Que dire à propos de cette partie de l'histoire ? Rien ! Je ne sais pas comment finira ce chapitre, ni même quelle direction je prends. Je me laisse aller par le vent et la marée. La nature a toujours raison, laissons-la décider de ce qu'il adviendra de nos amis.
Dehors, il neige et 10 secondes après, le soleil brille. Drôle de temps, drôle de vie.
Vos remarques et vos commentaires m'ont rassérénée. J'aborde donc ce chapitre avec l'esprit un peu plus tranquille même s'il est toujours nébuleux. La sérénité que vous m'apportez est très appréciable. Je m'en vais donc vous répondre personnellement mais avant cela, je me lance dans un classement de mes textes suivant le nombre de visiteurs. Le trio de tête est composé, pour le mois de mars par : 1. « Somebody I shouldn't have to know » suivit de près par « Les bienfaits de l'absence » (je partage la paternité de ce texte avec Mangafana que j'embrasse en passant) et enfin « L'amour dans l'oubli » (très loin derrière mais il s'agit de mon premier vrai texte à chapitre, j'ai donc une tendresse particulière pour lui).
Je réponds donc à mes commentatrices (je suppose qu'il n'y a pas d'hommes dans le lot !)
Sasha : Tu sais que les auteurs sont de grands sadiques ? Et très franchement, je ne pouvais pas couper autrement. Je veux terminer mes chapitres plus ou moins de la même façon. Et j'avoue avoir été à cours d'idées à la fin de l'écriture. La segmentation de mon texte est aussi faite en fonction des images qu'il traite. Les images ici sont suffisamment fortes. En rajouter encore n'aurait pas rendu service à l'histoire, vous seriez resté sur ces images fortes et les autres seraient passés à la trappe. Non pas que je doute de votre capacité, à toutes, de passer d'une image à une autre, mais il m'est arrivé fréquemment de ne pas pouvoir apprécier une histoire car la succession d'images fortes empêchaient mon cerveau de se concentrer.
And Just Like That : Pour le chapitre 2 : J'ai longtemps hésité à couper le discours du Général Patton, je l'ai lu, relu et re-relu, coupé plusieurs fois et à plusieurs endroits différents. A chaque fois, j'avais l'impression d'enlever un élément essentiel. C'est pourquoi, je me suis contrainte à mettre l'intégralité. Cela apporte une certaine lourdeur, j'en conviens. Le but était aussi de vous mettre en situation. Voilà un homme que des milliers de soldats ont adulés et suivit les yeux fermés. Le fait même qu'il leur donne ordre de taire sa présence sur le front normand montre, à mon avis, l'emprise qu'il pouvait avoir sur la foule. Dans le bon sens du terme bien entendu ! Je voulais aussi vous monter la vision de la guerre pour certains généraux américains. En tant que femme, je trouve ce discours très agressif et surtout particulièrement injuste envers les hommes des deux camps qui n'ont pas choisis de se battre. Par ailleurs, ce discours est pour moi, autant de la propagande que la propagande hitlérienne. Il faut bien galvaniser les foules non ?
Chapitre 3 : Avant toute chose, je ne m'agace jamais de remarques pertinentes. J'apprécie que l'on prenne le temps de lire mes écrits avec autant d'attention. Cela montre un intérêt pour le thème et un respect pour l'auteur, je ne peux que t'en remercier. Tu n'es pas la seule à trouver le choix de AU incertain. J'en doute encore pour tout te dire, même si ce choix me parait de plus en plus judicieux aux vues des personnages. Pour ce qui est des fours crématoires, il est exact que peu de gens ait cru en ce genre de conditions de vie et à cette façon de faire. Il était peut-être hasardeux de m'avancer. Cela dit, je pense que, aux vues du nombre de personnes dans les quatre camps, même s'il s'agissait de camps de travail, était trop important pour envisager une autre solution pour les personnes décédées. J'aurai peut-être dû préciser qu'il ne s'agissait pas de four pour exterminer les prisonniers mais bien pour faire disparaitre les corps des personnes décédées dans le camp. Les fosses communes ont certainement été utilisées dans un premier temps, malheureusement, le manque de place a dû se faire sentir assez vite. La crémation est la solution à ce manque de place. Je vais creuser le sujet dès que j'aurai un moment, si je trouve la réponse, je t'en ferai part si tu le souhaites. Je ferai un petit point sur la population à Mauthausen-Gusen à la fin de ce chapitre.
Barjy02 : Ton enthousiasme me fait chaud au cœur, je te remercie de l'exprimer ainsi. Je remercie également ta curiosité de t'avoir sortie de l'univers de Supernatural. C'est également un monde merveilleux dans son interprétation des textes religieux. J'aime cette série. MAIS, je préfère Sherlock lol. Comme je l'expliquais dans le chapitre précédent, je peux difficilement faire sans repères chronologiques pertinents. Historienne je suis, historienne je resterai -). Ici, se trouve aussi la contrainte d'un évènement contemporain, très bien documenté et connu de tous, au moins dans les grandes lignes. Si je peux, en vous distrayant, vous apprendre également deux ou trois choses, je suis l'auteur la plus heureuse du monde. Merci pour le diamant brut, j'espère en faire un bijou qui te plaise. Je m'y efforcerai dans tous les cas !
Eliida : Ah l'école, quoiqu'on en dise, elle nous marque toujours ! Toi ce sont les panneaux autour du tableau noir, moi c'est mon professeur de CM2, qui faisait de l'Histoire, des histoires à raconter. C'est ainsi que j'imagine l'enseignement de l'Histoire. C'est aussi pour cela que je n'ai jamais voulu devenir professeur. J'aime les histoires d'Histoire pas l'Histoire des histoires. Et bien évidemment, il me reste ce reportage dont je parle dans le premier chapitre. Deux souvenirs différents qui m'ont montré que la manière de raconter l'Histoire était primordiale. Je continuerai ce texte et je le finirai aussi. Je détecte les choses inachevées. Je mettrai peut-être du temps, mais je le finirai, comme j'ai fini « Les bienfaits de l'absence ». J'espère que ce chapitre te plaira.
Glasgow : Ma bonne Glasgow ! Merci de ton soutien de la première heure. Je m'efforcerai de continuer dans cette veine et de ne jamais te décevoir.
Shiaru's judg : Je suis ravie d'avoir titillé ta curiosité, le résumé est volontairement nébuleux, pour vous attirer lol. Le général Patton est un homme comme on en fait peu, j'aime son côté rentre dedans. J'ai du mal à estimer ce que valent mes écrits, mais je suis heureuse que tu penses qu'il en valle plus. Si j'ai réussi à te glacer le sang, alors je suis arrivée à mes fins. YES ! Pour ce qui est de la recherche, je suis très attachée à la recherche documentaire et pour une période telle que la seconde guerre mondiale, il existe des tonnes de documents, j'aurai vraiment mauvaise conscience à ne pas m'en servir. Je suis historienne de l'art, mais historienne tout de même, c'est une déformation professionnelle chez moi lol. Pour ce qui est de l'exagération, surtout pour le gore, le gore pour le gore, je n'aime pas cela. C'est un sale période qu'il faut exploiter avec déférence et beaucoup de précautions et ne pas tomber dans le sensationnalisme. Bon chapitre !
Hier soir, j'ai regardé « Les petits mouchoirs ». C'est un film qui m'a bouleversé. Si j'arrive un jour à vous faire pleurer comme j'ai pleuré à la fin de ce film et à écrire une histoire d'amour aussi belle, j'estimerai que je suis arrivé à un niveau convenable dans l'art à auquel je souhaite me consacrer. Je suis tombé amoureuse de Benoit Magimel, évidemment, comment faire autrement devant ces yeux bleus ?
Je vous laisse sur ces mots et je vous retrouve en bas.
Enjoy
Clélia
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Chapitre 4
L'homme que John avait trouvé au fond de ce baraquement était anglais. Dans ces divagations, le médecin avait réussi à reconnaitre sa langue natale. Il aurait très bien pu être américain mais en écoutant attentivement, il avait définitivement opté pour l'Angleterre. Après tout, Londres était la capitale anglaise non ? L'homme, dans son délire, ne cessait pas de répéter qu'il devait rentrer à Londres. Les mots épars sortant de sa bouche parlaient de bijoux et de recherche, d'un garagiste et d'un lord. Tout cela n'avait aucun sens pour le médecin. La fièvre faisait son effet, mêlant le rêve et la réalité sous les boucles brunes.
Quand John avait voulu joindre son commandant afin de le prévenir de sa découverte et demander des renforts, l'homme avait attrapé son poignet, refusant de le laisser partir. Dans ce mouvement de désespoir, la maigre couverture qui couvrait le corps émacié avait révélé toute l'horreur de sa condition. L'homme avait subi plus de mauvais traitements que les autres. Son corps était une plaie béante. Partout, John apercevait des coupures, des bleus ou des signes d'électrocution. Pas un centimètre carré de la peau de cet homme n'avait été épargné, faisant de son corps un champ de bataille. Entre les cicatrices récentes et les blessures plus profondes que l'on avait recousues à la va-vite dans l'espoir que la vie ne s'en échappe pas, John voyait des signes flagrants d'infection bactérienne. Une coupure plus profonde que les autres à la hanche droite, laissait même entrapercevoir l'os du bassin.
John ferma les yeux. Il pensait pourtant avoir vu toutes les horreurs que le genre humain pouvait apporter à son prochain. Il avait tort. Réprimant un énième haut le cœur menaçant de lui faire rendre son dîner, il s'obligea à quitter le corps des yeux. Dirigeant son regard vers le visage du blessé, il fut surprit de croiser son regard. Les gémissements avaient cessé. Le prisonnier, dans un élan de lucidité, avait ouvert les yeux, prêt à affronter la réalité d'une existence de souffrance. Les yeux gris, nanti d'une étincelle de lucidité, se refermèrent doucement, le corps amaigri se détendit et la main crispée relâcha le poignet du médecin. Il n'était resté conscient que quelques secondes.
Le brun se remit alors à gémir, retombant dans son délire. John l'examina rapidement, estimant l'état d'avancement de l'infection et l'état général de son patient. Le diagnostic était très mauvais et les chances de survie, très faibles. Le manque criant de médicaments, même après l'arrivée de renforts et de matériel, allait poser problème.
Il devait impérativement le sortir de ce nid à microbes et le soigner le plus vite. Mais il était intransportable en l'état. Du moins, John ne pouvait pas le déplacer seul. Il avait besoin un brancard et de trois hommes au minimum. Posant sa main sur la joue brûlante de son patient, John lui glissa à l'oreille.
« -Je reviens au plus vite, ne vous affolez pas ! »
Estimant que cela n'était pas suffisant à le rassurer s'il venait à sortir de nouveau de son délire, il enleva sa veste et le recouvrit. Il espérait que la vue du vêtement le rassurait suffisamment pour qu'il ne recommence pas à s'agiter.
John sortit rapidement du baraquement, courant vers les anciens bureaux de commandement du camp. La 11ème division blindée s'était installée dans ces bâtiments, à l'écart des prisonniers. Les plus courageux prenaient de leur temps pour le passer avec les anciens prisonniers. La plupart se tenaient à l'écart depuis l'arrivée des renforts demandés par John et leur commandant. Les hommes avaient peur. Peur de ce qui s'était passé ici, de ce qui se passerait encore s'ils faisaient un faux-pas. Les réactions des anciens prisonniers pouvaient être très virulentes.
La division devait repartir vers l'Ouest dans les jours qui arrivaient, au grand soulagement de beaucoup. John resterai au camp, à sa demande, afin d'assurer la continuité des soins et de prendre la direction de l'évacuation des prisonniers. Le lieutenant Dewing, arrivé avec les renforts, prendrait sa place dans la division. John avait confiance en lui. Le jeune homme avait fait preuve de beaucoup de courage et d'ingéniosité pour soigner les plus touchés malgré le manque de moyen. Il était plus à sa place sur le front qu'ici, dans ce camp qui puait de désespoir et la mort.
John entra dans les quartiers américains en coup de vent, attrapa Collins, sa trousse médicale, trois de ces camarades occuper à jouer aux cartes dans la salle de repos et leur ordonna d'aller chercher un brancard.
Environ une minute après être rentré dans le bâtiment, John en ressorti, ses compagnons sur les talons. Il les entraina en courant vers le baraquement inoccupé, refusant de perdre une minute supplémentaire.
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L'équipe entra dans le baraquement, suivant John qui avait encore forcé l'allure. Il n'avait rien dit à ces compagnons, et ces derniers se posaient beaucoup de questions. John n'avait pas pour habitude de se précipiter ainsi, il n'utilisait que très rarement son grade et ne donnait jamais d'ordre. Souvent, il demandait et les autres obéissaient, sans broncher. Mais cette fois-ci, et pour une raison qui leur était inconnue, John avait hurlé des ordres, utilisant leur grade pour les appeler. Collins, qui le connaissait mieux que les autres, se demandait encore ce qui avait bien pu mettre le médecin dans cet état. Lui si réservé et pragmatique lui avait paru affolé.
Le médecin s'arrêta dans une glissade devant le lit du fond. Ces compagnons s'affolèrent, ils en avaient oublié un. Au fond, il y en avait encore un. Comment était-ce possible ? Pourquoi n'était-il pas sortit de son plein gré comme tous les autres ? Pourquoi n'avait-il pas compris que l'on venait le libérer ? Toutes ces questions trouvèrent une réponse quand ils se retrouvèrent devant l'homme. Inconscient, ne délirant pas, il semblait mort. Dans la précipitation, il avait certainement été étiqueté mort, puis, au moment où l'on était venu s'occuper des morts, une phase de délire avait dû faire penser que l'on s'occupait de lui. Et il avait été oublié. Dans la confusion, on l'avait laissé une semaine de plus dans cet enfer, sans vérifier s'il y avait encore quelqu'un dans le bâtiment.
John reprit le pouls du prisonnier, s'assurant qu'il était encore vivant. Le pouls était lent, très lent, trop lent.
« -Il est en très sale état. Il souffre de malnutrition, de déshydratation et de maltraitance. Ces blessures se sont infectées, il faut le transporter immédiatement dans une zone moins viciée, le plus propre possible.
-Dans le bâtiment des malades ?
-Non, il lui fait vraiment des conditions d'hygiène irréprochables. Il est malade et très contagieux. Je suspecte une septicémie. Il n'a pas sa place dans le bâtiment des malades. »
Collins regarda ses compagnons, où voulait-il le mettre alors ? Pas dans leurs quartiers tout le même ?
L'idée avait effleuré le médecin un instant. Mais il l'avait repoussé avec fermeté. Rien n'était suffisamment sain ici pour loger cet homme. John refusait pourtant de s'avouer vaincu. Il ordonna à ses camarades de mettre le prisonnier sur le brancard.
Toutes les précautions furent prisent pour qu'il bouge le moins possible durant le transport. John rajusta sa veste sur les épaules du brun. Malgré le temps clément, un vent de nord soufflait sur la vallée, rafraichissant l'air et faisant parfois frissonner les hommes.
Le médecin prit la tête du convoi, se dirigea vers le bâtiment de soins dévolu aux prisonniers les moins atteints. C'était suicidaire, aurait dit tout bon médecin. Mais John avait une idée. Ce n'était pas la plus lumineuse, mais au moins, son patient serait à l'abri de la plupart des maladies.
En entrant dans le bâtiment, suivit de ses camarades portant le brancard, il attrapa l'infirmière de garde.
« -Suzie, allez faire de la place dans mon bureau, dressez-y un lit de camp près de la fenêtre et faites préparer la salle d'opération. Nous allons avoir beaucoup de travail.
-Bien Docteur » répondit l'infirmière en haussant les sourcils s'interrogeant sur les intentions du médecin. Qu'allait-il donc faire de cet homme gémissant sur ce brancard ?
Elle préféra taire ses interrogations et obéir aux ordres. Elle avait été la cible de l'une des très rares colères de John et ne tenait pas à l'être de nouveau.
John demanda ensuite à ce que le brancard soit déposé dans un coin peu occupé de la pièce. Les anciens prisonniers les regardèrent passer avec curiosité. Il n'était absolument pas dans le tempérament du médecin d'être aussi sec. L'affaire devait être d'importance. Ivan, qui occupait le dernier lit s'empressa de se lever pour laisser sa place. L'autre avait l'air bien plus mal en point que lui.
En quelques jours, l'homme avait repris des couleurs. Malgré des cauchemars à répétitions, il avait calmé son anxiété auprès de John qui avait appliqué à ces patients le même traitement qu'à ceux qu'il avait laissé en Angleterre. La différence de langue avait été un frein les premiers temps mais ils avaient pourtant mis en place un langage basique fait de signes leur permettant de se comprendre en cas de problèmes. Pour le reste, John essayait de comprendre le Russe et Ivan, l'anglais. Bien sûr, la réhabilitation serait longue. Mais John avait bon espoir qu'il puisse reprendre une vie presque normale.
Il était vite ressortit de ces conversations, que la principale raison de l'enfermement de ces hommes était un désaccord politique. Parlant au nom de beaucoup de ces camarades, Ivan concentraient les questions. La plus fréquente étant celle du retour dans leur famille. Si famille il y avait encore. Là était la nébuleuse. On ne savait pas si les familles des déportés étaient encore en vie ou même si elles accepteraient de les accueillir. C'était un problème de plus à garder en mémoire. Mais pour le moment, John avait une autre priorité.
Le jeune anglais déposé dans le lit du Russe, John demanda à Ivan de faire écran de son corps. Il ne voulait pas que les autres patients s'inquiètent.
Le médecin enleva ensuite la veste qui recouvrait encore le prisonnier, la maigre couverture de chanvre et le pagne qui cachait l'intimité du prisonnier. Ivan gémit en découvrant le spectacle qui s'étalait devant lui. Cet homme avait vraiment été maltraité, bien plus que lui. Lui avait travaillé dans le mine, avait été frappé parfois, mais il souffrait surtout de malnutrition et de déshydratation. L'homme allongé sur son lit était l'un des sujets des expérimentations du médecin du camp. Il en était certain.
Professionnel, John pratiqua les premiers soins, il lava le corps blanc, palpant les côtes, découvrant que cinq d'entre elle étaient cassées. Deux à droite et trois à gauche. Il examina les ecchymoses, plus noires que jaunes, donc récentes. Toutes les articulations avaient soufferts, les genoux et les coudes avaient été forcés. Au point d'y laisser des entorses. Une cheville était fracturée, l'autre bien abimée. Les épaules avaient été miraculeusement épargnées malgré la présence d'énormes bleus. Frapper les clavicules était très douloureux. Il s'agissait bien là de méthodes d'interrogatoire barbares. Qui était donc cet homme ? Quels secrets gardait-il pour que l'on se soit acharné ainsi sur lui ?
John passa aux blessures de la chaire. De nombreuses cicatrices plus ou moins bien refermées montraient qu'il avait passé de nombreuses heures en présence de lames. John compta une dizaine de coupures sans gravité et six demandant des points de suture, dont celle qu'il avait déjà aperçue à la hanche.
Les plaies suturées à la va-vite devraient être ré-ouvertes afin d'attaquer les infections qui s'y développaient. Il faudrait découper les chaires abîmées et tenter de refermer cela de la manière la plus propre possible.
Ces diverses interventions prendraient des heures et John était déjà épuisé. Levant les yeux en entendant l'infirmière revenir, il se passa une main devant les yeux. La nuit allait être très longue. Il allait avoir besoin du second chirurgien de la base. Il ne pourrait pas opérer seul. Il n'était plus rentré dans un bloc depuis près de trois ans. C'était le Docteur Wallis, chirurgien à Londres, arrivé avec les renforts qui avait pratiqué toutes les opérations depuis la libération du camp.
« -Suzie ? » appela-t-il
« -Oui Docteur Watson ?
-Allez chercher le Docteur Wallis, je vais avoir besoin de son assistance au bloc. »
En voyant l'infirmière se diriger vers la sortie.
« -Suzie ? »
L'infirmière se retourna.
« -Verriez-vous un inconvénient à nous assister dans cette opération ? »
Le médecin semblait tellement fatigué, qu'elle n'eut pas le courage de lui refuser son assistance.
« -Ce sera avec plaisir Docteur. » répondit-elle en souriant.
Et elle s'en alla prévenir le Docteur Wallis.
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Comme John l'avait prévu, l'opération prit plusieurs heures. Le Docteur Wallis, un homme solide approchant de la cinquantaine l'avait assisté sans mot dire, constatant que ce cas touchait son collègue plus que les autres.
Vers trois heures du matin, John posa le dernier pansement, refermant la dernière plaie. Suzie, épuisée, commença à ranger les instruments, les préparant pour la stérilisation de demain. Ce soir, elle était beaucoup trop fatiguée. Elle salua les médecins et sortit du bloc. Son lit, voilà tout ce à quoi elle aspirait.
Les deux médecins installèrent leur patient dans son lit, sous la fenêtre du bureau de John. John le recouvrit, s'assurant qu'aucune plaie ne se soit rouverte lors de la manœuvre. S'asseyant au bureau du blond, ils poussèrent un soupir de soulagement.
« -Un remontant ? » proposa-t-il
« -Volontiers. »
John sortit une bouteille de whisky pur malt d'un tiroir de son bureau.
« -Il date d'avant la guerre, un cadeau d'un camarade de chambrée.
-Tant qu'il y a de l'alcool, tout me va ! » Répliqua son collègue en souriant.
John leur servit un verre à chacun et avala le sien cul-sec. Une grimace déforma son visage alors que l'alcool coulait dans sa gorge.
« -Un autre ? » proposa-t-il.
Wallis secoua la tête.
« -Non, je vous remercie John. »
Il tourna la tête vers leur patient.
« -Vous vous êtes battu comme un lion pour lui sauver la vie. Qui est-ce ? »
John soupira.
« Je l'ignore, je l'ai trouvé dans l'un des baraquement, gémissant sur son lit.
-Il est salement amoché, que croyez-vous qu'ils lui aient fait ? »
John porta de nouveau son regard sur le blessé.
« -Je ne sais pas. Cela ne ressemble en rien à ce que nous avons traité jusqu'à présent. Les autres ont été affamés, privés d'eau et maltraités. Mais cela n'allait pas au-delà des coups. Pourquoi lui avoir fait subir cela ? Je veux dire… Qui est-il pour que l'on se soit acharné ainsi sur lui ? »
Wallis ferma les yeux.
« - Nous aurons certainement des réponses à son réveil. »
Le blond secoua la tête.
« -S'il se réveille. » Répliqua le blond.
Il n'était pas d'un naturel pessimiste mais l'état de santé de son patient le préoccupait. Ni Wallis ni lui ne savait s'il se réveillerait un jour. Ils se perdirent un moment dans leurs pensées, laissant la pression redescendre et la fatigue s'installer.
« -Pourquoi ici John ?
-Hm ?
-Pourquoi le garder ici, dans votre bureau ? »
John releva les yeux vers son collègue.
« -Je ne voyais pas où le mettre d'autre… Il est trop… Les autres locaux sont… »
Il ne termina pas sa phrase. Il se sentait coupable, coupable de l'avoir laissé sur son lit une semaine supplémentaire. Il n'était pourtant pas responsable de l'évacuation de ce bâtiment. Mais il se sentait coupable tout de même.
John posa les coudes sur son bureau, se prenant la tête dans les mains.
« -Vous n'êtes coupable de rien John. Dans la confusion, et vu son état, il était facile de le croire mort. Vous l'avez sauvé, concentrez-vous sur ça, uniquement sur ça. Il va avoir besoin de vous, il va avoir besoin de votre méthode de soin et de votre écoute. »
John hocha la tête.
« -Et si vous vous sentez encore coupable, trouvez votre rédemption dans les soins que vous lui apporterez. »
Le blond resta silencieux.
« -J'imagine que vous allez rester ici. » continua la plus vieux.
John hocha la tête.
« -Je vais donc dormir. Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver.
-Merci Edward et bonne nuit.
-Bonne nuit John. »
Le médecin sortit en refermant doucement la porte.
John rangea la bouteille et les verres dans son tiroir. Il les laverait plus tard. Le brun ne se réveillerait pas avant plusieurs heures. La dose de sédatif qu'ils lui avaient administré aurait endormi un éléphant. Il pouvait aller faire le tour des dortoirs en toute tranquillité.
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Il marcha entre les lits, remontant une couverture là, soufflant une chandelle ici. Il commençait à connaitre ses patients, il savait quand éteindre les bougies et quand les laisser allumer. Beaucoup ne supportaient plus de noir : souvenirs des punitions que les kapos leur infligeaient.
Arrivant près du lit d'Ivan, il remarqua que l'homme était toujours éveillé, les yeux fixant le plafond.
« -Ivan ? »
L'homme s'arracha à sa contemplation et sourit en apercevant le médecin assit sur son lit. Le slave tourna la tête vers le bureau du médecin, des interrogations dans les yeux.
« -Il va bien. » Répondit le médecin en levant un pouce.
« -Spassiba John. »
John fronça les sourcils.
« -Merci pour quoi ? »
Ivan se contenta de sourire en lui serrant la main.
«-Spassiba. »
Puis il retourna à la contemplation du plafond, ses yeux se fermant progressivement sous l'assaut du sommeil. Il avait veillé jusqu'à la ronde de John, il voulait savoir comment allait le prisonnier. Maintenant qu'il était rassuré, il pouvait se laisser aller, dormir.
John remonta la couverture sur les épaules de son ami et s'en retourna à son bureau.
Le blessé n'avait pas bougé et le médecin se prépara à veiller. Il s'installa sur son fauteuil, se recouvrit de sa veste et commença sa veille. Le sommeil le cueillit sans qu'il s'en rende compte.
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Encore des petites précisions :
Le camp de Mauthausen était un camp qui utilisait les déportés comme main-d'œuvre. Parmi les camps annexes se trouvaient des carrières, des fabriques de munitions, des mines, des usines d'armement et d'assemblage d'avion.
Bien que Mauthausen-Gusen ait été principalement un camp de travail pour hommes, un camp pour femmes fut ouvert à Mauthausen en septembre 1944 avec des prisonnières issues d'Auschwitz. Par la suite, la majorité provenait des camps de Ravensbrück, Bergen-Belsen, Gross-Rosen et Buchenwald. Juste avant la libération du camp, les statistiques concernant les moins de 20 ans faisaient état de 5 809 civils, 5 055 prisonniers politiques, 3 654 juifs et 330 prisonniers de guerre soviétiques.
Comme les Allemands ont détruit une grande partie des documents administratifs et donnaient souvent aux nouveaux prisonniers qui venaient d'arriver les matricules des morts, le nombre exact des morts à Mauthausen est impossible à calculer.
Du fait de ces sources parcellaires, le nombre de morts dans le complexe concentrationnaire de Mauthausen-Gusen varie considérablement de 122 766 et 320 000. Le nombre de 200 000 est également fréquemment donné. Les historiens avancent le nombre de 55 000 à 60 000 morts pour les quatre camps principaux de Mauthausen et Gusen I, II et III. De plus, 1 042 prisonniers moururent dans les hôpitaux de campagne américains après la libération des camps.
Sur environ 320 000 prisonniers qui furent internés dans le complexe de Mauthausen tout au long de la guerre, seuls 80 000 survécurent.
Ouf …
J'en ai bavé des ronds de chapeau, je vous le jure.
Je pensais y intégrer la scène de réveil mais cela n'allait pas dans la ligne temporel que je le suis fixé. Le réveil sera donc pour le prochain chapitre.
Pardonnez les fautes d'orthographe restante.
Je vous laisse jusqu'au prochain chapitre.
Je vous embrasse
Clélia
