, qu'un seul mantra : « Soigne-les pour qu'ils puissent rentrer à la maison. ». Il multipliait les soins, les interventions, sans même se préoccuper de lui. Il fallait que son officier médical en second lui fourre une ration dans la bouche pour qu'il consente à se nourrir. Il tombait d'épuisement, ne tenait que grâce à l'adrénaline mais il continuait.

Il soignait, soignait et soignait encore. Certains survivaient, d'autres non. Les épidémies se déclaraient, s'enraillaient avant de reprendre de plus belle. Il en vint à regretter sa paperasse. Dans son bureau, au moins, il n'entendait pas tous ces jeunes gens gémir de douleur devant le manque de médicaments. Et pour ce qui sembla être la millième fois de la journée, il ferma les yeux du soldat Caven, mort des suites de ses blessures et du manque de médicament.

Il se lava les mains, ordonna aux brancardiers d'emmener le corps, il avait besoin de la place. S'autorisant une minute de répit, il prit appui sur l'un des piquets de l'hôpital de campagne, se posa la main sur le front, espérant faire disparaitre la migraine qui le tenait depuis des jours. Sans résultat. Il avait besoin de médicaments, mais il n'était pas prioritaire, il n'était pas blessé.

L'infirmier en charge des admissions, lui posa une main sur l'épaule, le sortant de sa rêverie.

« -Un autre vient d'arriver Capitaine. »

John soupira en hochant la tête.

« -J'arrive »

Et il replongea dans le sang et l'horreur de la guerre à laquelle il avait voulu participé.

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Puis ce fut la percée de Normandie et la traversée du territoire français fut presque facile malgré les problèmes logistiques les ayant arrêté sur la Meuse. Les jours, les semaines et les mois se succédèrent jusqu'à ce qu'enfin, ils entrent sur le territoire Allemand puis Autrichien.

Les offensives ennemies, notamment celles des Ardennes, furent pénibles et les pertes lourdes. John ne comptait plus les pertes de leur côté. La moitié de sa division, décimée par une épidémie de tuberculose, avait été remplacée. L'équipage de son blindé, entièrement renouvelé, se composait à présent de très jeunes hommes. L'ainé n'avait pas plus de 20 ans.

John n'avait oublié les mots du Général Patton, et ne relâchait jamais sa vigilance. Mais après une année entière de service hors de son pays, son corps demandait un peu de répit, son esprit aussi. Trop de cris, de doutes et de pensées s'assaillaient. Il avait besoin de calme, de silence pour se remettre les idées en ordre.

Ce n'était pas pour tout de suite malheureusement. Il devait encore accompagner sa division vers le camp de Mauthausen afin de le libérer.

John était donc installé dans son blindé, la tête contre la paroi métallique, les yeux fermés essayant d'oublier pour un instant l'horreur de ses souvenirs. Il ignorait alors, qu'il y avait plus horrible encore, que les images de la guerre.

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Quelques précisions si vous le voulez bien :

Le discours du Général Patton, inclut dans ce chapitre, est le vrai discours (traduit) qu'il prononça avant le départ des alliés pour la Normandie.

L'arme de poing, Colt M1911, est une arme existante et utilisée durant la Seconde Guerre Mondiale. Après quelques recherches, j'ai opté pour celle-ci pour des raisons évidentes de stratégie. C'est un pistolet semi-automatique, plus adapté à mon avis, aux conflits de ce genre.

Le Char M24 Chaffee est également un modèle existant, mis en service durant la Seconde Guerre Mondiale. Son équipage est composé de cinq personnes : Un pilote, un co-pilote, un tireur, un chef de char et un chargeur. Il possède un canon sur la tourelle supérieure et trois mitrailleuses, deux à l'avant et une sur la tourelle. Son blindage fait 9.5 à 38 mm d'épaisseur et sa vitesse de 56 km/h au maximum.

Voilà, sur ces considérations techniques, je vous laisse, en espérant vous avoir distrait un moment et que cet écrit vous a plu.

Un petit commentaire peut-être ?

A Bientôt

Clélia