Bonjour tout le monde !

Résumé des chapitres précédents : John Watson, fils de la bourgeoisie anglaise, s'engage dans l'armée afin de prouver à son père qu'il vaut mieux que ce qu'il pense. Au lendemain de la déclaration de guerre par le roi Georges VI, il est envoyé comme médecin dans un hôpital militaire du sud de l'Angleterre. Alors qu'il pensait finir la guerre dans cet hôpital, il est appelé au front, rejoignant la 11ème division blindé de l'armée américaine. Il vivra, en tant que médecin de l'unité, le débarquement de Normandie, la bataille des Ardennes et l'avancée en territoire allemand et autrichien. Il participe à la libération du camp de Mauthausen, camp de concentration de niveau III. Il y rencontre Sherlock Holmes, qu'il prend sous sa protection. Le voyage de retour vers la France est chaotique mais l'intervention de Mycroft l'adoucira suffisamment pour laisser entrevoir un rapprochement entre les deux hommes. Nous les avons quittés, à la fin du chapitre précédent, sur le parvis de Holmes Manor.

Voici le chapitre suivant qui sera tout doux, familiale mais aussi un peu douloureux pour Mummy. Je suis désolée pour elle, mais c'est nécessaire. Je ne sais toujours pas comment je vais la nommer, de même que Daddy Holmes mais cela viendra le moment venu. Si vraiment je ne sais pas, cela restera Mummy et Daddy. Mais je ne trouve pas cela convenable. John ne peut pas appeler les parents de Sherlock Mummy et Daddy !

Je rappelle que John est un enfant adultère, fruit de l'union entre sa mère et son amant, qu'il porte son nom de famille du mari de sa mère et qu'il vient d'une famille de la bourgeoisie anglaise. Cela fait de lui un homme aux manières impeccables et à l'aise en société. Ceci étant, il n'est pas un aristocrate.

Réponse aux commentaires :

Barjy02 : Je suis persuadée que Sherlock est bien plus doux et attaché aux autres à l'intérieur de lui-même. Je le vois comme un enfant qui a été privé d'amour trop tôt suite au décès brutal de son père et à la dépression de sa mère. Ce trop grand besoin et ce manque d'amour l'ont beaucoup fait souffrir, il a donc construit une carapace afin de se protéger. J'aime Mycroft dans ce qu'il a de mystérieux. J'aimerai être comme lui parfois. Etant française, je ne connais pas la monarchie dans ce qu'elle a de dirigeante ou du moins, d'inspirante. Je me dis que chacun se comporte comme il le peut et avec ce qu'il a. Je te laisse à ta lecture, je n'ai pas été chez l'ostéopathe, mais j'espère que ce sera aussi bien que le chapitre se déroulant à l'hôtel.

BoaHancockGoku : L'inachèvement, tout comme l'injustice, me sont insupportable. Je préfère souffrir que de ne pas finir quelque chose, surtout quand cela me tient à cœur. Je voulais un texte réaliste, pas un ramassis de faits sanglants qui, en plus d'alourdir l'atmosphère, ne servant pas le propos. C'est agréable d'avoir des retours, même s'ils ne sont pas toujours agréables comme celui de Chieur-chef. Je te laisse à ta lecture.

Senga : Je suis très touché par ton commentaire Senga mais malheureusement, cette fic me demande beaucoup de temps de recherche et d'écriture, je ne pourrais donc pas accélérer le rythme de publication. Mais je te remercie vraiment pour l' « histoire de qualité », c'est vraiment ce que je vise en premier lieu.

Glasgow : Mummy est un personnage totalement sous-exploité, cela me révolte. C'est pour cela que je tenais à l'inclure comme une figure bienveillante et compréhensive. La douceur est de retour dans ce chapitre, encore plus forte et encore plus guimauve, je le crains.

Clina9 : Mummy est complètement sous-exploitée. J'aimerai tellement la voir apparaître dans la série. Je suis certaine que la relation entre Sherlock et sa mère est très tendre malgré tout. Sherlock est passé maître dans l'art de dissimuler ce qu'il ressent. A part pour dire son agacement lol.

Electre1964 : J'ai des questions à poser à mon grand-père concernant les deux aviations allemandes : La Stuka et la Luftwaffe. Lui sera me répondre, je reviendrai avec des précisions concernant ces deux corps d'élite dans une chapitre ou deux. Je te laisse de plaisir de lire la suite en espérant qu'elle te plaira.

Skipp7 : Je comprends ta réticence, le sujet de cette fic est vraiment délicat. C'est pour cela que j'ai fait cette note de début de texte, je ne voulais pas vous prendre en traître et surtout, je voulais que vous soyez parfaitement au courant des tenants et des aboutissants de cette fic. Je te laisse découvrir la suite. La première partie était la plus dure psychologiquement parlant.

Agnostique et apolitique, je n'éprouve aucune difficulté à manipuler les idées et les croyances. Ceci dit, si je vais trop loin ou si certains passages vous choquent, faites-le moi savoir et je m'efforcerai de me corriger.

CECI EST UNE FICTION, JE ME SERS DES EVENEMENTS HISTORIQUES COMME TOILE DE FOND.

Bonne lecture.

Magdaline.

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Chapitre 12 :

John avait été élevé dans la haute bourgeoisie anglaise. Par conséquent, il a bénéficié d'une éducation très stricte qui lui a ouvert, dans sa jeunesse, les portes de beaucoup de maison de bonne famille. Malgré son jeune âge, sa beauté, sa bonne éducation et l'argent de son père lui avait apporté plus de prétendantes au mariage qu'il ne pouvait l'espérer. John n'y avait pourtant pas prêté attention, choisissant de se concentrer sur sa carrière plutôt que sur sa vie sentimentale.

Aujourd'hui, alors qu'il voyait Sherlock serrer si fort sa mère dans ses bras, il se demanda s'il n'avait privé la sienne de son amour. Après tout, à vouloir satisfaire les demandes de son père, il s'était éloigné de sa génitrice, jusqu'à ce qu'elle lui devienne presque étrangère. En s'occupant de Sherlock, il espérait se rattraper. Il espérer donner à quelqu'un les montagnes d'amour qui sommeillait en lui et dont sa mère n'avait pas bénéficié dans sa jeunesse.

Maud Holmes était une vieille femme tout à fait charmante. Ses longs cheveux blancs relevés en élégant chignon dégageaient un visage avenant aux yeux perçants. Son tailleur strict de couleur sombre, agrémenté d'une broche en or, lui donnait l'air solennel. Cette froideur apparente était démentie par le sourire chaleureux qu'elle arborait en présence de ses fils.

De toute évidence, Mummy Holmes était une femme tout à fait charmante, bien loin de l'image stricte qu'elle se plaisait à donner en public.

Elle lâcha son cadet à grand peine, heureuse de le voir revenir sain et sauf. Les nouvelles que lui avait donné Mycroft avait été parcellaires jusqu'à devenir inexistante quand il était partit sur le continent. Le voir aujourd'hui, amaigri et claudiquant, mais souriant, lui faisait chaud au cœur.

Elle se tourna vers John, son sourire ne se fanant pas. Cet homme était le sauveur de son enfant. Elle le savait et entendait bien lui faire part de sa reconnaissance.

Elle lui attrapa la main, la serrant dans les siennes. Heureuse de constater qu'elle avait devant elle, non seulement une personne de grande valeur, mais aussi quelqu'un qui n'avait pas peur de travailler de ses mains. Même si elles étaient calleuses, elles étaient douces et chaudes, preuve si besoin en était, que John Watson était l'homme dont elle avait besoin pour faire sortir son jeune fils de sa coquille.

« -Docteur, je vous remercie d'avoir sauvé la vie de mon fils. Je vous suis extrêmement reconnaissante d'avoir pris soin de lui. »

John resta figé un moment avant de répondre.

« -Je n'ai fait que mon travail Lady Holmes. »

Le sourire de Maud s'élargit, chaleureux et maternel.

« -Appelez-moi Maud, Docteur. Je me moque de mon titre, la seule chose qui importe aujourd'hui, est que mon fils soit en vie et auprès de moi. C'est à vous que je dois ce miracle. »

John rougit, la main toujours dans celles de Mummy.

« -Peut-être devrions nous rentrer mère ? » demanda Mycroft, interrompant le moment de communion entre la mère et le médecin.

Etait-ce une pointe de jalousie qu'il ressentait ? Peut-être. Mummy ne réservait ses sourires qu'à sa famille. Que John en bénéficie montrait que Mummy l'avait déjà adopté. Mycroft avait déjà un frère à surveiller, un deuxième aurait été de trop !

« -Tu as raison Mycroft. » Dit-elle en se tournant vers lui. « J'ai fait préparer trois chambres dont les vôtres, vous resterez ici jusqu'à la fin de la semaine. »

John voulu répliquer, il devait se présenter à son commandement ou il serait considéré comme déserteur.

Elle attrapa le bras de Sherlock avant même qu'il ait pu dire un mot et les entraina à l'intérieur. L'expression stupéfaite sur le visage de Sherlock au geste de sa mère, lui fit oublier un moment ses obligations et c'est avec joie qu'il passa la porte du manoir. Décidément, Maud Holmes était une femme pleine de surprises.

Elle les guida à travers le Manoir, s'arrêtant devant les chambres, en attribuant une à chacun. Mycroft et Sherlock retrouvèrent leur chambre, restée intacte depuis leur départ. Elle les laissa ensuite pour descendre au salon et demander à ce qu'on serve le thé.

L'après-midi était déjà bien avancée quand John se décida à rejoindre ses hôtes. Il avait découvert son environnement avec émerveillement. Le lit à baldaquin en bois sombre qui trônait au centre de sa chambre était recouvert de draperies blanches volant au vent. Les fenêtres ouvertes donnaient sur le jardin où s'alignaient les buissons taillés. Le mobilier de bois sombre aurait été lourd si les tissus les recouvrant n'avait pas été légers et de couleur claire. Maud Holmes avait des goûts sûrs et modernes.

Farfouillant dans les armoires, il était tombé sur un complet de tweed marron et une chemise de cotonnade blanche qui lui parurent bien plus confortable et approprié que son jeans. Il avait hésité un instant puis s'était changé, heureux de constater que ces vêtements étaient à sa taille. Il avait trouvé une paire de chaussures de cuir marron au bas de la penderie.

Passant le pas de la porte, il regarda dans le couloir, heureux de constater qu'il reconnaissait les portes de Sherlock et Mycroft.

La chambre de Sherlock jouxtait la sienne. Il frappa doucement à la porte et l'ouvrit quand la réponse ne vint pas. Passant la tête par l'entrebâillement, il jeta un coup d'œil dans la chambre.

Sherlock était allongé sur le lit, une main sur l'estomac, les yeux fermés. Il dormait.

Heureux de voir son compagnon prendre un peu de repos, John referma doucement la porte, le laissant dormir. Il descendit les escaliers qui l'avaient mené à l'étage et chercha le salon. Il avait entendu Lady Holmes parler de thé et c'était exactement ce dont il avait besoin. Un bon thé anglais avec des scones.

Il lui fallut un certain temps avant de retrouver son chemin. Le salon était vide mais le bruit discret d'une conversation l'aiguilla vers une pièce qu'il n'avait pas encore visité : le jardin d'hiver.

Sous la véranda à la structure métallique, s'épanouissaient nombre de fleurs dont le parfum embaumait l'air. Les orchidées côtoyaient le lierre et les fleurs tropicales. Au loin, le bruit apaisant d'une fontaine donnait à cet endroit une atmosphère sereine très éloignée de celle des champs de bataille.

Mummy et Mycroft discutait tranquillement, retrouvant la complicité qui les avait toujours lié. Mummy sourit en le voyant entrer, heureuse qu'il ait retrouvé son chemin dans la maison.

« -Docteur Watson, je suis heureuse de constater que vous avez trouvé la penderie de votre chambre. »

John sourit.

« Oui, merci Maud. Il semblerait que votre famille soit mon fournisseur de vêtements en ce moment. »

La lueur d'espièglerie dans les yeux de Maud scintilla.

« -Que cela ne devienne pas une habitude jeune homme. » Déclara-t-elle en souriant.

« -Je m'y engage My Lady. » Répondit-il en faisant la révérence.

« -Venez donc vous asseoir. »

Mycroft lui tira une chaise à ses côtés.

« -Avez-vous vu Sherlock ? » Demanda Maud.

« -Je suis passé par sa chambre en descendant, il dort. Je n'ai pas voulu le réveiller.

-Je vous fais confiance pour ce qui concerne son état de santé, Docteur Watson. » Répondit Maud « Il ne m'a jamais écouté, peut-être vous écoutera-t-il. »

La lueur de tristesse qui passa dans les yeux de la vieille femme fit de la peine au docteur.

« -Je vous en prie, appelez-moi John, je ne suis pas en service. »

Il attrapa une tasse de thé.

« -En ce qui concerne la santé de votre fils, je me suis assuré ces dernières semaines à ce qu'il la recouvre, je ne partirai pas avant que cela soit le cas. A moins bien sûr que je sois rappelé par mon commandement. »

A ces mots, Mycroft se leva, s'excusa auprès de sa mère et de John et partit, prétextant un coup de téléphone urgent à passer.

« -Maintenant que mon fils est parti à ses affaires, dites-moi ce qui est arrivé à Sherlock. »

John soupira en reposant sa tasse de thé à moitié vide. Il s'appuya sur le dossier de sa chaise, peu sûr de la marche à suivre.

« -Je ne sais pas si… si c'est raisonnable. Je ne voudrais pas vous choquer. »

Maud eut un sourire attendri.

« -J'ai vu tellement de choses durant ma vie John, que ce ne sont pas le récit de quelques blessures qui vont me choquer. »

John se mordit la lèvre. Devait-il vraiment lui dire ? Il en doutait mais le regard implorant de Maud le fit céder. Trop rapidement en plus.

« -J'ai trouvé votre fils au fond d'un baraquement du camp de Mauthausen, en Autriche. »

La respiration de Maud se bloqua.

« -Mon fils, mon tout petit a été… déporté ? »

Le médecin se demanda si le surnom de « tout petit » était vraiment adéquat.

« -Oui Maud. Je l'ai trouvé une semaine après notre arrivée. Il était faible et gravement blessé. »

Il passa sous silence les raisons de ces blessures. Les larmes qui coulaient des yeux de Maud étaient autant de poignard dans son cœur. Il ne voulait pas accabler d'avantage la vieille femme. John pensa un moment à s'arrêter mais le regard suppliant de Maud l'en dissuada.

« -Je l'ai soigné moi-même depuis que je l'ai découvert. Physiquement, à part quelques douleurs dues à des entorses, il va bien maintenant. Je vous le promets. »

La vieille dame hocha la tête, pressant un mouchoir sur ses yeux. John posa une main sur le bras de Maud, espérant lui apporter un peu de réconfort.

« -Merci John, merci d'avoir pris soin de lui. »

-Je vous l'ai dit Maud, je n'ai fait que mon métier. Ce que je crains maintenant sont les séquelles psychologiques.

-Comment cela ?

-Tous les patients que j'ai soignés ont plus ou moins parlé de ce qui leur était arrivé, des raisons de leur déportation. Sherlock n'en a pas dit un mot. Jamais. »

Maud baissa les yeux.

« -Depuis le décès de son père, Sherlock s'est renfermé sur lui-même. Il ne parle plus, s'interdit toute forme d'attachement et je dois demander à Mycroft quand je veux des nouvelles.

-Comment était-il enfant ? » Demanda John, curieux de mieux connaitre son compagnon de route.

Maud resta silencieuse un moment, plongeant dans les souvenirs heureux de son mariage et de l'enfance de ses enfants.

« -Quand Sherlock est né, mon époux et moi étions marié depuis 18 ans. Il a été notre cadeau de mariage, si je puis dire. C'était un enfant très facile à vivre du moment où on ne le limitait pas. Nathaniel et moi lui avons laissés l'espace qui lui fallait pour se développer. Il n'a jamais été à l'école, il n'était pas suffisamment sociable. Quoique nous fassions, cela finissait toujours de la même manière. Il en venait inévitablement à fuir les établissements qu'il fréquentait. Nous avons donc préféré le déscolariser et lui faire nous-même la classe. Il était impensable qu'un fils de Lord ait une éducation et une instruction. Ce fut la plus belle année de ma vie. Un jour, Nathaniel était en retard, et c'était l'heure de la leçon de violon de Sherlock. Nous nous partagions les rôles mon mari et moi. Je lui apprenais les mathématiques, l'anglais, le français et les bonnes manières. Nathaniel lui apprenait l'histoire, la géographie et la musique. Mon mari était un violoniste hors-pair. Sherlock lui ressemble beaucoup en cela. Mais ce jour-là, Nathaniel avait été retenu à Londres. Il en revenait quand il a eu un accident de voiture. L'essieu avant s'est brisé, il est mort sur le coup. Les garçons ont beaucoup pleuré, Mycroft s'est enfermé dans ses études, demandant à intégrer les écoles les plus prestigieuses et les plus strictes. Quant à Sherlock, il s'est enfermé dans son mutisme, a refusé que je continue à lui faire la classe. Peu à peu, il s'est éloigné, apprenant par lui-même, jouant du violon à toute heure du jour et de la nuit, voulant absolument attendre le niveau de son père. Il a quitté la maison dès qu'il a pu. Je ne sais pas ce qu'il fait de ses journées. Je sais seulement que Mycroft veille sur lui. C'est triste à dire mais aujourd'hui, la vie de mon fils m'est tout à fait inconnue. »

John resta silencieux longtemps, cherchant à assimiler les informations qu'il venait de collecter dans le récit de Maud.

« -Ne vous y trompez pas, John. J'aime Sherlock et je sais qu'il m'aime. Mais son amour est si bien caché qu'il parait inaccessible. Je sais qui il est, je sais qu'il est tellement sensible qu'il s'est enfermé dans une carapace de froideur et d'indifférence. Mais je sais aussi que si quelqu'un doit passer ses barrières, c'est qu'il l'aura voulu et je suis prête à accepter cette personne quel qu'elle soit. »

Cette déclaration laissa John sans voix.

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Plusieurs jours passèrent ainsi. Sherlock dormait la plupart du temps, son corps réclamant le repos qu'il n'avait pas trouvé depuis son arrestation. La sécurité intrinsèque de la Maison, de sa maison, lui donnait un sentiment de plénitude qu'il n'avait retrouvé qu'une fois, depuis qu'il avait quitté cette maison.

Malheureusement, les barrières mentales baissées laissaient passer les souvenirs, bons comme mauvais. Et comme tout être humain, ce sont les souvenirs les plus douloureux qui remontaient en premier.

Cette nuit, alors que la guérison de son corps ne mobilisait plus toute son énergie, les souvenirs de son enfance et de sa déportation remontèrent sous forme de cauchemars.

Cela commença doucement, par Moriarty et ses manœuvres. Puis cela devint plus fort, les images de l'accident de son père, qu'il avait rêvées jusqu'à en faire une réalité se succédèrent à un rythme fou, l'obligeant à se débattre pour en sortir. Mais plus il se débattait, plus il s'enfonçait dans ses souvenirs, revivant les périodes les plus sombres de sa vie jusqu'à sa déportation. Jusqu'aux tortures qu'il avait subies durant de longues semaines.

Dans ces cauchemars, personne ne venaient le chercher. Personne ne le retrouvait à temps. John ne le trouvait pas. Et c'était peut-être cela le plus douloureux.

L'absence de John. L'absence de ces yeux bleus qui le rassuraient, qui lui disaient qu'il était en sécurité.

John avait veillé tard ce soir-là, profitant de la bibliothèque. Quand il rejoignit sa chambre, le manoir était silencieux, tout le monde était couché.

Un livre à la couverture de cuir dans la main, il pénétra dans sa chambre. Il se prépara pour la nuit et se glissa sous les couvertures, son livre à la main. A la lumière d'une petite lampe de chevet, il reprit sa lecture, interrompu un peu plus tôt par le dernier domestique qui l'attendait pour aller se coucher.

Plongé dans l'intrigue de ce roman, il n'entendit pas tout de suite les gémissements qui provenaient de la chambre voisine.

Ce ne fut que lorsqu'il leva la tête pour regarder l'heure que les bruits extérieurs devinrent intelligibles. Dans la chambre voisine, de l'autre côté du mur, des gémissements de souffrance et des supplications s'élevaient. Les murs, trop fins pour les arrêter, les apportaient à John, éveillant son instinct protecteur.

John sortit précipitamment de son lit, abandonnant son livre ouvert sur le matelas et sortit de sa chambre. Dans le couloir, les gémissements de Sherlock se faisaient plus audibles.

Le médecin frappa doucement à la porte du brun, vite rejoint par Mycroft qui dormait dans la chambre d'en face.

Jetant un coup d'œil au roux, John ouvrit précautionneusement la porte, jetant un regard vers la forme allongée dans le lit. L'ombre bougeait, se tordait dans les draps en murmurant des phrases incohérentes.

Sans plus se préoccuper de Mycroft, John pénétra dans la chambre de son compagnon et s'assit sur le lit du brun. Le poids du médecin fit pencher le matelas et Sherlock se tourna vers lui dans l'espoir inconscient que son cauchemar cesse.

Dans son sommeil, il gémissait. Il tournait et retournait dans son lit, cherchant à échapper aux aiguilles du médecin, à retenir la voiture de son père qui faisait une embardée avant de s'encastrer dans un arbre. Les gémissements qui sortaient de sa bouche étaient de plus en plus plaintifs, de plus en plus fort, se transformant parfois en cris.

Craignant qu'il ne réveille Mummy, Mycroft referma la porte.

Malheureusement, Mummy était déjà debout, ouvrant la porte de sa chambre afin de découvrir l'origine de ce raffut. Mycroft tenta de la faire retourner dans sa chambre mais rien n'y fit. Son fils faisait des cauchemars et son devoir de mère lui dictait d'aller le réconforter.

« -Cela ne sert à rien Mummy, John est déjà à ces côtés. »

Mummy voulut tout de même aller voir par elle-même. Quand elle ouvrit la porte de son cadet, le spectacle qu'elle découvrit lui rappela une autre scène similaire, qui avait eu lieu des années auparavant. Mais cette scène n'impliquait pas John, mais Nathaniel.

Alors que Sherlock se tournait et se retournait dans son lit, John lui parlait doucement, ne le touchant pas, laissant uniquement sa voix douce atteindre le brun endormi.

« -Tout va bien Sherlock, vous êtes chez vous. N'ayez pas peur Sherlock, vous êtes en sécurité, vous êtes en Angleterre. Plus personne ne vous fera de mal, je vous le promets. »

Ces mots, il les répéta des dizaines de fois, sous le regard bienveillant de Mummy qui finalement, referma la porte. Son petit était entre de bonnes mains, peut-être meilleures que les siennes d'ailleurs.

La voix de John finit par pénétrer dans l'esprit du brun, calmant peu à peu ses angoisses, éloignant les cauchemars et les mauvais souvenirs. Ils laissèrent place à d'autres souvenirs, plus beaux, plus rassurant. Le Reichtag devint le bureau de John, Mauthausen, la chambre d'hôtel qu'ils avaient partagé à Paris, le baraquement, Holmes Manor.

Lentement, le brun se calma, sa respiration se fit plus profonde, son corps moins agité et les larmes qu'il retenait se mirent à couler enfin, le libérant de la douleur qu'il gardait en lui depuis des années.

John approcha la main délicatement, afin de ne pas réveiller son ami. Il la passa lentement dans les boucles brunes, calmant définitivement les cauchemars qui avaient surgit.

John resta là longtemps, n'arrêtant pas de passer ses mains dans les cheveux de Sherlock. Il trouva un certain réconfort dans ce geste répétitif. La douce chevelure lui faisait un drôle d'effet. S'être occupé de ces mèches les rendait encore plus belles à ses yeux.

Il se secoua. Quelles drôles de pensées. Il devait être vraiment fatigué pour en arriver à apprécier les cheveux d'un autre homme. Lorsque tout cela sera fini, il irait se trouver une jolie jeune femme à épouser.

Il s'endormit sans s'en rendre compte, les doigts emmêlés dans les boucles brunes et la tête sur le torse de son compagnon. La position était inconfortable, mais la chaleur qui s'en dégageait rendait n'importe quelle position agréable.

Mycroft repassa par la chambre de son frère une heure après que les gémissements aient cessés. Il nota la position des deux hommes, sourit, recouvrit le blond d'une couverture blanche et ressortit sur la pointe des pieds.

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Sherlock se réveilla au son d'une respiration qui n'était pas la sienne. Sans ouvrir les yeux, il analysa les données que son corps lui envoyait. Sur sa poitrine, un poids mort gênait sa respiration. Pas assez pour attenter à sa vie mais suffisamment pour que cela soit gênant. La chaleur qui se dégageait de ce poids était agréable et lui indiquait que la chose était vivante, humaine visiblement.

Sur son crâne, une main était posée, légère, aérienne. Il identifia les cinq doigts et put nommer chaque partie de son crâne sur lesquelles ils étaient posés.

Le matelas penchait désagréablement sur la droite, indiquant que le poids de la personne était également répartit sur le matelas et sur son torse.

Une personne était donc allongée sur lui, les fesses appuyées sur le matelas et une main passée dans ses cheveux.

Il ouvrit les yeux, à la recherche d'autres indices. La masse de cheveux blonds, associée au manque d'une poitrine purement féminine le renseigna sur l'identité de l'inconnu.

John.

John était dans sa chambre, allongé sur son torse et recouvert de sa couverture d'enfant. Curieusement, l'idée lui plut. Il le regarda un moment, appréciant le poids des doigts dans ses cheveux.

Ce geste de réconfort lui rappelait celui de son père quand il faisait des cauchemars. Et même si son père ne dormait pas avec lui quand il faisait des cauchemars, l'idée que John puisse le faire à chaque fois que cela arrivait lui faisait bondir le cœur.

Il calma très vite son rythme cardiaque de peur de réveiller John. Il approcha doucement la main de la masse blonde, s'interrogeant sur la texture de ces cheveux. Doucement, il passa le dos de sa main sur la tête de son compagnon avant d'y glisser les doigts. Il aima immédiatement la sensation des minuscules cheveux glissant entre ces doigts et sur sa paume. La chaleur qui se dégageait de John était hypnotisante. Au point que Sherlock, incapable de résister descendit sa main dans la nuque de son compagnon avant de la faire glisser sous la couverture. Celle-ci glissa, privant John de sa douceur.

Grognant à la perte de la chaleur bienfaitrice de la couverture, John remua, marmonnant des mots inintelligibles. Sherlock eut peur de l'avoir réveillé mais le blond retomba dans le sommeil. Du moins en apparence.

Il sentit le cœur de John battre plus fort contre sa poitrine. Fallait-il qu'il parle ? Fallait-il qu'il fasse savoir à John qu'il savait qu'il était réveillé ? Devait-il continuer à faire semblant ? Semblant de croire que le blond dormait ? C'était une situation inédite pour lui et il ne savait pas quelle réaction logique il devait avoir.

En l'absence de réaction de son compagnon, il jugea préférable de continuer son exploration. Après tout, si John n'avait pas relevé, c'est qu'il aimait ce qu'il se passait entre eux non ?

A SUIVRE…

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Je viens de me rendre compte de ce qui manquait dans ces chapitres. Les deux petits mots de la fin !

J'espère que ce chapitre vous a plu. Je pense en faire un autre incluant un repas de famille et une discussion entre Sherlock et sa mère. C'est vrai qu'il ne fait rien d'autre que dormir dans celui-ci.

Pas de séance chez l'Ostéo en vue mais je crois pouvoir réveiller la fibre guimauve qui sommeille en moi.

Quelques précisions historiques sur les conséquences de la guerre :

Le Royaume-Uni sort considérablement affaibli de la guerre. Celle-ci, en effet, a consacré le déclin des puissances coloniales : le mouvement Quit India s'est développé durant le conflit aux Indes britanniques, les indépendantismes indien et birman ayant pris des formes parfois violentes. L'Indian Independence Act (en) prend effet à l'été 1947, immédiatement suivi par la partition des Indes. La Birmanie obtient son indépendance en 1948. Par la suite, les îles britanniques connaissent une crise sans précédent, due à la reconstruction et à la restructuration de son économie.

Au cours de la bataille de Normandie, le général de Gaulle, accueilli en libérateur par les Français, parvient à obtenir des alliés la reconnaissance de la pleine autorité de son gouvernement, le gouvernement provisoire de la République française (GPRF) (proclamé le 3 juin à Alger), sur la métropole. Il fait en sorte que la France soit reconnue par le camp allié comme un vainqueur. Cette reconnaissance lui permet d'occuper une partie de l'Allemagne, ou d'obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.

La Libération de la France s'accompagne de l'épuration d'une partie des personnes suspectées d'avoir collaboré. Les Allemands et leurs collaborateurs ont multiplié les atrocités sous l'Occupation, puis pendant leur retraite. Aussi dans les territoires libérés par les résistants, et malgré les efforts de la plupart de leurs chefs et des commissaires de la République pour instaurer au plus vite une épuration légale et judiciaire, de nombreuses exécutions sont expéditives et pas toujours précédées de jugements. Environ 20 000 femmes sont tondues pour « collaboration horizontale». De ce fait, des erreurs sont commises dans cette libération rapide, et des innocents injustement assassinés. Les historiens estiment qu'environ 11 000 exécutions sommaires ont lieu, aux trois quarts pendant les combats. L'épuration sauvage a pu être d'autant plus brutale que la population peut avoir envie de se venger des exactions de la milice et des Allemands dans leur déroute et que le gonflement des effectifs de la Résistance a permis à certains résistants de la 24e heure de se dédouaner ainsi à peu de frais. On a observé le même phénomène lors de l'indépendance de l'Algérie.

À l'opposé, certains collaborateurs sont parfois acquittés ou condamnés à de faibles peines (malgré la gravité de leurs crimes) par les tribunaux réguliers dont la majorité des juges ont prêté serment à Pétain. D'autres furent jugés par la Haute Cour composée de résistants, mais l'importance des condamnations décrut avec le temps. C'est ainsi qu'en 1949, le dernier accusé jugé est acquitté : le secrétaire d'État à l'Intérieur de Pétain, René Bousquet (qui mit la police et la gendarmerie françaises à la disposition des occupants pour faire la chasse aux résistants et déporter près de 60 000 Juifs) est acquitté. À noter que les collaborateurs n'ont été poursuivis que pour trahison, et pas pour crime contre l'humanité.

De Gaulle empêche le développement d'une situation armée insurrectionnelle (voir Histoire de France), en amalgamant les mouvements ayant participé à la Résistance à l'armée régulière issue de l'armée d'armistice cantonnée en Afrique (dont nombre de cadres avaient été vichystes avant de se rallier en 1942). Non sans mal, les résistants des Forces françaises de l'intérieur (FFI) et des Francs-tireurs et partisans (FTP) sont intégrés dans l'armée régulière sans trop d'à-coups. L'intégration des milices patriotiques du PCF est négociée contre leur participation au gouvernement et l'amnistie de Maurice Thorez.

Au nom de la reconstruction du pays et afin de permettre à la France de tenir son rang nouvellement restauré aux côtés des alliés, l'épuration de l'administration est limitée. Certains hauts fonctionnaires invoquent la continuité de l'État comme acte de résistance. Les policiers dont une partie a poursuivi les résistants se dédouanent par une insurrection à Paris à la veille de la Libération. Certains collaborateurs se font oublier en intégrant des régiments de FFI ou en s'engageant dans le corps expéditionnaire d'Extrême-Orient (engagé en Indochine), ce qui est par la suite exploité par la propagande Việt Minh.

La France oublie qu'elle fut anglophobe et pétainiste après le bombardement de Bataille de Mers el-Kébir, que des gendarmes français gardèrent le camp de concentration de Drancy et convoyèrent les convois de déportés jusqu'à la frontière. La proportion de Juifs d'avant-guerre ayant survécu n'est pas la plus importante de tous les pays occupés, les Juifs dit apatrides ont été bien moins protégés que les Juifs français. Pour un temps, la législation française considéra que seuls les Allemands peuvent être poursuivis pour crime contre l'humanité. Le procès manqué de Bousquet ainsi que les procès tardifs de Paul Touvier et Maurice Papon sont emblématiques de cette politique.

Si vous avez un commentaire, n'hésitez pas.

A bientôt

Magdaline