Nouveau chapitre et je ne sais toujours pas où je vais. Mais j'y vais !

Vera Spurnes : Je te remercie pour le tuyau, j'irai voir cette série d'épisode dès que j'aurai un moment. C'est toujours très intéressant. Ce n'est pas particulièrement une période de l'Histoire qui m'intéresse mais je pense qu'il ne faut pas oublier. Même si je ne vais pas jusqu'à ce que proposait Monsieur Sarkozy, je pense qu'il faut quand même garder cette période en mémoire. Je me documente, c'est vrai mais internet est tellement pratique. J'ai une question : Tu veux que je te fasse une commande de mouchoirs ? Voilà la suite, j'espère qu'elle te plaira.

Guest : Merci de ton commentaire, je vais m'efforcer de faire aussi bien pour le chapitre suivant. Je te remercie également de faire partager ma fic.

Bargy02 : L'intention n'était pas vraiment de donner une leçon d'histoire mais si cela te convient, alors je continuerai à t'apprendre des choses.

Sasha : Il va les ouvrir, il va les ouvrir ! Il suffit de lire le chapitre qui arrive !

Marie-Claude : Merci pour le compliment, cela me touche beaucoup. J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances.

The Ice Cat : Et oui, enfin la rencontre. Mais il fallait bien planter le décor non ? Je ne connais pas la chanson dont tu parles. Et j'avoue ne pas vraiment aimer l'artiste non plus mais j'irai voir, par curiosité.

Supersolanea : Je suis très fière d'être la première auteur de fic historique en français que tu lis (Pas sûre que ce soit français ce que je viens d'écrire). Pour le Hurt/Cnfort, je vais en mettre, mais pas trop, enfin j'espère. Voici le chapitre suivant.

Glasgow : Répète-toi autant que tu veux, j'adore ça. Et j'adore te faire adorer chaque chapitre que je publie. C'est aussi beaucoup de pression, je ne le cache pas. Parce qu'il faut faire mieux, voir aussi bien que le précédent. La barre étant déjà très haute, c'est difficile. Tu trouves le propos dur et brutal, c'est ce que je voulais. Je voulais marquer. Je ne voulais pas une fic à l'eau de rose parce que c'est tellement évident, que l'on connait souvent la fin avant même d'être arrivé à la moitié. Attention, je ne dis pas que ce n'est pas agréable à lire, mais j'ai souvent envie d'autre chose. Et puis la facilité, c'est bien, mais où est le défi là-dedans ? Je suis une fille difficile, il me faut donc un sujet difficile, sinon quel intérêt ?

Jeananas : Merci pour ton enthousiasme, je vais m'efforcer de faire aussi bien pour ce chapitre.

Ayaa80 : Tu as demandé la suite ? La voilà !

Deux petites choses avant de commencer ce chapitre. J'ai suivi le conseil de And Just Like That et j'ai commencé le Roman de Robert Merle « La mort est mon métier », j'ai également revu la série de documentaire « Apocalypse, la seconde guerre mondiale ». Autant dire que je bouffe de la guerre toute la journée. Je me suis rendu compte en les revoyant que j'avais fait quelques erreurs dans le premier chapitre, j'y reviendrai peut-être un peu plus tard.

La deuxième chose, c'est un ami que j'aimerai remercier pour sa définition de mon métier d'historienne. Il a dit : « Les historiens sont les dépositaires volontaires de l'Histoire du Monde. » C'est une jolie définition non ?

Je rappelle que je ne fais l'apologie d'aucun régime quel qu'il soit. Je suis athée et apolitique, ce qui me permet de jouer avec les idées sans me prendre la tête et sans problème de conscience. S'il m'arrive d'aller trop loin, vous m'en voyez désolée. Je compte sur vous pour me le faire remarquer et je m'efforcerai de me corriger afin que cela convienne à tous.

Bonne lecture

Bises

Clélia

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Chapitre 5 :

Les bruits du matin, étouffés par les murs du bureau, réveillèrent John. Les soldats, dans la cour, faisaient leurs exercices matinaux. Au loin, le médecin entendit des tirs de fusils. Ses compagnons s'entrainaient, en vue de leur départ vers l'Est.

Dans la semaine, ils devaient dégager la route de ses barrages anti-char, puis contrôler les véhicules, qui avaient souffert du manque d'entretien et se préparer au départ. La semaine qui les attendait allait être longue et John se dit qu'il allait devoir traiter d'autres types de blessures d'ici leur départ. Il sourit faiblement en se redressant. Cela le changerait des blessures psychologiques.

Il se frotta les yeux, chassant les nuages qui lui embrumait le cerveau. Son patient était toujours endormi, trouvant certainement dans l'inconscience, un soulagement à ces douleurs.

Le blond se leva, s'étira, dénouant les nœuds de ses épaules. Il réenfila sa veste et s'approcha du brun.

Il prit ses constantes, vérifia le pouls et les pupilles. Tout allait bien. Il n'y avait pas d'obstacles à son réveil. La dose de sédatif avait peut-être était un peu forte. Mais aux vues des blessures, la douleur serait tellement intense qu'il valait mieux qu'il dorme.

La fièvre avait baissé, l'infection régressait. Ses jours n'étaient plus en danger. Médicalement parlant du moins.

John appréhendait un peu le réveil. Car si médicalement parlant, il avait fait de son mieux. La partie psychologique allait être ardue.

Il ne savait toujours pas à qui il avait affaire. Rien ne distinguait cet homme des autres prisonniers. La seule différence était la violence de traitement et les cheveux. Ce prisonnier, contrairement aux autres, n'avait pas les cheveux rasé. Pourtant tous les prisonniers étaient rasés. D'après les premières informations qu'il récoltait, ils étaient tondu dès leur entrée dans le cas et régulièrement ensuite. Sous disant pour éviter les poux.

John grimaça. Pour éviter les poux, tu parles ! Toute la population du camp était infectée. Il y avait des poux partout, même dans les lits. Les vêtements, bien que lavés, avaient été infectés. Toutes les précautions avaient été prises et tout le monde était prudent. Pourtant, la contamination continuait. Il faudrait trouver une solution rapidement. Il était impensable de laisser ces gens partir avant d'avoir éradiqué cette infestation.

John avait espéré trouver un matricule à l'intérieur du poignet du blessé. Mais cette méthode ne semblait pas avoir été employée dans le camp de Mauthausen. L'armée rouge, qui avait libéré le camp d'Auschwitz, n'avait pas eu ce problème d'identification. Chacun portait un matricule à l'intérieur du poignet gauche qui le reliait à une fiche dans les archives du camp. A un numéro correspondait un homme et tout le monde avait pu être identifié.

Ici, il fallait attendre le bon vouloir des déportés. John avait commencé un système de dossier, comportant toutes les informations qu'il avait acquis sur les prisonniers ainsi que sur les blessures et les traitements associés. Il espérait pouvoir attribuer, à chacun de ces patients, la fiche lui correspondant afin de faire suivre le dossier médical de chacun au nouveau médecin qui le prendrait en charge.

John ne se faisait pas d'illusions pourtant. Son petit système, même s'il était pratique, ne permettrait pas de soigner convenablement les dizaines de milliers de personnes dont il avait la charge. Les hommes, trop affectés par leur séjour dans le camp, ne supportait plus d'être catalogués. Il fallait à tout prix les nommer par leur prénom et ne jamais chercher à les faire entrer dans une case. Ce qui était bien difficile compte tenu de la situation.

John poussa un soupir de découragement. Une nouvelle journée s'annonçait et il présentait qu'elle serait aussi, voire plus dure que les autres.

Sortant silencieusement de son bureau, il alla faire le tour de ces patients. Tous étaient réveillés, beaucoup s'étaient levés. Les quelques forces qu'ils avaient récupérées leur permettait de faire le tour du dortoir, de la cour attenante parfois. Mais toujours sous la surveillance d'une infirmière.

John se donnait parfois l'impression d'être un kapot surveillant les prisonniers. Mais ils ne pouvaient pas faire autrement. Tout à leur bonheur d'avoir été libéré, les déportés présumaient souvent de leur forces. Il n'était pas rare de les voir s'effondrer dans la cour, épuisant leur maigre réserve d'énergie.

Malgré l'envie qu'ils avaient tous de leur donner autant à manger qu'ils le désiraient, John avait interdit les orgies de nourriture, rationnant chacun en fonction de son degré de dénutrition. Les déportés pouvaient boire de l'eau autant qu'il leur plaisait mais recevait de la nourriture avec parcimonie. Aux gens qui s'interrogeaient de ce procédé et le trouvait barbare, il répondait calmement que le corps de ces malheureux ne devait pas être réalimenté trop vite, sous peine de les voir mourir. La richesse de certains aliments ne pouvant être supporté par leur corps privés depuis trop longtemps de nutriments.

Les anciens prisonniers avaient compris le résonnement du médecin. Et l'exemple de l'un de leur camarade mourant sous leurs yeux d'avoir trop mangé leur avait servi de leçon. Ils se laissaient faire, incapable de doser par eux-mêmes la juste quantité de nourriture qui leur convenait.

John passa entre les lits, adressant un mot à chacun, s'assurant bien de prononcer le prénom de chaque personne au moins une fois. C'était important.

Les déportés se laisser faire, accordant au médecin la maigre confiance qui leur restait.

Il réévalua l'état de santé de quelques-uns, Suzie, qui avait pris son service peu de temps avant lui, le suivait et notait les ajustements de traitement de chacun. Plus de ceci pour l'un, moins de cela pour l'autre. John auscultait, soignait, refaisait les pansements avec une patience admirable.

Suzie lui enviait souvent cette patience et ce masque de détachement qu'il portait en permanence. Bien souvent, elle voulait hurler face à ce qu'elle voyait. Plus d'une fois, elle avait voulu fuir ces baraquements et ces malades qui lui rappelaient qu'elle était née libre et n'avait jamais eu à subir cela. Elle puisait dans le calme et le courage du médecin pour accomplir sa tâche.

Elle avait eu une conversation avec lui un soir. Elle lui avait expliqué ses états d'âmes et la manière dont elle voyait les choses. Elle lui avait raconté son enfance et ses blessures. John l'avait écouté avec beaucoup d'attention et lui avait confié, à son tour, ses tourments. Cette discussion avait été bénéfique pour les deux, les amenant à se comprendre sans se parler et à parfois devancer les attentes de l'autre. Ils fonctionnaient en symbiose, rendant les soins efficaces et précis.

John prenait plaisir à enseigner à son infirmière les méthodes de soins qu'il avait expérimenté en Angleterre et Suzie se révélait être une élève douée. Elle avait bien comprit que la guérison des hommes ne passait pas uniquement par la guérison physique mais aussi par une guérison psychologique, qui était beaucoup plus longue à obtenir.

Leur routine était toujours la même. Ils commençaient par faire le tour des malades, soignant les corps et réajustant les traitements, puis chacun allait déjeuner avait de passer l'après-midi auprès des hommes qui en avait le plus besoin. Chaque patient avait sa préférence. Suzie était douce, parfois câline et toujours de bonne humeur, cachant sous son sourire les effets de l'horreur qu'elle entendait. John était plus réservé mais tout aussi à l'écoute. Son apparent détachement donnait la force à quelques détenus de parler.

Quand l'un d'entre eux avait du mal à comprendre les propos de leur patient, ils appelaient Ivan, qui en quelques jours, avait retrouvé la pratique de l'anglais, apprit à l'université de Moscou.

La communication était beaucoup plus facile, même si parfois, la présence du russe mettait les autres mal à l'aise.

Ivan était un homme grand, plus grand que la moyenne, ses cheveux rasés laissaient apercevoir une couleur grise. Ses deux yeux vert et perçant voyaient tout et lisaient dans l'esprit de ces camarades. Il ne connaissait pas son âge exact mais cela n'avait pas d'importance. Il était vivant et il était libre à présent. John et Suzie avaient appris la raison de sa déportation le premier jour. Il avait été enfermé à Mauthausen en raison de son homosexualité.

Il avait longtemps porté le triangle rose. L'usure de ces vêtements et le travail à la mine en avait eu raison et lui avait épargné de trop longues humiliations. Quand le triangle n'avait plus été visible, les kapots et les prisonniers avaient cessé de le maltraiter. John comprit plus tard que les homosexuels se situaient en bas de l'échelle du camp. Ils étaient les souffre-douleurs des prisonniers et les jouets préférés des kapots. Quand John avait poussé l'interrogatoire plus avant, Ivan haussa les épaules et changea de sujet. Il ne voulait pas en parler. Il avait perdu l'amour de sa vie dans ce camp, point barre. Le médecin savait qu'un jour, il devrait l'amener à parler. Mais aujourd'hui, il avait bien trop besoin de lui pour lui infliger cela.

Quelque part, John se sentait coupable de ne pas le pousser à se confier. Mais l'homme était têtu et se dérobait à chaque début de conversation sur ce sujet. Le blond ne pouvait rien faire. Il fallait laisser au russe le temps de venir vers lui. Il n'y avait pas d'autres solutions.

A la fin de la journée, John et Suzie débriefaient, en présence d'Ivan souvent. A travers les histoires des uns et des autres, ils s'étaient rendu compte que la durée de vie dans le camp ne dépassait pas six mois. Au bout de trois, les hommes étaient déjà tellement épuisés qu'ils mourraient sous les coups de kapots quand ils ne mourraient pas de faim ou d'épuisement. Les plus résistants survivaient trois mois supplémentaires mais leur fin était encore plus horrible que celles de leurs compagnons d'infortune.

John et Suzie avaient dressé une liste des méthodes d'éliminations dans le camp. Et plus cette liste s'allongeait, plus ils avaient envie de vomir. Les Kapots tuaient leurs prisonniers pour leur distraction. Et cela n'améliora pas l'opinion qu'avait John envers sa propre espèce.

Aujourd'hui, leur routine avait un peu changée. Ils travaillaient toujours ensemble mais John s'imposait de fréquent aller-retour vers son bureau afin de surveiller son patient. Suzie, agacée par son comportement avait fini par dépêcher une infirmière afin qu'elle le garde à sa place et qu'elle le prévienne en cas de réveil.

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La journée passa, sans signe de réveil de la part du blessé. John remettait à jour les dossiers de ces patients, jetant de temps à autre un coup d'œil au jeune homme. Son inconscience le perturbait. La dose de sédatif qu'il lui avait administré après son opération n'était pas suffisamment forte pour le maintenir dans cet état aussi longtemps. Il y avait autre chose.

Le médecin se mit à craindre une commotion avant de se rappeler de son premier diagnostic. Les coups à la tête n'avaient pas été très violents. On lui avait certainement administré des gifles, peut-être quelques coups de poings mais cela n'allait pas au-delà. Rien qui pouvait engendrer une commotion suffisamment forte pour le maintenir dans l'inconscience aussi longtemps.

John lui refit une série d'examens. Il alla même jusqu'à pincer le bras de son patient.

C'est à ce moment qu'il obtint une réponse. L'homme malgré l'inconscience, réagissait en se protégeant de la douleur, c'est-à-dire en la fuyant. Il avait bougé le bras, l'éloignant de la source de douleur.

Sous les paupières closes, il vit les yeux bouger. Peut-être se réveillait-il ? Les questions de John se succédaient mais il ne trouva aucune réponse. D'après ses nouveaux tests et s'il ne se réveillait pas dans les heures qui arrivaient, cela signifierai un coma de stade II. Pas irréversible, mais incompatible avec sa présence dans le bureau. Si ce diagnostic se confirmait, John devrait le transférer dans un dortoir et l'attacher à son lit afin qu'il ne se blesse pas dans ces périodes de semi-conscience.

En y réfléchissant bien, son patient devait déjà être dans un coma plus léger quand il l'avait trouvé. Les soins et la douleur avait dû l'aggraver, protégeant ainsi l'esprit du patient de la réalité.

John ne savait pas s'il devait en être heureux ou contrarié.

Il voulait juste savoir. Il voulait savoir le qui, le comment et le pourquoi. Il voulait tout savoir de cet homme dont il n'avait aperçu les yeux qu'une fraction de seconde.

John soupira en caressant les boucles brunes.

« -Au moins, vous êtes vivant. »

Le blessé s'agita, tournant la tête de droite à gauche, cherchant à fuir cette main qui le câlinait.

Ce que John ne savait pas, c'était que sous ces paupières fermées et ces boucles qu'il affectionnait, un cerveau tournait à toute allure.

Non, il ne voulait pas, il ne voulait plus. Qu'on le laisse tranquille, il ne dirait rien, il n'avait rien à dire. Il ne trahirait pas. Alors qu'on le tue, maintenant, ils n'obtiendraient rien de lui, jamais !

Mais la main s'accrocha, caressant de nouveau ses cheveux.

Qu'elle était cette nouvelle forme de torture ? La torture par la caresse ? Qu'avaient donc encore inventé ces imbéciles de kapots ? Il pensait vraiment qu'il allait parler ? Il pensait vraiment que la tendresse serait le moyen de lui faire cracher le morceau ?

Décidemment, ils manquaient cruellement d'imagination !

Le brun bougea un peu plus et gémit.

Aaaaah ! Que cela faisait mal. Il ne pouvait pas bouger, toutes ces articulations étaient bloquées. Qu'était-ce donc que ce nouveau supplice ? Le supplice de la planche c'est ça ? Ils allaient lui mettre la tête dans un tonneau plein d'eau ? Allaient-ils le noyer ? En avaient-ils assez de son silence ? Renonçaient-ils aux informations qu'il possédait ? Il aurait ri s'il avait pu. Décidément, il était entouré d'idiots incapables.

Tant mieux, se dit-il, au moins, il allait pouvoir se reposer. Pour l'éternité certes, mais au moins, les douleurs cesseraient.

Mais les douleurs ne cessaient pas et il s'aperçut vite qu'elles étaient moins vives. Il fit le tour de son corps. Ses articulations étaient maintenues certes mais dans une position naturelle. La douleur, sa vieille compagne, lui avait laissé du répit à ce niveau-là. Elle était présente, mais elle n'était pas aussi forte que la dernière fois. Il sentait une pression sur son torse. Pas une pression désagréable non, une délicieuse pression, qui l'empêchait de prendre de grandes respirations mais qui diminuait la douleur de sa poitrine.

La main lui caressait toujours le front, distillant sa tendresse dans les boucles brunes qu'il savait en désordre mais toujours présentes malgré les règles strictes du camp.

Cette main était-elle celle qui l'avait soigné ? Appartenait-elle à l'homme qu'il avait aperçu la dernière fois qu'il avait ouvert les yeux.

Cet homme. Cet homme lui avait parlé. Qu'avait-il dit ? Il ne savait plus. Il fallait qu'il parle encore. Il fallait qu'il sache. Il devait savoir.

Et comme pour répondre à sa demande silencieuse, John lui parla.

« -Réveillez-vous, ils sont parti. Ils ne reviendront plus, je vous le promets. Mais réveillez-vous, s'il vous plait ! »

De l'anglais ? Cet homme parlait l'anglais ?

Il analysa l'accent. Il n'y en avait pas. Cet homme était donc définitivement anglais. De quelque part du côté de Londres. A bien y écouter, il entendait aussi une pointe d'accent du Sud.

La Cornouaille ? Pas à l'origine. Un long séjour alors. Que faisait-il là ? Aucun médecin n'était anglais ici. Il n'y avait que des Allemands.

Avaient-ils été libérés ?

L'espoir s'alluma au creux de son ventre. Les alliés étaient arrivés jusqu'à eux ?

Il devait en avoir le cœur net. Il devait ouvrir les yeux. Même si cela signait la fin de sa tranquillité et la reprise des tortures. Il devait savoir.

John sentit l'homme s'agiter un peu plus, sortant de son inconscience.

« -Ouvrez les yeux ! Tout va bien ! Je suis là. »

L'homme se débattait contre les brumes de l'inconscience. Il essaya de soulever les paupières mais en fut incapable.

Certain maintenant que son patient était réveillé, John examina rapidement son visage. Souriant à sa propre bêtise, il lui glissa à l'oreille.

« -Vos yeux ne vont pas s'ouvrir tout de suite, ne forcez pas. Attendez-moi, j'arrive pour vous aider. »

Et il partit vers la pharmacie la plus proche. Il attrapa rapidement des compresses stériles et du sérum physiologique.

Il revint rapidement auprès de son patient, s'agenouilla et déposa plusieurs gouttes de sérum sur les paupières de son patient.

« -Vos paupières sont collées par la chassie. Ce n'est rien, je vais nettoyer cela et vous pourrez ouvrir les yeux. Laissez-vous faire. »

Le médecin nettoya doucement les paupières de son patient, enlevant avec précaution les sécrétions qui empêchaient les paupières de s'ouvrir.

Le patient ne se força pas à ouvrir les yeux, laissant le médecin le soigner.

Quand John eut terminé, il jeta les compresses et referma la bouteille de sérum physiologique. Il retourna vers son patient en remarquant qu'il n'avait toujours pas ouvert les yeux.

Il se remit à genoux à côté du brun et reposa sa main sur son front.

« -Vous pouvez ouvrir les yeux, si vous voulez. »

Le jeune homme obéit. John garda les yeux rivés sur le visage de son patient, impatient de revoir les yeux gris qu'il avait aperçu deux jours avant. Quand enfin il plongea dans les yeux de son patient, il sourit.

« -Bonjour. » dit John sans cesser de sourire.

Le brun ouvrit la bouche pour répondre. Mais aucun son n'en sortit. John y posa un doigt, le faisant taire avant qu'il n'ait pu parler.

« -Je vous amène un verre d'eau tout de suite. »

John sortit précipitamment et revint tout aussi vite, un verre à la main.

Il s'empressa de le présenter aux lèvres de son patient qui en but goulument la totalité.

« -Voilà, ça ira mieux. »

Il posa le verre à côté de lui et se replongea dans les yeux de son patient.

« -Re-bonjour.

-Bonjour. »

La voix du brun était éraillée à force de cris et de longs silences, mais il parvint à poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« -Qui êtes-vous ?

-Je suis le Docteur John Watson, médecin chef de la 11ème division blindée de la troisième armée américaine.

-Vous êtes venus nous libérer ? » Demanda le brun.

« -Oui, nous sommes arrivés il y a un peu plus d'une semaine. Quel est votre nom ? »

Le brun sembla un instant perdu avant de répondre.

« -Sherlock Holmes. » Répondit-il.

« -Enchanté de faire votre connaissance Monsieur Sherlock Holmes. » Dit John.

Le brun sourit.

« -Merci.

-De quoi ? De vous avoir soigné ? C'est mon métier vous savez.

-Je sais. »

Les deux hommes restèrent un moment ainsi, John à genoux à côté du lit de camp, les yeux plongés dans ceux de son patient, allongé sur son lit.

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Et voilà, il est réveillé !

Encore des précisions historiques :

Lors de la libération des camps, la nourriture est arrivée après quelques jours. Les déportés n'avait pas vu autant de nourriture depuis des semaines. Ils n'avaient, généralement, qu'un quignon de pain par jour. L'afflux de nourriture fut fatal à certains d'entre eux. Leur corps n'était plus habitué à manger des choses aussi riches.

Les déportés mourraient de différentes manières à Mauthausen : Ils mourraient de faim ou à la suite de mauvais traitements, mais ils étaient aussi le sujet d'expériences médicales ou alors on les faisait sortir du camp et on leur ordonnait de courir. Les gardes leur tiraient alors dessus, arguant qu'ils essayaient de s'enfuir. Ceci n'est pas une liste exhaustives des nombreuses façons de décéder dans un camp de concentration mais il y en a tellement que j'en fais encore des cauchemars.

Sur tous les camps de concentration existants à l'époque, seul les camps dépendant d'Auschwitz utilisé le marquage sur la peau. Les gardiens tatouaient le matricule à l'intérieur du poignet, souvent, gauche du déporté. Les prisonniers perdaient alors leur identité et n'était plus que des matricules. C'est un moyen de dépersonnalisation.

Dans tous les camps, le système de marquage sur vêtement était le même. L'étoile de David jaune était attribuée aux personnes de confession juive.

Le triangle rose était attribué aux homosexuels allemands d'abord puis a été généralisé à toutes les nationalités.

Le triangle marron est pour les tziganes.

Le triangle rouge était attribué aux prisonniers politiques. L'initial de leur pays d'origine est marqué dessus…

Voilà, vous avez les premiers, il y en a d'autres. Allez-vous renseigner, c'est vraiment écœurant.

J'espèce que ce chapitre vous a plu. Et je vous retrouve au suivant.

Vous pouvez me laisser un commentaire, j'y répondrai avec plaisir au début du prochain chapitre.

S'il reste des fautes d'orthographes, je m'en excuse par avance.

A bientôt

Clélia