Salut à tous !

Encore un nouveau chapitre de publié. Celui-ci s'articule autour du retour des déportés à Paris et la manière dont ils ont été amenés à rentrer dans leur pays. Je ne sais pas encore si John et Sherlock vont rester ensemble dans le chapitre suivant et si Ivan va rentrer chez lui ou non.

C'est encore une période de l'histoire très mal documentée. J'ai beaucoup cherché, lu beaucoup de témoignages et je vous prie de croire que c'était un bordel monstre !

Je ne fais l'apologie d'aucun régime. Comme beaucoup de monde, je suis en désaccord avec le régime nazi. Cependant, il s'agit d'idées partagées par beaucoup de personnes encore aujourd'hui. J'en veux pour preuve mon ancien collègue de travail qui va fleurir la tombe d'anciens officiers nazis morts fusillés près de Compiègne tous les ans. J'avoue avoir du mal à comprendre. Je suis apolitique et agnostique. Grâce à cela, je manipule les idées et les croyances sans problèmes, j'espère juste ne pas choquer ou blesser mes lecteurs.

Si vous trouvez que je vais trop loin, n'hésitez pas à me le dire, je m'efforcerai de me corriger.

Comme cela a plu à certains d'entre vous, je vous fais un petit topo de mon environnement en ce moment :

J'ai repris le travail la semaine dernière, je suis guide-animatrice dans un parc archéologique. Je suis donc en contact permanent avec des enfants. Manipulant beaucoup de matériaux, j'ai les mains sèches en permanence. Vive l'argile et le torchis !

A l'instant, je suis assise sur mon canapé, les pieds sur mon pouf et une couette sur les jambes. Je n'ai pas l'intention de me relever tout de suite. Trop mal au dos. J'attends la fin du temps de pose de mes faluches pour y retourner.

A la télévision, Scène de Ménage passe en sourdine et je vais me mettre un film ensuite. Certainement « Le roi danse ».

Voilà, un petit bout de mon environnement.

Réponse aux reviews :

Eliida : Je te remercie de l'avoir lu, je savais que tu n'étais pas chaude pour un chapitre centré sur Ivan. Je voulais justement sortir d'Europe pour montrer que certaines mentalités n'ont pas forcément évoluées. Merci d'avoir lu les OS sur Sherlock et Supernatural. Tu n'as pas laissé de review mais ce n'est rien. Te le voir écrire dans cette review me fait extrêmement plaisir. Bonne lecture de ce chapitre.

Vera Spurnes : Pas besoin d'écrire la suite alors, si tu connais déjà la réaction de Sherlock lol. Oui l'histoire d'Ivan est terrible (sans mauvais jeu de mots évidemment). Et je suis malheureusement certaine qu'elle ne fut pas isolée. Comme nous le disions, mes collègues et moi ce midi, l'homme n'apprend pas de ses erreurs, il recommence, encore et encore… Cela me désespère, vraiment.

Le détachement dont je fais preuve dans cet écrit est inhérent à ma formation. L'historien se doit de faire preuve de détachement afin d'analyser les situations et d'en tirer le meilleur parti. Quant au « Prix de la peur », oui, il fallait vraiment que je me change les idées. J'ai parfois du mal à sortir de l'univers de cette fic, il me fallait quelque chose de léger.

BBitch : Si tu ne sais pas où je vais, je t'avoue que moi non plus ! On découvrira cela ensemble si tu le veux bien ? Mais contrairement à toi, je n'ai absolument aucun mal à imaginer Sherlock en nazi, non pas dans les idées, mais bien dans le manque de sentiments qu'il laisse paraître très souvent. Bonne lecture des prochains chapitres.

Marie-Claude : La voici ! La suite je veux dire !

Glasgow : J'ai réussi à te faire pleurer ? Vraiment ? J'ai du mal à me rendre compte des sentiments qui se dégagent de ce chapitre. J'écris avec tellement de détachement, en pensant à être aussi précise que possible, que j'ai du mal à me rendre compte de l'impact qu'elle a sur les lecteurs. Si un jour j'en viens à lutter pour une cause, ce sera celle de la réhabilitation de la mémoire des homosexuels déportés. Je voudrais vraiment qu'ils soient reconnus au même titre que les autres déportés. J'essayerai de trouver ce film dont tu parles, cela m'intéresse. Au plaisir de te lire !

Barjy02 : Il est bon de ne pas oublier. Et tu as raison, l'homme n'apprend pas de ses erreurs. C'est en cela que ma vocation d'historienne est importante pour moi. Si j'arrive à ouvrir les yeux quelques personnes et que ces personnes ouvrent à leur tour les yeux à certaines de leurs connaissances, alors j'aurai fait ce que j'avais à faire. Attendre les précisions historiques ? A ce point ? Tu ne serais pas historienne dans l'âme toi ?

Liseron : J'avais promis de prendre en compte toutes les remarques. C'est ce que je considère comme le respect du lecteur. La suite est là, je te laisse la découvrir. A bientôt.

Clina9 : Pas de mouchoirs à prévoir pour ce chapitre, c'est promis. Juste un peu d'imagination et beaucoup d'inventivité. Sèche donc tes larmes et je te retrouve en bas.

Trêve de bavardages, je vous laisse à votre lecture.

Enjoy

Magdaline

PS : Je vais atteindre les 100 pages words et les 30 000 mots, ceci est officiellement, la plus longue fic que j'ai écrit depuis mes débuts ! Ce chapitre contient autant d'histoire que de précisions historiques mais j'ai jugé important de vous montrer ma source d'information, en espérant que cela ne vous ennuie pas trop. Au besoin, ne lisez pas ces précisions, je ne me braquerai pas pour cela.

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Chapitre 8 :

Le voyage jusque Paris fut terriblement long. Malgré de nombreux arrêts, malgré des soins constants et une attention de tous les instants, les patients que John avait mis autant de temps à soigner, étaient fatigués. L'affaiblissement, qui semblait les avoir quittés avant le départ, était revenu en force, obligeant le médecin à demander plus de haltes.

Ses nombreuses demandes ne furent pas entendues. Le train qui les ramenait à Paris, devait repartir aussi vite pour l'Allemagne de l'Est. Il ne pouvait pas s'arrêter plus que nécessaire.

John ne dit cependant rien. Il y avait bien plus grave. Les autorités françaises avait fait du rapatriement des prisonniers de guerre, une priorité. Il fallait montrer au peuple français que son gouvernement, qui n'était plus celui de Vichy, se souciait de ses concitoyens et s'attelait à rendre ces prisonniers à leur famille.

Politique, politique, se dit John. Le jeu de la politique lui était totalement étranger. En tant que médecin, la priorité était de rapatrier les plus faibles et les plus malades. L'Etat français, dans sa grande mansuétude, avait accepté de faire rapatrier les malades et les femmes avec les prisonniers de guerre. Les prisonniers de guerre étrangers, ayant participé, par une quelconque action, à la résistance contre l'envahisseur, était également accueilli à bras ouvert. Mais les autres déportés, les déportés « raciaux », ceux qui, de par leur origine, leur handicap, leur confession ou leur orientation sexuelle, avait été déportés et internés, n'étaient pas concerné par cette vague de retour programmée.

Ce fut John qui, dans un élan de colère, avait réussi à faire monter tous les prisonniers, qu'ils soient français ou non, prisonnier de guerre ou non, dans ce train. Que l'Etat français soit reconnaissant envers les siens, envers ses héros et certains étrangers soit mais il ne semblait pas se soucier des autres. Des autres qui, encore aujourd'hui, alors qu'ils roulaient vers la capitale française, mourraient de faim et de maladie dans des cloaques infestés de poux et de vermines, de morts et de cauchemars. Oui, l'Etat français se souciait des héros, les autres, devraient attendre encore un peu. John soupira, espérant que les autres pays avaient également mis en route des rapatriements, il espérait vraiment que les centaines de milliers de prisonniers retenus partout en Europe, pourraient retrouver leur vie et leur famille.

Il n'ignorait pas non plus que l'accueil à la gare serait très mouvementé. Il espérait seulement que les malades, déjà arrivés au Bourget, avaient été traité avec déférence et le plus de respect possible, quelle que soit leur nationalité.

La plupart des prisonniers à Mauthausen étaient soviétiques. Comment seraient-ils accueillis par les français qui, depuis leur pays, avait vu l'armée rouge annexer les territoires libérés ? John craignait pour eux, pour leur vie mais surtout, il craignait un nouvel enfermement qui leur serait fatal.

Au camp, le recensement avait montré que les prisonniers français étaient moins de 5000, soit environ 5.6 % des prisonniers. C'était très peu. Le nombre de survivant était très faible. Moins de 150 d'entre eux étaient encore en vie. Les autres étaient des étrangers qui n'avait, d'après l'Etat français, pas le droit de se trouver dans ce train.

Si les français étaient intelligents, ils aiguilleraient les étrangers vers les transports voués à les ramener au pays. Sinon, ils devraient se débrouiller seuls.

John soupira de nouveau en voyant, par les portes de ce train de marchandises qui les emmenaient vers Paris, le monde qui se pressait sur les quais, à la recherche d'un proche. Le déchargement des blessés serait chaotique, très chaotique. Déjà, alors que le train n'était pas encore à l'arrêt, des femmes et des enfants tentaient d'ouvrir les portes dans l'espoir d'apercevoir un être cher.

Le blond prit alors une décision. Tous les déportés français présent dans le train seraient déchargé les premiers. La foule se concentrerai alors sur eux, les autorités sanitaires les prendraient en charge, les emmènerai à l'Hôtel Lutétia et il pourrait s'occuper d'aiguiller ses autres patients vers, il l'espérait, la route du retour.

Le train s'arrêta en gare, il entendit les portes de wagons s'ouvrir et un grand brouhaha s'élever de l'intérieur. Sautant sur le quai, il remonta le train, ordonnant à ses infirmières de ne pas bouger et de laisser les blessés dans leur civière en attendant son retour.

Les portes des wagons se refermèrent, étouffant le bruit des familles qui attendaient.

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L'administration française n'avait absolument pas prévu le retour d'étrangers sur le sol national. Outré, l'homme chargé de gérer le rapatriement en gare, s'était violemment emporté contre le médecin qui, bien campé sur ces positions avait attendu que l'orage passe. L'énervé devant lui se fatiguerai avant lui. Il attendrait le temps nécessaire.

Près de 15 minutes de vocifération en tous genres dans un anglais très approximatif avait fini par lasser le médecin qui, d'un large mouvement du bras, balaya les dossiers posés sur le bureau.

Dans un français aussi approximatif que l'anglais de son interlocuteur, il dit :

« -J'ai, près d'un millier de blessés dans ce train, toutes nationalités confondues, je refuse de les laisser repartir vers cet enfer. Alors vous allez m'écouter attentivement. Je me moque de vos quotas et de votre politique de rapatriement, j'ai des hommes blessés qui demandent des soins et un suivi médical régulier. Je m'apprête à les faire descendre de ce train. Alors soit vous m'indiquer où les diriger, soit je les fais tous entrer dans ce bureau et vous leur expliquerai dans leur langue d'origine que vous ne voulez pas d'eux parce qu'ils ne sont pas français. Si je me souviens bien, c'est bien pour cela qu'ils ont été déportés par les nazis, non ? »

L'homme devint blanc, bredouilla quelques mots et se précipita vers un dossier ouvert au sol. Il en sortit une liste de lieu et de nationalités. John compris que les réfugiés étaient dispersés dans Paris par nationalité avant d'être rendu à leur pays. Il ne savait pas comment ils allaient arriver jusque là-bas mais au moins, ils avaient un point de chute.

Il hocha la tête en signe de remerciement et retourna vers le train.

Les heures qui suivirent furent un immense tourbillon de noms, de nationalités et couleur. Les anciens prisonniers furent amenés un par un aux quatre coins de la ville, en camion ou en charrette. John n'eut pas le temps de saluer tout le monde, il donnait des ordres à tous va, réglant le ballet des infirmières et des malades jusqu'à ce qu'enfin, le train soit vide. Il se permit alors un pause, assit sur un banc sur le quai, il ferma les yeux. Il était fatigué. Il voulait rentrer chez lui. Il finit par s'endormir, rêvant à son Angleterre natale.

Dans la panique, le bruit et l'agitation, il avait oublié Sherlock. Sherlock qui, depuis le dernier arrêt, n'avait pas bougé. Toujours allongé sur sa couchette, les mains en prière sous le menton, il réfléchissait. S'était-il endormi ? Peut-être. Il avait surtout réfléchi. Réfléchi à la manière de rentrer en Angleterre accompagné du médecin.

Il n'avait pas vraiment l'intention de rester avec lui pendant très longtemps mais il pensait avoir une espèce de dette envers lui. C'est bien cela non ? Il avait une dette envers le médecin, c'était le mot quand une personne vous sauvait la vie sans rien demander en échange, non ? Sherlock grimaça intérieurement. Il avait entendu le médecin donner des ordres à ses infirmières. Il avait entendu Ivan parler à ses compatriotes et sa voix s'était éloignée il y a peu de temps.

Le reverrait-il ? Il n'en savait rien. Il s'en moquait. Ivan n'était pas important. John était important. John était le médecin qui le soignait, le seul anglais qu'il avait rencontré depuis des mois, la seule personne qui lui parlait avec un peu de tendresse. Et surtout, surtout, la seule personne qui le touchait depuis des années.

John lui parlait avec déférence, ne l'insultait pas et ne s'enfuyait pas en l'entendant. Il faut dire que les dernières semaines l'avaient laissé tellement amorphe qu'il n'avait plus la force de parler. Il n'avait pas encore eut le temps de faire la démonstration de son intelligence devant le médecin. Les bons soins du docteur avaient redonné un semblant de dynamisme à ses neurones et un peu de vitalité à son corps. D'ici quelques jours, il serait capable de montrer à John ce dont il était capable.

Sherlock, depuis sa découverte par le médecin au fond de son baraquement, mais surtout son caprice deux jours avant leur rapatriement, il avait tout fait pour guérir le plus vite possible, pour que la douleur lancinante de ses articulations le laisse en paix. John avait prévu de le mettre dans un avion et lui ne voulait pas de cela. Il voulait partir avec le train. Il voulait partir avec John.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il ne pouvait plus se passer de la sensation des mains du médecin dans ses boucles brunes. Les yeux acajou du blond avaient cette faculté que peu de personnes possédaient. Ils avaient la faculté de le mettre à nu, de lui vider l'esprit et de le faire redevenir ce qu'il était vraiment : un petit garçon en manque d'amour et un jeune homme en manque d'humanité.

Le silence, petit à petit, tomba comme sur la gare comme la nuit s'empara sur la ville, doucement, sans se montrer. Ils enveloppèrent le bâtiment et ses rares occupants d'un manteau noir et épais qui atténua les bruits et lissa les aspérités.

Sherlock sentit le froid le pénétrer. La mince couverture qui le recouvrait n'était déjà pas suffisante pour les froides nuits du Tyrol, elle ne l'était pas plus pour celles de Paris. Il n'aimait pas spécialement la nuit, trop de crimes et pas assez d'indices et il n'aimait pas non plus spécialement cette ville mais aujourd'hui, elles avaient un goût de liberté particulièrement savoureux.

Inquiet soudain, il prit sur lui de se lever, de quitter sa paillasse et de retrouver le médecin dans cette gare pleine de fantômes.

Doucement, épargnant ses articulations douloureuses, il posa un pied à terre puis le second. John, pour que le voyage ne soit pas trop douloureux, l'avait libéré de ses attelles, laissant aux articulations la possibilité de bouger doucement en même temps que le train. Ce n'était pas très confortable mais bien plus doux pour ses membres malmenés.

Appuyant sur sa jambe gauche, celle qui n'était pas sa jambe d'appui, il grimaça en se redressant, une main contre le mur le soutenant. Il ne s'était pas levé depuis des jours et son corps se rebella contre l'effort. Tous ces muscles crièrent de douleur sous le traitement qu'il leur infligeait.

Sherlock s'obligea pourtant à placer un pied devant l'autre, John n'était pas dans son champ de vision, il n'entendait plus sa voix. Il devait le retrouver. Doucement, il s'approcha de la porte du wagon, restée ouverte depuis leur arrivée à Paris.

Se maintenant difficilement debout, il attrapa la porte pour ne pas tomber et jeta un coup d'œil sur le quai. A gauche, l'ombre noir des wagons de queue disparaissait dans la nuit. A droite, la locomotive, encore fumante, projetait son ombre sur le quai, masquant l'entrée de la gare comme si elle en interdisait toute sortie.

Sherlock pu tout de même distinguer une forme, assise sur un banc, la tête en arrière et le corps détendu. Il identifia John au premier coup d'œil. Grimaçant de douleur, il réussit à descendre du train. Le médecin l'avait-il oublié dans la cohue ?

Boitant, la main suivant les parois du train, il se dirigea en titubant vers le banc et de médecin. La douleur de son corps était insupportable, sa volonté était de fer. Une fois n'est pas coutume, c'est sa volonté qui gagna, la douleur reflua sous la poussée d'adrénaline et il arriva jusqu'à John.

Enfin, il arriva face à John. Il fallait encore faire le chemin entre le bord du quai et le banc et cela, sans l'aide du train qui l'avait soutenu jusqu'ici. Soufflant un grand coup, il prit son courage à deux mains et lâcha la paroi de bois.

Le petit bout de chemin qui restait à parcourir fut le plus difficile. A plusieurs reprises, il fut sur le point de tomber. Il se redressa à chaque fois. Il finit par se laisser aller sur le banc dans un gémissement de douleur, les bras et les jambes raidis pour soulager la douleur.

La vibration du banc réveilla le médecin, étonné de s'être endormi aussi facilement. Ses réflexes militaires reprirent le dessus et il s'alerta de cet inconnu sur son banc. Il tourna la tête tellement vite qu'on entendit ses vertèbres craquer.

« -Sherlock ? »

Le ton du médecin montait désagréablement dans les aigus quand l'étonnement s'emparait de lui. Mais plus que le ton du blond, ce fut son prénom sortant de la bouche de son homologue qui surpris le détective.

« -John ? »

Après tout, un prénom pour un prénom, cela marche avec beaucoup de monde, pourquoi pas avec le militaire.

« -Que faites-vous en dehors de votre couchette ? »

Sherlock soupira vaguement, se demandant s'il devait dire la vérité. Et puis pourquoi pas après tout, le médecin semblait suffisamment fatigué, pas besoin de se cacher derrière un mensonge, il ne prendrait quand même pas.

« -J'ai pensé que vous m'aviez oublié. » Répondit le brun, la tête basse.

Les yeux de John s'ouvrir démesurément. Oublier Sherlock ? Comment ?

« -Non, bien sûr que non Monsieur Holmes. »

C'était un pieu mensonge. Bien sûr que dans la cohue, Sherlock lui était totalement sortit de la tête. La preuve en était son endormissement sur ce banc alors qu'il pensait tous les ex-prisonniers entre de bonnes mains.

« -Vous mentez mal Docteur. »

Le blond eut un rire nerveux. Le mensonge n'était pas sa tasse de thé, il le savait parfaitement, mais cela fonctionnait sur les autres patients.

« -Je sais. Ca marche d'habitude.

-Je ne suis pas un patient habituel, vous devriez le savoir. »

Bien sûr que John le savait. Jamais, au grand jamais il n'avait eu à donner des ordres et à se fâcher contre l'un de ses patients. Sherlock était la seule exception. Le seul à le faire sortir de ses gonds. Le seul à l'obliger à s'énerver pour qu'il lui obéisse.

« -Que fait-on maintenant ? » demanda le brun un peu anxieux.

« -Je ne sais pas, il n'y a rien de prévu pour les soldats étrangers rapatriés ici, pas plus que pour les déportés anglais. Je ne sais pas où nous allons dormir mais ce banc me parait bien agréable tout d'un coup.

« -Amenez-moi jusqu'à un téléphone !

-Pardon ?

-Il faut que je téléphone. »

John se laissa tomber sur le dossier.

« -Sherlock, il est 23 heures, heure locale, qui voulez-vous appeler à cette heure ? Je vous rappelle que le couvre-feu est en place depuis deux heures, nous ne devrions même pas être là !

-J'arrangerai cela si je peux atteindre un téléphone ! »

Sherlock commençait doucement à sentir le calme le quitter. Le médecin était amorphe et s'ils voulaient coucher au chaud ce soir, il fallait qu'ils se bougent et malgré toute sa volonté, Sherlock savait que son corps le lâcherait avant d'arriver à destination. Maudit corps !

John poussa ce qui lui sembla être le millième soupir de fatigue de la journée. Ne pouvait-in pas le laisser se reposer tranquillement. Il finit par se lever et tendit la main.

« -Bien, il y a un téléphone dans le bureau du chef de gare, je vous y emmène ! »

Sherlock se redressa en jetant un regard mauvais à la main tendue. Il était blessé mais pas impotent. Haussant les épaules, John ajusta son pas à celui de son patient, conscient qu'il devrait le rattraper dans peu de temps.

Ils avancèrent donc vers le bureau indiqué, John, les mains dans les poches mais en alerte, prêt à rattraper la tête de mule qui lui servait de patient et Sherlock, doucement, essayant de ménager ses articulations.

Le trajet mit un temps infini, John eut peur de se faire repérer et embarquer. Il ne craignait pas tant pour lui, mais pour Sherlock dont les guenilles criait la provenance.

Ils y arrivèrent pourtant, tant bien que mal. John n'avait pas eu à rattraper son compagnon de voyage mais il n'était pas dupe. La mâchoire du génie était tellement serrée qu'il n'avait aucun doute sur l'intensité de la douleur.

Le bureau n'était pas fermé. Il n'y avait d'ailleurs rien à y voler. Ils entrèrent donc facilement et John manœuvra pour que Sherlock prenne le fauteuil. La douleur de ses articulations et le manque de nourriture flagrant l'affaiblissait très vite. Le court trajet entre le quai et le bureau l'avait épuisé.

Le brun se laissa tomber sur la chaise, heureux, pour une fois, du côté bon samaritain du médecin. Il ne pouvait, de toute façon, plus tenir debout.

Ses longs doigts anguleux attrapèrent le téléphone. C'était un téléphone à cadran noir dont l'anneau transparent laissait entrevoir les chiffres. Il avait tellement servi que ce même anneau était rayé. Rayé au point de faire disparaitre les chiffres qu'il protégeait.

Sherlock n'avait pas besoin des numéros. De tête, il composa un numéro, priant pour la première fois de sa vie pour que la liaison se fasse.

Il tomba sur une opératrice qui lui demanda d'une voix endormie le destinataire de son appel.

Dans un français presque parfait, il donna le nom de son correspondant et attendit d'être mis en relation.

A l'autre bout du fil et de l'autre côté de la Manche, dans un salon ancien, un homme, assis sur un fauteuil, décrocha son téléphone, surprit qu'il sonne à cette heure de la nuit.

Au bout du fil, une voix qu'il ne pensait plus jamais entendre, qu'il avait pleuré de longs jours durant et qui ressuscitait après plus de trois ans d'absence.

« -Mycroft… J'ai besoin de ton aide. »

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Voilà, voilà !

Quelques précisions historiques :

Le rapatriement des déportés à la fin de la guerre fut extrêmement chaotique. Pour des raisons politiques évidentes, les déportés les plus fragiles, les plus malades, les femmes et les enfants furent les premiers à profiter des moyens mis en œuvres. Pourtant, l'administration française entendait ne rapatrier que leurs compatriotes, laissant aux autres pays le soin de s'occuper de ses concitoyens. Je ne sais pas comment cela s'est passé avec précision, je vous livre donc le rapport de l'une des femmes ayant participé à ce rapatriement.

Rose Guérin, décédée en octobre 1998, fit partie, à dater de mai 1945, d'une mission de rapatriement des déportés dans laquelle elle représentait la Fédération des centres d'entraide.

En octobre 1945, elle rendait compte de sa mission, soulignant les difficultés rencontrées.

Dès le mois de mai 1945, le ministre de l'Air mit tous ses avions disponibles au service du rapatriement des déportés politiques(*) et principalement des plus malades et plus fatigués. Une Commission fut créée, comprenant des officiers de l'air, des représentants du ministère des Prisonniers, Déportés et Rapatriés, du ministère de la Santé publique, de l'Assistance publique, de la Croix Rouge, etc.

Le 25 mai, je fus désignée au Bureau de cette Commission en qualité de membre de notre Fédération et de représentante des déportés politiques. Ce Bureau, qui devait siéger chaque jour, déterminait le nombre d'avions à envoyer, les docteurs, infirmières, vivres, médicaments nécessaires suivant les demandes des Missions françaises de rapatriement en Allemagne.

Mais, dès le premier jour, il apparut que, si les avions, les médecins, les infirmières-convoyeuses, attendent le départ, que si l'Assistance Publique attend au Bourget avec ses infirmières, ses ambulances l'arrivée des malades, les Missions françaises de rapatriement ne nous envoient pas de renseignements sur les endroits où se trouvent les déportés politiques à rapatrier d'urgence.

Plus d'un mois après la libération des plus grands camps de concentration, celles-ci étaient incapables de nous dire où envoyer les avions alors que des milliers de déportés politiques, de Français et de Françaises languissaient et mourraient dans les hôpitaux et les camps.

Pendant les premières semaines, j'ai apporté à cette Commission tous les renseignements que nous donnaient nos camarades à leur retour au Lutétia et à la Fédération sur les endroits où attendaient les déportés politiques dans les plus mauvaises conditions et ce dont ils avaient besoin afin d'envoyer les avions et le nécessaire.

Car, si les bien portants, les prisonniers de guerre, les travailleurs, les volontaires surtout, pouvaient, à pied ou en camion, rejoindre les centres de rapatriement et prendre les trains (plus ou moins confortables), des faibles, des malades, en général des déportés politiques, restaient isolés, perdus dans des régions non prospectées sans aucun soin et souvent sans ravitaillement.

Un ministère des Prisonniers et Déportés conséquent et des ministères de rapatriement dignes de ce nom et à la hauteur de leur tâche, auraient dû avoir comme plus grand souci, comme but immédiat, d'aller rapidement arracher à la mort ces milliers de Français et de Françaises qu'on laissait au contraire mourir dans des camps infects, après la libération, alors qu'ils s'étaient crus sauvés.

Et c'est surtout pour ces derniers que le ministère de l'Air avait mis ses avions en service, pour les rapatrier si c'était possible, pour leur apporter des médicaments et des vivres, s'ils étaient intransportables.

Des missions de prospection furent organisées et les centres de rapatriement principaux fonctionnèrent à Luneburg, Belsen, Pilsen, Gotha, etc.

Mais, si dans l'esprit du ministre de l'Air, ces avions devaient rapatrier des déportés politiques (et naturellement des prisonniers de guerre malades), ils ramenèrent au Bourget bien d'autres personnes.

Les chiffres suivants vont le montrer: du 25mai au 31mai, 32 avions ont rapatrié 760 personnes, dont la moitié seulement de déportés politiques; pendant le mois de juin, 301 avions ont ramené 3631 déportés politiques et 3270 prisonniers de guerre et travailleurs (près de la moitié encore); au mois de juillet, le rapatriement diminue d'intensité et les avions compten déportés politiques chacun sur 20 à 30 personnes.

Dès les premiers jours je signalai à la Commission le fait que les avions ne ramenaient pas que des déportés politiques alors qu'il y en avait tant encore en Allemagne. Ayant assisté à l'arrivée des avions au Bourget, je parlai avec 3 femmes qui se disaient des déportées politiques. Mais, nous qui avons vécu là-bas, reconnaissons en quelques mots nos frères et nos s¦urs de misère. Après quelques questions, elles m'avouèrent avoir été dans un camp, certes, mais dans un camp de travail comme volontaires.

Deux jours plus tard, il est signalé l'arrivée dans nos avions de 2 Allemandes. Je protestai énergiquement à la Commission et auprès du ministre de l'Air qui interdit aussitôt l'accès des avions aux Allemands (on s'étonnera qu'il ait été nécessaire de faire une note ministérielle pour cela) et à tous les étrangers en général (sauf à ceux qui avaient été arrêtés en France pour action contre l'occupant).

Le ministre de l'Air demandait instamment que des déportés politiques participent au rapatriement pour dépister les faux déportés politiques et leur donnait toutes les facilités pour se rendre en Allemagne en avion.

La Commission aérienne accepta cette proposition et aussitôt des rapatriés s'offrent pour aller aider au rapatriement de leurs camarades encore en Allemagne. Munis du laissez-passer du ministère de l'Air, six d'entre eux parviennent jusqu'aux centres de rapatriement à Luneburg, Gotha, Linz, Belsen.

Là, ils se heurtent aux responsables des missions françaises de rapatriement. Malgré l'ordre de mission du ministère de l'Air et leurs explications sur la nécessité de leur participation au rapatriement, ces officiers leur fermèrent la porte au nez, certains allèrent même jusqu'à leur dire de repartir immédiatement s'ils ne voulaient pas se faire arrêter.

Nos camarades ne se laissèrent pas décourager, ils voulurent rester. Mais, sans moyen de transport pour prospecter les régions environnantes, sans endroit pour manger et coucher, leur travail était presque impossible.

Un seul réussit à rester plus de 3 semaines à Luneburg, grâce à l'appui d'un officier. Il rayonna sur toute la région, s'habillant tant bien que mal en officier (à ses risques et périls). Il permit ainsi le rapatriement de nombreux de ses camarades d'Oranienburg et d'ailleurs.

Mais ce n'était pas une solution. Ce que nous voulions, ce qui était demandé par toute la Commission, c'était que les déportés politiques participent au triage des personnes à rapatrier et aient leur mot à dire en la circonstance, il fallait que le ministère des Prisonniers et Déportés leur donnent des pouvoirs officiels.

Et pour cela, nous avons multiplié les démarches, nous avons couru de bureau en bureau, car ils ne manquent pas.

Le représentant du ministère des Prisonniers à la Commission aérienne de rapatriement m'informa que les déportés politiques voulant participer au rapatriement en Allemagne devaient se faire mobiliser.

Il nous envoya chez le colonel Pouzadou, boulevard Sébastopol, à cet effet. Malgré de nombreuses visites, de nombreuses discussions avec de nombreux officiers, nous n'avons jamais pu obtenir cette mobilisation nécessaire et les avions continuèrent à ramener, malgré l'interdiction formelle du ministre de l'Air et de toute la Commission, des volontaires du travail, des hommes et des femmes aux valises magnifiques et bien bourrées et même des Allemandes.

Comment s'en étonner quand on sait qu'à Linz, le chef de la mission de rapatriement était un ancien chef des Chantiers de jeunesse. A ma protestation contre cet emploi d'hommes de Vichy pour le rapatriement, il fut répondu qu'il fallait se servir de ce que l'on trouvait sur place. Et dans le même temps on refusait de mobiliser les déportés politiques pour organiser le rapatriement de leurs camarades.

Malgré ces points négatifs dus à l'incapacité des Missions françaises de rapatriement de s'occuper efficacement de rapatrier les cas les plus urgents de déportés politiques, des résultats importants ont été obtenus.

Le rapatriement de Suède par exemple. Il faut rappeler que le 26mai, j'ai adressé, au nom de notre Fédération, une demande au ministre de l'Air pour qu'il envoie un avion en Suède afin d'étudier sur place les possibilités de rapatriement des déportés politiques de Ravensbrück et de Neuengamme s'y trouvant.

A la suite de démarches auprès du consulat de Suède, cet avion put partir. Il fut accueilli avec une immense joie par nos camarades qui avaient hâte de rentrer dans leurs familles. Le rapatriement commença bientôt à la cadence de deux avions par jour.

Après ces accords avec le maréchal soviétique Joukov, des avions allèrent à Berlin et ramenèrent les derniers malades de Ravensbrück et d'Oranienburg, d'autres partirent à Prague, à Brunswick, à Magdeburg, etc.

Je conclurai mon rapport en disant que, si nous avions rencontré auprès du ministère des Prisonniers et Déportés et auprès de la Mission française de rapatriement compréhension et esprit d'initiative, des centaines de Français et de Françaises ne seraient pas morts, en Allemagne, après la libération de leurs camps.

Rose GUERIN

6 octobre 1945

* déportés politiques : En fait, déportés résistants. Le terme "déportés politiques" fut utilisé jusqu'en 1948.

Je me suis beaucoup appuyé sur ce rapport pour imaginer le rapatriement de John, Sherlock et Ivan. N'ayant pas d'informations plus précises concernant les prisonniers non français, je ne peux qu'imaginer. Je sais cependant que les déportés arrivés en France attendaient parfois des semaines avant de rentrer chez eux. Ils étaient en liaison téléphonique avec leur famille et des volontaires portant l'uniforme se dévouaient à leur tenir compagnie.

Je vous retrouve au prochain chapitre si cela vous conviens.

S'il reste des fautes d'orthographe, je m'en excuse profondément.

J'attends vos commentaires, n'hésitez pas.

Bises

Magdaline.