Me revoici !
Cette fois pour un chapitre plus petit (reprise du travail oblige) et centré, comme demandé par la majorité d'entre vous, sur Ivan.
J'aborde ici le sujet de l'homosexualité dans les camps. Ce sujet étant très peu documenté encore aujourd'hui, je m'efforce de combler les vides en imaginant. J'espère ne pas être trop à côté de la plaque.
Je ne fais l'apologie d'aucun régime dans ce texte, je me sers uniquement de faits historiques avérés afin d'en faire la toile de fond de mon histoire. Je suis apolitique et agnostique, je ne vois donc aucun mal à manipuler les idées et les croyances tant que cette manipulation ne porte pas atteinte à la dignité de chacun.
Réponse aux reviews :
Eliida : J'aime aussi connaitre le contexte de création d'une fic et j'ai trouvé cela drôle de vous montrer comment je travaillais. Ce chapitre se concentre sur Ivan. Même si le personnage ne te plait pas trop, je te conseille quand même de lire ce chapitre, il est important pour la contextualisation mondiale de la guerre. Il donne aussi un point de vue extérieur (très minime je l'avoue) sur la relation qu'entretiennent John et Sherlock. Bonne lecture.
Clina9 : C'est vrai que Sherlock n'est pas au meilleur de sa forme. Nous lui pardonnerons donc ce petit instant de faiblesse déductive. Ce chapitre est un peu décalé de l'histoire des anglais puisqu'il touche à l'histoire russe. Mais j'espère que tu aimeras quand même.
Marie-Claude : Après le tapis, tu risques l'extinction de voix à crier comme ça ! Voilà le chapitre suivant. Ne soit pas trop déçue, il manque cruellement de Johnlock !
Barjy02 : Mes petites précisions historiques ont pour but de vous faire approfondir un peu le sujet en le sortant du contexte de la fic. Je cherche surtout à vous montrer que ce que j'écris n'est pas si loin de la réalité et qu'au final, il n'y a pas besoin d'avoir beaucoup d'imagination pour créer des contextes horribles. Il suffit de regarder 60 ans en arrière. Il se trouve aussi qu'habitant de Nord et ayant fait des fouilles archéologiques durant mes années d'études, je suis confrontée à la guerre tous les jours. Avant d'attendre les niveaux médiévaux lors de fouilles, il faut d'abord passer par des charniers des deux guerres mondiales. Charmant !
Ryokushokumaru : Il est vrai que le contexte est difficile, mais j'aime tellement la difficulté que je ne pouvais pas passer à côté. Je suis heureuse que tu suives quand même la publication malgré tes réticences. Voilà la suite qui est un peu …. HHP (hors histoire principale) mais qui la rejoint à la fin.
Glasgow : Voilà, puisque tu avais hâte, Ivan arrive avec son histoire. J'espère vraiment ne pas te décevoir. Bises.
On se retrouve en bas.
Bonne lecture.
Magdaline.
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Chapitre 7 :
Ivan Kojourov, depuis sa chambre, regardait les flocons tomber. L'hiver russe s'étirait depuis des mois sur le paysage, faisant des journées, l'antichambre de nuits glaciales et silencieuses. Sur l'unique table de la pièce, des livres de chimie et de biologie étaient ouverts, attendant que leur propriétaire daigne s'intéresser à eux.
Ivan était un brillant professeur. Très apprécié de ses collègues, il l'était tout autant de ses étudiants. Il faisait partie de ces professeurs qui donnent l'envie d'enseigner. Passionné par son métier de chimiste, il avait voulu transmettre sa passion à de jeunes étudiants. Il avait trouvé, à l'Université d'Etat de Saint Petersburg, le lieu idéal pour s'épanouir.
Récemment pressenti pour entrer à l'Académie des sciences de l'URSS, Ivan avait refusé cet honneur. En 1934 déjà, plusieurs centaines de scientifiques appartenant à l'Académie, avaient été arrêté par la répression stalinienne. Jugés « ennemis du peuple », le gouvernement russe, dirigé par Joseph Staline, les avait fait détruit. Ivan n'ignorait pas le sort qu'ils avaient subis : Le Goulag. Le Goulag ou le travail forcé dans les hivers sans fin de la Sibérie. Voilà comment, une centaine d'esprits libres et brillants avaient terminés : mort de faim, de froid et de fatigue. Ivan ne voulait pas de ce sort-là.
L'honneur d'entrer à l'Académie ne se refusait pas et Ivan avait dû batailler pour faire entendre sa voix. Il avait, finalement, utiliser l'argument-massue, celui qui lui fermait toutes les portes et qui, pour une fois, lui était bien utile : Il était homosexuel. L'Académie avait fermé les yeux sur son orientation sexuelle et avait proposé cet honneur à quelqu'un d'autre.
Ivan avait eu peur, pendant plusieurs mois. Mais personne n'était venu le chercher. Les membres de l'Académie n'avaient rien dit. Il était tranquille.
Si l'homosexualité était mal perçue avant la révolution Russe, elle était encore plus mal vue par le régime bolchévique. Malgré une sexualité qu'il gardait cachée, Ivan avait dû se résigner à faire un mariage de raison, épousant une jeune bourgeoise de Moscou aussi lesbienne qu'il était gay. Les rumeurs n'allaient pas tarder à l'expédier au Goulag, il fallait qu'elles cessent. Ils se servaient donc l'un et l'autre de couverture, avaient leur maison commune et chacun un appartement. Ils vivaient chacun de leur côté et s'entendaient très bien.
Mais lui, le génie russe de la science, en venait à s'ennuyer parfois. Ses élèves, pourtant brillants, mettaient beaucoup de temps à comprendre les théories de leur professeur. Répéter encore et encore les mêmes choses finissait par devenir lassant et Ivan se mit à préférer la recherche. Quand il ne pouvait pas s'empêcher de s'ennuyer, il s'adonnait à son passe-temps préféré : rêver.
Ivan était un grand rêveur. A l'image de beaucoup de russes, il n'avait jamais voulu travailler à l'usine. Mais à l'inverse de beaucoup de russes, il avait eu la possibilité financière de faire de longues études. C'est au cours de sa dernière année qu'il s'était mis à rêver de découverte scientifique majeure et de reconnaissance. Il voulait partir, quitter la mère-patrie pour s'exiler plus à l'ouest, là où son travail serait considéré et ou ses préférences amoureuses ne seraient pas l'objet d'un emprisonnement voire d'une exécution.
Parce qu'il rêvait aussi d'amour. La révélation de sa sexualité en avait dégouté plus d'un dans son entourage. De populaire, il était devenu solitaire, n'attirant plus que de jeunes personnes inconsciente du scandale qui le suivait depuis son refus d'entrer à l'Académie. Ses amis les plus proche ne l'approchaient plus, c'est à peine s'ils acceptaient encore de lui serrer la main. De peur, peut-être, de devenir homosexuel à leur tour.
Ivan eut un rire sans joie. Comme si son homosexualité était contagieuse. Comme si, en touchant ses semblables, il leur transmettait la syphilis ou la chancrelle. Encore faudrait-il qu'il les ait contractées pour les transmettre. Et puis, soyons sérieux. Il était beaucoup plus facile d'attraper ses maladies en fréquentant une fille facile ou une fille de joie plutôt qu'en lui serrant la main.
Mais sa vie était faite ainsi, faite de cours, de recherche, de projet, de rejet et de honte. Faite de rendez-vous manqués et de nuits solitaires.
Ce n'est qu'un matin, alors qu'il donnait un cours de chimie moléculaire à des premières années, qu'il entrevit la possibilité de changer la donne. Patya Khalshi était aussi blond que lui était brun, aussi athlétique qu'il était rond et aussi timide qu'il était extraverti. Le jeune Patya Khalshi avait illuminé son ciel d'hiver d'un rayon de soleil dont il était la source.
Ivan avait bien essayé de l'aborder en début d'année, lui demandant de rester après le cours, mais les rumeurs et les messes-basses avaient fait fuir le jeune blond, qui s'était entouré d'un groupe d'ami si conséquent qu'ils faisaient office de repoussoir à toute personne voulant s'en approcher, même un professeur.
Ivan s'était résigné, la différence d'âge, d'état d'esprit et l'impossibilité de lui parler seul à seul avaient eu raison de son coup de cœur. Il s'était résigné à mourir d'amour en silence. Finalement c'est Patya lui-même qui, un jour de Décembre, alors que la neige avait retenu les derniers retardataires à l'université, s'était approché de lui et avait entamé la conversation.
Si Ivan avait été charmé par le physique de son compagnon, il en fut d'autant plus par sa personnalité. D'une nature enjouée, Patya était l'un des plus grands optimistes qu'il ait jamais connu. Toujours d'humeur égale, il se réjouissait de tout, trouvant le bonheur dans les plus petites choses de la vie. Ce jour-là, il s'était simplement réjouit d'être bloqué par la neige. Cela lui avait permis d'assouvir sa curiosité et de venir parler à son professeur sans que ses amis ne l'en empêche.
Quand Patya lui avait demandé si les rumeurs disaient vraies, s'il était vraiment homosexuel, Ivan avait eu peur. Peur de perdre le peu d'attention que le jeune homme lui accordait. Le blond, d'abord surpris par son manque de réponse avait fini par comprendre que la vie de son professeur n'était pas vraiment de tout repos et que les rumeurs et les brimades avaient eu raison de sa confiance en la vie. On ne révélait pas ce genre de choses sans en subir les conséquences et Patya en eut le cœur serré.
Le blond avait alors prit son courage à deux mains, attrapé le visage de son compagnon et posé son regard dans le sien.
Ce qu'il y avait lu lui avait beaucoup plu. Et même s'il ne se sentait pas capable de retourner à Ivan tous les sentiments qu'il semblait lui porter, il se dit qu'il pouvait bien lui offrir, en premier lieu, son amitié.
Les semaines étaient passées, l'amitié aussi. Patya, bien que déterminé à offrir son amitié sans conditions à Ivan, en était venu à lui offrir bien plus. Bien plus qu'il ne pensait.
Quand un soir, Patya était apparu à la porte de son appartement, Ivan avait su. Il avait su que, malgré les réticences profondes qui tiraient son jeune ami vers une quelconque jolie fille, il finissait par revenir vers lui. Patya était revenu après une nouvelle déception. Ivan l'avait réconforté, lui avait changé les idées et dans son attirance pour son camarade, avait espéré qu'il s'ouvrirait à lui et accepterait ses sentiments envers lui.
C'est ce qu'il s'était passé. Patya lui avait fait comprendre, à demi-mot, que désormais, il ne sortirait plus avec ces filles qui lui faisait tant de mal. Il voulait se consacrer à son histoire avec Ivan. Il ne fallait, bien sûr, pas se montrer, rester discret et préserver la réputation du blond. Il ne fallait pas qu'il vive ce qu'Ivan avait vécu. Alors ils avaient vécu cachés. De professeur et étudiant le jour, ils devenaient amants la nuit, vivants leur histoire comme il leur était permis, dans le secret le plus absolu.
Ils avaient partagé les rêves de reconnaissance et de gloire, ils avaient partagé l'envie de quitter la Russie. Ils avaient partagé le bonheur d'être ensemble et celui de s'aimer.
Et l'URSS, alliée de l'Allemagne nazie, entra en guerre.
Ce fut un choc pour tout le monde. Staline, peu enclin à entrer dans une guerre dont il ne maitrisait pas les tenants et les aboutissants, avait été surpris de voir son allié de toujours et grand acheteur de matière première, violer l'espace russe après avoir envahi la Pologne.
Toutes les forces capables de tenir un fusil avaient été mobilisées. Ivan et Patya avait été appelé sous le drapeau rouge.
Chargés des munitions dans leur régiment, ils assuraient le ravitaillement des soldats. On les avait envoyés sur le front de l'Ouest, se battre contre les alliés d'autrefois. Ils avaient vu passer la Wehrmacht, repoussée par les Sibériens, beaucoup plus à l'aise dans la neige et le froid. Ils avaient vu des morts et des mourants, des blessés qu'il était impossible de transporter et des chars qui roulaient à travers champs, ne se souciant pas de rouler sur les corps sans vie de leurs camarades tombés au combat.
Les maisons et les champs du peuple russe brûlaient sur ordre de Staline alors que l'armée allemande s'enfonçait dans les terres une nouvelle fois. Il fallait à tout prix éviter que les soldats puissent se ravitailler dans les fermes qu'ils trouveraient sur leur passage.
Les garçons furent surpris de ne pas trouver que des allemands dans l'armée ennemie. Parfois, ils entendaient un mot de hongrois, polonais ou français. Ils apprirent d'un prisonnier que les forces allemandes étaient aussi composées de représentants des peuples conquis. On les appelait les « malgré-nous ».
Patya et Ivan avaient été capturés près de Kiev, alors qu'ils essayaient de reprendre une ferme à l'ennemi.
D'abord déportés à Dachau, ils s'étaient efforcés de survivre malgré les conditions de détention. Ils portaient le triangle rouge, marqué du « S » représentant les opposants soviétiques au régime nazi. Plus tard, alors que l'un de leur camarade, déporté avec eux, avait avoué les liens qui les unissaient, les officiers du camp leur avait fait changer de triangle. De rouge, il passa à rose. De petit, il passa à grand. De travailleurs, ils devinrent à souffre-douleurs.
Ils apprirent à leur dépends que les homosexuels étaient les prisonniers les moins bien considérés dans les camps. Si on pouvait parler de considération. Ils furent battus par les kapots et les autres détenus. Souvent insultés, leur ration quotidienne de nourriture se réduit encore. Ils furent changés de baraquement, remisés aux couchettes basses et même l'optimisme de Patya, pourtant inébranlable, fana.
Ils avaient peur, ils avaient faim, ils étaient maltraités, ils devinrent ensuite des cobayes pour le médecin du camp. Leur calvaire n'en finissait pas. Il était de notoriété publique au camp, que, lorsque le docteur Sigmund Rascher vous choisissait pour effectuer des expériences, vous n'en ressortiez que les pieds devant.
Quand Ivan et Patya furent choisit, ils y virent un signe du destin. S'ils devaient mourir, alors mouraient pour une cause qu'ils connaissaient bien et pour laquelle ils s'étaient battus: la science.
Malheureusement, ce ne fut pas la mort qui les attendait, mais bien la vie. Une vie de souffrance qui devait durer des semaines.
Le médecin cherchait la raison de leur « déviance ». Il cherchait à les « guérir » de leur « maladie » : l'homosexualité.
Il leur inocula nombre de maladie et nombre de remèdes. Ils furent malades puis guéris. Leur étonnante résistance leur valut de nombreux mauvais traitements de la part des gardiens de l'infirmerie. On ne résistait pas longtemps aux expériences de Docteur Rascher.
Finalement, alors que leur corps, affaiblis par la malnutrition et les maladies successives, ne fut plus capable de subir une autre séance d'essai, le docteur les renvoya dans leur baraquement. Ils devaient partir le lendemain avec d'autres prisonniers vers un autre camp : Le camp de Mauthausen.
Le transport en train fut très pénible et Patya n'y résista pas. Il arriva en Autriche à peine conscient. Ivan l'aida à marcher jusqu'à leur baraquement, l'allongea sur son lit et le regarda mourir. Il n'y avait plus rien à faire qu'à le laisser partir.
Patya Khalski mourut d'épuisement le 25 décembre 1944 au camp de Mauthausen.
Du fringant jeune homme, il ne restait plus rien. Plus rien qu'un corps décharné dont même les vautours ne voudraient pas.
Ivan pleura de longues heures, la nuit suivant leur arrivée au camp. A 24 ans, Patya n'avait connu que trois choses : les études, la guerre et la déportation. Il n'avait rien vécu et était mort avant qu'Ivan puisse lui montrer les merveilles de la vie.
Au matin, les kapots avaient forcé Ivan à se lever et l'avait trainé dans la cour, l'envoyant rejoindre ses codétenus dans la carrière.
Le corps de Patya, lui, fut emmené vers les fours crématoires.
En voyant les fumées s'échapper vers le ciel, Ivan eut une pensée pour son amant qui, désormais, était libre.
Ivan appela la mort de tous ses vœux à partir de ce jour. Elle ne vint jamais. A croire que Patya veillait sur lui. Il l'espérait du moins.
Vers la fin avril 1945, les officiers allemands leur firent faire plusieurs manœuvres, les faisant sortir du camp en de longues files pour les ramener plusieurs heures après. Les carrières furent piégées, remplit d'explosifs. Les prisonniers parvinrent à saboter le système de mise à feu in-extrémiste. Les officiers leur avaient alors ordonné de rentrer dans leur baraquement.
Les gardiens changèrent. De kapots armés, ils devinrent des policiers viennois désarmés.
Au final, les officiers quittèrent le camp début mai, ne laissant qu'une vingtaine de gardien pour surveiller les déportés.
Alors que la révolte grondait dans les rangs des prisonniers, un guetteur vit arriver des chars venant de l'Ouest. Incapable de reconnaitre à quel camp ils appartenaient, les prisonniers se turent, attendant le déchainement des enfers qui les libérerait tous. Ils avaient prévus de mourir ce jour-là. Et malgré la peur, malgré le désespoir et la faim, Ivan sortit du baraquement, près à tuer l'homme qui venait les exterminer.
Le soulagement qui l'avait envahi quand il avait compris que l'on venait les libérer lui avait fait perdre tous ces moyens. L'adrénaline l'avait quitté, son corps l'avait lâché mais on l'avait rattrapé. Le jeune homme blond l'avait rattrapé et il lui avait parlé. Il lui avait parlé comme un être humain. Il avait pris soin de lui et s'était intéressé à son histoire.
Finalement, il n'était pas mort à Mauthausen.
John, puisque c'est ainsi que son sauveur s'appelait, John prenait soin de lui.
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Mi-mai, alors qu'Ivan se remettait doucement de son séjour à Mauthausen, tous les prisonniers montèrent dans les transports qui devaient les ramener en France puis chez eux.
Le russe, resté auprès de John, partait avec le train qui les ramènerait à Paris.
Il avait aidé le médecin et son infirmière le plus efficacement possible, faisant les traductions vers le russe quand cela s'avérait nécessaire. Il s'occupait aussi de certains pansements. Ceux qui ne demandaient pas d'examen particuliers et qu'il fallait simplement changer.
Dans cette occupation, il trouvait la force de continuer à avancer. Dans l'obstination de John à tous les soigner, il puisait le courage nécessaire de continuer à vivre. S'occuper les mains et la tête lui permettait de mettre de côté la douleur. De ne plus penser à la mort de son amant et finalement, de penser à vivre plutôt qu'à survivre.
Alors qu'il avait appelé la mort de tous ses vœux quelques semaines auparavant, il voulait maintenant vivre. Il voulait vivre pour raconter. Il voulait vivre pour se souvenir. Il voulait vivre pour témoigner et pour transmettre ce que cette expérience de la vie lui avait apporté. Il voulait vivre pour que la mort de Patya ne soit pas vaine. Il voulait vivre pour dire à la famille de son défunt amour qu'il était mort en se battant, en se battant pour vivre.
Il voulait vivre pour que personne n'oublie.
En montant dans ce train, il se dit qu'il devait parler à John, qu'il devait lui raconter son histoire. Le médecin avait été tellement patient avec lui et semblait tellement souffrir de son silence. Ivan était prêt maintenant, il était prêt à se confier. Mais le train se mit en branle, le coupant dans son élan.
Le voyage entre l'Autriche et la France prendrait plusieurs jours. Plusieurs arrêts étaient prévus, des colis de la Croix-Rouge internationale les attendaient à chaque fois. Il faudrait souvent refaire les pansements, examiner les plaies et aider les plus faibles à se dégourdir les jambes. Ivan était prêt pour cela. Les infirmières l'avaient briefé et Suzie serait avec lui à chaque fois.
Il aimait beaucoup cette femme. Moins que John mais il avait appris à apprécier son franc-parler et son rire clair qui se répercutait sur les murs comme un écho. Elle apportait par sa présence une bouffée de chaleur humaine qui réconfortait bien des hommes. Elle avait ce geste de tendresse pour chacun qui mettait du baume au cœur.
Ce qu'Ivan craignait, par contre, c'était ce jeune anglais que John avait amené avec lui dans le wagon alors qu'il devait partir en avion. Ce jeune homme capricieux qui ne faisait rien pour aider, occupait les pensées du médecin en permanence.
Les deux jours précédant le départ avaient été très tendus entre eux. Le russe avait entendu le médecin menacer son patient de le laisser à Mauthausen s'il n'obéissait pas. Il avait d'abord trouvé cela horrifiant puis, au détour d'un couloir, il avait entendu John parler avec Suzie. Non, il ne laisserait pas le jeune homme au camp mais en désespoir de cause, il avait espéré que les menaces aurait un effet sur le brun. Ivan se morigéna. Comment avait-il pu croire que John, qui était la bonté-même, allait mettre ses menaces à exécution ?
Apparemment, cela n'avait pas eu l'effet escompté puisque Sherlock était allongé sur sa civière, les doigts réunis sous son menton, dans une posture qui lui était plus que familière.
Ivan, malgré la neutralité du visage anglais, pouvait le voir se crisper régulièrement, quand les mouvements du train étaient trop brusques pour ses articulations douloureuses. Mais le jeune homme ne disait rien. Il se contentait de souffrir en silence, ne réclamant pas plus de médicaments contre la douleur que la dose qui lui était allouée par le blond. Le russe en fut heureux. Si le jeune brun était capricieux, il souffrait en silence.
Ivan, assit au fond du wagon, regardait le médecin officier. John passait d'un patient à l'autre, prenant des nouvelles, recevant parfois l'espoir de ses patients qui se remettaient à faire des projets, à imaginer leur retour à la maison.
Il remarqua que le visage du jeune blond s'éclairait lorsque l'un de ses patients lui faisait part de l'un d'entre eux, aussi infime soit-il.
Se levant doucement, il s'approcha du médecin en titubant sous l'effet du train.
« -Docteur John ? » Dit-il les « r » roulant sous sa langue.
John sourit en reconnaissant la voix de son ami.
« -Ivan ! Que puis-je faire pour vous ? » Demanda-t-il en se retournant vers lui.
-Je voudrais vous raconter Docteur John. »
Le visage du médecin s'éclaira.
« -Maintenant ? » Demanda le blond, conscient que le bruit du train ne l'aiderait pas à comprendre le récit de son ami.
« -Non Docteur John, à* prochaine arrêt, je vous raconterai. »
John hocha la tête, montrant son enthousiasme.
« -Nous nous arrêtons dans deux heures environ.
-Dans deux heures donc Docteur John, après les soins. »
Et Ivan retourna s'asseoir, certain d'avoir fait le bon choix. S'il devait raconter son histoire au monde, il voulait commencer par la raconter à l'homme auquel il devait la vie.
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* Ceci n'est pas une faute de frappe mais une faute délibérée.
Quelques précisions historiques :
Le camp de Dachau se trouve encore aujourd'hui au sud de l'Allemagne, en Bavière très exactement. Il est connu pour être l'un des premiers camps construit en Allemagne en 1933. Himmler annonce son ouverture le 21 Mars 1933, les premiers prisonniers sont amenés dès le lendemain.
Ce fut le premier camp de concentration important construit en Allemagne, l'un des rares construits avant la mort du président Paul von Hindenburg en 1934. Il fut tout d'abord le lieu d'internement des opposants politiques, mais il accueillit également par la suite des juifs de Bavière, des prisonniers de guerre soviétiques et des femmes ainsi que des homosexuels et Tsiganes. Chacun y connut la souffrance, la faim et y côtoya la mort. Dachau compta plus de 100 kommandos (camps annexes) qui, avec le camp central, regroupèrent 75 000 détenus. Son existence était connue en dehors des frontières dès 1933 Ce fut le commandant Theodor Eicke qui en développa les plans. Plus tard, Eicke devint d'ailleurs inspecteur en chef de l'ensemble des camps.
De l'extérieur, le camp semblait un banal poste militaire entouré d'un haut mur de briques. Des tours de garde bordaient l'ensemble. À l'entrée, sur le portail noir (cf. image ci-dessous), on peut aujourd'hui encore, lire l'inscription Arbeit Macht Frei (le travail rend libre). Dans le camp se trouvaient en garnison un corps de SS ainsi que des agents de la Gestapo. Les prisonniers étaient entassés dans 34 baraques, chacune devant en principe contenir 208 prisonniers; au moment de l'arrivée des soldats américains, certains baraquements contenaient cependant 1 600 détenus dont la plupart dans un état cadavérique, ne portant que la peau sur les os. Le camp reçut ainsi plus de 200 000 prisonniers venus de plus de 30 pays. Ils étaient confrontés à des conditions de vie extrêmement difficiles : travaux forcés, froid, chaleur, sévices, manque de nourriture, manque d'hygiène, maladies (typhus), vols entre détenus etc.
Selon les enregistrements répertoriés, plus de 30 000 personnes périrent dans le camp même. En 1945, une épidémie de typhus se déclara, entraînant de nombreux décès, dont celui de René Carmille, le 25 janvier 1945. Les malades et les inutiles étaient plutôt transférés au château de Hartheim, où des milliers furent assassinés au gaz. Le château de Hartheim reçut également des prisonniers de Mauthausen.
À l'intérieur du camp, se trouvait une station expérimentale dirigée par le docteur Sigmund Rascher où des médicaments furent expérimentés sur les prisonniers, notamment pour tester leur résistance à la maladie. De nombreux prisonniers furent transférés vers d'autres camps afin d'éviter la trop forte densité, génératrice de l'extension de l'épidémie.
Les prisonniers vivaient dans des lits superposés et se battaient pour avoir les lits supérieurs, afin de ne pas recevoir les excréments qui suintaient vers le bas. Ceux qui essayaient de s'échapper et qui étaient repris subissaient un traitement spécial de punition dans un cantonnement tenu par les SS et la Gestapo avec pratique de la torture. Ces traitements aboutissaient souvent à la mort. Lors de l'épidémie de typhus, de nombreux corps furent jetés dans les fosses communes.
Les nazis pénétraient peu dans les lieux et l'état-major restait cantonné à la Kommandantur. La discipline était faite par les Kapos qui étaient choisis par les nazis pour leur absence d'empathie envers les prisonniers.
Source : fr . wikipedia wiki / Camp_de_concentration_de_Dachau
Voilà, vous en savez un peu plus sur l'histoire d'Ivan.
Si vous avez des remarques, n'hésitez pas.
Je me suis appliqué à ne pas refaire l'erreur commise à l'avant-dernier chapitre et me suis efforcé de ne pas me montrer stigmatisante envers toutes les populations dont j'ai écrit l'histoire ici.
S'il reste des fautes d'orthographes, j'en suis désolée, je me relis autant que possible.
Pour ceux qui ne l'aurait pas vu, j'ai écrit et publié cette semaine un NC-17 sur Sherlock : Le prix de la peur.
De même, pour les fans de Supernatural, j'ai écrit un ENI (Ecrit non identifié) : Le fils du père.
Je vous retrouve au prochain chapitre qui verra l'arrivée à Paris.
Bises
Margdaline.
