Bonjour !

Je suis absolument désolée, je suis en retard dans ma publication hebdomadaire, j'ai eu deux semaines relativement chargées et j'avoue que le manque de sommeil à une incidence directe sur ma concentration et mon imagination. Je vous prie donc d'excuser ce retard, j'essayerai de ne pas renouveler cette mauvaise habitude.

Je m'engage donc dans la rédaction de ce chapitre qui portera sur le retour des garçons en Angleterre. Avec ou sans Mycroft, je ne sais pas encore. Pour le moment, je vais leur faire faire un bout de chemin en voiture vers le Nord puis une petite croisière, certainement. Enfin, je verrai où mon imagination me porte.

Réponses aux commentaires :

Clina9 : De rien, de rien, de rien ! Les séances chez l'Ostéopathe ont un drôle d'effet sur moi, cela me fait voir le monde tout en douceur et en romantisme. Cela ne fait pas de mal, bien au contraire. C'est même assez agréable. La guerre étant terminée depuis quelques chapitres, je pense renouveler l'expérience des petits moments à deux plusieurs fois.

Kaori Jade : Un abonnement chez mon Ostéo ? J'aimerai bien mais ma mutuelle ne va pas vouloir me rembourser éternellement mes séances. T'inquiète pas, je compte bien disséminer ces moments de douceurs dans les prochains chapitres. Mais attention ! Je ne veux pas que cela devienne une fic guimauve (même si je prévois une fin plus que dégoulinante de romantisme.)

Senga : Merci à toi de la lire ! J'espère que le chapitre suivant te fera plaisir.

Vera Spurnes : Ah ouais, comme ça, tu as une espèce de fétichisme pour les cheveux de Sherlock ? Je les adore moi aussi ces boucles brunes, j'y passerai les mains toute la journée si je pouvais. La douceur et la tendresse c'est bien, mais je rappelle que la guerre vient de se terminer et Sherlock n'a toujours pas dit pourquoi il avait été déporté. Bonne lecture.

Electre1964 : J'ai bien lu ton MP et ta review, je te remercie de me faire partager cela, personne n'en a parlé ou n'en parle encore aujourd'hui dans ma famille. Je n'ai pas mis toutes les informations sur le rationnement, mais les principales afin de montrer que la fin de la guerre ne veut pas dire la fin des restrictions. Je pense que j'utiliserai peut-être une anecdote comme celle que tu m'as donnée pour illustrer l'après-guerre.

Glasgow : Merci Mycroft ! Bah quoi, tu as dit qu'il fallait lui dire merci, je m'exécute ! lol. J'essaye de créer un lien qui se met peu à peu en place, comme si c'était une évidence mais tout en douceur. Merci pour les compliments, cela me fait un bien fou.

Ryokushokumaru : Décidément, je n'arriverai jamais à écrire ton pseudo en une fois sans me tromper ! Je tenais à amener tout doucement les personnages vers quelque chose de connu. Malheureusement, la mode des années 40 est un peu différente de celle des années 2010. Je galère un peu à trouver un équivalent. Bon chapitre et vive la mousse !

Choupette : Je sais, je suis une vilaine fille ! Mais euh… la cure de désintox à la fic n'est pas remboursée par la sécu tu sais ? Ouah, Ouah, Ouah ! Que de compliments, je ne vais plus passer les portes tu sais ? Encore une fétichiste des cheveux de Sherlock ? Et si on faisait un club ? Allez bon chapitre et au plaisir de te lire.

BoaHancockGoku : Il parait que lentement, c'est mieux. Ne te fais pas trop mal aux yeux quand même, c'est une période de l'histoire du monde tellement forte en émotions qu'il est tout à fait possible que tu aies du mal à en sortir et que tu en fasses des cauchemars. Je ne serai pas du tout choquée si tu venais à faire une pause dans ta lecture, je fais moi-même plus de poses que d'habitude quand je l'écrit. Tes compliments me vont droit au cœur et si tu éprouves de la tendresse pour ces personnes, j'en viens, petit à petit à éprouver plus de respect que de tendresse. Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira.

Allez, j'arrête de vous embêter et je vous laisse à votre lecture !

Enjoy

Magdaline.

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Chapitre 10 :

John savait que le retour vers son Angleterre natale serait très éprouvant et très long. Il ne doutait pas difficultés qu'ils allaient rencontrer dans une France post-guerre qui pansait ses plaies sous le regard bienveillant et empli de convoitise de ses alliés.

La peur du nazi avait laissé place à la peur de l'étranger, quel que soit sa nationalité et à la peur du collaborateur. Il n'était pas rare de croiser, au hasard des rues, des tribunaux improvisés dispensant une parodie de justice à des femmes dont le seul crime était d'avoir aimé ou d'avoir travaillé pour la mauvaise personne.

L'homme n'apprend décidément rien de ses erreurs, pensa le médecin en croisant l'un de ces tribunaux.

Des femmes, assises au milieu de la place publique, attendaient leur châtiment avec dignité. La tête haute, elles subissaient la hargne de la foule et l'humiliation suprême de se voir priver de chevelure. La tonte serait leur châtiment. Pour les semaines à venir, elles porteront la marque d'une collaboration honteuse avec l'ennemi de la France, l'occupant nazi. John n'arrivait pas à croire que l'on puisse faire cela à ses propres concitoyens. La justice devait être rendue par des professionnels, non pas par une poignée d'agités qui, sous prétexte de ouï-dire, dispensaient la justice comme d'autres dispenses leurs conseils, sans recul.

John avait entendu parler d'autres tontes. Sans relation avec l'ennemi, elles touchaient les femmes ayant eu le malheur de céder aux alliés, notamment aux soldats noirs-américains qui avaient fait escale sur leurs terres. Le racisme était partout, la différence faisait peur et la peur faisait faire d'horribles choses à l'être humain.

La dignité affichée par ces femmes montrait, quel que soit leur crime, qu'elles n'avaient pas honte de leurs actions et qu'elles entendaient bien les renouveler si leur survie en dépendait. John en éprouva du respect.

La voiture sortit du village, éloignant pour un temps les trois hommes du spectacle de la bêtise humaine.

John détourna le regard, se perdant dans la contemplation de son compagnon de voyage. La tête appuyée sur la vitre de la voiture, les yeux fermés, Sherlock semblait dormir.

A son réveil ce matin, il avait eu la surprise de voir le petit déjeuner prêt à être servi. Sherlock, habillé de pieds en cape, lui avait laissé le temps de prendre une douche et de s'habiller avant de leur servir le petit-déjeuner.

Dans un silence serein, John avait dévoré ce drôle de repas que les français appelaient petit-déjeuner et qui ne comportait rien du traditionnel petit-déjeuner britannique. John s'était donc rabattu sur le pain et la confiture qui constituaient les seuls aliments connus de ce repas.

Il avait regardé Sherlock manger des viennoiseries qui, au prix des ingrédients, devaient valoir une fortune et s'était empressé d'enfiler ses chaussures. A peine les lacets noués, le chauffeur était venu les chercher afin de les emmener vers le Nord, dans cette même voiture qui était venue les chercher la veille.

La grande différence avec la veille avait été l'attitude de Sherlock et les réactions du personnel à son égard. Alors que la veille, le réceptionniste les avait à peine regardés, détournant le regard devant le corps famélique du brun, il avait aujourd'hui les yeux rivés sur Sherlock, dont la prestance éclipsait la présence de son compagnon.

John ne s'en était pas plaint, il n'aimait pas attirer l'attention. Que celle des employés soit braquée sur son compagnon lui permettait de passer inaperçu.

Il faut dire que Sherlock en jetait. Grand, élancé malgré sa maigreur, le front haut et les pommettes saillantes, il marchait d'un pas conquérant vers la sortie, ignorant les regards braqués sur lui avec autant de superbe que de dédain.

Seule la légère raideur de sa démarche indiquait encore les épreuves par lesquelles il était passé. Et encore, John était persuadé que seul son œil avisé de médecin permettait de voir la légère claudication qu'imposaient les entorses à la démarche souple du brun.

Il l'avait suivi dans le hall de l'hôtel, vêtu des habits envoyés par Mycroft. Il était étonnamment peu à l'aise dans ce jean trop rêche qui mettait en valeur son anatomie sculptée par l'armée. Dieu qu'il aurait aimé remettre son treillis. Là-dedans au moins, il était à l'aise. Le tissu rêche lui irritait la peau et le manque de souplesse lui laissait l'impression d'être enfermé dans un carcan.

L'état de son treillis, sale et craqué aux genoux, lui interdisait malheureusement de le remettre. Il l'avait donc rangé dans le sac qu'il tenait à la main.

La voiture les attendait au bas des marches, le chauffeur lui avait ouvert la portière et l'avait refermé sur lui. Depuis ils roulaient, les fenêtres ouvertes sur le printemps dispensant une brise bienvenue sur leur visage.

Sherlock était appuyé sur la fenêtre, les yeux fermés, une main soutenant sa tête et l'autre traînant sur le siège de la voiture. Il dormait, ou réfléchissait, John n'aurait su le dire. Il contempla son compagnon un moment, imaginant sans mal quel homme serait son compagnon une fois guéri et correctement nourri.

Un homme magnifique, il en était sûr. Il sourit doucement. Il lui faudrait tout de même parler. Parler du motif de son internement. John en était certain, quel que soit ce motif, le fait de taire ses sentiments autant que ses souvenirs finirait par affaiblir son ami aussi sûrement que le manque de nourriture.

Poussant un soupir à cette pensée, il retourna à la contemplation du paysage, s'inquiétant du temps qu'il faudrait pour reconstruire ce pays martyrisé par quatre années de combats.

Partout, se dressait les ruines de villes martyres. Les français, sur les routes depuis le début de la guerre, regagnaient leur foyer, traînants derrière eux leurs maigres possessions. Les routes, encombrées de chariots bringuebalants tirés par de lourds chevaux rendait la progression de la voiture plus compliquée.

Le son de klaxon rythmait les kilomètres, avertissant les familles du danger de rester sur le chemin cet engin motorisé très peu courant. John aperçu un jeune garçon qui, tout heureux de voir passer une automobile, lui fit un signe de la main alors qu'ils le dépassaient. John y répondit avec entrain, un doux sourire aux lèvres.

La vie reprenait son cours malgré tout.

Les paysages dévastés des alentours de la capitale laissèrent place aux plaines agricoles picardes. Les dégâts étaient moins visibles, mais tout aussi importants. De grands cratères ponctuaient le paysage, vestiges des attaques aériennes du début de l'exode. Etrangement, la nature avait repris ses droits assez vite, recouvrant d'un tapi vert tendre, les traces infâmes laissées par l'action humaine.

Ils s'arrêtèrent une petite heure dans une auberge de Compiègne, afin que le chauffeur puisse se reposer. Ils roulaient depuis plus de trois heures et la fatigue se faisait sentir.

Le chauffeur entra dans l'auberge afin de se faire servir un verre de vin et s'attabla avec un soupir de soulagement.

John et Sherlock préférèrent aller se dégourdir les jambes. Trois heures à l'arrière d'une voiture les avaient laissés courbaturés. Il leur fallait absolument un moment de détente. Ils marchèrent ensemble un bon moment sans rien dire. Ils profitaient du soleil de cette fin d'après-midi. Ils ne seraient pas arrivés à Dunkerque avant 21 heures, heure à laquelle ils devaient s'embarquer sur un bateau à destination de Douvres.

Ils devraient ensuite reprendre une voiture jusque Londres. John se demanda un moment ce qu'il ferait à Londres. Il avait du travail à Netley. Peut-être ses supérieurs l'affecterait-il de nouveau dans à l'hôpital militaire.

En attendant les ordres, il profitait de la compagnie apaisante du brun. Ils arrivèrent devant un champ de fleurs sauvages. Cette vision leur sembla décalée après des semaines plongées dans l'horreur de la guerre.

John s'arrêta sous un arbre, la tête penchée sur le côté, un sourire aux lèvres, amusé par cette vision étonnante. Souhaitant en profiter le plus possible, il s'assit contre le tronc et se perdit dans la contemplation du paysage.

Il se trouva très contemplatif depuis qu'ils étaient arrivés en France. Il haussa les épaules. Peu importait en réalité. Il avait vu trop d'horreurs pour ne pas apprécier la vision d'un innocent champ de fleurs sauvages.

Sherlock, de son côté, resta debout, analysant le paysage qui s'étendait devant lui. Son œil répertoria chaque espèce de fleur, chaque insecte, chaque chant d'oiseau, dressant une carte mentale de la prairie. Il cartographia les pleins et les déliés de cette langue de terre préservée, interprétant les creux comme des cratères dû à une bombe et cette bute comme le remblai résultant de la construction de cette petite ferme qui apparaissait un peu plus loin.

Il ne savait pas profiter du paysage, il fallait qu'il analyse, qu'il s'assure que ses facultés de déductions étaient toujours intactes. Que ferait-il sans elles. Il avait traqué ce maudit criminel consultant dans toute l'Europe avant d'être capturé. Ces capacités lui avait été plus qu'utiles. Il en avait besoin. Si vraiment son ennemi était mort, il pourrait se lancer dans la résolution d'enquête en collaboration avec la police.

Les officiers nazis l'avaient arrêté alors qu'il s'apprêtait à attraper son ennemi. Moriarty avait souri en le voyant partir entre deux officiers SS. Sherlock s'était vengé en le dénonçant pour crime de guerre contre l'Allemagne nazie.

Il ignorait ce qu'il était arrivé à son ennemi. Son internement et la torture qu'on lui avait infligé avait mobilisé toutes ses facultés mentales, l'obligeant à effacer un nombre conséquent d'informations de son palais mental afin de se protéger.

« -L'homme n'apprendra-t-il donc jamais ? » demanda le médecin d'une voix douce.

Sherlock sembla sortir de ses pensées.

« -Pardon ?

-Je demandais si l'homme apprendra un jour de ses erreurs. »

Sherlock eut un rire moqueur.

« -L'homme n'apprend pas de ses erreurs. Il ne cesse de les répéter jusqu'à l'épuisement. »

John fronça les sourcils, tournant la tête vers son compagnon.

« -Il y aura donc d'autres guerres comme celle-ci ? »

Sherlock se tourna vers le médecin.

« -J'ai bien peur que oui. Peut-être pas tout de suite mais d'ici quelques décennies, j'ai bien peur que cela recommence.

-Et nous ne serons pas là pour les mettre en garde. »

Sherlock secoua la tête.

« -Ils n'écouteraient pas de toute façon. A quoi bon les avertir. Ils nous prendront pour de vieux radoteurs et nous ignorerons, persuadés qu'ils seront d'avoir raison.

-Cela ne laisse pas vraiment d'espoir pour l'avenir. »

Sherlock haussa les épaules.

« -Qu'allez-vous faire en rentrant en Angleterre ? » Demanda John.

Sherlock s'assit à côté de lui, jouant doucement avec les marguerites qui se trouvaient entre ses jambes.

« -Mycroft ne me laissera pas partir avant de m'avoir fait faire une batterie complète d'examens médicaux, de m'avoir fait faire un régime à base de protéines pour me faire regagner du poids et obligé à aller rendre visite à Mummy. »

John haussa les sourcils.

« -Votre frère est très protecteur. »

Sherlock grogna, agacé.

« -Il n'est pas protecteur, il a juste la fâcheuse manie de mettre son proéminent appendice nasal dans mes affaires. »

Il jeta la marguerite qu'il avait cueillit au loin, dans un geste de rage.

John pouffa.

« -Pourquoi l'avoir appelé alors ?

-Parce qu'il était le seul à pouvoir nous trouver un endroit pour dormir la nuit dernière et le seul à pouvoir nous rapatrier en Angleterre aussi vite.

-Nous aurions pu nous débrouiller seuls. » Répliqua le médecin.

« -John, ne soyez pas stupide. Vous étiez trop fatigué et moi trop mal en point pour qu'on nous laisse entrer dans un hôtel quel qu'il soit. »

John dû admettre qu'il avait raison. Personne ne les aurait laissé entrer dans une chambre d'hôtel étant donné leur état. Ils restèrent silencieux un moment, absorbé par le paysage.

« -Je ne vous ai pas remercié de vous être occupé de moi hier soir. »

La voix de Sherlock était très basse, comme s'il hésitait à dire ces mots.

« -C'est mon travail, Sherlock.

-Faire mes cheveux faisait-il parti de votre travail ? »

John soupira.

« -Les limites de mon travail ne sont pas rigides. Je vous ai apporté tous les soins qu'il m'était possible de vous apporter pour vous rendre la nuit paisible.

-Je n'aurai pas été capable d'en faire autant. » Avoua le brun.

« -Vous êtes capable de faire bien d'autre chose, j'en suis sûr. » Répondit le médecin.

« -Qu'allez-vous faire en rentrant en Angleterre ? » Demanda le jeune homme, curieux de connaitre les projets du blond.

« -Je ne sais pas. Je suis toujours militaire. Je vais devoir me présenter au quartier-général afin de recevoir des ordres. Je serai certainement réaffecté à l'hôpital militaire de Netley. Même si la guerre est finie, il y a toujours des séquelles psychologiques qu'il faut traiter.

-Est-ce vraiment ce que vous voulez ? »

Le médecin soupira.

« -Je n'en sais rien. Je sais pourquoi j'ai voulu être médecin. Je sais aussi pourquoi j'ai voulu être militaire. J'ai compris en entrant à Mauthausen que toutes les raisons qui m'ont poussé à être ce que je suis n'étaient pas les bonnes. »

Sherlock fronça les sourcils.

« -Donc vous ne savez pas quoi faire.

-C'est exact. Je ne veux pas rentrer chez moi. Mon père ne m'a jamais aimé…

-Vous n'êtes pas son fils n'est-ce-pas ? » Coupa le brun.

« -Non, je suis un enfant illégitime. Mon père m'a toujours reproché d'être le fils d'un autre.

-La bourgeoisie n'a jamais aimé l'adultère, c'est une question de succession. »

Le regard étonné que lui lança le médecin rappela à Sherlock qu'il n'avait jamais fait étalage de ses capacités devant le médecin.

« -Un simple citoyen britannique n'aurait pas pu se payer les études de médecine, même avec l'aide de l'armée, vous venez donc d'une famille aisée, voire de la noblesse britannique. Si toute votre attitude montre une éducation de très grande qualité, certainement due à votre mère, un noble engagé dans l'armée serait d'un grade supérieur au vôtre à l'âge que vous avez aujourd'hui. Elevé donc dans la bonne bourgeoisie anglaise. On ne fait pas la guerre pour le plaisir, du moins, c'est ce que Mummy a passé son temps à me répéter. Il faut donc une raison particulièrement forte pour qu'un homme aussi jeune entre dans l'armée. C'est un homme qui cherche à prouver quelque chose. La personne ayant le plus d'influence sur les garçons est leur père. Vous faites partie de cette catégorie de personnes dont l'opinion du père est plus importante que le reste. Vous cherchiez donc à prouver à votre père votre courage et votre capacité à survivre. Maintenant que vous avez plongé dans la vérité de la guerre, vous vous demandez si l'armée est bien le monde dans lequel vous voulez évoluer. Vous n'avez rien dit à propos de la médecine. Vous êtes donc sûr du choix de la médecine car il est le vôtre et n'a pas été dicté par un quelconque besoin de reconnaissance. Il y a, dans votre démarche, un réel besoin de reconnaissance, un réel désir de protéger et de servir mais l'armée n'est pas vraiment votre univers, l'hôpital est votre univers, vous n'êtes jamais plus heureux que lorsque vous pouvez soigner votre prochain. Vous êtes un médecin, John, pas un militaire. Votre besoin de servir et de protéger doit s'exprimer à travers la démarche curative et pas à travers la destruction. »

John ouvrit la bouche, abasourdi. Sherlock venait de déduire en cinq minutes ce qu'il avait mis des mois à analyser.

« -Brillant. »

La réaction du blond surpris son compagnon. Jamais personne n'avait eu ce genre de réaction après l'un de ses déductions.

« -Vraiment ? » Demanda le jeune homme, cherchant une confirmation dans les yeux du médecin.

« -Vraiment. » Sourit John en plongeant dans les yeux de son compagnon.

L'échange s'intensifia, mettant le brun mal à l'aise. La réaction physique qui l'avait pris la veille au soir alors que John l'aidait à se laver, se manifesta de nouveau, faisant rougir le scientifique.

Surpris et honteux, il se releva et s'éloigna en direction de l'auberge.

John resta figé un moment, surprit de la réaction de son compagnon, jeta un dernier regard au champ devant lui et se releva. Il devait rattraper Sherlock s'il ne voulait pas rejoindre Dunkerque à pied. Il n'imaginait pas le brun le laisser sur le bord de la route, mais il préférait s'assurer un moyen de locomotion moins fatiguant. Après tout, il ne connaissait pas Sherlock depuis longtemps, il ne savait pas quelles réactions il pouvait avoir.

Sa précédente réaction était d'ailleurs très étrange. Il allongea le pas quand il arriva en vue de l'auberge.

Entrant dans la salle, il trouva le chauffeur encore attablé devant un verre vide et Sherlock assit à côté de lui, attendant visiblement avec agacement que ce dernier se décide à se lever.

« -Avez-vous soif Docteur ? » Demanda l'homme en lui indiquant une chaise.

« -Un verre d'eau me conviendra, merci. »

Le chauffeur passa commande et replongea dans son journal, attendant que le docteur ait terminé de se désaltérer.

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La seconde partie du voyage jusque Dunkerque se passa dans un silence pesant. Sherlock, en position de réflexion, s'était enfermé dans son palais mental. John, la tête contre la fenêtre, regardait les paysages défiler, se succéder et changer au fil de la route.

Plus la voiture s'approchait de la Flandre, plus le décor était apocalyptique. Les maisons éventrées se succédaient, alternant avec les champs défoncés à coup d'obus. Les cimetières étaient très nombreux, preuve, si besoin en était, que la frontière belge avait été le théâtre des agressions les plus violentes.

Les pierres blanches, alignées au cordeau, luisaient sous le soleil de mai. Aussi solennelles qu'effrayantes, elles étaient le reflet des millions de morts tombés au nom d'une idéologie se voulant universelle.

John pensait avoir tout vu. Il n'avait pas vu Dunkerque.

La ville, détruite à plus de 90%, n'était plus qu'un champ de ruines. Les maisons, éventrées par les obus, détruites par le feu ou criblées de balles, étaient pleines des fantômes des jours heureux, des jours de carnaval où la joie régnait en maitre. La ville n'était plus que désolation. Seul l'église Saint Eloi avait partiellement survécu au cataclysme, reste d'une croyance bien ancrée et de superstitions religieuses promettant l'enfer à toute personne profanant un lieu saint. Les épaves de camions, criblées de balles et les voitures renversées attestaient de la violence des combats. Plus morte que vivante, la ville mettrait du temps à se relever.

La ville avait été la dernière forteresse allemande. Libérée il y a peu, les troupes alliées patrouillaient encore dans l'enceinte de la ville, contrôlant les allers-venus des rares habitants n'ayant pas eu la possibilité de fuir les bombardements. Les visages marqués par la fatigue étaient gris et fermés. Les yeux des passants traînaient à terre, évitant les marques récentes de destruction et les souvenirs douloureux.

L'accès au port était strictement contrôlé. La voiture avait passé plusieurs barrages militaires. Le chauffeur possédant un laisser-passer universel, il parvint à les déposer sur le quai, juste à côté d'un bateau de pêche amarré sur le quai Freycinet. La silhouette d'un transporteur de troupe se dessinait en contre-jour. Il était 20 h 50, la nuit tombait.

Ils suivirent le chauffeur en silence. Ils s'arrêtèrent devant la passerelle d'embarquement, laissèrent l'homme discuter avec le marin en faction.

L'homme, prenant connaissance du laisser-passer produit par Mycroft, retrouva le sourire qu'il avait perdu en les voyant approcher.

« -Nous vous attendions. » Dit-il avant de leur indiquer le chemin par la passerelle.

John et Sherlock montèrent, inconscients de l'absence du chauffeur resté à quai.

Ils rentraient à la maison.

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Ayez ! C'est la fin du chapitre. Qu'en pensez-vous ?

Quelques précisions historiques :

Les tondues les plus connues sont celles des pays d'Europe occidentale, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dès avant la période de la Libération et jusqu'à la fin de la guerre.

Les femmes accusées de « collaboration horizontale » avec l'occupant allemand sont tondues. Accusées à tort ou à raison d'avoir fraternisé avec l'ennemi (ce fait n'existe pas dans le code pénal français), elles sont tondues en public dans des cérémonies expiatoires que l'on retrouve à l'identique en France, en Belgique, en Italie, en Norvège, et, dans une moindre mesure, aux Pays-Bas, au Danemark. Que les relations entre ces femmes et les Allemands soient de nature sexuelle ou pas, la tonte sert souvent d'exutoire pour une population asservie durant quatre ans.

Parmi les 20 000 tondues en France, les vraies collaboratrices côtoient les femmes amoureuses, comme ces femmes qui refusent de quitter leur concubin ou leur mari allemand, lors des évacuations de civils, celles qui n'ont fait que leur métier (prostituées), et des femmes livrées à elles-mêmes durant le conflit et qui ont dû se mettre au service de l'occupant le plus souvent comme lingère ou femme de ménage. Selon Dominique François, ce chiffre de 20 000 tondues n'est qu'une estimation basse, notamment en tenant compte des 80 000 enfants nés de relations entre Françaises et soldats de la Wehrmacht. D'autres auteurs attribuent 100 000 à 200 000 paternités aux troupes d'occupation en France, par exemple : Fabrice Virgili ou Jean-Paul Picaper et Ludwig Norz.

Les premières menaces de tonte apparaissent dans la presse clandestine dès juillet 1941. Les premières tontes effectives ont lieu entre mars et juin, dans quelques départements (Loire-Inférieure, Isère, Ille-et-Vilaine), mais sont clandestines : ce caractère semble annuler leur effet principal, et elles sont très peu nombreuses.

Dès la Libération, un grand nombre de tontes ont lieu, le plus souvent pendant la Libération, parfois quelques jours après. La recherche des femmes à tondre a lieu dès l'installation des comités locaux de Libération (CLL), et fait partie de leurs premières tâches, alors que les troupes allemandes peuvent se trouver à proximité. Un grand nombre de tontes sont, à partir de l'été 1944, souvent spontanées. La première vague importante a donc lieu à la fin de l'été 1944. Ces tontes sont relayées et décrites par la presse, et Radio Londres (émissions des 20 et 30 août 1944). Des résurgences ont lieu durant l'automne, et des tontes se produisent sporadiquement tout l'hiver. Même si elles ne sont pas planifiées et répétées comme en Espagne, elles sont néanmoins pensées et bénéficient d'un minimum d'organisation. Un fonctionnaire est généralement présent (policier, gendarme) et donne un caractère officiel au châtiment.

Une deuxième vague importante a lieu en mai et juin 1945, lors du retour des prisonniers de guerre, déportés, requis du STO, accompagnés souvent des travailleurs volontaires en Allemagne et de celles et ceux qui ont accompagné les Allemands dans leur fuite. Ces femmes qui reviennent d'Allemagne sont tondues, souvent sur le quai de la gare. Des femmes qui avaient échappé à la première vague, ou qui sont libérées après une peine jugée trop légère, souvent au printemps 1945, sont également tondues. Ces tontes se poursuivent jusqu'à la fin de 1945 (les retours ont lieu jusqu'à l'automne). La dernière tonte recensée a lieu en Savoie en février 1946.

Sur le territoire français, les tondues se retrouvent partout, que ce soit dans les régions libérées par les Alliés, ou dans celles libérées par la Résistance. Les urbains et les ruraux effectuent des tontes, il n'existe pas de « sanctuaire » ; les sources de police, gendarmerie et de la presse sont abondantes à ce sujet. Le fait est général : on est certain que des tontes ont eu lieu dans plus de 77 départements, sur les 90 de l'époque (Virgili cite à l'appui le fait que des enfants jouent à tondre trois petites filles).

On va saisir la femme chez elle, puis la tonte s'effectue le plus souvent dehors, en public, sur une estrade, par terre, debout, assise. Tous les cas sont répertoriés. La tonte des cheveux est parfois exécutée en privé. Le plus souvent, on choisit un lieu public symbolique : la place de la mairie, du marché, la fontaine ou le monument aux morts. Dans tous les cas, la tonte s'accompagne d'une exhibition, la tondue est promenée en cortège (« le carnaval moche ») à travers la ville ou le village : la population, dans sa grande majorité, y assiste et approuve le châtiment. Des carrioles, voitures, charrettes sont parfois utilisées pour montrer la ou les tondues.

Tout au long du châtiment, la foule invective et insulte la tondue ; celle-ci peut être plus ou moins déshabillée, voire totalement dénudée ; son corps reçoit dans certains cas des croix gammées à la peinture, au goudron ou au rouge à lèvres. Tout ce qui constitue sa féminité est ainsi détruit.

Les femmes tondues ne sont pas identifiées et aucune étude sérielle n'a pu ni ne pourra être menée, puisque toutes attitudes alors jugées ambigües vis-à-vis de l'occupant pouvaient être prétexte à formuler une accusation de collaboration au moment de libération.

Ainsi, il peut s'agir de jeunes filles peu favorisées économiquement, des femmes seules, divorcées, veuves ou dont le mari est encore en captivité. La plupart ont dû, pour survivre, faire le ménage, laver le linge, ou faire tout autres travaux au service des Allemands. Certaines furent tondues à cause du fait qu'elles vivaient à proximité de l'occupant : on peut notamment citer les jeunes institutrices, dont le logement de fonction touchait souvent les logements attribués aux soldats allemands, ce qui a permis l'établissement de relations jugées sévèrement. D'autres femmes accusées de collaboration horizontale » (relations sexuelles) avec l'ennemi furent également victimes de ces exactions : les prostituées, ainsi que celles entretenant une réelle relation amoureuse avec un soldat allemand, comme Pauline Dubuisson.

Enfin, la tondue peut être une vraie collaboratrice : espionne ou délatrice par intérêt, vengeance ou idéologie.

Plus que l'identité de la tondue et les faits avérés, c'est son comportement et les fantasmes qu'il a suscité qui justifient la tonte. Le choix des femmes à tondre relève ainsi largement du fantasme, de la rumeur publique. La tonte des femmes, accusées de délits sexuels (collaboration horizontale), mais pas uniquement, est une punition par la majorité ayant souffert de frustrations pendant quatre ans, envers des femmes soupçonnées d'avoir voulu échapper aux sacrifices faits par les autres Français en menant une vie de noces. La tonte s'applique également à des femmes n'ayant de tels rapports.

Certaines catégories de femmes sont exclues de la tonte dans certains territoires : ainsi, le Comité départemental de libération des Pyrénées-Orientales exclut les prostituées de la tonte (car elles n'ont fait que leur métier) mais prévoit que toutes les autres femmes ayant eu des rapports intimes avec l'ennemi auront la tête rasée. Humiliation supplémentaire : elles sont soumises à la visite médicale de prévention des maladies vénériennes prévues pour les prostituées soumises pendant des durées variables. De même, de nombreuses Chambres civiques ne condamnent ni les prostituées, qui ont exercé leur activité professionnelle habituelle, ni les femmes de prisonniers de guerre, en jugeant qu'elles ont certes commis un adultère, mais que cela ne relève pas de l'intelligence avec l'ennemi. Cependant, les prostituées comme les femmes de prisonniers (dont l'attitude était particulièrement surveillée) ont été tondues dans d'autres départements.

Quelques hommes ont également été tondus (dans sept départements au moins), mais pour des motifs différents : pillage, travail volontaire pour les Allemands, collaboration. La tonte, les assimilant à des femmes, est une humiliation supplémentaire, dévirilisante, et ne revêt pas le caractère sexualisé des tontes de femmes.

La tonte cause un traumatisme parfois jugé comme plus important que le viol. Les femmes tondues se sont souvent refusées, pour une période plus ou moins longue, tout droit au bonheur, et une difficulté, voire une impossibilité, à se reconstruire une vie et un équilibre intérieur. Ce choc traumatique se transmet également aux enfants, qui peuvent être dépressifs ou intérioriser un sentiment de culpabilité, notamment les filles de soldats allemands.

Source : é

Si j'ai voulu parler des tondues de 1944-1945, c'est parce que je trouve cette punition particulièrement injuste. Non pas pour les collaboratrices et les espionnes mais pour toutes les autres qui n'ont rien fait d'autres que vouloir survivre ou simplement aimer un homme sans que sa nationalité soit un problème.

Je vous remercie d'avoir lu ce chapitre jusqu'à la fin. Les chapitres suivants vont continuer tout en douceur, tourné vers la psychologie de Sherlock et de John mais aussi sur le développement des sentiments et son acceptation dans les années 1950.

Si vous avez un commentaire, laissez-moi une review, j'y répondrai avec plaisir.

A bientôt

Magdaline.